CE QO'IL DOIT ÊTRE
Le but de tput homme de cœur qui aspire au pouvoir doit donc être avant tout de Je rendre tutélaire, de le faire servir au triomphe de la justice, c'est-à-dire de l'égalité, et cela, quoi qu'il en puisse advenir pour lui-même. Qu'il ne songe pas à ce qu'il fera pour se maintenir, mais à ce qu'il fera pour être utile, ou, plutôt, qu'il ne songe à se maintenir que pour être utile plus longtemps. Car commander, dans le sens élevé du mot, c'est se dévouer.
Oh! qu'ils me paraissent bien plus dignes de l'empire, et plus véritablement nés pour commander aux hommes, ceux qui, comme les plus illustres d'entre les conventionnels, ont exercé le pouvoir avec la conviction qu'en l'exerçant ils marchaient à l'échafaudî
Pas de vrai pouvoir sans initiative, pas d'initiative sans dangers I
Le chef d'un Etat, s'il dit : « Que dois-je faire pour me maintenir? » est exposé à tout sacrifier à ce désir égoïste.
Ce n'est pas que, pour pousser la société en avant, on doive négliger les ressources que peut offrir la situation présente. Transiger avec les intérêts dominants dans une certaine mesure et de manière à faire plus aisément prévaloir les intérêts opprimés, cela est légitime, cela est nécessaire. Il ne faut pas confondre, je le sais, la hardiesse avec l'esprit d'aventUre et la forcé d'ihitiâtive avec \\né témérité juvénile. Mais il
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n'en est pas moins vrai que c'est en se/légageaat de toute préoccupation personnelle qu'un homme politique se rend propre à Taccomplissement des hantes pensées.
On appelle habiles ceux qui réussissent à se procurer un certain bien-être au milieu des calamités publiques, ou à se reposer quand la tempête agite autour d'eux toute chose; on a appelé M. de Talleyrand un homme habile : quelle pitié I L'habileté consiste à obtenir avec de petits moyens de grands résultats, sauf à périr à la tâche.
pt voilà précisément ce qui condamne les pouvoirs héréditaires. Un prince qui tient en réserve une couronne pour son fils, ne saurait avoir l'audace et Tabnégation qu'exigent les vastes desseins. Alors même qu'il ne serait pas égoïste comme homme, il Test comme père de famille.
Et puis, est-il des signes certains auxquels le chef d'un Etat puisse reconnaître ce qu'il doit faire pour se maintenir? Souvent ce qui réussit à l'un est pour l'autre une cause de ruine. Où celui-ci reste debout, celui-là tombe. Chyles II exerça certainement le pouvoir d'une manière plus honteuse et plus funeste à l'Angleterre, que Charles P% dont l'histoire lui donnait de si terribles leçons. Que voyons-nous, cependant ? Charles I®*" est violemment renversé, tandis que Charles II, après avoir mené de front ses perfidies et ses plaisirs, son despotisme et ses fêtes, s'éteint paisi-
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blement au milieu de sa cour. [Cromwell réagit avec une brutalité sauvage contre les principes mêmes qui ont servi à son élévation ; et pourtant il lègue à son fils un pouvoir incontesté, que son fils ne perd que parce qu'il le veut perdre. Ce n'est pas tout que d'avoir rintention de se conformer aux idées de son siècle, il faut les connaître.