REGIE
Et c'est là ce que nous consentirions à saluer du nom pompeux de gouvernement direct du peuple par lui*
même! Et dans cette acceptation non formelle, présumée, nou3 verrions une sanction plus directe que celle qui consiste pour le peuple, quand ses mandataires ont établi des lois mauvaises, à charger d'autres mandataires d'établir des lois meilleures ! Et on nous persuaderait qu'en se taisant sur la loi, faute souvent d'être, en état de l'apprécier, le peuple ferait la loi!
Il est vrai que, prévoyant ce reproche d'inconséquence, M. Considérant nous montre les sections restant toujours ouvertes, le peuple gardant toujours son initiative, et « l'initiative des opposants apportant « devant les assises nationales les grandes questions, « les questions de natujre à passionner le pays. •
A la bonne heure l Là gît toute la nouveauté, là gît toute la portée du système . Regardons-le fonôtionner :
Supposons qu'il s'agisse de décider une grande question. Aussitôt, grâce à l'initiative prise par un cer^am nombre de citoyens — on ne s'explique pas sur le nombre requis — il se forme, pour résoudre cette question, autant de petites assemblées qu'il y a en France de communes, soit 37,000 l
<c Quoi de plus simple ? s'écrie M. Considérant; si « trois ou quatre cents personnes réunies dans une « section locale peuvent exprimer leur volonté par un « vote sur un objet quelconque, le peuple français tout « entier le peut sans plus de difficulté. »
D'accord, si la question ne comporte qu'un oui ou un non ; d'accord, si les assises nationales ne sont appelées à se prononcer que sur racceptation ou le rejet d'une loi d(fjà faite. Mais, dans ce cas, le peuple n'intervient pas comme législateur, il intervient seulement comme critique ; il n'affirme rien, il confirme ou née ce qu'on lui présente; c'est son ^/u^^men^ qui entre en scène, ce n'est point sa ro/on^^ ; il ne se gouverne pas directement^ il se borne à donner son avis sur la manière dont on le gouverne^ — et, ainsi limité, le système de M. Considérant conserve, sous le nom de gérance^ la délégation qu'il proscrit sous le nom à' assemblée.
Nous lui demanderons s'il s'arrête à ces limites.... Mais quoil le peuple s'y arrèterait-il, lui? Ne diraitil pas : f C'est se moquer que de prétendre que je me c gouverne directement moi-mêipe quand mon pou- « voir se réduit à écrire un monosyllabe sur un mera ceau de papier. Cette loi qu'on me soumet, je n'en- « tends pas l'adopter ou la rejeter par un oui ou par « un non; j'entends l'adopter avec telle ou telle modi- « flcation, j'entends la changer, j'entends la refaire, « j'entends la remplacer par une autre que je ferai « moi-même? »
Oui, voilà ce que le peuple serait naturellement amené à dire ^ et il aurait raison; ou, plutôt, voilà ce que seraient amenées à dire les 37,000 petites fractions de peuple disséminées dans les 37,000 communes.
Si M. Considérant accepte cette hypothèse comme la réalisation de son idée, et il y est forcé sous peine d'inconséquence, son système va rejoindre celui que M. Rittinghausen a exposé sous le titre de Législation directe. Mais alors, on va bientôt en juger... Nous touchons au chaos.
Cédons la parole à M. Rittinghausen.