TYRANNIE
Maintenant que, par suite de sa mauvaise constitution, Tautorlté ait menti à son origine; que les gardiens de la liberté commune se soient servis de la puissance qui leur était confiée contre la liberté elle-même ; qu'à l'oppression pcir voie d'anarchie ait succédé l'oppression par voie de gouvernement ; qu'un despotisme artificiel, convenu, habilement et odieusement réduit en système, ait fait suite à l'ancien despotisme du premier venu, c'est très-vrai. Seulement, là n'est point la question. Comment.! voici des raisonneurs qui ont
JTiO l/ÉTAT IMXS rXK DEMOCRATIE
(o\ au pro^A«JI» Doaii»IoJorent, et, de ce que jusquMci les moyens n'ont pas été mis en rapport avec le but, ils concluent que le but est chimérique! De ce que, sous les monarchies, les aristocraties, les oligarchies, leiT démagogies qui ont rempli le monde du Kcaodale de leur histoire^ TKtat n'a été qu'oppression, ils concluent que, dans une démocratie, il en sera fatalement de môme. Que ne vont-ils alors jusqu'à conclure des misères connues de l'existence humaine à la consécration du néant ? 0 logique !
Des maîtres, nous n*en voulons plus sous aucun nom, sous aucun prétexte, d'aucune sorte : voilà qui est bien entendu.
Mais le Peuple a bien, JMmagine, le droit d'avoir des oommiSi élus par lui, et qu'il renvoie quand ils s'acquittent mal de leur emploi. Trente - quatre millions d'hommes pouvent-ils se passer, pour faire leurs affalros,do co dont il est impossible au moindre négociant do so passorY Si vous répondez oui J'admire l'audaco de votre folle ; si vou8 répondez non, votre guerre à TÉtat est un non-sens.
Chose inconcevable ! Pour arriver t celte notion : rÉtat-sorviteur, il y a eu mille combats terribles à soutenir, mille révolutions meurtrières à traverser; ot maintenant que cette notion libératrice est à la veille de triompher dans les esprits ; maintenant que lu sulTrage universel tend à rendre le Peuple maître absolu do ses destinées ; maintenant que la puissance
exercée jusqu*ici contre le Peuple est à la veille de s'exercer pour lui ; maintenant que le soleil de la démocratie se lève à l'horizon, il se trouve des gens qui viennent nous proposer de reculer dans Thistoire jusqu'à la tyrannie du premier venu, de nous rendre libres à la manière des sauvages, de nous rendre souverains à la manière des habitants de la Terre de Feu ou de Van Diéraen I
On retient la foule amusée autour d'un tapis vert, on jongle avec des phrases, quand on oppose sans rire à l'idée de l'État par la démocratie» à l'idée de la souveraineté du Peuple, les grands mots : initiative des masses j Révolution par en bas. Et en quoi donc est-il contraire à l'initiative des masses, le système qui appelle cette initiative à se manifester par le scrutin ? En quoi est-il opposé à la Révolution par en bas^ le système qui rapporte tout^ absolument tout, â Taction souveraine du Peuple, nommant ou révoquant ses élus, faisant ou défaisant le personnel du pouvoir, en un mot formant l'Etat ? Serait-ce qu'on espère gagner les masses en parlant de l'initiative des masses, alors que soi-même on se pose en initiateur infaillible, ego sum qui sum ? Il faudrait désespérer à jamais du bon sens du Peuple, s'il pouvait se laisser prendre au gluau de ces lourdes flatteries. Ceux qui le flattent ainsi le calomnient.
Proudhon demande qui osera dire enfin : tout pour
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le People, et tout par le Peuple, même le goayernement (1) ?
Qui l'osera ? Quiconque admet autrement qu'en paroles le jHiDclpe de la souyeraineté du Peuple^ quiconque met an-dessus des tyrannies indÎTiduelles la puissance de tous ou l'État, quiconque est un yrai démocrate socialiste. . •
Qui Posera ? Moi.
Elle n'est pas neuve, au surplus, la théorie que je combats, et, dans cette voie, l'on n'a pas même la gloire d'être absurde d'une façcin originale. Quelle pitié de Toir des hommes qui s'appellent socia-listes se traîner sur le champ de bataille où les libéraux fuient en déroute, et s'y traîner serTilement au fond des bagages du Constitutionnel / Mais les libéraux étaient conséquents , eu\. Adorateurs de Baal, ardents à écarter du capital tout ce qui aurait pu le gêner dans son action, ils ayaient imaginé les belles maximes que l'on sait : Laissez faire , laissez passer; chactcn chez soi ^ chacun pour soi. C'était la liberté comme on l'entend chez les sauvages : Je suis plus fort que toi, je te tue. Seulement on disait ici : Je suis plus riche que toi, je te ruine. Nous ne nous attendions guère à entendre les adversaires du capital recommander Tadoption du procédé au moyen duquel
(1) Les Confession* d*un révolutionnaire^ p. 8.
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ses docteurs sont parvenus à fonder si heureusement son empire !
Quand lesTallien et les Bourdon (de l'Oise) eurent juré la perte de la Révolution, rappelons-nous comment ils s'y prirent. Ils firent sonner bien haut leur haine du pouvoir, et ce fut avec le mot dictaturej aiguisé en couperet, qu'ils assassinèrent Robespierre.
Il est vrai que, bon logicien en ceci du moins, Proudhon n'y trouve pas trop à redire. Je cite textuellement :
«... Admirez la puissance des principes. A peine € réunis pour venger la Révolution des parjures de a la royauté, ces hommes furent saisis d'une véritable « fureur de gouvernement.Des mesures de salut public, « affranchies des formalités légales, étaient devenues € nécessaires ; bientôt le bon plaisir des dictateurs fut « toute leur raison ; ils ne surent que proscrire et « guillotiner. Us étaient le pouvoir, ils agissaient corn- « me des rois. L'absolutisme revivait dans leurs « décrets et dans leurs œuvres. C'étaient des philo- € sophes, pourtant l II fallut réagir contre cette € frénésie despotique : le 9 thermidor fut un avertis- € sèment donné par le pays à l'autorité convention- € nelle. Tant que le peuple avait craint pour les con- € quêtes de la Révolution, pour Tindépendance du € territoire et T unité de la République, il avait toléré « la dictature des comités. Le jour où la Terreur « devint un système, où ce provisoire de sang parut
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« vouloirdevenir définitif, où l'utopie pénétra dans « les conseils, où Robespierre, l'homme des vengeance ces plébéiennes, ne fut plus qu'un chef de secte, c ce jour-là une crise devint inévitable. La logique € du vertueux réformateur le poussait à supprimer les « hommes en même temps que les abus : c'est le pou- € voir qui a perdu les Jacobins (1).»
Vous l'entendez, socialistes révolutionnaires ? lorsque, après avoir défendu avec un indomptable courage la Révolution contre les prêtres et les rois, Robespierre et Saint-Just voulurent, non pas que la Terreur devînt mais cessât d'être un système, ils ne savaient que PROSCRIRE ET GUILLOTINER ! Lorsquc, avec un dévouement presque fabuleux, ces héros du salut public abandonnaient, volontairement et d'avance, leurs cœurs à d'incomparables tortures, leurs têtes au bourreau, leurs corps aux gémonies, leurs noms aux mensonges de l'histoire écrite par les vainqueurs, ils agisssaient comme des rois ! Lorsque, succombant à la coalition des fourbes et des égoïstes, des lâches et des corrompus, Robespierre s'écriait : Les brigands l'emportent ! il ne s'apercevait pas que c'était le pays qui l'emportait, et c'était le peuple qui, fatigué de la dictature des comités, et incarné probablement dans l'honnête Tallien, envoyait à un chef de secte ce célèbre avertissement. . . qui fut un coup de hache !
(1) Lts Confessions d'un révohuionnairs, p. 10.
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Eh bien, socialistes révolationnâires, que vous en semble?
Proudhon dit que ce fut le pouvoir qui perdit les Jacobins ; mais il oublie d'ajouter que ce furent les contre-révolutionnaires qui se déchaînèrent contre le pouvoir des Jacobins. Et ce faisant, ils ne se trompaient I)a8 d'ennemis ; car, entre les mains de Robespierre et de Saint-Just, le pouvoir des Jacobins c'était la Révolution même.
Voilà ce que comprirent bien, quoique trop tard, hélas I les quelques patriotes qui^ tels que Billaud- Varennes et Cambon, eurent le malheur de tremper dans l'attentat de Thermidor. Depuis ce moment fatal, Cambon fut poursuivi d'un remords dont il ne parvenait à calmer qu'en l'avouant l'amertume poignante, et Billaud-Varennes est mort en se frappant la poitrine, il est mort en demandant pardon aux mânes de Robespierre.
Ceux qui, aujourd'hui, ne craignent pas d'écrire cette étrange phrase : « L'histoire des nations est le martyrologe des rois : c témoin Louis XVI, Robespierre et Napoléon (1), » ceux qui insultent à la mémoire des vaincus de Thermidor, prétendent-ils, oui ou non, continuer ceux qui leur coupèrent la tête ?
Encore si Proudhon embrassait dans une malédiction commune toutes les personnifications historiques
(1) Les Confessiotis d'un Révolutionnaire, p. 11.
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de cette idée qni le fait frissonner : le Pouvoir ! Mais
non : dans Robespierre, qni s'en serrit ponr venger le
Peuple et rélever, Prondhon flétrit le Pouvoir, et, par
une contradiction 8acriléj;e, il le vante, il le célèbre, il
l'exalte dans Louis-Philippe, qui s'en servit ponr avilir
la société et la corrompre.
Tout cela est si monstrueux, si difBcile à croire,
qu'il faut absolument citer :
« Attaqué à la fois dans son origine, dans sa poli' c tique, dans sa moralité, le gouvernement de Louis- « Philippe a épuisé la haine et le mépris du Peuple, c Et cependant I'équitable histoire dira que jamais « règne ne fut mieux rempli, par conséquent plus « légitime, plus irréprochable que celui de Louisc Philippe (1). » Et, quelques lignes plus loin : « J'ada hère pleinement et sans réserve à l'inexorable « gouvernement de Louis-Philippe (2). »
Si ces affirmations surprenantes n'avaient été in* spirées à Proudhon que par cette déesse de l'ironie qu'il invoque en terminant son livre ; si c'étaient là tout simplement des phrases à effet, un scandale littéraire, un moyen de faire dresser l'oreille à l'auditoire inattentif, je n'aurais garde de m'y arrêter, et ce n'est pas devant le Peuple, occupé de graves pensées, que je m'amuserais à discuter le bon goût. Ta-
(1) Les Confessions d'un Révolutionnaire, P» 1^* (2; Ibid.
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propos d'un puéril artifice de rhéteur. Maïs Proudhon, cette fois, veut qu'on le prenne au sérieux; il s'efforce de prouver ce qu'il avance, et, ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'il cherche ses preuves, cet intrépide ennemi du POUVOIR, dans la légitimité du pouvoir exercé par Louis- Philippe.
Ainsi, qu'on n'aille pas croire que Proudhon se fasse illusion sur la nature ou la portée du règne de Louis-Philippe. Lui-même il a soin da le montrer polluant les caractères, empestant les consciences, désignant tous les nobles instincts aux coups de Tuniverselle moquerie, faisant de l'ignoble morale des gros sous la seule divinité digne des adorations du genre humain, prenant pour ministres des corrupteurs en sous-ordre, et pourrissant la nation de manière à se maintenir plus sûrement par le mépris que César no le fit par la gloire ou Sylla par le glaive. Mais quoi l c'est devant ce Dieu d'opprobre que Proudhon, avec horreur, se découvre et tombe à genoux. « Qu'il faut de petitesse, s'écrie-t-il, pour ne pas « comprendre ce qu'un tel rôle eut de profond et de « grand ! »
Et pourquoi ?
Laissons parler Proudhon :
€ L'homme moral, parce qu'il fut l'hommb pb « l'époqub, ce fut Louis-Philippe (1). — Napoléon,
(1) Le$ Confessions dun Révolutionnaire^ p. 17.
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« DOMINE PAR UNE FATALITÉ qa*il Sentait sans la com- « prendre, put donner de sang-froid le signal qui i précipita des millions d'iiommes dans le trépas : € fut-il pour cela un Néron ou un Domitien? Ainsi, c Louis-Philippe, père de famille, sévère dans son « intérieur, maître de lui-même, a fait un pacte avec c l'enfer pour la damnation de son pays. 11 reste sans « reproche devant Dieu et devant l'histoire. »
Je vous le disais bien : Si, après avoir peint Louis- Philippe comme l'Attila du monde moral, devant qui les consciences tombaient par milliers, plus nombreuses et plus pressées que les soldats sur les champs de bataille devant Napoléon, si Proudhon proclame Louis-Philippe Thomme moral, c'est parce qu'il fut rhomme de son époque, l'expression de Tunité sociale, le Pouvoir enân.
Et, pour qu'on ne s'y trompe pas, il a bien soin de distinguer les gouvernés du gouvernant* Aux premiers toute la honte, au second toute la gloire. Écoutez :
< Que les misérables qu'il corrompt abjurent, pour € un brevet, pour une place, ce qu'ils croient encore € être la vertu, la justice et l'honneur; à eux Tim- € moralilé, la honte. Mais lui, le chef de l'État, le « REPRÉSENTANT DE LA SOCIÉTÉ, Tinstrumeut de la € Providence, en quoi est-il immoral ? »
De sorte que, sous la plume du même écriv lin, le POUVOIR, odieux et exécrable lorsqu'il sert le \ euple et résume les vertus de la sociétéi devient tout à coup
irréprochable et vraiment sublime lorsqu'il corrompt la société et n'en résume que les turpitudes. Crachez donc en passant^ niais que 70us êtes, sur Téchafaud où mourut Robespierre, et à genoux devant le fumier où Louis-Philippe enfonça son trône l
Quel prodige d'inconséquence ! quelle prostitution de ces mots précieux : la morale, la grandeur, la gloire l Et quelles ténèbres dans un esprit où peuvent s*opërer, tantôt ces effroyables confusions, tantôt ces déchirements mortels I 0 race des Thrasymarque, qui sans cesse nous donnes et prends toi-même des feux follets pour le soleil ; qui joues, selon la comparaison de Lysandre, avec des affirmations contraires, comme les enfants jouent avec des osselets; race à la fois trompeuse et sincère, qui apportes à soutenir des opinions éternellement changeantes une ardeur de conviction qui ne change point; race des sophistes, tu existeras donc toujours !
Quant à nous, nous n'avons pas, ainsi que Proudhon^ le fanatisme de l'anarchie, mais nous n'avons pas non plus celui du pouvoir. Nous Taimons tutélaire, généreux, dévoué, prenant pour devise ces profondes paroles de l'Évangile : « Que le premier d'entre vous soit le serviteur de « tous les autres^ » et nous le haïssons dépravé, corrupteur, oppressif, faisant du Peuple sa proie. Nous l'admirons représentant la partie généreuse et vivante de l'humanité, nous l'abhorrons quand il en représente la partie cadavé-
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reuse. Nous nous révoltons contre ce qu'il y a d'insolence, d'usurpation, de brigandage dans cette notion : l'État*maitre, el nous applaudissons à ce qu'il y a de touchant, de fécond et de noble dans cette notion : l'État-serviteur.
Disons mieux : il est une croyance à laquelle nous tenons mille fois plus qu'à la vie, c'est notre croyance dans la prochaine et définitive transformation du POUVOIR. Là est le passage triomphal du monde ancien au monde nouveau. Tous les gouvernements de l'Europe aujourd'hui reposent sur la notion de l'État- MAITRE ; mais les voilà qui dansent, éperdus^ la ronde des morts. Le dix-neuvième siècle assistera certainement aux dernières fureurs de leur dernière orgie. Qu'ils sîeflforcent, comme Louis- Philippe, d'empoisonner Tesprit humain, ou bien que, comme les empereurs de Russie et d'Autriche, ils fassent moisson de têtes coupées, et vident, en se la passant de main en main, leur coupe royale rernplie du sang des Peuples asservis : je vois s'ébranler déjà la cloche qui va sonner les funérailles de tous les vieux pou* voirs et la disparition du vieux monde.
Louis-Philippe a ouvert la marche funèbre : les autres suivront.
Car, à quoi pense Proudhon quand il écrit de Louis- Philippe que tout lui a réussi (1) ? Est-ce que Louis-
(l) Les Confessions d'un Révolutionnaire, p. 17.
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Philippe n'est pas tombé de la chute la plus humiliante et la plus soudaine qui ait jamais étonné les hommes ? Est-ce que la rapidité avec laquelle s'est écroulé de lui-môme, et sans qu'on le poussât du pied, ce règne si longtemps vanté, ne suffit pas pour en prouver l'impuissance honteuse et la misère? Je me souviens qu'après la Révolution de février nous fûmes huit ou dix jours au gouvernement provisoire sans parler de Louis-Philippe, faute de songer à lui. Tant il était mort! Ahl c'est^ au contraire, la plus saisissante de toutes les leçons fournies par l'histoire de ce siècle, que le merveilleux insuccès de l'homme pour qui le succès fut la morale.
Je m'arrête. Dans un prochain article, je montrerai :
Que la thèse soutenue par Proudhon estnon-seulement fausse dans son principe, mais désastreuse dans chacune de ses conséquences;
Qu'elle efface du vocabulaire lé mot solidarité;
Que, dans l'admirable devise qui nous fut léguée par nos pères, elle supprime les deux tormes (égalité et fraierniië^ ce qui réduit le troisième, liberté^ à ne plus exprimer que l'hypocrisie de l'oppression;
Que la négation de l'État se trouve avoir pour coroliaire la formule : c A chacun suivant ses œuvres, » formule qui est, en effet, elle de Proudhon, et qui conduit logiquement à consacrer l'esclavage des faibles et à noyer les enfants mal constitués : conclusions abominables devant lesquelles, du reste, ne
recula poiût la logique des anciens réformateurs, encore étrangers, comme Lycurgue et Platon, au sentiment de la fraternité humaine;
Je montrerai que la Banque du Peuple de Proudhon est en économie politique ce que la précédente formule est en morale ;
Que si tout rapportera la liberté exclusivement (1), c'est consacrer la tyrannie par voie d'individualisma en théorie, tout rapporter à la circulation exclusivement, c'est mettre cette déplorable théorie en pratique;
Que, fort heureusement, l'absurdité d'une telle conception en prévient le danger ;
Que Tassociation est le seul moyen de réaliser la gratuité du crédit;
Qu'en niant l'État, qui, par la solidarité établie entre toutes les associations diverses, mènerait sans spoliation et sans secousse à l'abolition du prêt à intérêt, Proudhon rond lui-même stérile sa guerre au capital ;
Que, loin d'être un socialiste, Proudhon pousse Tindividualisrae jusqu'à une sorte de frénésie et qu'il se met ainsi complètement en dehors du mouvement de ce siècle.
(1) « Liberté! voilà le premier et le dernier mot de la philosophie sociale. >
{Les Confessions d'un Révolutionnaire ^ p. lOG.)
En attendant, il est probable que les journaux conserrateurs et contre-révolutionnaires le loueront fort d'avoir recommencé la lutte contre les socialistes. On ne manquera pas, comme on Ta déjà fait, d'admirer avec quelle vigueur d*hercule il les a terrassés. On s'extasiera perfidement devant cette audace amoureuse du chaos. On s'étudiera, avec un soin moqueur et par de flatteuses injures, à enivrer de plus en plus de l'idolâtrie de lui-même celui qui se croit Dieu quand on lui crie qu'il est Satan. En un mot, son orgueil, pris au piège de ces grossières amorces, continuera d'être une arme à Tusage des roués de la
réaction. Qu'il y prenne garde ! Il he perd Et le
socialisme est indomptable.
Quant à vous, hommes du Peuple, veillez sur votre souveraineté, de quelque côté que viennent les attaques. N'oubliez pas que le suffrage universel, éclairé, mène à la constitution d'un pouvoir qui sera le vôtre. Louis XIV disait : l'Etat, c'est moi. Dans le monde nouveau où la démocratie vous appelle, hommns du Peuple, l'État, c'est vous !
il:
Publié le 15 décembre 1849.