DU BUT OU DE l'oBJET DE l'ÉTAT
Gomme suite à la définition que j*ai donnée de TÉtat, le citoyen Froudhon dit :
« Voilà qui est clair. L'État est une représentation « de la société, organisée extérieurement pour pro-
• léger le faible contre le fort; en autres termes, pour « mettre la paix entre les combattants et faire de (( l'ordre ! Louis Blanc n'est pas allé loin, comme Ton « voit, pour trouver la destination de TÉtat. Elle « traîne, depuis Grotius, Justinîen, Cicéron, etc., dans « tous les auteurs qui ont parlé de droit public. C'est « la tradition orphique, rapportée par Horace. »
Je suis tout à fait charmé qu'on en convienne. Cela prouve que le bon sens n'est pas d'hier.
c Le pouvoir est né de la barbarie ; son organisation c atteste, chez les premiers hommes, un état de féro- « cité et de violence, effet de l'absence totale de corner merce et d'industrie. C'est à cette sauvagerie que « rÉtat dut mettre fin, en opposant à la force de chaque « individu une force supérieure , capable , à défaut
• d'autre argument, de contraindre sa volonté. La c constitution de l'Etat suppose donc^ nous le disions tt tout à l'heure, un profond antagonisme social, homo « homini lupus : c'est ce que dit Louis Blanc lui-* « même, lorsqu'après avoir distingué les hommes en « forts et faibles^ se disputant, comme des bêtes fé-
« roces, leur nourriture, il fait intervenir entre eux, « comme médiateur, l'État.
€ Donc rÉtat serait inutile, l'État manquerait « d'objet comme de motif, l'État devrait s'abroger « lui-même, s'il venait un moment où, par une cause « quelconque, il n'y eût plus dans la société ni forts ni t faibles^ c'est-à-dire où l'inégalité des forces physi- « ques et intellectuelles ne pût pas être une cause de « spoliation et d'oppression, indépendamment de la « protection plus fictive d'ailleurs que réelle de l'Etat.
« Or, telle est justement la thèse que nous soute- « nous aujourd'îiui.
« Ce qui adoucit les mœurs, et qui fait peu à peu « régner le droit à la place de la force, qui fonde la « sécurité, qui crée progressivement la liberté et- « régalité, c'est bien plus que la religion et l'État, le (£ travail ; c'est, en premier lieu, le commerce et l'in- « dustrie; c'est ensuite la science, qui le spiritualise; (c c'est, en dernière analyse, l'art, sa fleur immortelle. « La religion par ses promesses et ses terreurs, l'État « par ses tribunaux et ses armées, n'ont fait que (( donner au sentiment du droit, trop faible chez les « premiers hommes, une sanction, la seule intelligible « à des esprits farouches. Pour nous, que l'industrie, « les sciences, les lettres^ les arts, ont corrompus, a comme disait Jean- Jacques, cette sanction réside « ailleurs : elle est dans la division des propriétés, « dans Tengrenage des industries, dans le développe-
184 PROi:i»HON ET SA DOCTRINE
« ment du luxe, dans le besoin impérieux de bien- « être, besoin qui fait à tous une nécessité da travail . « Après la rudesse des premiers âges, après Torgneil « des castes et la constitution féodale des premières € sociétés, un dernier élément de servitude restait « encore : c'était le capital. Le capital ayant perda sa « prépondérance, le travailleur, c'est-à-dire le corn- « merçaot, l'industriel, le savant, l'artiste, n'a plus c besoin de protection : sa protection, c'est son talent, « c'est sa science, c'est son industrie. Après la déc chéance du capital, la conservation de l'Etat, bien c loin de protéger la liberté^ ne peut que compro- « mettre la liberté. »
Ainsi, Ton accorde que lorsqu'il n'y avait ni commerce ni industrie, l'État c dut mettre an à cette sauc vagerie en opposant à la force de chaque individu c une force supérieure. » Ce n'était pas de la sorte qu'on s'exprimait dans les Confessions d*un Révoltetionnaire^ p. 6, en rappelant l'origine de Tidée État ; mais enfin, n'importe. Avec le citoyen Proudhon, les contradictions ne comptent pas. Voici donc un premier peint de gagné : Lorsque le commerce et l'industrie n'existaient pas, lorsquo la force physique décidait de tout, lorsque le plus faible était la proie du plus vigoureux, il a fallu que l'État mît fin à cette sauvagerie, au droit du plus fort.
Mais, depuis qu'à cette première phase des sociétés a succédé l'ère de l'industrie» est-ce qu'un autre genre
(le tyrannie ne s'est pas produit? Est-ce que nous n'avons pas vu succéder à l'inégalité des forces musculaires celle des moyens de développement, à Tabus de la supériorité physique celui de la supériorité intellectuelle, au règne des Antée et des Procuste la domination des Rotshchild, et au droit matériel du plus fort, le pugilat, le droit industriel du plus fort : la con* currence? Or, si l'État a été nécessaire contre l'inégalité sous sa forme ancienne^ pourquoi ne le serait-il pas contre l'inégalité sous sa forme moderne? Si l'État a dû être invoqué pour couper court à l'écrasement des faibles par les forts, pourquoi ne Tinvoquerait-on pas pour empêcher l'asservissement du travailleur au capitaliste ?
Et à ce propos, comment le citoyen Proudhon peutil prétendre que ce qui fait peu à peu régner le droit à la place de la force, c'est le travail ? Fait-il régner le droit à la place de la force, le travail du nègre américain, qui se courbe et gémit sous le fouet du commandeur? Fait-il régner le droit à la place de la force, le travail du prolétaire d'Europe, qui, après avoir creusé le sol nourricier, fabriqué des étoffes d'or et de soie, bâti des palais magnifiques, est exposé à manquer de pain, de vêtement et d'asile? Tel f^'il est compris aujourd'hui, le travail, loin de faire régner le droit à la place de la force, est le produit de la force remplaçant le droit. Ce n'était donc pas du travail pris en lui-même qu'il fallait parler ici, mais de la manière
de l'organiser. Or, nous le prouverons plus loin, qui dit meilleure et équitable organisation du travail, dit transformation et intervention de l'Etat.
11 ne sert à rien d'affirmer qu'aujourd'hui : la sanction du sentiment du droit est dans la division des propriétés, — car, de quelle division des propriétés s*agit-il? ou dans l'engrenage des industries» — car, de quelle espèce d'engrenage est-il question? ou dans le développement du luxe, — car, en vertu de quelle organisation sociale ce développement sera-t-il profitable à tous? ou dans le besoin impérieux de bien-être, — car, à quelles conditions ce besoin sera-t-il, dans tous également, reconnu légitime et satisfait? Si le citoyen Proudhon entend, par division des propriétés, laloi agraire; par engrenage des industries, la concurrence; par développement du luxe, Tessor de ce faste insolent au moyen duquel on cherche à éclipser ou à humilier son voisin; par besoin impérieux de bien-être, la soif d'un bonheur solitaire ou violemment conquis..., ce ne sera point là le règne du droit, ce sera celui de la force. Si, au contraire, le citoyen Proudhon veut que la propriété soit le trésor des joies communes, que les industries deviennent solidaires, que le luxe se déveroppe collectivement, que le besoin de bien-être soit satisfait chez tous par Tapplication de cette formule : A cnAcuN suivant ses besoins..., oh! alors, c'est à merveille I la force expire aux pieds du droit triomphant. Mais alors aussi, voilà le citoyen
Proudhon condamné à avoir la même doctrine que ces pauvres délégv>és du Luxembourg ; le voilà condamné à vouloir l'unité sociale, c'est-à-dire TLtat dans la société, et, dans le corps humain, là tête !
Vous souvient-il, délégués du Luxembourg, que, sous le gouvernement provisoire, le 17 mars, et au moyen d'une manifestation très respectable, ma foi ! — celle que le citoyen Proudhon appelle la réaction de Louis Blanc ! -^ nous réclamâmes de concert Téloignement des troupes ? Vous souvient-il que les procédés d'espionnage pratiqués contre nous par THôtelde- Ville nous inspiraient un incomparable mépris; que la répartition actuelle des impôts nous paraissait le comble de l'iniquité et une des premières choses à détruire ; que le règne des loups-cerviers nous faisait horreur, et que je fus le fidèle interprète de vos sentiments lorsque je fis, au Conseil, la proposition de sup< primer les marchands d'argent, pour inaugurer l'ère du crédit national? Eh bien, tout cela, de notre part, amis, a été peine perdue. Avec la nature, nous ne trouvons pas mauvais que le corps humain ait une tête ? C'en est assez : nous sommes des traîneurs de sabre» nous sommes Garlier, nous sommes M. Fould, nous sommes feu M. Humann. C'est le citoyen Proudhon qui l'assure. Et, en effet, suivez bien son raisonne* ment !
Jusqu'ici les gouvernements ont employé des soldats à opprimer la liberté. Il est donc évident quo
IK8 PROUDHO^Ç ET SA IX»CTRIXE
nous, qui avons toujours protesté contre Tapplication de Tannée à la compression des troables cîTiis, noos sommes des complices de Changamier.
Josqu^ici les gooTernements OLt en général usé et abosé de TesiHonnage. Donc, nont qoi croyons qae, dans une société bien organisée et dirigée loyalement, un Fonché serait de trop, nous sommes manifestement de» espions.
Jusqu'ici le Peuple a été cruellement, abominablement pressuré par les impôts. En conséquence, si un des caractères de la transformation de TEtat est, à C03 yeux, la disparition de cet odieux abus, il n^y a pas à s*en dédire, nous sommes des rats de cave.
Enfin, il y a une dette publique. Ainsi, nous n'avons qu'à choisir: ou crions bien vite : Plus d'État! ou nous sommes des Turcarets.
Telle est la triomphante logique du citoyen Proudhon. Toutefois, comme il est homme à commettre des espiègleries, il est possible que, sous sa plume, des arguments de ce genre ne soient que de charmantes malices, auquel cas voici le meilleur parti à en tirer.
Le correspondant du Times, celui qui vous soupçonne net d'avoir tué Danton, dès que vous portez du linge blanc, est un de ces honnêtes gens qui font métier d'insulter incognito. Mais encore faut-il, quand on veut se cacher, savoir attacher son masque. L*écrivain en question se nomme Patrick Joseph Meagher. 11 a si bien oublié la profession de son père, qui était
un pai3vre charpentier, qu'il a mis les agréments de son esprit léger aux gages des lords, et il demeure n** 9, boulevard des Capucines. Que le citoyen Proudhon lui envoie son article. M. Patrick Joseph Meagher sera enchanté de tenir de première main les injures auxquelles il sert de truchement ; il s'empressera de faire savoir à tous les marchands de la Cité que les socialistes, au dire d'un socialiste, sont des rats de cave, des routiers, des Perrin Dandin, des émules de Vhomme aux quarante (feus ;et si, de la sorte, le citoyen Proudhon n'a pas la gloire de propager très efficacement le socialisme, il aura celle d'être appelé par le Times, ni plus ni moins que par le ConstitU" tionnel, un homme terrible.
3° d'une destination ultérieure de l'état.
« Quant à une transformation utilitaire de TÉtat, « nous la considérons comme une utopie que contre- « disent à la fois et la tradition gouvernementale, et la «tendance révolutionnaire, et l'esprit des réfornies « économiques désormais admises. Dans tous les cas, « nous disons qu'à la Liberté seule appartiendrait de « réorganiser le pouvoir, ce qui équivaut aujourd'hui « à une exclusion complète du pouvoir. »
Quatre assertions dans ce passage : quatre erreurs fondamentales.
l"" Il n'est ni exact en fait ni vrai en principe que la
transformation utilitaire de l'État soit une utopie con- .tredite parla tradition révolutionnaire. Car la tradition révolu tionnaire nous montre dans le Ck)mité de Salut Public un pouvoir, violent sans doute comme la situation qui l'engendra, mais intrépide, dévoué, initiateur dans le sens le plus magnanime du mot et dévoué au Peuple jusqu'à la mort. Mais, alors même que rhistoire ne nous offrirait rien de semblable, on ne saurait conclure légitimement de ce qui a été à ce qui doit être. Autant vaudrait alors nier le progrès, et à ce compte, M. Fould s'empresserait d'établir, au moyen de la tradition capitaliste, que Téquation du travail et du capital est une-chimère. Le citoyen Proudhon raisonne absolument comme les réactionnaires.
Qu'il y prenne garde !
2"* 11 n'est pas vrai que la transformation utilitaire de rÉtat soit une utopie contredite par la tendance révolutionnaire. Ce qui est vrai, au contraire, c'est que la doctrine de l'initiative du Peuple dans l'État et par l'État est la doctrine de l'immense majorité de notre parti. Et je n'en veux pour preuve que les prédictions du citoyen Proudhon lui-même, qui, par une de ces contradictions dont il nous a enlevé le droit d'être surpris, nous appelle, Pierre Leroux et moi, les derniers représentants de l'idée ÉTAT,et aussitôt, sans changer de plume, écrit ce qui suit :
a D'après cette disposition de notre chère et malheu- < reuse patrie, et vu la rapidité des événements, mes
« prévisions, très-impartiales, comme tous allez j uger , « sont que la République démocratique et sociale s'éta- « blira sous l'influence des idées dont vous êtes l'or- « gane; et qu'un jour, bientôt peut-être,vou3 occuperez < ce poste éminent que vous ambitionnez dans l'État. Il t faut que le carnaval démagogique, prédît par moi, « s'accomplisse. Les événements allant plus vite que « les idées, votre théorie de TÉtat, toute d'imagina- « tion, étant plus facilement saisie que la théorie « scientifique de la Liberté, il me paraît presque iné^ « vitàble que nous échappions i l'expérience des théo- «c ries du Luxembourg. »
3<> L'esprit des réformes économiques admises, loin de contredire ce que le citoyen Proudhon nomme l'utopie de la transformation utilitaire de l'État, est, au contraire^ ce qui démontre le plus victorieusement la nécessité de cette transformation. Exemple : la gra-^ tuité du crédit. Pour que les travailleurs jouissent de la gratuité du crédit, ne faut-il pas qu'ils cessent d'avoir besoin du capital individuel, qui se prête à intérêt? Pour qu'ils cessent d'avoir besoin du capital individuel qui se prête à intérêt^ ne faut-il pas qu'ils trouvent moyen de se créer un capital collectif ? Pour qu'ils se créent un capital collectif, ne faut-il pas qu'ils s'associent fructueusement? Pour qu'ils s'associent fructueusement, ne faut-il pas qu'on leur fasse des avances considérables, qu'ils se partagent en associations solidaires les unes des autres? Et pour que cette solidarité
soit maintenue, dirigée, protégée contre la pression d'un milieu hostile d'abord et ensuite contre les prétentions tyranniques de l'égoïsme individuel, ne fautil pas qu'il y ait un centre, une unité d'action, un pouvoir : le Peuple résumé, l'État? Le crédit gratuit ne saurait s'établir sans l'association universalisée, l'association ne saurait être universalisée et se maintenir telle sans l'État. Donc, entre le crédit actuel et l'État, il existe une relation impossible à nier ou à détmire.
Ici, je ferai remarquer en passant, puisque l'occasion s'en présente, que l'abolition du prêt à intérêt, le crédit gratuit, constituent justement le fond du système développé par moi dans V Organisation du iravail, alors que je ne connaissais rien du citoyen Proudhon, pas même son nom. De sorte qu'il aurait fort mauvaise grâce i s'attribuer l'invention de la gratuité du crédit, dont l'excellence a été proclamée il y a si longtemps et avec tant d'éloquence par saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, et maint père de l'Église. Ce qu'il est juste de reconnaître, et je me plais à le faire, c'est que le citoyen Proudhon a puissamment contribué à répandre, i vulgariser cette vérité. Mais il ne suffît pas de crier : Le crédit gratuit ! le crédit gratuit ! L'important, c'est de le réaliser ; et lorsque, dernièrement, mes amis, vous disiez au citoyen Proudhon: — Nous vous mettons au déâ, sans l'association, d'établir la gratuité du crédit, — vous lui portiez
un défi auquel je jure bien qu*il ne répondra pas.
4° Affirmer qu'à la liberté seule il appartient d'organiser le pouvoir, c'est dire vrai, en tant que par liberté ici on entend la volonié du Peuple s'exprimant librement par le suffrage universel ; mais ajouter que cela « équivaut aujourd'hui à une exclusion complète « du pouvoir, • c'est dire une chose tout à fait incompréhensible, et dont nous attendrons l'explication, si toutefois le citoyen Proudhon s'est compris lui-même.
« Je vous en préviens à l'avance^ vous ne goaver- < nerez pas comme vous l'imaginez, ni vous ni per- € sonne. L'ouvrier, quelque faveur qu'il montre pour € VOS idées, ne vous laissera pas, cette fois, l'initia- « tive; il entend gouverner lui-même; vous serez « rinstrument d'une multitude désorganisée, et vous <c aurez compromis, pour laseconde fois, la Révolution € de février, en agitant sans cesse, au lieu de l'idée, <K la passion révolutionnaire . »
Cette menace de voir le Peuple gouverner, nous l'acceptons, nous, comme une espérance. Le Peuple gouvernera ? Mais c'est bien ainsi que nous l'entendons 1 Lorsque nous poussons si vivement les ouvriers à s'associer et les associations à s'entendre, quel est donc notre but, sinon d'amener le Peuple à avoir toujours l'œil et la main dans ses propres affaires ? sinon de préparer l'avènement de l'État serviteur ? Nous redoutons peu cette multitude qu'on annonce comme devant être désorganisée^ à moins sans doute
que Van-archie ne l'organise l Et quant à devenir son instrument, ce n'est pas une honte, c'est un honneur quand on est résolu à n'abdiquer devant elle ni sa dignité, ni sa conscience, ni sa raison. Or, vous, mes amis, sous les regards de qui j'ai traversé ces deux mois orageux de mars et d'avril, dites, dites si J'ai jamais encouragé une exigence injuste, ou seulement une prétention trop hâtive, si j'ai jamais sacrifié le devoir de servir le Peuple au désir de lui plaire. Ah I ils ne vous comprennent pas, ils vous calomnient, travailleurs qui serez bientôt le vrai souverain, ceux qui s'imaginent qu'il vous faut, comme aux rois, des complaisants et des flatteurs. Que le citoyen Proudhon l'apprenne et s'en souvienne : le Peuple a un instinct merveilleux pour savoir qui Taime; jusque sous les paroles qui lui déplaisent, il est capable de deviner les palpitations de tout cœur qui est à lui, et il applaudit quand on lui résiste pour lui être utile .
Et maintenant, accusé par le citoyen Proudhon d'avoir compromis la Révolution de février, essayerai* je de me laver d'un crime dont les plus cruels châtiments, si je l'avais commis, ne seraient pas une expiation suffisante? Non, ce ne serait pas assez que de répondre à une semblable accusation : elle est do celles dont on se venge, et c'est le citoyen Proudhv'n luimême qui se charge de me venger.
Voici ce qu'il a écrit :
c II y avait au Oouvernement provisoire uu i omme
« d'une célébrité précoce, engagé par ses antécédents, « et bien décidé par caractère à ne pas manquer Toc- « casion. Cet homme était Louis Blanc. Ce fut lui qui < posa la question révolutionnaire.
« Quelques années avant la Révolution, il avait « publié une brochure qui, malgré son titre : Organi- « sation dic travail^ ne contenait guère autre chose « qu'une critique éloquente de la concurrence, avec <r quelques aperçus, plus ou moins exacts, sur les « associations ouvrières. Je puis dire aujourd%ui, (( sans faire tort à l'ouvrage pas plus qu'à Técrivain, ce ce que je pense de cet écrit, dont le contenu dis- € paraît sous ce frontispice : Organisation du travail. « Qu'importe, en effet, le contenu, la valeur scienti- « fique du livre? C'est le but qu'il faut voir. La veille « de la Révolution, le livre de Louis Blanc n'était « qu'un admirable morceau de littérature ; le lende- « main, c'était un événement politique. L'envie a pu « dire que l'auteur, agitant au Luxembourg la quesa tion du travail, faisait des réclames pour son li- « braire : l'historien sérieux ne s'arrête point à ces € vilenies. L'Organisation du travail, tel est le pro- « blême de la Révolution de février; et ce problème, « c'est Louis Blanp qui Ta poHé. Gela suffit pour fc rendre immortels le nom de l'auteur et le titre de « l'ouvrage.
c Maintenant, qu'est-ce que l'organisation du tra- < vail?... Louis Blanc a pu se tromper sur la réponse :
€ nul n'est en droit de lui en faire un reproche. Son « droit, à lui, son devoir, sa gloire, était de dire, de « manière à être entendu de tout le monde: Le proc blême de la Révolution de février^ c'est le problème « de rorganisation.au travail 1
< Louis Blanc, pamphlétaire, journaliste, orateur, a historien, homme d'imagination, de sentiment et « de symbolisme, avait auprès de lui, comme collègue « et assesseur, un ouvrier, Albert : le travailleur « donnant la main à Thomme de lettres!... Leur mis- « siOD, à tous deux, fut de préparer les âmes, de rétt pandre la semence révolutionnaire, de la faire « germer en Tarrosant de poésie et d'éloquence.
« Avec la propagande socialiste, naquit bientôt la c réaction. Dès que la République connut son nom ff et son prénom, elle connut aussi ses adversaires, a Le temps des tribulations commença pour ell*). Lu <£ secte économiste fulmina contre les conférences du « Luxembourg, rinstitut se mit de la partie, les jour- € naux prêtèrent leurs colonnes. Quiconque alors « voulait faire son chemin sous le nouveau gouvernea ment, gagnait ses grades en attaquant Louis Blanc. « Combattre le socialisme devint la meilleure recom- < mandation sous une République essentiellement a socialiste. MM. Falloux et Faucher sont au mi- « nistère : Louis Blanc est à Londres, Albert à « Vincennes. Ce fut une mode de dire que VOrganisa- « tion du, travail de Louis Blanc avait désorganisé le
PROUDIfON ET SA DOCTRINE 197
« travail. Je voudrais savoir si la confiniicc-Faucher (( rétablit mieux nos affaires?.... (1) »
Dans un précédent article j'ai prouvé que la guerre à rÉtat aboutissait à la négation de la liberté : je ne quitterai pas la plumo sans avoir prouvé qu'elle aboutit du même coup à la négation de l'égalité et de la fraternité.
Et n'est-il pas, en effet, bien remarquable que rhomme si ardent à vouloir supprimer TÉtat soit celui qui ose écrire : a chacun selon ses besoins, c'est moins que Végalitëf Comme si l'égalité pouvait être là où les besoins de l'un sont satisfaits sans que les besoins de Tautre le soient, là où les lois de la nature, obéies chez le premier, sont méconnues chez le second !
A chacun selon ses œuvres, telle est donc la doctrine saînt-simonienne de ces grands adversaires de TEtat. Mais qui décidera de la valeur et de la légitimité des œuvres? Sera-ce un pouvoir quelconque? Le citoyen Proudhon n'en admet d'aucune sorte, moins conséquent en cela que les saint-simoniens qui, eux du moins, reconnaissaient un pape. Sera-ce cette règle tant vantée par les économistes de l'école libérale, cette règle fille du hasard et mère de Toppression, ce fait brutal insolemment érigé en principe : Le rapport de l'offre à la demande? Résignons-nous alors. Nous voilà emprisonnés à jamais dans la société actuelle.
(1) Le Peitjple du 19 fémer 1849.
Laissez Ostirele capital, laissez passer lajosticedela concurrence.
€ A CHACUN SELON SES ŒUVRES I » Cette loi de répartition est si fausse, si évidemment absurde et injuste, que la société deviendrait impossible le jour où on cesserait de la violer. Est-ce la formule à chacun SELON SES ŒUVRES OU Celle à chacun selon ses besoins que met en pratique la mère qui allaite son fils, dont les œuvres présentes sont nulles et les œuvres à venir ignorées?
* Est-ce la formule a chacun selon ses œuvres, ou celle A CHACUN selon ses besoins que met en pratique le fils qui soigne son vieux père, sans mesurer les soins qu'il lui rend, soit aux œuvres présentes, soit aux œuvres passées? Est-ce la formule a chacun selon SES ŒUVRES, ou CellC A CHACUN SELON SES BESOINS,
que les yeux de Tâme lisent sur la porte des collèges OÙ Ton élève les enfants, des hôpitaux où l'on panse les blessés, des hospices où Ton recueille les vieillards, des maisons où l'on nourrit les fous? O société inconséquente, qui hésites à appliquer logiquement et complètement un principe sans lequel tu laisserais mourir les vieillards et les enfants, sans lequel tu perdrais ce qui fut et ce qui sera, hier et demain !
Mais, objecte le citoyen Proudhon, comment donner pour règle à la répartition la loi des besoins, puisque le besoin de consommation est infini et la production limitée? Ah vraiment? Ainsi, des gens se trouvent de
par le monde, qui ont le besoin infini d'habiter en même temps cent palais et plus, de porter à la fois mille vêtements et plus, de faire dix mille repas et plus par jour! Nous avions cru jusqu'ici que la consommation avait pour limites nécessaires les limites mêmes de la production. Mais il paraît que c'était une grave erreur économique, et qu'il est possible à un homme, sans courir risque d'être envoyé à Charenton, de vouloir manger plus de blé que la terre entière n'en produit !
Que, dans une société construite comme celle d'aujourd'hui, au point de vue de l'individualisme, la formule à chacun selon ses besoins soit^ en sa généralité, d'une application Impossible et ne soit applicable qu'au régime de l'association fraternelle ; que même dans ce cftrnier régime, s'il était immédiatement inauguré, le développement du vrai principe d'égalité et de justice rencontrât des obstacles, parce que la civilisation corrompue qui nous tient encore sous son empire a créé maint besoin factice et maint goût dépravé qui pourraient donner lieu à des exigences injustes, c'est ce que je suis le premier à reconnaître. Mais il n'en est pas moins certain que c'est là le principe à adopter, le but à marquer, et que c'est en vue de cette réforme suprême que la Révolution sociale doit s'accomplir.
Après tout, rhomme a des besoins physiques dont la nature elle-même assigne la limite. Il a des besoins
moraux qui, dans uae association régulière et progressive, trouveraient à se satisfaire et à se développer collectivement. Pour ce qui est des besoins purement factices que crée une civilisation vicieuse et qui peuvent faire naître des exigences extravagantes, ou ils ne se produiraient pas dans une association régulière, ou ils y constitueraient des maladies individuelles que la société se devrait, non pas d'alimenter mais de guérir.
Ces paroles, mes amis, je les ai écrites dans VHis-toire de Dix ans, il y a bien longtemps déjà, et je n'ai pas été peu surpris d'entendre le citoyen Proudhon me reprocher d'avoir récemment abandonné pour la formule a chacun selon ses besoins celle de l'égalité des salaires. Vous savez> vous, les anciens hôtes du Luxembourg, combien ce reproche est nfàl fondé. Vous n'ignorez pas que, le 3 avril 1848, au Luxembourg, en pleine assemblée, vous présents, je disais :
a Nul doute que l'inégalité des salaires ne soit le système le plus approprié à notre éducation, à nos habitudes, à nos mœurs, à l'ensemble des idées généralement répandues. Nu) doute, par conséquent, que ce système ne fût préférable au point de vue purement pratique ; aussi n*avons-nou8 eu garde de l'exclure, quoi qu'en aient pu dire des critiques superficiels ou intéressés peut être à obscurcir la vérité, quoi qu'en aient pu dire des hommes qui trompent le Peuple, voulant continuer de l'asservir. Non, il n'est pas vrai
que nous ayons condamné absolument le système de l'inégalité des salaires, combinée avec l'égale répartition des bénéfices. Ce qui est vrni, c'est qu*à ce système, plus conforme à la situation présente, nous en avons opposé un autre plus en rapport avec nos pressentiments de l'avenir. Et pourquoi l'avons-nous fait, alors surtout que nous laissions aux travailleurs la liberté du choix? Parce qu'il est du devoir de ceux qui conduisent les affaires de songer à la fois aux choses du jour et à celles du lendemain. Ce que je disais naguère, je le répète avec une conviction réfléchie : Les pouvoirs qui nous ont 'procédés se vantaient d'être la résistance ; nous, nous sommes le mouvement. Il nous était donc commandé, en nous élevant à ces hauteurs, d'examiner si l'égalité des salaires n'était pas dès à présent acceptable dans les ateliers nouveaux, du moins pour les travailleurs les plus impatients de jouir des bienfaits de la fraternité.
< Et avant tout, posons bien en fait que nous n'avons jamais entendu appliquer l'égalité des salaires à l'industrie privée et dans le régime actuel de concurrence. 11 est manifeste que là où les travailleurs ne sont attachés l'un à l'autre par aucun lien, les rétribuer également, ce serait offrir une prime à la paresse et détetitdre le ressort de l'activité individuelle.
« En effets dans un atelier où chaque ouvrier traite isoUment^ séparément^ avec l'entrepreneur, avec celui que, jusqu'à la Révolution de février, on avait appelé le
maître, qui donc a intérêt à ce que son voisin remplisse consciencieusement sa journée ? Qui pourrait s'en inquiéter? Nous travaillons pour le compte d'autrui, au profit d'autrui; si mon camarade se croise les bras, que m'importe ? C'est l'affaire du patron, ce n'est pas la mienne. Voilà justement ce qui £ait que, dans le régime d'individualisme où nous vivons en ce moment» l'inégalité des salaires est un aiguillon in* dispensable.
« Aussi ne saurions-nous trop insister sur ce point, que l'égalité des salaires n'a été indiquée par nous qu'en vue d'un régime tout différent de celui d'aujourd'hui, qu'en vue d'un régime d'association et d'étroite solidarité. Car alors tout change : c'est alors que chacun est intéressé à stimuler le zèle de ses camarades, à activer un labeur dont chacun recueillera les fruits ; c'est alors que le point d'honneur devient d'une énergie souveraine. Qui oserait ne pas payer sa dette de travail, quand, à l'égard de ses associés, de ses frères, sa paresse serait une lâcheté et un vol? (Bravo ! bravo !) Sans parler ici de l'entraînement physique et presque machinal qui fait aller du même pas une multitude en marche, est-ce donc si peu connaître la nature humaine que de croire à cette électricité morale qui se dégage du contact d'hommes associés, coopérant à une œuvre commune sous l'empire d'une même idée, sous l'impulsion d'un même sentiment ? • • • •
a A Dieu ne plaise, au surplus, que nous considé-
rions Tégalité des salaires comme réalisant d*une manière complète le principe de la justice ! Nous avons donné tout à l'heure la vraie formule : Que chacun produise selon son aptitude et ses forces^ que chacun consomme selon ses besoins
« Pour moi, je vous le déclare : je mefSûs une si haute idée du pouvoir, que celui qui y verrait une question d'émoluments me paraîtrait le dernier des hommes. Il y a dans le fait de commander à ses semblables je ne sais quoi de présomptueux qui a besoin d'être amnistié par la passion de leur être utile. Gouverner> c'est se dévouer. »
Le gouvernement de chacun par tous, est-ce là ce que le citoyen Proudhon appelle le gouvernement de rhomme par Thomme ? J'attends qu'il s'explique.
Je voudrais pouvoir m'arrêter ici; mais, an point où on a conduit les choses, il faut tout dije.
Le citoyen Proudhon se plaint d'avoir été désigné par moi à la défiance du parti» il parle de ma haine FRANCHE iT CORDIALE. Ma haiuo ! Mais lorsqu'il publia son fameu^ livre : Qu'est-ce que la Propriété? je ne le connaissais pas, j'étais loin de partager ses idées, et cependant un seul journal lui fut hospitalier, un seul le défendit contre les attaques dont il était as^ sailli de toutes parts : ce fut le mien. Plus tard, quand il fonda sa Banque du Peuple, il eut recours à mes amis, aux délégués du Luxembourg, après avoir solennellement affirmé que sa conception était tout le
socialisme ; que hors de là il n'y avait point de salut; que c'était là la loi et les prophètes ; que s'il m'était échu en Février cette bonne fortune d'avoir posé kt
question, à lui revenait la gloire de Tavoir résolue
Eh bien, qu'il cite une démarche que j'aie faite, une ligne que j'aie tracée pour lui enlever le bénéfice d'une coopération utile. Depuis bientôt un an, il n'a cessé de me provoquer, non par une discussion sérieuse et polie de mes croyances, discussion que j'aurais acceptée avec plaisir, avec gratitude, mais par une série d'insinuations malveillantes, par des épigrammes journalières, lancées à la dérobée, par des qualifications qui simulaient le dédain^ par des épithètes auxquelles on a fait parcourir toutes les gammes do l'impertinence... Eh bien, pendant tout ce temps et jusqu'à la publication de son dernier livre, qu'il cite un mot de moi dont il ait pu se blesser. Et parce que, à la fin, j'ai pris la liberté grande de répondre ; parce que vous, mes amis, qui êtes des hommes du Peuple, vous m'avez donné raison, il jette les hauts cris ! on le désigne à la défiance des patriotes, on lui enlève son public, on conspire au fond des ateliers la ruine fle son journal ! Lui qui fait son métier de frapper à droite et à gauphe, aveuglément, brutalement, sur ceux qui combattent à ses côtés autant et plus que sur les ennemis qu'il a en face ; lui que la Patrie et le Constitution^ nel admirent à cause ^de cela ; lui qui a successivement vilipendé Cabet et déchiré Ledru-RoUin ; lui
qui, eu sa verve délicate, a fait dire une messe pour l'âme de Considérant ; lui qui, dans Tillustre philosophe Pierre Leroux, ayant à réfuter Técrivain, ose menacer l'homme; lui qui a reproché à Barbes lui-même, à ce grand et magnanime Barbes, de n'avoir, à la Révolution de février, ni rien oublié ni riôn appris ; lui qui, réservant pour M. Bastiat, le défenseur du prêt à intérêt, et pour M. Blanqui, de l'Institut, toute l'urbanité de sa polémique, a écrit dans le Système des Contradictions économiques^ tome II, p. 355 : a Loin « de moi, communistes! votre présence m'est une K puanteur et votre vue me dégoûte, » il se pose en victime ! Mais quelle idée s'était-il donc faite de ces républicains, qui probablement ont quelque chaleur dans le sang et du sang dans le cœur, puisqu'ils ont déclaré la guerre aux rois? S'était-il figuré d'aventure qu*ils s'inclineraient devant l'inviolabilité de Pinsolence, eux qui ont poussé droit à Piuviulabilité de la force, et qu'ils lui permettraient de se bâtir un trône dans l'injure, eux qui ne veulent de trône nulle ^ part?
En ce qui me concerne, au reste Je le lui déclare : s'il s'était borné à diriger contre moi ce livre où il me range au nombre des réactionnaires et fait peur aax ignorants de ma dictature armée de flèches, je n'aurais eu garde d'attribuer à de telles facéties le pouvoir de me nuire, et je ne lui aurais pas reconnu, poar si peu, le droit de m'émouvoir. Mais, quand je l'ai vu at-
is
taquer la foi démocratique, prendre à tâche d'étonner les consciences, bafouer la tradition révolutionnaire, amnistier le 9 thermidor, rendre comptables de la première Révolution perdue ceux qui en eussent été les sauveurs s'ils n'en avaient été les martyrs ; quand je Pal vu proclamer grand un corrupteur fameux tout en flétrissant les malheureux qu'il corrompit, et devant nos ennemis si fortement organisés prêcher au Peuple la désorganisation, et décrier le socialisme en s'appelant socialiste, et baptiser an-archie la liberté, qui demande à garder son nom glorieux, oh ! alors j'ai pensé qu'il était temps de l'interroger sur son rôle de républicain amphibie, et de lui dire : plus d'hésitation sur le seuil du parti ; il faut y rentrer ou en sortir!
Après juin^Proudhon fut admirable. Les esprits honnêtes étaient atterrés; la calomnie marchait la tête haute et les pieds dans le sang ; la vérité se taisait et se cachait ; la République semblait n'avoir plus que la force de porter son propre deuil. Lui, avec un talent qui n'eut d'égal que son courage, il ralluma la flamme des généreux sentiments, il tint la victoire en échec, il rappela l'imposture à la pudeur, il mit son journal en travers de la réaction, à laquelle il défendit flèrement de passer outre ; il fut, je le répète, admirable. Les feuilles intrépides qu'il lançait chaque matin, le Peuple se les arrachait avec une ardeur mêlée de reconnaissance^ et je retrouve vivante au fond de mes sou-
venirs Pimpression que me fit cette conduite pleine de force et d'éclat.
Mais voilà que, tout à coup, le citoyen Proudhon change d'ennemis. Oubliant que les bonnes actions obligent, et jouet de je ne sais quel démon moqueur, il devient dans le parti qu'il servait un embarras et un tourment. Il y souffle la discorde ; il cherche à s'y créer, à force de coups de théâtre et d'attaques imprévues, une situation originale. Après les élections de mai qui conduisirent le socialisme à l'Assemblée et lui en ouvrirent les portes à deux battants, il gâte à plaisir ce triomphe en signalant les divisions intestines, en les aggravant, en nous interdisant l'audace, au risque de redonner du cœur aux royalistes consternés,
et en soutenant, contre le journal la Vraie République, une politique toute d'indécision et de mollesse. Quand l'époque des réélections partielles arrive, il oppose à la liste du comité central sa liste à lui, et, par cette diversion déplorable, il enlève aux socialistes l'appoint qui assurait leur succès. Survient le procès de Versailles. De concert avec les accusés, les défenseurs veulent entière et absolue la liberté de la défense ; ne pouvant l'obtenir, ils se retirent ; les accusés se trouvent ainsi condamnés sans avoir été entendus ; on s'émeut de leur noble attitude, de leur inflexibilité vraiment républicaine, de la fermeté de leurs défenseurs.,. Aussitôt le' citoyen Proudhon se présente. Il outrage les avocats ; il persiste, malgré
la protestation des accusés ; il détourne de la Haute Cour, pour la rejeter sur une bravade du parti, la responsabilité de l'arrêt ; et, soigneusement reproduit», reproduits avec éloge par les feuilles réactionnaires, par le Constitutionnel en France, par le Morning Herald qWq Times en Angleterre, les articles du citoyen Proudhon vont apprendre à toute TEurope que, si des républicains ont été condamnés sans avoir été entenduB, c'est la faute des républicains ! Aujourd'hui enfin.... mais je cède la parole à la Patrie,
« Comment donc se fait-il que la Voix du Peuple, « cette ennemie du gouvernementalisme, s*unisse à « MM. Ledru-RoUin et Louis Blanc, ces ultra-gouver- .« nementalistes, lorsqu'il s'agit d'attaquer le parti « modéré? Ne serait-il pas beaucoup plus logique de « sa part de s'unir au parti modéré pour ruiner les « théories de MM . Ledru-Rollin, Louis Blanc etau- « trcs adeptes de la déclaration des droits? Les mo- « dérés, qui veulent un gouvernement à attributions « restreintes, ne sont-ils pas plus près de la Voix du « Peuple que les révolutions lires, qui veulent un « gouvernement à attributior multiples? Nous si- « gnalons cette contradiction û l'esprit perspicace de « M. Pfoud&on, et nous invitoxs, au nom de la lo-