L ETAT-ANAIICIIIE DE PROUDHON
lition du prolétariat, c'est de la destinée du monde ! Occupons-nous des choses sérieuses.
Dira-t-on que c'est une chose sérieuse que cette question de l'anarchie, si pompeusement soulevée? Mais, d'abord, est-ce bien Tanarchie que veut le citoyen Proudhon, l'anarchie dans son audacieuse logique ?
Est -on bien sûr qu'après avoir tonné contre l'État, qu'après avoir injurié quiconque veut se servir de rÉtat comme du grand levier de la Révolution, qu'après avoir juré haine à toute espèce de gouvernement, le citoyen Proudhon saura être jusqu'au bout conséquent avec lui-même et nous assurera les bénéfices — s'il pouvait y en avoir — du monstrueux régime dont il appelle sur nous les dangers? Je cite textuellement :
« Il faut, pour qu'une nation se manifeste dans son unité, que celte nation soit centralisée dans sa religion, centralisée dans sa justice, centralisée dans sa force militaire, centralisée dans son agriculture, son industrie et son commerce, centralisée dans ses finances, centralisée, en un mot, dans toutes ses fonctions et facultés; il faut que la centralisation s'effectue de bas en haut, de la circonférence au centre, et que toutes les fonctions soient indépendantes et se gouvernent chacune par elle-même.
« Groupez ensuite, par leurs sommités, ces administrations différentes : vous avez votre conseil des
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ministres, votre pouvoir executif, qui pourra très
bien alors se passer de conseil d'Etat. .
« Elevez au-dessus de to.it cela un grand jury, législature ou assemblée nationale, nommée directement par la totalité du pays, et chargée, non pas de nommer les ministres — ils tiennent leur investiture de leurs commettants spéciaux — mais de vérifier les comptes, de faire les lois, de fixer le budget, de jugef les diflFérends entre les administrations, le tout après avoir entendu les conclusions du ministère public, ou ministre de l'intérieur, auquel se réduira désormais tout le gomrèrnement : et vous avez une centralisation d'autant plus forte, que vous en multipliez davantage les foyers, une responsabilité d'autant plus réelle, que la séparation entre les pouvoirs sera plus tranchée : vous avez une constitution à la fois politique et sociale.
« Là le gouvernement, TÉtat, le pouvoir, quel que soit le nom que vous lui donniez, ramené à ses Justes limites, qui sont, non de légiférer ni d'exécuter, pas même de combattre ou de juger, mais d'a«»i^t^r, comme ministère public, aux débats de» trlbun/iux «t aux discassions du parlement; de rappeh^r In %m% d^» lois et d'en prévenir les contradictions ; d« «iirvitillitr, comme police, leur exécution, et d« poiir^iilvrM \h^ infractions : là, dis^-je, le KOfivern^rn^^rit n*t^t^i /lutf'H chose que le provisieur de la %(j('àMA, ht %^sUi\m\Ui iUi
peuple. » (Cffafe^^iom 4:un ÎUtMuWmuuOih, \u ^')
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Voilà donc que ce terrible adversaire de l'État, de rÉtat en principe, de l'État quel qu'il soit, vient ici nous parler de centraliser toutes choses, d'avoir une représentation nationale^ un pouvoir exécutifs un ministère public, un ministère de t intérieur ; il ne dédaigne pas les vérifications de comptes, il admet un budget^ il s'accommode fort de l'existence de trihunaux^ il veut des 'poursuites contre tout infracteur des lois, horreur ! il demande une pohce, et il va jusqu'à proposer un gouvernement, oui — le mot est de lui — un GOUVERNEMENT PROVISEUR I
Et c'est le même homme qui, dans le même livre, crie : Plus de gouvernement ! Plus d'État ! Comment ! Cette merveilleuse nouveauté : l'anarchie, cette négation intrépide du pouvoir se réduit à la centralisation séparée de toutes les fonctions et de toutes les facultés! C'est en s'indignant contre les révolutions par en haut, qu'on s'en va grouper les administrations par leurs sommités! C'est quand on invoque un pouvoir chargé de poursuivre Us infractions, qu'on ose accuser calomnieusement quiconque prononce le mot Etat de tenir en réserve contre le peuple des charges de cavalerie! Et, contradiction sans exemple, querelle de mots sans dignité, c'est en vue du GOUVERNEMENT PROVISEUR qu'on dénonce aux ennemis de l'oppression le GOUVERNEMENT SERVITEUR !
Qu'on presse le citoyen Proudhon, qu'on lui demande d'exposer ses projets, de bien expliquer corn-
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. ment il entend qu'à Tavenir la société subsiste, et ; Ton verra que sa grande innovation revient à cette r pitoyable vieillerie. — Je cite, et toujours textuellej ment, le Catéchisme socialiste, publié dans la Voix du Peuple du 29 octobre 1849. — « Élection par spéciale lité de fonctions, de travail ou d'intérêt. Agricul- <i teurs, industriels, commerçants, marins, savants, « artistes, tous sont convoqués dans chacune des « branches de leur spécialité pour choisir parmi ceux a qui les composent les plus propres à en représenter « les intérêts communs. »
Voilà donc l'idéal du citoyen Proudhon !
Ce que nous voulons, nous, c'est le suffrage universel compacte.
Ce qu'il veut, lui, c'est le suffrage universel morcelé.
Ce que nous proposons, nous, c'est une représentation nationale issue de l'élection de tous les citoyens votant comme membres d'une vaste famille.
Lui, ce qu'il propose, c'est une représentation nationale issue de l'élection des citoyens, divisés en corporations ayant chacune sa volonté propre et son but particulier.
11 part de la séparation des intérêts qu'il suppose éternelle.
Nous partons de leur solidarité, que les lois de Thistoire nous montrant certaine.
Dans la société de l'avenir, il voit une classe d'agri-