LA RÉGENCE SERA-T-ELLE HEREDITAIRE OU ÉLECTIVE
Un roi meurt, son fils est au berceau, le premier prince du sang est un vieillard imbécile ; que ferat-on ? Si la régence est héréditaire, il faudra que la société coure les risques d'une administration inepte. Ce résultat a quelque chose de révoltant et, selon le mot énergique de Mirabeau : Entre deux enfcmtSy il est ridicule qu*<m n'ait pas le droit de choisir un
homme! D'ailleurs, toute régence engendre par son essence même une situation difficile ; toute régence entraîne les complications propres à un régime provisoire; toute régence manque de ce caractère de majesté qui, dans un pays dont les mœurs sont monarchiques, supplée jusqu'à un certain point au mérite du monarque. Chez un peuple aussi frondeur, aussi inquiet que le peuple français, un régent dénué de qualités personnelles serait sans autorité. On oublie trop aisément que Thabitude des révolutions nous a façonnés à l'indépendance ; que Tet^prit d'examen à fait au milieu de nous des conquêtes impossibles à nier ; et que les principes sont sur nous sans puissance lorsqu'ils ne sont pas convenablement personnifiés à nos yeux.
Eh quoi! si parmi les princes composant la famille royale il s'en t^ouvait un qui, dans l'ordre de la succession, ne fût pas appelé au trône, mais qui se recommandât à la nation par ses vertus, par son intelligence, par son patriotisme, par son amour éclairé pour les institutions que vous voulez maintenir, vous lui préféreriez un homme par qui le sort de ces institutions risquerait d'être irrévocablement compromis I Et, à qui vous interrogerait sur les motifs de cette préférence, vous répondriez gravement : le second mérite mieux que le premier d'être chargé des destins de la monarchie, parce que le second a un an de plus que le premier l Tout cela est d'une incontestable»
bouffonnerie, /et nous nions résolument une science politique dont les conclusions seraient à ce point condamnées par le bon sens.
Mais, si Ton repousse une régence héréditaire, comment admettre, sans sortir du régime constitutionnel, une régence élective ? Une régence élective, bon Dieu ! Ce serait la république au sein même de la monarchie. Un adolescent parvenu à l'âge de sa majorité, mais ne possédant d'autre titre au gouvernement de l'Etat que son acte de naissance, ne disparaîtrait-il pas à côté d'un homme que le choix de la nation aurait couronné d'une auréole resplendissante, pour peu que cet homme eût su se faire des créatures et rendre son administration tutélaire et féconde ? A qui confier, d'ailleurs, le soin de cette élection pleine de périls? A des assemblées primaires? Mais le régime constitutionnel résisterait-il au choc de la souveraineté populaire une fois mise enjeu? Au Corps législatif? Mais que deviendrait, à ce compte, l'équilibre des pouvoirs? Lorsque, foulant aux pieds le testament de Louis XIV, le parlement arracha Tautorité des mains débiles du duc du Maine, pour la déposer entre les mains du duc d'Orléans, ce qui advint, nul ne l'ignore. Le parlement se crut en droit de tout obtenir, et le régent n'osa rien refuser.
Le régime constitutionnel serait donc également menacé, et par une régence héréditaire, et par une régence élective.
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