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QUELLES SERONT LES ATTRIBUTIONS DU RÉGENT

Un régent ne peut pas, ne doit pas être le substitut d'un roi. Ce qui constitue la royauté, c'est ce caractère de permanence que lui donne Thérédité. Un roi, par cela seul qu'il est roi, a des intérêts de dynastie à ménager. Est-ce un bien? C'est un mal. En tout cas, c'est un fait. Il est impossible qu'un roi ne se préoccupe pas sans cesse de l'avenir de sa race, et que cette préoccupation n'exerce pas sur la direction de la politique une influence capitale. Autres sont les préoccupations d'un régent, autres ses intérêts.

Une régence, destinée à mourir, ne saurait être un pouvoir de même nature qu'une royauté, qui est censée immortelle. Une régence est un pouvoir révolutionnaire par essence ; une royauté est par essence un pouvoir conservateur. « On a prétendu, s'écriait « Mirabeau dans l'Assemblée constituante, qu'un réc gent, soutenu de la faveur populaire qui l'aurait € choisi, pourrait détrôner le roi. Prenez garde que « cette objection ne soit encore plus forte contre le « parent le plus proche..., lequel pour régner, même a en vertu de la loi, n'aurait qu'un crime obscur à « commettre et n'aurait plus à craindre de concura rentsi » Le sens de ces paroles est clair, et Mirabeau ici avait parfaitement raison. Dans un régent, ce n'est pas le substitut du roi mort qu'il faut voir.

c'est rennemi du roi vivant. Et dès lors, comment comprendre qu'on s'avisât de conférer à la régence les mêmes attributions qu'à la royauté ? Déclarer, par exemple, le régent inviolable, ne serait-ce pas mettre en danger l'inviolabilité du roi mineur ? Ne serait-ce pas promettre d'avance l'impunité à une usurpation facilitée par ce crime obscur dont parlait Mirabeau ?

On objectera, peut-être, que de tels attentats ne sont plus aujourd'hui à craindre ; que, sous l'empire d'une constitution où le chef de l'Etat est le premier sujet de la loi, les usurpations manquent nécessairement de point d'appui et les factions d'aliment. Mais cette objection paraîtra bien faible à tous ceux qui voudront se rappeler par combien de vicissitudes la monarchie constitutionnelle a dû passer depuis 1789, époque de sa fondation. La constitution de 1791 n'a pas, que nous sachions, préservé de la hache la tête inviolable de l'infortuné Louis XVI ; elle n'a pas empêché un des descendants du régent, Philippe Egalité, de laisser tomber dans l'urne un vote fatal au chef de la famille !

Donc, point de régent inviolable. Et, d'un au Ire côté, que de difficultés, que de périls, si le régent était déclaré responsable I Le rendrait-on justiciable de la cour des pairs ? Rien de plus contraire à Tesprit des monarchies. De deux choses l'une : Ou bien le régent, déclaré responsable, se maintiendrait audessus de toute accusation par une administration

sage, éclairée, bienfaisante, et, dans ce cas, les avantages attachés à Tadministration d'un pouvoir responsablô seraient un argument qui, tôt ou tard, deviendrait funeste à l'institution monarchique; ou bien le régent, déclaré responsable, encourrait un acte d'accusation, et, dans ce cas, nul ne peut prévoira quels excès la nécessité de se défendre pousserait un homme disposant de la force des baïonnettes et de cette énorme puissance matérielle que le régime constitutionnel a livrée au pouvoir exécutif.

Ainsi, de quelque façon qu'on envisage l'avenir promis au régime constitutionnel par une régence, on n'y aperçoit que périls.

Nous nous arrêtons ici. Il ne nous appartient pas de prévoir les destinées réservées à la France. Nous avons voulu seulement^ par un rapide exposé des difficultés qui attendaient la mouarchie , engager des ministres que leurs passions aveuglent à user de leur fortune présente avec modestie et modération. Mais quoi I les avertissements leur ont-ils donc manqué jusqu'ici ? Combien de fois, depuis un demisiècle , révénement n'est-il pas venu cruellement démentir les plus hautaines espérances? Louis XIV est entouré d'une famille florissante ; il voit tomber un à un autour de lui tous les soutiens de son trône; il meurt au milieu des tombeaux des siens, récemment ouverts; et, pour lui trouver un successeur, il faut descendre jusqu'à son arrière-petit-fils.

Louis XV est condamné à pleurer son fils, et <5*est un petit-fils qui lui succède, celui qu'attend, sur la place Louis XV, le 21 janvier I Louis XVI célèbre avec pompe la naissance de son fils, et Thistoire se demande si rhéritier présomptif de la couronne de Louis XVI est mort, jeune encore, sous la tutelle d'un cordonnier. Napoléon sacrifie tout au désir orgueilleux de fonder une dynastie, et Théritier présomptif de la couronne de Napoléon succombe obscurément, sur une terre étrangère, aux atteintes d'une maladie inconnue. Charles X rentre à Paris avec son frère, escorté par toutes les armées de l'Europe ; le trône devenu vacant, il y monte, et rhéritier présomptif de la couronne de Charles X va tomber sanglant à la porte d'une salle de spectacle, laissant un fils qui, lui-même, doit s^ voir condamné à l'exil. Je n'achève pas... en présence de tels spectacles et de telles leçons, à qui l'orgueil princier serait-il permis ?

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