‹ Questions d'aujourd'hui et de demainChapitre 19 sur 70 · A LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

A LOUIS BLANC

Avril 1864.

Mon cher ami, Je sais que la France réprouve l'occupation de Rome comme elle a réprouvé le renversement de la Répuhlique romaine; et, si la parole était libre dans votre pays, elle retentirait d'un bout à l'autre contre la violation désormais permanente du droit national de ma patrie et contre une politique tendant à diviser par la haine deux peuples naturellement unis de cœur et d'aspirations. Ce sont à peu près vos paroles et c'est à peu près l'expression de vos sentiments, que j'accepte, au nom de mes ^8, comme une voix et une protestation de la con- * science française.

Oui, j*en suis profondément conyaincu, la France, dont la place est à l'avant-garde du progrès humain, considère l'occupation de Rome et la protection du brigandage comme une souillure ineffaçable pour son glo- ^oux drapeau et comme l'acte le plus odieux dont elle ^t jamais été atteinte dans son honneur et dans sa civi * dation. Elle en rougit la première, et c'est précisément

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pour cela que mon pays lui tend fraternellement la main et lu4 rappelle le but commun qu'il faut poursuivre , la mission commune qu'il faut accomplir dans le monde.

Mais, indépendamment de cela, il reste à mes amis et à moi un devoir sacré — celui de remercier les démocrates français. Le souvenir de Topposition qui a été faite et qui se fait encore par eux à Toccupation de Rome, au nom des principes immortels du droit et de la justice, restera gravé à jamais dans nos cœurs reconnaissants .

Nous avons néanmoins à exprimer un sentiment plus élevé,— celui de l'admiration pour les hommes généreux qui, dignes héritiers des grandes traditions et des grandes vertus françaises , n'ont pas hésité un seul instant à tout sacriûer pour la défense des droits de la nation italienne.

Fiers d'une proscription qu'ils supportent sans plier le genou devant le succès, ils sont les vrais nobles du siècle, les puissants de l'avenir, les vrais représentants de l'âme de la France.

En traversant les rues de Londres, j'ai entendu avec bonheur les ouvriers de la grande ville faisant retentir à mes oreilles le nom des proscrits français. Le peuple est partout généreux et ûdôle à la vertu malheureuse.

Honneur à eux de la part du monde entier ! Honneur et reconnaissance éternelle de la part de ma patrie !

Je m'incline devant tant d'héroïsme.

Et honneur et reconnaissance à vous aussi, mon cher ami.

Tout à vous.

Signé : 9. Garibaldi,

SUR UN DISCOURS DE NAi>OLÉON III

Publié le 28 juin 1869,

J'ai souvent pensé — et je Tai écrit — que, si Ton pouvait lire dans Tâme de Napoléon III, on y lirait ce que n'exprimerait peut-être pas trop mal un soliloque ^e la nature de celui-ci :

« Mon pouvoir est parvenu à s'établir et à se maint^uir, du moins en partie, à cause du lien qui, aux yeux d'une portion considérable du peuple français, "ûissait l'existence d'un empire napoléonien à des ite de gloire militaire et de grandeur nationale. J^Daais la France n'aurait consenti à rester aux pieds ^'un homme, si on ne lui avait fait croire qu'à cette audition elle aurait le monde à ses pieds. Pour qu'elle Ile trouvât pas ses chaînes trop pesantes, il fallait qu'elles fussent d'or -, et elle put s'imaginer qu'elles

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