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dans son acception la plus générale , l'action est Tinfluençe intellectuelle ou morale qu'un homme exerce sur ses semblables. Un noble exemple est un acte. Nul acte n'est plus fécond que le refus de pactiser avec le mal. Il peut arriver que Vacte le plus important de la vie d'un honnête homme soit sa mort. On n'aurait pas dit du silence des peuples qu'il est la « leçon des rois », si, dans certaines occasions , le silence lui-même n'était pas un acte. Il est des circonstances où une inaction apparente n'est que la forme donnée à une action très réelle ; et c'est par allusion à ces circonstances que Saint-Just disait : « La force est aux inertes,» lui, l'homme d'action le plus actif qu'ait produit l'époque la plus agitée de l'histoire.
Imprimer la flétrissure d'une protestation inflexible, immuable, à la violation du droit, et enfoncer de la sorte dans les esprits l'idée de ce qu'il a d'absolument inviolable, est, de la part des républicains qui, dans la distribution du travail politique, ont choisi cette tâche, un acte dont rien ne surpasse la portée. Quelque utile que leur présence pût être dans une Chambre composée en si grande partie des créatures de l'Empire, elle n'y sera jamais aussi utile que leiir absence, ainsi motivée. Aucun des discours qu'ils pourraient y prononcer n'en dira autant que leur place vide !
Entendent -ils, d'ailleurs, rester bras croisés, bouche close ? Non, non. Ce n'est pas de la sorte qu'ils
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comprennent leur devoir ; ce n'est pas de Ja sorte qu'ils Tont jamais compris. La liberté d'*agir contre l'Empire quand la France était asservie, voilà ce qu'ils demandèrent à l'exil,* et ce que l'exil leur a donné.
Il y avait les exil^'Js de l'intérieur : il importait qu'il y eût des exilés de l'extérieur.
L'œuvre des premiers , qui exigeait des efforts cachés, une intrépidité patiente et le dévouement dans la prudence, avait besoin d'être complétée par l'œuvre des seconds, libres de crier à pleins poumons ce qu'en France on pouvait à peine chuchoter, d'écrire en caractères de feu ce qui ne pouvait s'imprimer en France, d'apprendre à l'univers des faits navrants ou horribles que la France de^ hommes jeunes était condamnée à ignorer.
Les exilés de l'intérieur ont rempli leur devoir : les ; exilés de l'extérieur ont-ils rempli le leur ?
Oui.
Ils ont fait retentir par de là les frontières, pendaat. dix-sept ans, la voix de la France, étouffée en France -
Ils ont rallumé, au dehors, les flambeaux qu'i dedans le despotisme éteignait.
Au prix de cette affreuse angoisse qu'on éprouve « monter le dur escalier de l'hospitalité », ils o intéressé toutes les nobles âmes aux souffrances leur patrie, donné un écho sonore à ses colères, d fendu et vengé son honneur, affirmé devant le mon< la persistance de ses magnanimes aspirations, réfu
ses calomniateurs, arraché à ses ennemis la joie de la croire morte.
Ils ont montré aux peuples, éblouis par les victoires de Crimée et d'Italie, quel squelette cachait la pourpre du triomphateur.
Ils ont, poètes et pamphlétaires, narrateurs et philosophes, traîné le despotisme aux gémonies de l'histoire, après ravoir marqué à l'épaule.
Ils ont, soulevant la pierre de cette espèce de sépul-. cre où les martyrs de Cayenne avaient été jetés vivants, raconté leurs tortures à l'Europe épouvantée et avancé l'heure de la délivrance.
Ils ont agi : ils agiront.
Même hors de la France, jusqu'à ce qu'il leur plaise d'y rentrer, ils continueront de vivre en elle.
Car, ainsi que je l'écrivais, il y a dix ans, à un des nôtres : « Ija France n'est pas seulement une certaine étendue de terrain, traversée par de certaines rivières et bordée par de certaines montagnes ; la France est là où ses traditions héroïques surnagent, où ses véritables instincts rayonnent, et où l'on entend les battements de son cœur. Il est possible, comme le disait I^antoû, qu'on n'emporte pas sa patrie à la semelle de s^ souliers; mais ce que je sais bien, ce que je sens, et ce que vous seatez, mon cher ami, c'est que cette patrie, qui est plus qu'un peu de poussière, on l'emporte au fond de l'âme. Et c'est la servir conformément à la nature de son génie cosmopolite que de
proclamer, de développer, en quelque lieu que ce puisse être, les grands principes de la Révolution française. Qu'écrivit-elle sur son étendard, cette Révolution immortelle ? « Déclaration des droits du Français ? > Non pas ; mais « Déclaration des droits de l'Homme. » Donc, celui qui défend les droits de THomme, partout où il lui est permis de les défendre librement et hautement, celui-là rend hommage à la glorieuse originalité de la France, exécute ses ordres, et travaille à Taccomplissement de sa mission. »
— « Il faut se rapprocher pour toucher. » *- Oui, avec une épée. Et quel républicain a besoin qu'on le lui rappelle, si le moment vient de s'en souvenir ? Mais la plume au service du droit est, aujourd'hui, une épée- dont la longueur se joue des distances, et dont la pointe se fait sentir partout. Pourquoi « ceci tuera-t-il cela ? » Précisément parce qu'avec cela, il faut se rapprocher pour toucher, et qu'avec ceci ce n'est pas nécessaire. Eh! quel est donc l'endroit de la terre que n'atteint pas, quelle est la distance que ne franchit pas, rapide comme l'éclair, la pensée servie par la vapeur, par Télectricité, par les chemins de fer, par les câbles atlantiques, par le développement prodigieux de la publicité? La portée du chassepot fait rire, comparée à celle de la pensée, quand on songe que la parole qui l'exprime peut être entendue à Londres ou à Paris au moment même où elle est prononcée à New- York.
Est-ce à dire que nous soyons fiancés à Texistence de Texil ? Ah ! il faut y avoir vieilli pour en connaître Tincomparable amertume ; il faut avoir été, pendant plusieurs années, — je me trompe : pendant plusieurs siècles, — éloigné de la patrie, pour comprendre combien sont puissantes les séductions du retour ! Aussi aurais-je été trop heureux de répondre à Tappel qui m'était fait, si les considérations exposées plus haut ne m'avaient retenu.
La possibilité de prendre part aux luttes de la presse existant au dehors autant et mieux qu'au dedans, et la question d'un autre genre de résistance n'étant point posée, le devoir ne m'appellerait à Paris que pour y prendre part aux luttes parlementaires, dans le cas où le peuple m'y assignerait un poste. Mais ce poste, il n'est puissance au monde qui me force à le remplir, aussi longtemps qu'il me faudra pour cela prêter un serment qui n'est pas dans mon cœur.
Le peuple veut-il être réellement souverain ? Qu'il élise ceux qui refusent de prêter serment, et qu'il les élise, non point quoique^ mais parce que. Le gouvernement ne comptera pas les bulletins ainsi donnés, c'est vrai ; mais qui empêcherait les électeurs démocrates de dresser la liste de leurs suffrages et de la publier avec leurs noms ?
En attendant, que le peuple réclame l'abolition du serment. Que la presse, les réunions publiques, les professions de foi exigées des candidats, les instruc-
tions données aux membres de l'opposition parlen taire, placent au nombre des réformes les plus urj tes, au premier rang de celles où la dignité è France est engagée , la suppression de cette ob] tion féodale de foi et hommage qui fausse le sufi universel et l'enchaîne, qui abaisse le ton etaltè physionomie de la représentation nationale, qui d( au monde le spectacle, à la fois douloureux et ris du peuple s'inféodant, par ses mandataires, à u ses mandataires, du maître jurant fidélité au s teur ! Quand le suffrage universel n'aura plus à der contre la conscience de qui que ce soit, a mais seulement alors, le suffrage universel sera et suprême ; alors, mais seulement alors, obéir à pel des électeurs sera pour les citoyeus désignée devoir impérieux; alors, mais seulement alori peuple souverain, dans la personne de ses élus, son entrée à la Chambre, portant sa couronne, co) Ct^la doit être, non à la main, mais sur la tête.
Publié le 31 octobre 18G9
Eu principe, dans un pays qui veut la liberté et qui,
P^^ conséquent, doit en être digne, chacun est tenu
^'â-voir le courage de son opinion. Le droit de vote
^^Plique le devoir du vote. En donnant votre suffrage
^ïX tel, vous contribuez à envoyer à la Chambre un
^^ ï^càme qui aura sa part dans la confection de lois
^^*il me faudra subir. Vous me devez compte de
^^ôge que vous faites du pouvoir d'influer à ce point
^^^ mon sort. De cet usage, vous êtes responsable à
Société, dont il affectera en bien ou en mal l'exis-
^-^ c^. Votre vote appartient à tous. S'il vous appar-
■*^ ^it, vous pourriez donc le vendre !
ne me fais aucune illusion sur la gravité des obâcms possibles. On dira sans doute que beaucoup
d'électeurs répugneraient à mettre le public dans la confidence de leurs sentiments; que, eu égard à l'état actuel de la société, le secret du vote est la condition de son indépendance.
Cette considération n'est certes pas à dédaigner; mais il ne faut pas s'en exagérer la force. Le suffrage universel — qu'on ne l'oublie pas — appelle à se prononcer de concert un trop grand nombre de ceux à qui le secret est supi)osé servir de protection, pour que, dans la plupart des cas, ce genre de protection soit nécessaire.
En effet, lorsqu'un nombre considérable de citoyens prennent part ensemble à un acte public, il est clair que la masse sert de bouclier à l'individu. C'est ce qui explique comment un ouvrier peut se joindre à ses camarades quand tous ceux de sa profession entrent en grève. C'est ce qui explique comment le trade-unionisme a pu s'établir en Angleterre, où il n'aurait jamais pris racine si, pour en empêcher le développement, il eût suffi de dire : Quiconque deviendra trade-unioniste sera chassé de l'atelier.
Le vote public est une pratique à faire entrer, autant que possible, dans les mœurs politiques. Elle en retremperait l'énergie, elle en élèverait le niveau. J'y vois, d'ailleurs, l'application non-seulement la plus noble, mais la plus logique de la souveraineté du peuple.
Loin d'être opposé à la nature du suffrage univer-
sel, on peut dire qu'au point de vue de la théorie le vote public en forme l'essence ; car, dans une société bien organisée, il serait absurde et presque ridicule de condamner la souveraineté du peuple à s'exercer en tapinois, et de poser en principe qu'on doit se cacher pour accomplir le premier', de tous les devoirs civiques, comme on se cacherait pour commettre une mauvaise action !
Mais, dans cette question, ainsi que dans toutes les questions, un abus en engendre facilement un autre ; et il est commandé à un esprit politique do distinguer entre le principe et le fait.
Je reconnais donc sans hésiter que, dans un état de civilisation imparfait, demander à la publicité le moyen de rendre le votant responsable de son vote à la société tout entière, c'est s'exposer à le rendre, en fait, responsable vis-à-vis d'un ou de plusieurs individuspuissants, dont il est possible que l'intérêt soit plus contraire à l'intérêt général que ne le serait celui du votant, dégagé de toute responsabilité.
Quand cette situation est celle d'un nombre considérable d'électeurs, nul doute que, de deux maux, le vote secret ne soit le moindre.
C'est l'opinion exprimée par le premier penseur de l'-^Dgleterre, M. John Stuart Mill, quelque opposé Qu'il soit aujourd'hui au vote secret, dont il avait commencé par être un chaud partisan.
D est certain que, lorsqu'il y avait, en Angleterre,
une foule de « bourgs pourris » qui étaient la propriété d'une famille, le patrimoine d'un landlord, le vote secret eût été on ne peut plus désirable comme moyen de déjouer la domination d'une aristocratie écrasante.
Mais c'est étrangement s'abuser sur la nature du suffrage universel que de le croire inconciliable avec le vote public, même Ta où il y a possibilité de recourir au vote public avec succès.
Je ne saurais trop insister sur ce point : le droit de suffrage implique la possession d'un pouvoir que le votant exerce sur la destinée de ses coc citoyens. Il leur doit compte, par conséquent, de l'usage qu'il en fait.
Le votant n'est pas plus autorisé à consulter exclusivement ses intérêts ou ses désirs personnels quand il fixe son choix sur un candidat, que ne le serait un juré quand il prononce son verdict. Dans l'un et dans l'autre cas, le motif déterminant doit être le bien public. Personne n'admettrait qu'un citoyen pût vendre son vote, comme il peut vendre sa maison.
Telle serait pourtant la conséquence logique de cette doctrine que le vote appartient à l'électeur en tant que droit individuel, indépendamment de tout devoir social, et qu'il n'en est comptable qu'à lui-même.
Le vote secret peut, eu égard à certaines circon-
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stances, être une nécessité : le vote public est un principe (1).
(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, il s'est passé en Angleterre un fait qui montre à quelles déceptions Ton s'expose quand on s'écarte des principes. Depuis longtemps, le parti libéral, en Angleterre, demandait le vote secret {ballot), convaincu que ri*»n ne pouvait lui être plus favorable. Eh bien, le système du vote secret ayant fini par prévaloir, qu 'est-il arrivé? Que, dans les élections générales faites sous l'empire de ce système, le parti libéral a été écrasé I