UNE LEÇON D'HISTOIRE
Publié le 21 janvier 1870
Prétendants qui ^manquez encore d'expérience, usurpateurs en herbe, apprentis despotes, l'histoire des dix-huit dernières années vous donne une leçon î^i vous profitera, pour peu que vous la méditiez. Ecoutez bien :
Si vous portez un nom illustré par ces grandes opines qu'on nomme conquêtes et par cet art de Diettre les générations en coupe réglée qu'on nomme ^ guerre ; si ce nom, selon l'usage, est devenu cher aux égoïstes qui pensent et aux ignorants qui ne pensent pas, en proportion des maux dont il rappelle ^® souvenir et à cause des flots de sang qu'il fallut herser pour le rendre Êameux ; si, dans les j)ays où ^ûe couronne, tombée par terre, est à ramasser, il
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existe une classe nombreuse de gens à qui la liberté fait peur et qui ne sauraient dormir tranquilles tant qu'ils n'ont pas un maître, vous avez la partie belle. La gagner dépend de vous.
D'abord, partez de ce principe : que la bêtise
humaine et la bassesse humaine sont deux abîmes sans fond. Vos calculs seront toujours justes si vous poussez aussi loin qu'il convient le mépris des hommes. Mais prenez garde 1 Ne les méprisez pas à demi. Rien de plus dangereux.
Si, après avoir posé votre candidature au trône par des révoltes contre le prince qui l'occupait et avoir reçu votre pardon de sa générosité, vous trouvez sur votre chemin, au lieu de ce prince, tout à coup renversé par quelque forte secousse révolutionnaire, une République appuyée sur le suffrage universel, posezvous en adorateurs de la liberté. N'affichez d'autre ambition que celle de vivre en bons citoyens. LorsqueE vous parlerez des tyrans dont vous convoitez l'héritage, que ce soit pour gémir de la fatalité des circonstances qui, coupant court à leurs généreux desseins^ ravirent à l'humanité le fruit de leur génie. Faites sonner bien haut la souveraineté du peuple. En fait d» droits, ne mentionnez jamais que les siens. Demandez . lui, comme moyen de mieux servir la République, d^ vous en confier la présidence. Vous obtiendrez san-peine cet honneur : la gloire attachée au mal que vo prédécesseurs ont fait aux hommes vous en répond*
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Sommés de prêter serment de fidélité à la République, jurez tout ce qu'on voudra, et cela d'une voix émue. Puis, ayez soin de vous effacer le plus possible. C'est TAssemblée, seul obstacle entre vous etTempire, c'est FAssemblée elle-même qui préparera votre triomphe en mettant aux prises des partis ardents à s'entredétruire.
S'il arrive que le parti dominant, dans cette Assemblée, soit celui à qui rétablissement de la République est en horreur et qui soupire après le retour de la ûionarchie récemment renversée, cette heureuse circonstance vous promet une victoire facile. La majorité, se sentant puissante, deviendra tyrannique. Elle provoquera par ses violences les violences de la minoï^ité. Elle dénoncera les républicains et leurs représentants comme une engeance perverse.
Dans des pamphlets dont elle inondera les campagnes ^us des titres tels que celui-ci : Manuel du paysan ^lecteur^ elle présentera les honnêtes gens que préoccupe l'amélioration du sort des masses comme un ïamas d'aventuriers, d'échappés des galères, de coupejarrets, de gens de sac et de corde, de partageux P>êts à mettre le pays à feu et à sang. Laissez-la faire 6t souriez : en croyant travailler pour les princes déchus, c'est pour vous qu'elle travaille. Une société ?ni croit avoir besoin d'un sauveur a un maître.
D'ailleurs, comment une Assemblée s'arrêterait-elle, ^ûe fois lancée sur la pente des fureurs collectives, les
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plus aveugles de toutes ? Aidez celle que vdus avez devant vous à supprimer le suffrage universel : vous n'aurez qu'à le rétablir, pour empêcher le peuple de la défendre quand le moment sera venu d'en finir avec elle.
En attendant, prenez vos mesures. Pas d'indiscrétions. Surtout, pas de scrupules. Si l'Assemblée, au. lieu de prendre l'armée sous ses ordres, vous la livre avec le concours des républicains qui en font partie et que la perspective d'un 18 Fructidor effrayera peutêtre plus que celle d'un 18 Brumaire, la partie est s vous. Pour avoir raison d'une Assemblée qui gêne, fi suffit d'une horde de soldats avinés. Pour tuer un Constitution, rien de tel qu'un coup de baïonnette Deux exemples mémorables prouvent l'efficacité souve raine de ce procédé.
La réussite, toutefois, exige certaines conditions Vous devrez vous entourer de gens perdus de dettes m capables de tout, débaucher clandestinement l'armée détourner les soupçons d'un coup d'Etat par des dehoMi de candeur, déjouer l'inquiétude publique par mil"^ rumeurs contradictoires, multiplier les fausses ala^ mes jusqu'à ce que vous ayez endormi l'opinion dann une sécurité fausse. Et alors, osez ! Que, la nuit, ac: heures de guet-apens, les généraux hostiles soiera empoignés dans leur lit. Que Paris, en se réveilla se trouve dans une embuscade. Que l'Assemblée dissoute par des traîneurs de sabre. Pour tout avert "3