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UNE GUERRE AVEC LA PRUSSE

sans fin, et qui ferait peut-être reculer la civilisation d*im siècle ou deux, — voilà ce qu'on somme la France d'affronter, sous prétexte que l'amour-propre de quelques diplomates et la dignité du peuple c'est tout un, et dans le but, à peine dissimulé, de donner à Théritier présomptif ce qu 'on nomme le baptême de la gloire.

0 grand peuple de France, est-il possible qu'on ose compter à ce point sur l'obscurcissement de ton intelligence, et qu'on espère à ce point te prendre au piège de ton courage I

Publié à Paris le 12 septembre 1870

Rien de plus étonnant et de plus douloureux que

l'apparente impassibilité avec laquelle l'Europe assiste

à une lutte dont les suites peuvent être pour elle si

terribles.

Il est singulier que les gouvernements étrangers ne

'Soient pas de quel danger les menace l'énorme, le

prodigieux accroissement de puissance que la Prusse

^oit à la guerre; qu'ils ne comprennent pas de quel

I^ids écrasant, si la France était démembrée au profit

^^ roi Guillaume, la Prusse pèserait sur le monde.

Ï2st-ce que d'aventure la Russie serait devenue in-

^iflFérente à la question des provinces baltiques ?

- ^st-ce que l'Autriche est sûre, si la Prusse tant

S^^andie s'agrandit encore, qu'elle, Autriche, pourra

vivre tranquille à l'ombre d'un pareil colosse, et que son exclusion de TAllemagne aura été la dernière d( ses humiliations , le dernier de ses malheurs ?

Est-ce que Tinvasion du Danemark, et les motifs, s transparents, qui déterminèrent ce coup de force n'ont rien appris aux Anglais sur les desseins de la Prusse, en ce qui touche la domination des mers ? La puissance à laquelle il a fallu Kiel pour avoir la mei Baltique, ne sera-t-elle jamais tentée, pour avoii l'Adriatique, de mettre la main sur Trieste ? Et le bras qui se trouve assez long pour atteindre Paris nle sera-t-il pas assez pour atteindre Amsterdam ?

Que l'Europe y songe : c'est l'idée du pangerma^ nisme qui s'est levée ; c'est elle qui s'avance armée d toutes pièces.

Il y eut coalition de tous les Etats européens conte Louis XIV ; il y eut coalition de tous les Etats eura péens contre le premier Napoléon; et, dans V\m comme dans l'autre cas, l'Europe fut inondée cf sang. Eh bien, les mêmes causes ne sauraient mex. quer de produire les mêmes effets. Tout essai c: monarchie universelle contient en germe une coal tion ; et le jour où une coalition se forme, le mon^ est en feu. Il y aurait sagesse, de la part des go«. vernements, à prévenir par une action collective pacifique, et conforme au génie de la civilisatic: moderne, ce qui, plus tard, risquerait de ne pouvC être arrêté qu'au prix d'épouvantables déchirement

L'Europe, qui eut besoin de tant d'eflForts et eut à subir tant de maux pour arracher le continent à l'ambition d'un César français, n'a-t-elle aucun intérêt à se préoccuper de celle d'un César germanique que tout annonce devoir être plus formidable encore?

On ne dira pas que nous calomnions l'ennemi : ce sont ses propres prétentions qui Taccusent.

Il a pour lui la fortune des armes : soit. Un caractère agressif fut imprimé à cette lamentable guerre par régoïsme et l'idiotisme du malheureux, qu'un cri venu du fond des entrailles du peuple a flétri en le détrônant, mais que notre tort ou, plutôt, notre malheur fut de subir : c'est vrai. Qu'à ce doqble point de vue, la Prusse se crût en droit de réclamer une indemnité de guerre, on le concevrait. Mais il n'est pas concevable que cette indemnité consiste dans un démembrement de notre Frjnce. Il n'est pas équitable qu'elle expie les crimes de qui la traîna, enchaînée, sur le champ de bataille, par le lâche abandon des plus généreux d'entre ses enfants, par la scandaleuse dénaturalisation de la sublime ville de Strasbourg, au moment même où elle verse goutte à goutte tout son * sang pour rester française.

Ceux qui exigeraient cela de nous seraient des barbares. Ceux qui nous pressent de consentir à cela veulent nous déshonorer.

Et sur quels motifs se fondent les exigences des uns, les injurieux conseils des autres ?

Quiconque dit que la cession de l'Alsace à la Prusse serait, pour l'avenir, une garantie de paix, ment à sa conscience ou abdique sa raison. Ce qui germerait fatalement dans une cession de ce genre, ce serait l'esprit de revanche ; ce serait une haine internationale impossible à éteindre ; ce serait, à la première occasion favorable, la guerre, encore la guerre, toujours la guerre.

Quiconque, étant Allemand, réclame l'Alsace comme ancienne provinC/O allemande, et parce que la langue allemande y est parlée, celui-là fait passer une question d'ethnologie avant une question de cœur ; ce quj fut, avant ce qui est; laWrt, avant la vie ; celui-là conclut à traiter les peuples comme des troupeaux,

L'Alsace veut-elle ou ne veut-elle pas être française?

Ah ! elle nous mènerait loin, cette théorie fondée sur l'identité du langage. Si je ne me trompe, on parle' français en Belgique et l'on parle anglais aux Etats-Unis. Rappelons, en passant, que la Prusse, lorsqu'elle se rua sur le Schleswig, ne fut pas fort touchée de cette considération, qu'elle allait commander à des sujets de langue danoise.

La ville de Strasbourg bombardée, incendiée, à demi enterrée sous les ruines^ indomptable, et criant: Vive la France 1 voilà la réponse.

Que si on ne la trouve pas suffisamment claire, qu'on demande aux Alsaciens de décider de leur sort par un

vote, un vote parfaitement libre. La Prusse accepte-telle ce défi ?

Si oui, la paix est facile, la paix est faite.

Si non^ la Prusse est contrainte d'avouer qu'elle ne reconnaît d'autre philosophie que la violence, d'autre droit que la conquête, d'autre Dieu que la force.

Alors, que l'Europe juge.

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