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pas des racines bien profondes dans la société; mais il conservait encore sur les âmes une influence dont il pouvait facilement abuser; d'ailleurs, il possédait de grands biens placés en dehors de la circulation et du commerce, et que la bourgeoisie n'avait qu'un moyen d'entamer; enfin l'autel avait lié sa cause à celle du trône. Les philosophes frappèrent à coups redoublés sur le catholicisme ; ils prouvèrent que les prêtres avaient abusé de la crédulité du peuple pour se rendre puissants et riches. Diderot nia la nécessité d'un culte et demanda la destruction des temples, en disant qu'ils ne faisaient qu'emprisonner la majesté divine, et en s'écriant : « Élargissez Dieu I »
Pour ce qui est de l'unité politique, les philosophes attaquèrent la royauté dans ce qui constitue le plus spécialement sa puissance, et ils s'écrièrent par la bouche de leur chef:
Le premier qui fut roi flit un soldat heureux.
Enfin, pour ce qui est de l'unité sociale, la plus difficile à établir là où elle n'existe pas, et à ruiner là où elle existe, les philosophes, sans le savoir et sans le vouloir, rapprochèrent le, moment de son organisation définitive. Pour amalgamer les corps, la chimie commence par les décomposer. La philosophie du dix-huitième siècle ne fit que la seconde de ces deux opérations. La société était divisée en catégories : elle la décomposa en individus.
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Arrêtons-nous ici un instant pour contempler le singulier phénomène que le dix-huitième siècle nous présente.
Dans Tordre social, tout tend au rapprochement des conditions. Les vieilles distinctions s'eflfacent. L'esprit d'exclusion va s'affaiblissant de jour en jour. Abdiquant la grotesque majesté de leur primitive ifnorance, les grands s'avisent enfin de penser. Le marquis de Condorcet fait des livres; le baron d'Holbach met ses salons et sa table au service de la philosophie ; le chevalier de Jaucourt travaille avec une ardeur vraiment plébéienne au Dictionnaire encyclopédique.
Toutes les vanités se rapprochent, tous les rangs se confondent, toutes les classes se mêlent. Madame Geoffrin rassemble chez elle les artistes et les grands, les gens de lettres et les gens en place. Grimm entretient une correspondance familière avec l'impératrice de Russie, la reine de Suède, le roi de Pologne. Enfin, le prince de la philosophie du dix-huitième siècle, Voltaire, compte les plus glorieux souverains de l'Europe parmi les courtisans de son génie. Les corporations se désorganisent. C'est en vain que le Parlement se couvre de son inviolabilité, et défend-avec orgueil les prérogatives de son isolement. Il faut que tout cède à cette force inconnue qui passe sur la société pour la niveler.
Dans Tordre moral, tout tend à la division des
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esprits. L'unité de foi se brise violemmeat ao ehoe de mille opitkioBs jalouses de leur originalité . L'esprit de secte agite et ravage le monde des intelligenees. Ici, ce sont les économistes qui ne voient guère lé triomphe de la civilisation que dans la satisf actioii des besoins lAatàriels du peuple. Là, ce sont les jansénis*tes.^ui voudraient faire suôer à la sodété tout ce qu'il y a d'amer dans l'^aseétisme de leurs doctrines. A côté des enéyclopédistes, dont quelques*uns s'occupent à systématiser l'athéisme et à remplacer Dieu par la nature» les convulsionnaires se réunissent pour travailler à la future conversion des Gentils» et préparer par des sacrifices emblématiques Tc^uvre d'une té* demption nouvelle. Tous les esprits ont la eonseieûce d'une prochaine révolution. Mais cette révolution, les uns là placent dans la découverte de la pierre philosophale» les autres dans l'établissement de la paix uniiverselle. Que dire? jamais la pensée ne revêtit des formes plus diverses ; jamais Taotivité humaine ne se déploya plus énergiquôment par le nombre et la variété de ses manifestations.
Eh bien, coïncidence singulière ! c'était de la combinaison de ces deux mouvements, en apparence opposés, que devait naître la révolution qui a renouvelé la société.
La mission du dix-huitième siècle était de détruire. Or, la volonté de détruire résulta du mouvement de division introduit dan» l'ordre intellectuel. Le pouvoir
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de détruire résulta du mouvement contraire introduit < dans l 'ordre social .
Sn effet, le peuple ne veut tout renverser que lors* qu'il en est venu à ne rien croire. Voilà pourquoi Tanarchie intellectuelle du dix^huitième siècle était nécessaire pour disposer les esprits à Tœuvre de destruction et de recomposition que la logique de l'histoire avait rendue inévitable.
Mais ce n'est que par une pente insensible qu'une société arrive à se transformer. Les révolutions n'ont point de date. Avant que la nation s'occupât de cette rude et sanglante mission qui lui fut plus tat*d imposée, il. fallait que l'ancienne hiérarchie tdt discréditée, que la philosophie rapprochât les distances, et> par un nivellement continu, mît le peuple en état de combattre comme ses égaux ceux qu'il avait si long- ■ temps redoutés comme ses maîtres.
La philosophie du dix^huitième siècle fut donc l'instrument d'un progrès véritable en ce sens qu'elle détruisit une unité morale devenue oppressive, décria une unité politique placée où elle ne devait pas l'ètrei et rapprocha, quoique à son insu, la date du grand triomphe de l'unité sociale. Mais toujours est-il que son influence immédiate se réduisit à faire prévaloir les intérêts et les tendances de la bourgeoisie.
Loin de nous la pensée de déprécier les hommes de cette brûlante époque. Que Grimra ait spéculé sur la réputation de ses amis^ et se soit fait auprès d'eux le
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courtier vaniteux des majestés royales ; que Diderot ait compromis par de juvéniles effervescences la dignité de sa vieillesse; que d*Alembert ait voulu répondre par des lettres de cachet aux morsures de Fréron ; enfin, que tous ces graves philosophes aient quelquefois oublié leur rôle dans la cellule de madame Dudeffant ou au chevet de mademoiselle Lespinasse, qulmporte après tout ? Que sont les hommes là où la pensée tient tant de place ? Quoi qu'on puisse dire, ce fut un grand siècle que celui où tant de choses furent remuées, et où l'esprit nouveau fut si puissant^ qu'il domina la société tout entière, depuis la base jusqu'au faîte, pénétrant à la cour de Prusse, par Frédéric; à la cour d'Autriche, par l'empereur Joseph ; au Vatican, par Clément XIV; à la cour de France, par Turgot et Malesherbes.
Mais, s'il est puéril de traiter avec dédain la philosophie du dix- huitième siècle, il ne faut pas non plus lui accorder des éloges qu'elle ne mérite pas. Elle fut sèche, aride, acrimonieuse ; en marchant au combat contre les vieux pouvoirs, elle déploya plus de colère contre les oppresseurs que de charité pour les véritables victimes; elle eut plus de chaleur de tête que d'enthousiasme, plus d'esprit de parti que de sincère conviction. Née d'une réaction du sentiment individuel contre l'unité catholique, elle s'occupa beaucoup du droit individuel, fort peu du droit social, sans se douter qu'en exaltant outre mesure l'orgueil de
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rhomme elle le poussait à chercher son indépendance dans l'isolement, sa dignité dans l'égoïste contemplation de lui-même^ son bonheur et sa gloire dans l'exercice solitaire de ses facultés.
Il faut tout dire : parmi les hommes qui, alors, furent appelés philosophes, il y en eut un qui se tint à l'écart et se mit même en travers du torrent. Ce fut Rousseau. La philosophie de Voltaire avait pris pour devise : Bourgeoisie et droit individuel; celle I de Rousseau écrivit sur sa bannière : Peuple et droit social. Le premier était parti du point de vue de l'isolement ; le second partit du point de vue de l'association. Lequel avait raison? le premier, si Ton ne considère que les nécessités relatives de Tépoque ; le second, dans le cas contraire. Qu'importe, en effet, la décomposition de la société en individus, sans un système d'unité qui les fasse vivre moralement d'une vie commune; sans un système d'association qui noue scientifiquement leurs rapports; sans une autorité enfin assez forte pour empêcher que l'association, une fois formée, ne soit troublée ou détruite par les passions individuelles ? Les intérêts sont-ils donc destinés à marcher pêle-mêle, à l'aventure, et au risque de se coudoyer à tout instant ? Non, certes, et de toutes les tyrannies la plus pesante c'est l'anarchie. La société d'aujourd'hui, comme nous le verrons, en est une bien triste preuve.
En 1789, la besogne se trouvait donc taillée pour la
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bourgeoisie, L'Assemblée constituante ne fit que ce que les philosophes du dix-huitième siècle avaient pensé.
Pour que Tinsolence des nobles ne fît plus rougir les bourgeois, tous les vieux titres de noblesse furent détruits et tous les vieux éçussons brisés.
Pour que le clergé ne pût pas s'armer contre la domination des bourgeois de son pouvoir spirituel et de ses richesses, on le contraignit à prêter serment à la Constitution, et on lui enleva ses biens, moyennant salaire.
Pour que la royauté fût désormais hors d'état d'effrayer, de vexer, de piller, d'emprisonner leà bour* geois, on lui enleva sen satellites étrangers, et une garde nationale fut créée; on fit définitivement main basse sur les lettres de cachet, et la liberté individuelle fut décrétée; on mit au néant les anciens offices de judioature, et le jugement des citoyens par leurs pairs fut consacré ; on força les gens de finance à rendre compte de leur gestion, et le vote des impôts par ceux qui les payaient fut établi ; enfin, on invoqua le courage héroïque du peuple, et, sur la dernière pierre de la Bastille détruite de fond en comble, cette inscription fut gravée :
Ici Von danse !
Toutes ces réformes furent utiles, sans doute, et éclatantes. Mais ce n'était pas aux prolétaires qu'en revenait surtout le bénéfice.
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Ce n'étaient pas des hommes vivant au jour le jour et dans la plus profonde misère qui pouvaient demander compte aux grands de Tlnsolence de quelques parchemins devenus illisibles. Ce n'étaient pas des hommes privés de toute consolation dans ce monde qui pouvaient courir de gatté de cœur au renversement des croyances religieuses. Ce n'étaièût pas des hommes ne possédant pas même les instruments de travail et échappant par leur obscurité et leur pauvreté, soit aux vexations du roi, soit aux déprédations des courtisans, ce n'étaient pas de pareils hommes qu'intéressaient directement le vote des impôts et l'affaiblissement de la royauté.
Il est vrai qu'une réfortne avait eu lieu qui se liait plus étroitement à l'intérêt des prolétaires : le système des jurandes et des inaîtrises avait été aboli. Mais par quoi avait-il été remplacé ? On avait proclamé le principe de la libre concurrence .
Or, au temps de la révolution, le peuple trouvait lé domaine du travail occupé tout entier par la bourgeoisie. C'était à elle qu'appartenait le sol ; à elle
qu'appartenait le numéraire ; à elle qu'étaient réservées les inappréciables ressources du crédit. Quant au peuple, n'ayant ni propriétés, ni capitaux, ni avances^ ne pouvant rien économiser sur le travail de la veille pour subir sans danger le chômage du lendemain^ de quelle valeur pouvait être pour lui le don de la liberté ? N'allait-il pas se trouver à la merci des
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propriétaires du travail ? Courbé sous le fardeau de toutes les misères nées d'une organisation sociale depuis longtemps corrompue, son existence n'allait-elle pas se trouver soumise, par le principe de la libre concurrence, à tous les hasards d'une hqmicide folleenchère ? Et ne lui était-il pas facile de deviner ce que signifiait ce mot : citoyens inactifs, dont la Constituante avait flétri les hommes du peuple ?
C'est ce qui ne tarda pas à être compris. Sous le règne de la Convention, des penseurs audacieux purent se lever et dire :
Pour qui donc a été faite la révolution ? Est-ce pour le peuple qui a renversé la Bastille ; qui s'est fait mitrailler par les Suisses dans la journée du 10 août; pour ce peuple qui chaque jour court à la frontière défendre les acquisitions révolutionnaires contre la ligue des nobles, des prêtres et des rois? La société n'a-t-elle donc été remuée dans toutes ses profondeurs, que pour remplacer la domination exclusive de l'intérêt nobiliaire par la domination exclusive de l'intérêt bourgeois: un despotisme par un autre despotisme ? Qu'importe que les hommes du peuple soient appelés àç^^ pauvres, après avoir été appelés des vilains, après avoir été appelés des esclaves^ si leur situation n'a pas changé de nature en changeant de qualification, et s'ils sont opprimés au nom de la liberté, comme ils l'étaient au nom du bon plaisir ? La révolution ne peut s'arrêter là. Cherchons
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à détruire le prolétariat en donnant au travail une organisation savante et démocratique; trouvons un régime qui ne soit ni celui des maîtrises et des jurandes, ni celui du laisser-faire. En un mot, marchons à ce but : Tégalité, pour tous, des jouissances sociales.
Et, afin que tout soit en rapport dans la société régénérée, appuyons l'unité sociale sur l'unité morale.
C'était poser la question d'une manière large et héroïque. Mais la solution n'en pouvait être complète que par une bonne organisation de l'unité politique. Malheureusement, il y avait tant de périls à conjurer et tant de résistances à vaincre, que la seule idée qui se présentât fut celle de la dictature individuelle.
Cette dictature fut exercée d'une manière terrible, et elle oublia bientôt d'être organisatrice pour devenir militante, c'est-à-dire qu'au lieu d'étudier et d'imposer le résultat de ses études elle se contenta de combattre. Les ennemis du dehors furent domptés à force de batailles, les ennemis du dedans à force d'échafauds. La France fut enivrée d'enthousiasme et de sang.
Ce fut un malheur inévitable sans doute ; il y avait mille obstacles à écarter, et il n'est pas donné à l'homme de détruire d'une main et de fonder de l'autre; mais ce malheur n'en fut pas moins immense, car le grand travail d'organisation jugé nécessaire fut ajourné; et, loin d'atteindre le but qu'il s'était proposé, le Comité de Salut public le recula, en mêlant
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dans tous les esprits Tidéé de terreur à Tidée de réforme sociale; tant il est vrai que les réactions, même lorsqu'elles ne dérivent pas des passions des hommes, mais de la fatalité des circonstances, portent en elles tout à la fois et leur condamnation et leur excuse !
Après cela vint l'Empire ; le but que les penseurs de la Convention avaient si bien aperçu disparut alors complètement dans la fumée des batailles. On ne songea plus à organiser le travail du peuple, qui fut occupé pendant quinze ans à travailler à la renommée d'un homme, et que Napoléon nourrit pendant quinze ans du pain de ses victoires. Napoléon tomba, laissant dans le cœur de ses soldats le culte de son nom et l'empreinte ineffaçable de son génie. Mais de toutes ces batailles de géants, qui avaient couronné des enfants d'aubei*ge et mis la fille des Césars germaniques dans le lit d'un sous-lieutenant, il ne restait au peuple qu'un amour plus vif de l'égalité et un sentiment profond de sa propre grandeur.
Napoléon ne s'était pas du tout préoccupé de l'unité sociale; ses efforts pour la restauration de l'unité morale avaient été stériles, et il avait fait de 1 Wité politique le despotisme le plus étouffant, le plus odieux qui fût jamais.
En 1814 et 1815, l'intérêt bourgeois reparaissant sur la scène, les choses furent ramenées au point où l'Assemblée constituante les avait laissées. Le libéralisme battit en brèche l'unité morale sous les auspices du
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génie de Voltaire ; la concurrence illimitée fut prêchée de toutes parts sous les auspices du génie d'Adam Smith, et l'équilibre des trois pouvoirs, importé . d'Angleterre, tint Keu d'unité politique. Personne n'ignore quelles résistances la bourgeoisie eut à vaincre, et comment elle les vainquit. La révolution de 1830 n.'a été qu'un écho prolongé de celle de 1789, et cette fgis, comme en tant d'autres circonstances, le peuple ^ combattu pour d'autres que pour lui I
Voilà comment nous avons été amenés à voir l'unité bannie à la fois et de Tordre moral, et de Tordre social, et de Tordre politique. Qu'y avons-nous gagné ? Ici Thistoire fliut et la critique commence.
Dans quel ordre d'idées se poursuivront nos études, on ei^ peut ^uger maintenant. Il faut combattre Ta^ narchie ; il faut montrer aux rêveurs, aux utopistes du Ju^te-Milieu, comment elle se trouye introduite dans Tordre moral par le scepticisme, dans Tordre social pa^: la concurrence illimitée, dans Tordre politique par la lutte acharnée des deux prérogatives, Que nous ressemblons bien à cet enfant Spartiate qui cachait sous sa robe le renard qui lui rongeait silen^ cieusement les entrailles! L'anarchie est là qui de toutes parts nous ronge, et nous n'osons pas Tavouer. Nous couvrons en souriant nos blessures, à la voix de tous ces sophistes effrontés qui, à force de nous crier : t Craignez le désordre de dem^^n I » nous empêchent de voir Timmense désordre d'aujourd'hui.
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L'unité qu'il est dans notre désir et de notre devoir d'invoquer, ce n'est point, dans Tordre moral, le jésuitisme avec son hypocrisie et son despotisme ; ce n'est point, dans Tordre social, ïe régime exclusif et " sans entrailles des maîtrises et des jurandes; ce n'est point, dans Tordre politique, Timbécile et vaniteuse tyrannie de la royauté absolue ; c'est quelque chose de neuf, qui ait sa source dans les réalités du présent et son aboutissement dans les nécessités logiques de l'avenir.
Gouvernement de la société par elle-même au moyen du suffrage universel ; en tout ce qui touche les intérêts communs aux diverses parties de la société, mais en cela seulement, centralisation; une seule Chambre, avec la garantie du double examen ; suprématie du pouvoir législatif, qui est la tête, sur le pouvoir exécutif, qui est le bras : voilà pour Tunité politique.
Etablissement de la Commune sur de fortes bases, et organisation du travail d'après le double point de vue de l'accroissement des produits et de leur répartition équitable entre les capitalistes et les hommes de main-d'œuvre : voilà pour Tunité sociale.
Indication des points principaux sur lesquels doivent porter les croyances communes : voilà pour Tunité morale.
Nous ne pouvions qu'indiquer ici nos tendances générales. C'est à les justifier, à les préciser, à les
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développer, que nous consacrerons tous nos efforts. Le dernier mot de nos convictions et de nos espérances est celui-ci : Fraternité; mot sublime, mot
trois fois saint, mot sans lequel Tégalité ne serait
que chimère et la liberté qu'oppression. Pour réaliser le noble but que ce mot définit, que chacun se mette à l'œuvre. Si le savant cherche des procédés nouveaux, que ce soit pour diminuer le travail du pauvre et non pas son salaire. Si le poëte s'inspire, que ce soit pour faire honte à Tégoïsme de sa stupidité lâche, ou pour glorifier les grandeurs et les joies augustes du dévouement.
Si petite que soit cette lampe dont parlait naguère M. Guizot, faisons-la courageusement brûler. Tant pis pour ceux qui se croiraient intéressés à l'éteindre I Car en demandant justice pour les pauvres, nous veillons sur ce riche que les coups du sort peuvent demain faire tomber dans la pauvreté. En demandant protection pour les faibles, nous songeons aussi à vous, puissants du jour, que le souffle des vicissitudes humaines peut d'un instant à l'autre dépouiller de votre force. Oui, tous les hommes sont frères ; oui, tous les intérêts sont solidaires. La cause de la démocratie, c*est la cause de la liberté bien entendue, qui ne peut exister là où n'est pas l'unité La démocratie est comme le soleil, elle brille pour tous.