‹ Questions d'aujourd'hui et de demainChapitre 6 sur 70 · DE LA ROYAUTÉ EN FRANGE · texte numérisé non relu

DE LA ROYAUTÉ EN FRANGE

Publié en 1839

Qu'est-ce que la royauté en France ? ou plutôt que doit -elle être?

Les uns veulent qu'elle gourerne le conseil des ministres ; qu'elle signe des ordonnances qui aient force de loi ; qu'elle dise : je veuxj là, où la Chambre dit : je désire ; qu'elle donne à un de ses fils le commandement des armées, à un autre le commandement des flottes ; qu'elle puisse à son gré dissoudre les Chambres et les déclarer factieuses si le corps électo* rai les appuie; qu'elle vive dans tous les fonctionnaires publics, depuis le premier ministre jusqu'au dernier garde champêtre ; qu'elle traverse la société en tous sens et soit partout, comme on dit de Dieu, invisible et présente.

Les autres la veulent immobile et mliette. A-t-elle fait un faux pas? la Constitution s'écroule... prononcé une parole? tout est perdu. Pour eux, la royauté n'est bonne qu'à occuper éternellement une place qui sans cela serait éternellement enviée. Son rôle est de se tenir debout au sommet de la société, comme un saint dans sa niche.

Les uns demandent pour elle des châteaux, des forêts, d'immenses domaines, des pages, des chambellans, des maîtres de cérémonies, une cour et assez d'argent pour perdre en largesses dans un. jour ce que l'abbé de Gondy mettait cinq mois à dépenser ; ils demandent une moitié de sceptre pour le duc d'Orléans, des épaulettes de général pour le duc de Nemours, un bâton d'amiral pour le duc de Joinville, une épée valant ce qui ferait vivre cent pauvres familles pour le comte de Paris au maillot, un pourpoint tailladé pour M. Barthe, qui n'a qu'un frac, et un titre de comte pour tout roturier qui rougit de son père.

Les autres entendent que la royauté n'ait pas d'éclat, pas de prestige ; ils lui marchandent sa liste civile, denier par denier ; ils trouvent mauvais qu'on dore le bout des grilles des Tuileries ; ils interdisent au chef de l'État la faculté de régler, comme fait le plus mince bourgeois, l'étiquette de sa maison; ils soulèvent des tempêtes à propos d'une broderie et ne pardonneraient pas à la royauté de dépenser, en frais

de popularité, autre chose que des poignées de main.

Les uns la voudraient voir entourée d'une aristocratie qui la protégeât de sa force et la fit resplendir de son éclat.

Les autres s'étonnent et s'alarment de lui trouver douze aides de camp.

Les uns, enfin, partent de M. Cottu, pour aboutir à M. Fonfrède ;

Les autres, de M. de Olermont-Tonnerre, pour aboutir à M. Duvergier de Hauranne.

De ces deux écoles monarchiques, les seules que nous rencontrions sur le champ de bataille de la discussion, laquelle vaut mieux ? Comment interpréter la Charte ? comme la première ou comme la seconde? Et de quel côté se trouvent la logique, la raison, la connaissance de l'histoire, l'instinct du vrai, le sens pratique des choses ?

Ni d'un côté ni de l'autre.

Examinons, d'abord, les utopies de l'école monarchique, représentée aujourd'hui par M. Fonfrède; nous passerons ensuite aux utopies de celle que représente M. Duvergier de Hauranne.

On a vu précédemment (1) que la bourgeoisie ne s'était élevée que par le principe de libre examen en matière de religion; que par le principe de concurrence illimitée en matière d'économie sociale, que par le

(\) De r Unité sous ses trois aspects.

principe de résistance en matière politique , toutes choses profondément inconciliables avec l'essence de la royauté telle que M. Fonfrède la conçoit.

Que serait, en effet, la royauté de M. Fonfrède ?

Ce serait uo pouvoir de nature aristocratique, né de la bourgeoisie, qui a brisé violemment la chaîne héréditaire des distinctions.

Ce serait un pouvoir exclusivement conservateur, né delà bourgeoisie, qui a proclamé le laisser -faire et ouvert à l'ambition humaine un domaine san^ limites.

Ce serait un pouvoir essentiellement traditionnel^ né de la bourgeoisie, qui a effacé toutes les antiques traditions •

Ce serait un pouvoir omnipotent, né de la bourgeoisie, quia laissé tomber dans le sang Tomnipotence de Louis XVI, et châtié par un exil éternel Tomnipotence de Charles X.

Ce serait, en un mot, le plus étrange, le plus inexplicable, le plus monstrueux des pouvoirs; car sa nature démentirait de tous points son origine , et son origine démentirait de tous points sa nature.

A ce compte, le roi serait comme un protestant devenu pape.

A ces arguments tirés de l'origine de la royauté actuelle, joindrons-nous ceux qui se peuvent tirer de sa position au milieu de la société française? La démonstration sera complète.

DE LA ROYÀUtÉ SELON MOiîTESQUtEÙ

J'ou?i*e MontesJqUjieu et j'y lis ce qui suit :

« La noblesse entre dans Tessence dé la monarchie, dont la maxime fondamentale est : Point de monar» que^ point de noblesse ; point de noblesse^ point de monarque. »

Or, non-seulement la royauté actuelle n'est pas identifiée à la noblesse ; mais, comme on vient de le voir, si elle s*est établie, c'est précisément sur les débris de la noblesse, qu'elle â de toutes ses forces contribué à renverser.

« L'honneur, ajoute Montesquieu, étant le princip du gouveriiénient monarchique, il faut que les lois y travaillent à soutenir cette noblesse dont l'honneur est, pont* ainsi dii*e, l'enfant et le père. *

Or^ la noblesse n'existe plus en Frâttcé, comme institution politique, et, pour ruiner complètement ce qui pouvait rester encore de son influence morale, bU a porté une loi qui permet au premier* roturier venu de s'âflFiibler des titres de comte et de marquis.

Montesquieu dédare indispensables, dans le gouvernement monarchique, les substitutions qui conservent les biens dans les familles , et le retrait lignager qui rend aux familles nobles les terres que la prodigalité d'un parent a aliénées.

Or, le retrait lignager et les substitutions ont péri

en France et ne sauraient y revivre ; car la bourgeoisie, dont le commerce a fondé la puissance, ne voudra jamais ni des substitutions, qui mettent les terres en dehors du commerce, ni du retrait ligoager, qui entrave le commerce par la multitude des procès qu'il enfante.

Montesquieu trouve pleine de sens, dans un gouvernement monarchique, la loi qui ne permet le commerce qu'au peuple.

Or, si une pareille loi était aujourd'hui possible en France, elle bouleverserait la société de fond en comble. Mais elle y est impossible, parce que toutes les classes y sont confondues.

Ainsi, rien n'existe aujourd'hui en France, de tout ce que Montesquieu déclarait indispensable à l'existence d'une monarchie.

Il n'est donc pas d'institution qui tranche plus vivement avec tout ce qui a existé jusqu'ici dans l'histoire des institutions humaines , que la royauté actuelle en France.

Ses conditions d'existence, où les prendre?

Tout ce qu'il est permis de dire, c'est qu'il y a folie à les demander aux vieilles traditions monarchiques.

Voilà pour l'école de la monarchie pure.

Voyons ce que valent les doctrines de l'école anglaise. Et d'abord, que signifie cet exemple si complaisamment cité et si généralement accepté, de la royauté anglaise vivant tranquille et à l'abri des

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orages, en face du principe électif et de la Chambre de» Communes ?

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