‹ Questions d'aujourd'hui et de demainChapitre 67 sur 70 · DE L*UNION · texte numérisé non relu

DE L*UNION

sintéressée, à un gouTemement qui ne partageait pas toutes leurs aspirations : la réaction s'est armée contre eux^ sous la République, du mot radical, comme elle s'était armée contre eux du mot républicain sous la monarchie ; et cette tactique, employée pour diviser le grand parti de la Révolution, n'a pas été sans produire , dans une certaine^ mesure , le résultat espéré. Eh bien, à nous de vaincre ces prétentions injustes, en redoublant de tolérance etjde sagesse: le salut de la République est à ce prix.

Quand je dis : le salut de la République, je parle — remarquez-le bien — des conséquences immédiates et purement temporaires que pourrait avoir le succès de la fusion, et rien que de cela. Car, si par impossible la République était renversée, une révoluti(Hi ne tarderait pas à la remettre debout. C'est ce que M. Thiers a fort bien vu, et ce qui Ta conduit à dire, lui monarchiste par théorie, par tradition et par sentiment : « Il n'y a aujourd'hui de possible en France que la .République. »

Il faut, en effet, fermer volontairement son esprit aux enseignements de l'histoire pour regarder l'hérédité monarchique comme chose réalisable dans notre pays.

Louis XVI a-t-il été remplacé par Louis XVII ?

Napoléon I«' Ta-t-il été parle duc de Reichstadt?

Charles X Ta-t-il été par le comte de Chambord ?

Louis -Philippe Fa-t-il été par le comte de Paris?

Napoléon III Ta-t-il été par son fils ?

Que de brèches faites coup sur coup au principe de l'hérédité monarchique, et toujours par une révolution : révolution de 1792, révolution de 1815, révolution de 1830, révolution de 1848, révolution de 1870 !

Pour que la leçon renfermée en de pareils événements soit comprise, combien de fois encore £atudrat-il.donc que la société tremble sur ses fondements et que le sang coule?

Non, les fusionnistes n'auraient pas définitivement raison de la République, alors même qu^ils réussiraient à gagner une couronne pour Henri V par quelques votes convenus d'avance dans un couloir. Et pourquoi ? Parce que cet escamotage de la souveraineté populaire animerait le peuple à la reconquérir ; parce que la nation ne sanctionnerait pas une décision prise en dehors d'elle, décision qu'on ne l'appellerait pas d'ailleurs à sanctionner; parce que, si un pays peut s'accommoder du régime des chartes imposées ou octroyées tant que la

soumission n'a pas cessé d'être son lot, il n'en est pas de même lorsque Texercice du sufirage universel lui a une fois donné le sentiment de son émancipation, la fierté de son indépendance, et — pliis que cela — la conviction que, le souverain, c'est lui. Une monarchie, dans de telles conditions, serait réduite à se tenir perpétuellement sur la défensive ; elle serait réduite à gouverner par la force, jusqu'au moment où elle aurait à la subir.

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Et combien ces considérations paraissent plus puissantes, quand on songe à tout ce que le nom de Henri V rappelle, à tout ce que nous gardent ^ses opinions bien connues sur le pouvoir temporel des papes, sur le rôle prépondérant de l'Église dans l'État, sur le respect dû au Syllahm^ sur l'étendue de l'autorité qui appartient à l'oint du Seigneur I

On le nierait en vain : Tavénement de Henri^V, c'est le retour à l'ancien régime. Comment en douter, lorsque ceux-là mêmes qui le nient s'expriment de la manière que voici (je cite textuellement) : « Nous ne savons rien de ce qui sera fait, et nous ne nous permettrons jamais de donner un conseil à notre roi. Tout ce qu'il décide est bien , et nous ne comprenons pas qu'on discute avec les actes d'un souverain. »

Que parmi les fasionnistes il y en ait qui s'imaginent pouvoir enchaîner le prince d'une main en le couronnant de l'autre, soit. Mais ils se trompent; ils sont dupes de la haine aveugle que la République leur inspire; ils ne sont sincères qu'à force de manquer de logique.

Les logiciens de la fusion sont ceux qui , tels que l'archevêque de Paris, brûlent de rendre Rome au pape, dût cette tentative folle nous mettre aux prises avec ritâlie et la Prusse.

Les logiciens de la fusion sont ceux qui écrivent, comme je me souviens de l'avoir lu dans le Monde : « Les catholiques ne sont] soumis aux lois que salva

fide, » ou, comme je Tai lu dans \ Univers : « Si TÉglise est infaillible, l'État doit tenir pour vrai tout ce que rÉglise enseigne comme révélé de Dieu, par conséquent le dogme de l'infaillibilité du pape, et tout ce qui s*en suit, »

Les logiciens de la fusion sont ceux qui, avec VUnion, demandent que le comte de Ohambord commence par être mis sur le trône, sauf à lui de voir, quand il y sera, ce que son bon plaisir est d'accorder à ses sujets.

Le grand logicien de la fusion, c'est le comte de Chambord lui-même, disant : « La France m'appellera, et je viendrai à elle tout entier avec mon dévouement , mon principe et mon drapeau, »

On protestera tant qu'on voudra contre toute intention de revenir aux abus les plus criants de Tancien régime : en vérité, cela ne sert de rien, dès qu'on prétend nous ramener, et au principe sur lequel Fancien régime reposait, et à la doctrine qui en constituait l'essence, et au drapeau qui en était le symbole.

Le principe et la doctrine de l'ancien régime ont produit les abus de Tancien régime aussi fatalement que l'arbre porte ses fruits. Supposons que le comte de Chambord consentît à se déshonorer en adoptant l'étendard de la Révolution, après avoir déclaré, à la face de la terre entière, qu'il ne se laisserait pas arracher des mains l'étendard de François I«' : s'imaginet-on de bonne foi qu'il en aimerait davantage ce que

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le drapeau tricolore représente, et qull en aimerait moins ce que représente le drapeau blanc?

C'est donc bien d'un retour & l'ancien régime que la France est menacée. La fusion est l'effort désespéré de tous les ennemis de la Révolution — de cette Révolution fatidique qui émancipa l'esprit humain , affrandût le travail et donna la terre aux paysans. Or, il y a démence à croire qu'un semblable effort puisse avoir, alors même qu'il ne se briserait pas au premier choc, un résultat durable. Le rétablissement de la monarchie de droit divin par un coup de majorité parlelyentaire, ce serait le provisoire actuel remplacé par un autre provisoire mille fois plus funeste que celuici au travail^ au commerce, à l'industrie, à tous les intérêts conservatistes, et menant droit à de nouveaux bouleversements.

La France qui est aussi lasse des révolutions que fatiguée d'avoir des maîtres, la France qui est affamée de repos, d'ordre, de sécurité, et que le suffrage universel met à l'abri, tant qu'il est respecté, de toute 6n<;reprise factieuse, la France rentrerait avec la monarehfê dans la carrière des agitations qui Pont éreintée. Il faut^ par l'union de tous les républicains, la sauver de ce péril, la détourner de os gouffre, et prémunir, s'il est possible, contre les suites de leur aveugleo^nt les royalistes eux--mêmes.

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