I.IQIIE
2()1 l)|!lîSÏIOiVS n’ÉCONO.MIE l'IlBI
nous croire, la ruine des colonies est le résultat direct du système protecteur qu’elles ont invoqué.—Mais n’anticipons pas sur les calamités que le sucre indigène traîne à sa suite ; nous leur consacrerons une analyse spéciale.
En même temps que l’exclusion des sucres étrangers et la taxation des sucres coloniaux arrêtaient la consommation en France, ce double molil'arrètait forcément le travail intérieur, l’exportation des produits du sol et de l’industrie, le commerce maritime et les échanges extérieurs.
Cela est bien évident, car si les sucres étrangers n’avaient pas été exclus, le commerce en aurait acheté une plus grande quantité avec le même capital employé par nous à payer le sucre des colonies; cette plus grande quantité aurait nécessité un plus grand nombre de navires, un plus grand nombre de marins, un plus grand nombre d’ouvriers de toutes sortes pour le déchargement des navires et leur construction, pour toutes les industries qui s’y rattachent et dont le détail serait trop long.
Puis les consommateurs, avec le même capital que leur revenu leur permettait d’appliquer <à leur provision de sucre, en auraient acheté une plus grande quantité, en raison delà baisse du prix. Leur aisance et par conséquent leurs moyens de travail prospère se seraient donc généralement accrus.
Puis, eu échange de cette plus grande quantité importée et consommée, se seraient lait en retour une plus grande ([uantité d’expéditions outre mer, et le pavillon français, comme le pavillon des Anglo-Américains qui ont le bonheur inappréciable de n’avoir pas de colonies, aurait été rencontré sur tous les points du globe, où il aurait porté directement les |)roduits de notie sol et de notre iudusti ie.
ylJESTIONS ll’ÉCONOMIK l'EllLim;!-. ‘illr)
Au lieu (le cela, nous avons eu une consommation misérablement bornée, et restant quelquefois frappée d’une telle inertie, qu’elle n’allait même pas toujours jusqu’aux limites qui lui étaient permises; une marine expirante, un commerce ruiné, —et, en définitive, des colonies qui, étouffées sous leur propre privilège, crient merci, et demandent qu’on les en débarrasse.
Or, en échange de ce que l’on faisait perdre ci la France, voici ce qu’on lui donnait :
« Le droit exclusif d’alimenter de produits français,
)) transportés par la marine framçaise, la consommation I) de nos chétives colonies. »
El, pour nous prouver faussement les avantages que le commerce, la marine, la France, retiraient de ce monopole exercé sur les colonies, on s’est mis officiellement en devoir de nous accabler de sophismes, d’absurdités rédigées en tableaux de douanes, de folies oratoires contraires à toute évidence, comme s’il dépendait de la camarilla prohibitive et fiscale de donner à la face du soleil un démenti public <à la vérité!
Mais le simple bon sens répond que la consommation de trois ou quatre chétifs ilôts, aux quatre cinquièmes peuplés d’esclaves noirs qui ne consomment pourainsi dire rien, est un imperceptible débouché pour les produits d’une grande nation comme la France; que le monopole exercé par nous sur les colonies, ne pouvait faire compensation au monopole exercé sur nous par elles; que tous les navires fraiKjais arrivant simultanément dans trois ou quatre petits mai'chés coloniaux. les encombraient à rinstani, ne j)ouvaient v vendre leurs cargaisons {|u’à grande perte,
lll'lîSTlONS IP’ÉCONOJIIE l'IjlILIQUE.
n'y Irouvaient qu'un misérable fret de retour (|uand ils en trouvaient. perdaient leur temps et leur argent avant d’en avoir trouvé, et qu’ainsi, armateurs, marins, eliargeurs, arrivaient assez promptement à la même ruine qui avait déjà atteint les consommateurs, les cultivateurs et les industriels de notre sol.
En face de ce tableau, dont la place de Bordeaux nous offre depuis 1814 le développement successif, il fait beau voir les partisans du monopole colonial, nous répéter intrépidement le vieil axiome : sans colonies, point de marine; et à l’appui de cette assertion ridicule, nous accabler de tableaux de douanes établissant des exportations erronées, doubles, triples de ce qu’elles ont été réellement, et, de plus, un mouvement maritime évalué par la jauge des navires partis ou reçus, porté pareillement au double ou au triple du mouvement réel.
Nous allons insister sur ces deux points, pour ôter aux défenseurs des vieilleries coloniales leurs derniers sophismes. Il ne sera pas mal aussi d’avertir, par nos paroles, l’administration supérieure qu’elle devrait bien se lasser, enfin, d’étaler triomphalement cette statistique commerciale de tableaux d’importations, d’exportations, de mouvement maritime, tableaux inévitablement faux, et auxquels personne ne croit, parce qu’il est matériellement et moralement impossible que ses bureaux aient les connaissances indispensables pour les rédiger exactement, et que, les eussent-ils, l’impossibilité de tout contrôle public ôterait créance à leur travail, surtout quand ils proclameraient des résultats pareils à ceux qu’ils ont eu l’incroyable prétention de nous faire admettre.
questions d’economtk l'riii.KirE. ‘i('>7
Los tableaux (rexporlalion (1) dressés par les douanes soni toujours faux, d’aliord parce que les valeurs qui foiriient ces exportations ne leur sont connues que par des déclarations qu’elles n’ont, les trois quarts du temps, ni intérêt ni moyen de vérifier.—Pour les vins, par exemple, et pour tant d’autres raarciiandises, dans l’immense marge qni existe entre les qualités inférieures et les grands crûs, comment les douanes pourraient-elles savoir la vérité d’une évaluation quelconque?
Mais celte difficulté d’évaluation n’est pas la cause unique qui vicie ce travail dédouanés. La cause commerciale, la voici :
C’est que pour l’exportation réelle, pour l’animation réelle de la fortune française, pour l’accomplissement d’un bénéfice quelconque acquis à la France, ce n’est pas la valeur de départ des objets exportés qu’il faut prendre pour base, c’est la valeur réelle à laquelle ils auront été vendus au lieu de l’arrivée.—Qu’importe, en effet, pour la prospérité commerciale du pays, qu’un tonneau devin chargé par moi vaille 500 fr. quand je le charge, si, encore enchéri par les frais, les assurances, le fret, les intérêts, les commissions, je ne le vends que 200 fr. au lieu de l'arrivée, parce que le marché, restreint par le monopole colonial, est trop étroit pour l’exportation de la France
qui l’enconibre? Vos tableaux de douanes, qui notifieront au conseil général du commerce un million d’exportations semblables, empêcheront-ils tous ceux qui les auront faites d etre minés de fond en comble ? Empècberontils une valeur de einq à six cents francs d’être réduite au retour à cinquante écus ou deux cents francs? Empêcheront-ils la fortune du pays d’être diminuée d’autant par l’ensemble de toutes les pertes semblables? Et ne sentezvous pas qu’en pareil cas, plus vos tableaux de douanes seront brillants, radieux, plus ils auront des additions triomphantes et millionnaires, plus le soi, la marine, le commerce auront été sûrement ruinés?—Voilà la prospérité que votre monopole colonial fait à Bordeaux depuis 1814; voilà comment tant de maisons de commerce se sont d’autant plus minées, qu’elles ont fait de plus nombreux armements pour nos colonies!
Lors donc qu’en prohibant les sucres de tout le globe, vous nous faites exclure du globe entier, ou bien, ce qui revient au même pour le résultat, vous nous empêchez d’y commercer, faute de pouvoir rien y charger et rien \ porter; lorsqu’on place de ce grand et magnifique commerce, que les idées de liberté et d’affranchissement du monde colonial ouvrent à l’industrie des peuples qui savent comprendre leur époque, vous confinez notre commerce dans les bornes étroites de vos chétifs flots, dites, u’est-ce pas une amère dérision de vouloir nous prouver par vos tableaux fictifs, le contraire des faits accomplis chaque jour sous nos yeux? (1)
liUliSÏIOiN'S u'KfiüKOJIli; l'UtlLUlUi;. ‘iog
Aussi, ([uancl M. de Saint-Cricq présenta ses lal)leau\ d’exportations pour les colonies, à rcnqiiètc do 1829, M. Jacques Galos père, délégué de la chambre de commerce de lîordeaux, lui prouva mathématiquement que ses tableaux établissaient une valeur au moins double de l’exportation réelle; depuis, M. J.-B. üelaunay, du Havre, a prouvé le même fait à M. Thiers quand il était ministre du commerce, en 1833. llépéter ici tous ces détails serait fastidieux. Nous nous bornerons aux résultats définitifs, qui seront récapitulés à la fin de ce paragraphe.
Nous venons de voir combien les tableaux de douanes étaient faux dans leurs évaluations de notre commerce colonial; si nous examinons maintenant rexactitude ministérielle dans l’exposé matériel du mouvement de la navigation, elle sera encore plus fautive, s’il est possible.
Ainsi, pour faire croire que nos cinq chétives colonies donnent un emploi considérable à notre marine marchande (1), il résulterait des tableaux ministériels qu’en
tnüos, ctr.. otr., ne nous oiïronl jamais ros dôsavanlayos. ol los rcmplaroiil au cnntrairopar losavaiKagos opposés. Eh onel. si losptîuplosdo la naltupiconvoienl riip;? nous lino trop graïulo (juanlilé do loiirs produits, oommoilslosoxpédionlon Franro pour lour pi’opro oompto, oosoiit ou\([uisoiilVri‘iilol nous <iui prolUons du bas prix tjuo causo lour onoombromonl. oboz nous.—El oomino (mi rotour c’osl aussi pour lour propro oomplo qu’ils ohargont los produits do notro sol ot dtî iioiro induslrio, la hausse iiirils oooasiononlioi danslos aoiiaisparlonroonourronot^ osi eni'orc toute à ravaniago do la Franco : s’il y avait porto à la vonto chez eux, elle serait pour eux cl non pour nous.—Oiioonçoildoncounibionnolrcoommeroo avec les peuples du nord de l’Europo osl profitable à l:i France.—Aussi c'est un do ceux que le système proiiimiii, dit proiocieur, s est aitaciic a tuer avec lopins d’acharnement.—Telle est la jiroleclion dont il nous lionore.
(Il M. Ch. Dupin commet ici la mèmè erreur que pour scs calculs d'exportations coloniales, mais il les rond encore plus frappantes par tle.'^ mulliplicalions de dislanccs et de tonnages inconcevables en pareille (matière, et surluiu parjla conséquence à rebours ([u'il on déduit.
En oll’ot. prenant notro navigation colonitdo dans la fausse extension'lque lui (ioiinont|les tableaux miiiislèriols, il préieml qu'ello emploie à elle seule autant do
yUESTlONS u'ÉCONOMlF. TUIII.IQIÎE.
prônant une moyenne sur cinq années consécutives, la navigation coloniale emploie, année commune, un nombre de bâtiments français portant 188,000 tonneaux.
Mais comment se fait le travail des bureaux sur ce point?—Un navire jaugeant 300 tonneaux part pour les colonies ; alors on l’inscrit sur le tableau pour trois cents tonneaux, comme s’il était chargé en plein. Mais il n’en est rien. Comme l’insuffisance du marché colonial ne nous permet pas d’y vendre nos cargaisons, nos navirc.s partent presque vides. Ceux de Bordeaux, dont les ehargements sont toujours plus effectifs que ceux du Havre et de Nantes, sont tout au plus au tiers ou à moitié pleins: les autres n’ont que quelques ballotages, ou même quelques briques ou quelques tuiles pour leur servir de lest. Ces mêmes navires ne rapporteront souvent des colonies que le tiers ou la moitié de leur tonnage. N’importe. On les fait toujours figurer en plein sur les tableaux administratifs, et on nous assourdit de l’immense mouvement maritime dû au commerce colonial!
Et ici les faits (1) donnent encore un démenti complet
navires que notre na\igation iiourles autres pays marilimes du ylobe, qu’il compose (ie vingt-une nations.
Mais si le fait était vrai, (!e serait un argument terrible contre le système colonial ; car c’est lui précisément qui est cause, par le monopole qu’il nous force dr subir, (jue nous ne pouvons envoyer nos bâtiments dans tout ie reste, des pay.s à sucre ou autres denrées coloniales, puisque nousii'y pourrions rien charger, ci pai‘ contre-coup nous n’y pourrions rien vendre.—C'est au système colonial tju'' nous devons la nullité de notre commerce extérieur avec le reste du inoinh'. Voilà ce que nous disions, et, chose étrange, M. Cli. Dupin se charge, en défendant le privilège colonial, de nous fournir des preuves mathématiques ronln-
(l) Les faits et tes calculs qui suivent sont empruntés à un travail rh* M. Delaiifiay, du Havre; il leur a donné une publicité qui n’a soulevé aucune cnnleslaiioii
à i’adniinislralioii; car, d'aprcs le relevé iiialériel des importations coloniales dans une des années les plus abondantes, et en les évaluant en tonneaux, selon les usages du comnierce, pour le poids de chaque espèce de marchandise, il se trouve que le commerce colonial na chargé que tonneaux, au lieu de 188,000 tonneaux.
Mais ce résultat ne donne même pas le mouvement exact de la navigation, parce que chaque navire peut facilement faire deux voyages par an, au moins pour rAinérique; de sorte qu'en tenant compte des marchandises de Bourbon, où l’on ne peut faire qu’un voyage jiar an, il n’y a en tout que
38,000 tonneaux des Antilles pour chaque voyage, 18,000 tonneaux de Bourbon.
36,000 tonneaux.
tic qui ne fait eu tout que l'emploi effectif et annuel de 160 navires, de 330 tonneaux, terme moyen. — Ne voilà-(-i! pas une belle navigation marchande pour un \as(e pays négociant, agricole, industriel, maritime,
• coniraela France’? —C’est ;i en rougir de honte!...
Et s’il est vrai, comme il ressort du travail ministériel, que le tonnage des bâtiments expédiés, tant plein que vide, s’élève, année moyenne, à 188,000 tonneaux de jaugeage, tandis qu’il n’y a eu réellement que 36,000 tonneaux de marchandises réellement chargés, faut-il s’étonner des pertes énormes et sans cesse renaissantes que nos armateurs ont éprouvées dans celle fatale navigation? -Toute la différence n’esl-elle pas en moins sur le fret gagné, et en plus sur les frais perd us’i*
Si donc, au lieu de ce commerce et de cette navigation
272 (JUlîSTlOiXS «’liCONOMlli l'Unl.HiUK.
si misérablement restreints par le monopole colonial, nous avions un libre commerce avec les Amériques et l’Inde, qui peut douter de l’immense accroissement qui en eut résulté pour notre marine marchande?
Ici, je puis citer un témoignage qui ne sera pas suspect : c’est celui d’un des principaux organes du système protecteur ; « Si la France consentait à rémaucipation » commerciale des colonies, dit-il, elle assurerait à sa » marine marchande, traitant désormais avec les pays » étrangers d’outre mer, un débouché supérieur à celui » qui lui aurait été retiré ! »
» Nous n’admettons pas que la puissance navale de la 1 ) France, que la force de sa marine militaire, que toute » la part de légitime influence qu elle peut avoir à reven- « diqtier sur les mers, dépendent de son union intime et » sanctionnée par de mutuels sacrifices avec quelques coins » de terre presqu’inaperçus sur la carte du globe ! »
» D’abord nous venons de voir que, pour commercer » avec le monde entier, et non plus seulement avec ses » colonies, il lui faudra toujours une marine marchande, B plus nombreuse, plus active, mieux établie qu’elle ne » l’est aujourd’hui pour ses relations moins étendues. Or, » on sait qu’une - nation qui dispose d’une belle marine » pour son commerce, par cela même, peut avoir une belle » marine militaire. Ensuite est-ce donc comme point de B relâche ou comme point de refuge, dans une guerre B maritime, que l’on prétendrait faire valoir nos colonies ? B Mais personne n'ignore leur histoire. Elles ont, dans » les dernières guerres, cessé de nous appartenir le jour B où elles auraient pu nous servir en ouvrant leurs ports B à nos escadres dispersées.,..—Elles sont destinées, dès
QiiRSTinNs n'iîr.oNOMiE piiumqur.
» qu'un premier coup de canon aura retenti sur les mers,
» à tomber sans résistance possible, et malheureusement I) on l'a déjà vn, sous la domination des flottes anglaises!
» —La seule ile qui ait résisté avec succès, pendant les » guerres de la révolution et de l’empire, aux forces na- » vales de la Grande-Bretagne, et elle a résisté jusqu’en » 1811 ; la seule île qui ait, dans toute cette période fart taie à notre pavillon, donné un asile glorieux à nos » marins, et porté dignement avec eux le nom de la Il France, qui était le sien et qui lui était cher, c’est celle I) qu'on nomme aujourd'hui Maurilius-hland !—'EWc ap- 11 particnt maintenant à l’Angleterre. Elle a changé pour » toujours de maîtres, et même de nom. Elle ne nous a » pas été rendue en 1814, parce qu’elle ne se laisse pas I) facilement reprendre. »
Après un langage si explicite, nous n'avons plus rien à ajouter contre les prétendus avantages que le monopole colonial offre <1 notre marine. 11 ruine notre marine comme notre commerce, et en définitive il se ruine luinième avec nous, ainsi qu’il vient de le proclamer par l'organe de ses délégués.
Depuis dix-sept ans les colonies ont coûté à la France 7 millions par an sur le budjet, et au moins 20 francs de plus-value par quintal métrique de sucre, ce qui, sur un commerce de 60 millions dekilog. par an, comparés au prix que nous les aurions payés à l’étranger, fait 204 millions de perle pour la France; plus .40 millions de perle sur les primes payées à l'exportation des raffinés. — Voilà
plus de 300 millions perdus.sans compter les perles
individuelles de nos armateurs, l’étal stationnaire de la consommation et du travail, la cessation de nos rapports
Ï7-4 i.KIKSTrONS D'kCONOMIF. rüDLIQUE.
avec l’étranger, et 80 millions que les colonies doivent actuellement an commerce français!...
Et après cet horrible enfantement de misère, sorties du privilège colonial, ces malheureuses îles, étouffées par le sucre indigène,enfant parricide du privilège colonial lui même, nous demandent la liberté commerciale, qu’elles repoussaient encore naguère, lorsque les pétitionnaires Bordelais la réclamaient aux chambres législativesqui n’ont pas eu, depuis trois ans. le temps et le bon sons de comprendre l’évidence de nos réclamations!....
Nous avons vu,dans ce paragraphe, l’effet du système colonial opérant l’exclusion des sucres étrangers. ~ Nous verrons, dans le prochain, l’effet du système colonial faisant grandir le sucre indigène. — Ce nouveau tableau sera bien plus sombre et bien plus décisif que le premier.
exclusion «les Sucres colonîanx pnr les Sucres iiiiliscitcs.
Nous avons parlé de l’exclusion des sucres étrangers par les sucres coloniaux : parlons maintenant do l'exclu sion des sucres coloniaux par le sucre indigène.
Le triomphe de la betterave est l'exploit le plus authentique du système prohibitif poussé à son plus haut degré d’intensité.
En effet, cette industrie factice , protégée long-temps contre le sucre colonial, par une prime de 49 fr. .50 c.. et contre le sucre étranger par une prime de 104 fr. .50 c.. a tenu l’un et l’autre en un véritable état de blocus, étoile
(loils’einparor exclusivement de la consommation dont elle les a chassés; pour qu'il en fût autrement, il faudrait qu'elle lût si indignement mauvaise et coûteuse, que cet excès d’ineptie productrice ne peut se supposer.
Et cependant, lorsque les faits parlent avec tant d’évidence, nous voyons des professeurs d’économie politique, qui ont consacré leur vie au culte de la réforme commerciale, se faire les chevaliers-tenants de la betterave, c’est-à-diie proclamer, par le fait, que le système prohibitif est le plus excellent de tous les systèmes, puis- (pi’il a produit une si admirable et si riche industrie, qui. sans lui, n’aurait pu nailre, ni croître, ni se développer! Xous voyons des écrivains qui se prétendent aussi dévoués à la liberté commerciale, et qui se font les champions d’une industrie incompatible avec elle!
Nous diront-ils que cette industrie enrichit trois départements du Nord, y double le prix des terres, y crée un grand nombre de riches établissements, y accroît l’aisance des populations ?
Quant à nous, nous leur répondrons que le système prohibitif produit toujours un développement partiel de fortune favorable à l’industrie qu’il protège : cela est bien clair. Mais pour savoir si cela est un bien ou un mal, il faut voir ce que ce développement partiel coûte au pays dans son ensemble; et comme il est rigoureusement démontré que le système prohibitif fait perdre infiniment plus au reste du pays, qu’il ne fait gagner à l’industrie qu’il protège, il est manifeste qu’il nuit au développement du bien-être des masses et au progrès de la civilisation.
Ainsi les trois départements du Nord s’enrichissent par
I(‘ .sucre (le betteraves. C'est Tort bien. .^lais pourriuoi ? Parce que les taxes et surtaxes qui protègent le sucre de betteraves lui assurent un prix au-dessus de sa valeur réelle, et cet excédant de i)rix, enlevé <à tous les consoni mateurs de France qui le paient, passe dans la poche des
fabricants. — Pourquoi encore?.Parce que, cba.ssani
de la consommation les sucres coloniaux, qui paient un fort droit, et les sucres de betteraves n’en ayant payé aucun pendant long-temps, ils se sont approprié, ainsi, par le fait,la valeur de ce droit qu’ils font ainsi perdre au trésor. Lorsque, à ces causes de leur richesse, qui n’est que la spoliation du reste de la France, nous ajouterons toutes les autres pertes qu’ils occasionent au pays, et dont ils ue profitent pas, on verra que ce chef-d’œuvre du syslènu! prohibitif est la plus détestable des calamités, et que nous sommes conséquents é nos principes de patriotisme et de liberté politiciue et commerciale, en maudissant le système prohibitif dans ses conséquences autant que dans ses principes.
Cependant, nous dira-t-on, vous avez dit que le commerce colonial ruinait votre marine, vos ports de mer, vos armateurs; qu’il arrêtait le développement de la consommation française par la cherté et l’insuffisance de ses produits. Quel mal vous fera donc le sucre de betteraves eu anéantissant le commerce colonial, qui déjà Ini-mème vous fait tant de mal ? C’est une calamité dont il vous débarrasse.
Cet argument des partisans du sucre indigène ressemble assez à celui d’un charlatan qui nous dirait ; - Vous avez mal au doigt; quel mal vous fais-je donc en vous coupant le bras, puisqu’en vous privant du bras, je
yUESTlü.XS n'iiCONOMlE l'DliLlyUK. ‘277
vous débal lasse! par ada même du doigt qui vous fait mal?
lîn elïet, c'est par sou insuffisance maritime, par sa clierlé, que le commerce colonial épuise la France; et pour remède on nous offre le sucre indigène, intrinsèquement beaucoup plus cher, et qui, lorsqu’il aura achevé l’exclusion des sucres coloniaux, détruira entièrement le commerce maritime, que ceux-ci n’ont fait que restreindre.— Ne sommes-nous pas fondés à dire que voilà un remède pire cent fois que le mal ?
Ah! sans doute, si la création factice du sucre indigène détruisait le commerce colonial pour permettre à la France un libre commerce avec l'étranger, il est certain qu’il rendrait un grand service au pays. — Mais le contraire est bien certain. Quand le sucre de betteraves aura chassé le sucre colonial de la consommation française, croyez-vous qu’il sera si dupe que d’y laisser entrer le sucre étranger qui est encore cà meilleur compte que le sucre colonial, dont la betterave ne pourrait soutenir la concurrence à droit égal? — Non, sans doute. Au lieu d’une prohibition partielle et provisoire, nous aurons une prohibition complète et définitive. Voilà où nous conduisent les prétendus défenseurs de la liberté commerciale qui se font les apôtres de la betterave !
Or, est-il douteux que la betterave, si le régime actuel est continué, ne chasse entièrement le sucre colonial de la consommation française? Personne n’en doute, personne ne le conteste; tout le monde, amis et ennemis, sont d’accord sur ce point. On fixe même une époque assez rapprochée à ce dénoùment.
'■i'i'ô yiiliSTiu.Ns u’Éco.Nü.Mii-; i’Liii.i(ii;i;.
Or, veul ou savoir alors quel sera l'élal du pajsV — Nous allons le dire.
Le sucre de betteraves, produisaiil alors 90 à 100 millions de kilog., sera Tobjet d'une fabrication si importante. occupant tant de bras et de capitaux, qu’il sera souverain du pays par la crainte que la législation aura de nuire à ces intérêts tout puissants, qui se transformeront, comme d’usage, en droits acquis. —On sait que tel est le terme consacré.
Les colonies, qui doivent 80 millions à la France, ne les paieront pas, car à l'impossible nul n’est tenu.
Le sucre indigène fournissant toute la consommation de la France, toute ta marine marchande employée au transport des sucres coloniaux sera réformée, bâtiments, matelots , conslructeiirs , charpentiers , voiliers . forgerons, etc., etc.
La marine marchande, cessant ses transports et ses voyages, ne formera plus de marins; en outre de la détresse qui frappera les ports de mer commerciaux, nos ports militaires n'auront plus ni ouvriers pour leurs chantiers, ni marins pour les vaisseaux et frégates de l’État.
Quant à l’État lui-méme, il perdra les rentrées sur les sucres que lui donnent encore les douanes, et sera obligé de reprendre cette somme sur la masse des contribuables.
Voilà le résultat prochain, inévitable, infaillible du triomphe de la betterave. Et quand vous en serez là, vous verrez quelle force et quelle dignité politique la France, privée de marine, de commerce, de relations amicales avec les peuples dont elle aura continué à repousser absurdement les produits, san.s force navale et sans moyen de la
OUlîSTlüiSS ü'iiCÜNÜJIlE l’UliLlUlit;. 279
lélablir; vous verrez, (lis-je, quelle Ibrce et quelle dignité jjûlilique coiiserv(3ra la France eu lace de l’Angleterre, des États-Unis, de la Russie; de ces trois puissances, dont les deux premières se partagent le présent, et dont la troisième convoite l’avenir de la puissance maritime et commerciale. — Vous tomberez au quatrième rang, vous, la France ! !. et cela pour avoir voulu protégera contre¬
sens la plus coûteuse et la pins stupide production de (ûlre sol, par des mesures plus ineptes encore qu’elles ne sont iniques et spoliatrices!...
C’est le droit payé par le sucre colonial qui l'ait toute la dilférencc, tout le bénélice des sucres indigènes, et ils ii’élèvent même pas leurs prix de toute la différence du droit, alin de rester toujours au-dessous du prix auquel ce droit porte nécessairement le sucre colonial, ce qui exclut complètement celui-ci de toute vente possible, tant qu'il y aura une barrique de sucre de betteraves sur le marché. — Voilà le mécanisme de ce monopole prohibitif, mis complètement à nu; et il eu résulte qu’aussifétt ([ue les sucres de betteraves, francs de droits, produiront ill iramentponrla consommation de la France, les colonies ne vendront plus sur nos marchés une seule barri- (jue de leur sucre enchéri par le transport.
Ne pouvant vendre pour la France, ne pouvant cependant envoyer leur sucre qu’en France, il faut pourtant que les colonies s’en débarrassent d’une manière quelconque. —Alors il faudra forcément l’expédier de France pour l’étranger.
Que résultera-t-il de là? Double fret, double assurance, double courtage, double fiais de port à terre, port à bord , arrimage , magasinage, expéditions, condition-
280 QUESTIONS Ü’ÉCÜNÜMIE l’UliLIQUE.
nage; et, en délinilive, la valeur du sucre, dévorée par celte double opération qui consoniniera la ruine des colonies qui, en ce cas, auront cent fois raison de deniander de laisser aller directement leur sucre à l’étranger; car, puisque l’on ne veut plus lui permettre d’èlre consommé en France, pourquoi les obliger de l’envoyer en France?... C’est les ruiner pour le plaisir de les ruiner.
Ici, il faut réfuter, d’une manière positive, les paroles emphatiques des avocats du sucre indigène, qui, dans la production de la betterave, prétendent assurer cà la France lin grand progrès, une grande fortune agricole.
Or, peu de chiffres démontreront la vanité de cette assertion.
Les 40 millions de kilog. sucre indigène livrés à la consommation jusqu’à présent, ont occupé en betteraves, à peu près 20 mille hectares de terre; d’où il résulte ce fait avoué par tout le monde, que, pour fournir à la France 00 millions de kilog. sucre indigène, on n’emploiera que 52 mille hectares en culture de betteraves. Or, le sol de la France se compose de 52,941,300 hectares.
C’est donc pour une partie du sol qui ne sera pas la millième partie du territoire, qu'on sacrifierait les intérêts de la marine, du commerce, du trésor, et tant d’autres grands intérêts nationaux !
El notez que ces 52 mille hectares de betteraves ne sont pas des terres stériles, défrichées ad-hoc, et formant une plus-value totale, conquise sur la nature. Non, ce sont les terres les plus fertiles, déjà classées comme première, qualité et déjà en grands produits. 11 n’y a donc là qu’un très-petit progrès agricole (l).
QUESTIONS u’eCONÜJIIE l'LTJLlQUE.
Ces laits peuvent faire voir aussi combien la culture de la betterave, relativenieni à la nourriture des bestiaux, donne un lésullat chétif, vu son peu d étendue. Quepouiront faire pour la'nourriture des bestiaux S2 mille hectares de betteraves, dont le résidu est dépouillé de son suc, lorsque le bétail de France emploie déjà pour sa nourriture, la pâture et la récolte de8 millions d'hectares en prairies ou pâturages, ainsi que les produits ou les regains d’une grande quantité de terres labourables (1)? —Toute cette importance donnée à la betterave est factice et ridicule.
Voilà le dédale des calamités coloniales, commerciales, fiscales, — universelles en un mot, — où nous a conduits le système prohibitif qui, pour toute compensation, nous offre l’accroissement do la production du sucre indigène chargé de compléter l’effet exclusif des prohibitions et de rompre définitivement tout moyen de communication et d’échanges maritimes avec l’immense et productive étendue des contrées à sucre. De sorte que, pour indemnité d’une perte partielle et provisoire, il nous offre une ruine complète !
.le puis donc le dire avec raison et vérité.
11 est des questions qui peuvent être douteuses en théorie.
11 en est d’autres qui, quoique définitivement décidées
(pUESTIÜNS d’économie PUIILIOUË.
eu (héorie, ii’üut pas reçu encore la sanction irrésislible de l’expérience.
Mais, certes, la question des sucres n’est point de ce genre.
Jamais, en théorie, rien n’a été établi d’une manière plus irrésistible et plus complète;
Jamais, en fait, la dure expérience des malheurs publics et privés n’est venue punir si promptement et si complètement les fautes de la législation.
Mais, par une fatalité assez habituelle en pareil cas, ce sont les meneurs coupables de ces fausses mesures qui en ont recueilli le bénéfice; ce sont les intérêts justes et fondés qui en ont été les victimes.
Ou ne peut s empêcher de jeter un regard douloureux sur cette conséquence injuste de notre organisation politique, quand on compare, d'un côté, tous les avertissements qui ont été donnés à l'autorité législative, et de l’autre, le prompt accomplissement des malheurs qu on lui avait prédits, et qui ont été la conséquence immédiate de ses actes.
D'abord, une protection coloniale outrée dans sa tendance double et contradictoire, tendance qui a ruiné le commerce maritime, en ne faisant aux colonies qu un bien apparent, sous l’abri duquel germait la ruine immense qui les accable aujourd’hui.
Cette première période était ainsi organisée Fermer les ports de France et la consommation intérieure à tous les sucres étrangers, par une surtaxe infranchissable; puis frapper les sucres coloniaux d un droit énorme, qu’ils pourraient acquitter facilement, puisque la J’raïur étant privée de tout autre sucre, il fallait bien, bon gré
i.igut;.
malgié, qu’elle consommât le sucre colonial. Alors, écoulement assuré pour les produits des colonies, rentrée assurée d’une Ibrte somme au trésor. Le consommateur payait le sucre quelques sols plus cher? qu’importe!
Ce système douhlemenl coupable de fiscalité contre les colons et contre la France, et triplement coupable, contre la France seule, de fiscalité, de prohibition et de destruction maritime, lut celui de M. de Saint-Cricq. — Et j’ose (lireque, depuis 1814, c’est un des plus grands malheurs, une des plus détestables calamités qui aient IVappé la France.
Par ce système, (jiie nous avons vainement stigmatisé depuis douze ans; par ce système, dont, ainsi que je l’ai dit, 4i. J. Galos père démontra le vide, la lausseté sophistique, les erreurs matérielles et commei'ciales, lors de la grande enquête de 1828 ; par ce système satanique ont été et devaient être inlailliblement assurés les résultats suivants :
ilirn-ètre momentané et ruine définitive des colonies, épuisées par la Ibrie taxation de leurs sucres; taxation (|ui, en définitive, leur permettait bien de les vendre, mais qui tombait chaque jour de plus en plus à la charge du producteur, par rencombremeut qu’occasionait la lenteur des ventes, qui alors, crise par crise, étaient obligées de subir des be.isscs successives et forcées.
Langueur, dégradation, léthargie du commerce maritime, chassé de tous les ports étrangers des pays cà sucres dans rinde et dans l'Amérique ; cessation de toutes les grandes expéditions qui alimentaient autrefois toutes nos industries, et pour le.s([uelles furent faits nos grands navires la Xdiiri/, la Pnii'lojic. hî Tilns. h‘ Ijinisc.L'i tant d'autre.s
•284 IlljKSTKI.NS n'i'CUNOMlli PlJliLKJUi;.
[•raiKlcs conslnictioiis: — iiéanl total de ces exploi tations immenses, iiiii ont emiiorté en objets manufactnrieis, et en [)i’odnits du sol, jusqu'à des cargaisons d’un million; entassement de tous les navires français en concurrence dans deux ou trois ports coloniaux, auxquels les inalheurs de notre première révolution et les guerres defempire nous ont réduits; pertes incalculables de toutes sortes pour nos armateurs, jiour nos expéditeurs et pour nos producteurs ruraux el industriels; enliu, cessation des expéditions elles-mêmes.
Au milieu de tous ces désastres, le sucre de betteraves, cet enfant posthume du blocus continental, cette dérision cbarlatanesque qui ifavait produit que des petits pains de sucre pour une tasse de calé et des carricatures contre le grand empereur; cette industrie anti-commerciale, née des plus grands vices du système impérial dans les plus mauvais temps de l’empire; cette industrie défunte forcément ressuscitée par la taxe liscale frappée sur les sucres coloniaux, et par la surtaxe colossale et prohibitive frappée sur les sucres étrangers, se développant avec une activité fébrile au cœur de la France, où, réunie avec les productions privilégiées du fer, de la houille, du colon . elle achevait de compléter ce vaste eusemhle d’hostilités contre toutes les importations maritimes du dehors, el par conséquent la mort des échanges internationaux et la ruine de la navigation ; — blocus continental rapetissé el masqué.
—Voilà donc le fatal effet du système de ^1. deSaint- Cricq sur la législation des sucres :
Ruine des colonies,
Huine du commerce maritimi' ,
r\néantisSL>mcnl de nos exporlalions,
Résunvclion, proofrcs , ininiense dévoloppomonl du su cro de betteraves.
Quelques personnes, en trop grand nombre, nialbeureusement dans l'origine, mais qui depuis ont reconnu leur erreur,—fasse le ciel qu’il ne soit pas trop tard! — illusionnées par la protection apparente et fausse que ce système accordait aux colonies, crurent qu’il était créé et pratiqué dans leur intérêt. De bà, quand il fallut réclamer contre ces abus monstrueux, naquit une division funeste entre les colons et les négociants des ports de-mer. — Des commissions libres furent formées parle commerce de nos places maritimes. Toutes, <à différents degrés, réclanièreni, dans une forte proportion, le dégrèvement des sucres coloniaux, et le fort abaissement de la surtaxe sur les sucres étrangers.—Les colonies, il faut dire, repoussèrent la planclie de salut qui leur était présenlée. Elles voulaient bien la diminution de la taxe sur les sucres coloniaux, mais elles [('poussaient avec énergie l’abaisseineni proportionné de la surtaxe sur les sucres étrangers. Les sucn’s de betteraves profilèrent de ce cnnllit entre les ports de mer et les colonies, et firent évanouir toutes les mesures libérales qui auraient rétabli l'(b|uilibre en faveur de la prospérité commerciale de la France.
C’est alors (en 1832), qu'on me permette de le dire, (ju’au nom du commerce de Bordeaux, je proposai, dans le JImorial, un projet de tarif à. la fois financier cl commercial, le même absolument que celui qui a été présenté eu 1836 par M. Ducbàtel, lors de sa courte apparition au ministère de.s finances; si ce n’est cependant que le tarif
(n’F.STIO^■S
CGONOMir, ruiujQUi-:.
([ue je proposais, réduisant les sucres des Antilles à 'iO l'rancs les 100 Idlog.. et les sucres élrangors à 10 IV. , était plus avantageux aux colonies que le projet de M. Duchàtel, qui taxait encore les sucres coloniaux à 25 fr.
Cependant, par un bizarre contre-sens que le cours des évènements explique seul, mon projet de tarif souleva contre moi les plus violentes réclamations des colons, (>t celui de M. Duchàtel fut accueilli depuis avec reconnais-
C’est que les faits avaient jiarlé; c’est que les prédictions ([u'on repoussait, sortant de ma plume ou de ma bouche, devinrent irrésistibles quand elles se furent traduites en ruine et en calamités accomplies. Alors, il iVv avait plus à douter, et les colonies comprirent enlin que le système protecteur les tuait; que les sucres de betteraves étaient leurs véritables ennemis, tandis que les sucres étrangers, en ressuscitant le commerce maritime, auraient servi d’auxiliaires aux sucres coloniaux contre les sucres indigènes. — C’est là, c’est là seulement, et non ailleurs, qu’est la solution de la difficulté. — Car la nature des choses n’est pas changée. Une alliance des sucres coloniaux avec les sucres étrangers et le commerce maritime est possible et salutaire. Une alliance entre les sucres coloniaux et les sucres de betteraves, également protégés pour lutter contre les sucres étrangers et le commerce maritime, est une absurde et dangereuse fiction. Ce serait, en économie politique, une nouvelle édition du mariaçje de raison. — Vous avez déjà vu ce qu’un pareil adultère a produit en politique parlementaire.—Ne le ton-
nri-sTioNS n'i'îco.NnMii; l'i'iii.ini-i:. -JS"
((>z pas en eommeree : — lerésnilal en serait plus fatal, i‘l surtout pins irrémédiable.
Les inalheurs publics dontjeviensdandiquerla source onlsouventpréoccupé le gouvernement, mais il n’a jamais su y mettre un ternie véritable en y appliquant un remède (d'ficaee.
Un remède efficace, c’est-à-dire qui organisât franchement, ou bien un système définitif et général où les colonies fussent conservées (si possible), à l’aide d’un dégrèvement qui assurât à leurs produits le fond de la con- .sommalion française, et qui, par la diminution delà surtaxe, permit à la marine française d’importer en France les sucres étrangers pour remplir le vide qu’y auraient laissé la production coloniale, quand la diminution du prix aurait accru la consommation;
Ou bien qui organisât, franebemeni. nu régime transitoire. reconnu publiquement comme transitoire, qui. à l’aide d’un dégrèvement, donnât aux colonies le moyeu de se préparer, sans secousse et sans catastrophe, an moment où elles deviendraient indépendantes et libres; où la métropole et ses îles lointaines, affranchies d’un monopole réciproquement impossible et fatal, rentreraient dans le libre commerce du monde entier pour l’importation et l’exportation.
Et c’est ici que provisoirement je dois montrer le résultat, semblable à la fois et contraire, où tend le .système (|ui nous est opposé, afin que les esprits soient d’avance préparés à l’exposé complet que je veux en faire.
Le système des promoteurs du sucre de betteraves a hien pour but l’affranchissement des colonies; c’est là ipi'il tend, en effet, afin de rester en pcwsession exclusive
‘28S QUF.STiONS d’économie peueique.
de la consommation de la France; mais il veut nécessairement arriver à cet affranchissement des colonies par leur ruine et par les pertes attachées tà leur commerce avec la métropole, afin que, lassées et mourantes de ces rapports insupportables tout à la fois aux colonies et aux ports de mer français, un divorce avec la métropole devienne indispensable aux colons. — Alors, qu’arriveraitil? Il arriverait que notre commerce marchand, déjà exclu par le système colonial de tous les pays étrangers qui produisent le sucre dans les deux continents, serait alors privé même de l’insuffisante et dernière ressource qu’il a dans le transport des produits coloniaux, et qu’il serait atteint d’une mort définitive.
Voilà le but ; Faire fonctionner à rebours le système colonial pour le rendre insupportable aux colonies ellesmêmes; puis les affranchir quand la culture de la betterave sera assez développée pour y suppléer entièrement; transporter, pour mieux dire, les colonies en France par la culture de la betterave; appliquer au sucre de betteraves la protection prohibitive antérieurement accordée aux sucres des Antilles; détruire par conséquent toute importation maritime de sucre colonial et étranger en France; livrer exclusivement toute la consommation au sucre de betteraves, c'est-à-dire anéantir la marine marcbaude, devenue impossible et sans emploi : voilà futopie, voilà le beau idéal où tendent tous nos faiseurs de législation protectrice; et c’est à l’aide de l’absolutisme que leur assure l’empire des préjugés représentatifs dans les chambres, qu’ils veulent arriver à ce résultat, jusqu’à présent habilement masqué, mais qui bientôt va paraître forcément au grand jour. — J eu sais qui l’avoueut déjà
QUESTIONS d’économie PUBLIQUE. 28!)
Pour tracer un tableau vif et frappant de celte conjuration intérieure contre le commerce maritime, attaqué, non pas épisodiquement, mais systématiquement et dans sa vitalité même, je n’aurais qu’à répéter ce que j’ai déjà écrit sur celte question depuis dix ans, sans jamais m’ètre lassé. — Mais je tâcherai de donner une nouvelle extension et un point de vue nouveau à l’application des mêmes principes et des mêmes raisonnements; — car il ne dépend pas de moi de les changer et d’en varier le fond.
La vérité est toujours la même et se rit des vains .soj 1 1 1 s I ommes.
Ou bien le système prohibitif avec le sucre de betteraves ;
Ou bien le système commercial avec les sucres coloniaux étrangers.
On ne sortira pas de là.
S(ii ^jistùinc <lc protection api>liqnc concurremment an sucre colonial et au sucre ilc licttcrares, et du Partaffe du monoi>olc de la consommation française entre ces deux sucres, eu continuant l’cxelusiou des sucres étrangers.
Nous avons vu, jusqu’à présent, comment l’application du système prohibitif à la législation des sucres avait d’abord exclu les sucres étrangers au profit des sucres coloniaux.
‘i9ü IllHCSTlONS ll’KOOMIMir. l•LlUl.lglli■:.
Nous avons inoutré comment la prohibition des sucres étrangers a si bien l'ermé les marchés français, qu’il est sorti du sot une nouvelle production qui a lutté contre le sucre colonial, à l’aide de la protection accordée à ce dernier.
Nous avons fait voir comment le système prohibitif et liscal, agissant d’une manière simple en faveur du sucre coloniaU et d’une manière double en faveur du sucre indigène, celui-ci a dù emporter la balance, et s’est mis en devoir d’exclure rapidement du marché français les sucres coloniaux, qui, avant trois ans. n’y vendront plus une barrique de leur produit.
Tant que le système prohibitif n'a ruiné que le commerce maritime, l'agriculture et l’industrie française, au profit des colonies, le gouvernement s'est inquiété fort peu de nos doléances. Consommateurs, marins, négociants, agriculteurs, ont en beau se plaindre du système protecteur, on a mis leurs plaintes au néant, en les aceusanl d’ètre intéressées et presque factieuses.
Mais lorsque le fisc et le système colonial lui-mèmese sont trouvés attaqués au cœur,cest'à-dire à la bourse, par le sucre indigène, enfant ingrat de leurs admirables œuvres, ils se sont émus d’une profonde indignation.
Cependant à qui s’en prendre?... On ne pourrait, je pense, nous reprocher le résultat d’une législation que nous avons toujours combattue, dont nous avions annuncé d’avance l’infaillible effet.
Il fallait bien que le système protecteur vit que le mal venait de lui, était son fait. Quant à nous, nous ne sommes parties de ce procès que comme matière expérimentale, destinés que nous sommes à fournir à nos dépens
OüRstions n’RnoNOMiE Piîni.ioiiF.. -201
Ips moyens rie faire vivre les deux industries protégées. Le sucre colonial avait commencé à nous fermer le commerce du monde. Le sucre indigène est arrivé pour supprimer le peu de relations extérieures qui nous avaient été laissées.
Mous aurions pu espérer, néanmoins, que cette expérience fâcheuse, ce mécompte qui faisait mourir, par l’effet même de la protection, l’industrie coloniale, à laquelle on avait sacrifié tout le commerce français,ouvrirait lesyeux au gouvernement, lui ferait comprendre le vice corrosif que le système protecteur porte dans son sein, et qu’on essaierait enfin de donner à la liberté une petite part dans notre code commercial ; nous espérions qu’on voudrait bien se souvenir des demandes formulées en 1833 par le commerce de Bordeaux, examiner les plans qui furent alors proposés pour faire concourir les sucres étrangers et les sucres coloniaux à la consommation de la France, en ravivant ainsi, par une double extension. la navigation audeliors, la consommation au-dedans.
Point du tout:c’est à un redoublement de prohibition que le gouvernement a songé, pour réparer les maux oceasionés par la prohibition ; au lieu de se désister des efforts insensés qu’il avait faits pour livrer la consommation de la France, pieds et poings liés, à une industrie privilégiée pour la production du sucre, il a songé tout simplement à clore si bien nos frontières de terre et de mer, afin de faire vivre en France, non pas une seule production privilégiée pour le sucre, mais deux industries également privilégiées, encouragées cà se donner fraternellement la main pour nous ruiner de compte à demi.
nri'.STlO.NS
r, piiBi.iorE.
'iO‘2
Voici donc, h' prolilcinc (joo le gouvernement s’est proposé (le résoudre.
Egaliser, pour la vente en France, la condition des sucres coloniaux et du sucre indigène, de manière, qu’ils puissent (ïoncnrrenimenl se partager la consommation française. d’où l’on continuera d’exclure soigneusement tous l('s sucres étrangers depuis Porto-Rico jusqn’tà Manille.
Et l’on sent (|ue celte dernière condition est de rigueur; car si, lorsque nous n’avions à faire vivre que l’industrie coloniale, il fallait lui sacrilier nos relations avec Ions les pays à sucre, à plus forte raison le faudra-t-il maintenant, puisque notre consommation, au lieu d’absorher seulement le sucre colonial, devra suffire en même temps à écouler tous les produits du sucre indigène.
Le eoninierce maritime doit donc être définitivement et immuablement convaincu (jue la voie où la législation des sucres va entrer, est un redoublement d’intensité prohibitive (1). une nouvelle et plus formelle déclaration de guerre à toute liberté commerciale, ;’i tout ('ommerce extérieur.
Ce n'est qu’.à cette condition que le sucre colonial et le sucre indigène surtout peuvent vivre concurremment.
Examinons ce système sons toutes ses faces.
Reconnaissons d’abord (jue si l’on osait l’aborder franchement. tout mauvais qu’est ce système, il porterait eu lui un correctif, un adoucissement.
{() on vciT.i plus Iniu qu'un iqqiroinaul la laxu sur lu suito iiKiisi'uio. iiciiis lui Nions tout carai lOrc do protoolinii, iH iio la cousiilérons iiuo coranio mosuvo lisoalu ayant pour luit (l'ogallsov la ro|iarlilion ilo l'imp '.t iutoriour. 5Iais r.-' n'o.l lioint ainsi que le goiivorueraent l'envisase. et e'osi ro ipii rieiera mut son sy,-
Mais cüiiiiiie nous avons lonjours en peu d esprits eoinplels dans le gonvernenienl, connne les luinislres qui avaient assez de l'orce analytique dans la pensée pour comprendre et saisir une organisation complète d’une partie quelconque de l’économie sociale, ont été paralysés eux-mèmesparrespritd’indécision, d’à peu près, de tâtonnement, qui caractérise nos majorités parlementaires, les diverses législations des sucres ont menti immédiatement à leur principe; dès leur naissance, elles en ont renié l’application complète, et, au lieu d’une loi commerciale, ayant un sens mauvais, mais défini, une direction dangereuse, mais certaine, allant à son but par un chemin large et droit, nous avons eu une espèce d’imbroglio, inconséquent et compliqué, où tous les vices du principe ont été conservés, et d’où le peu de bien qu’il pourrait donner, s’il était l'rancbemeut suivi, s’est trouvé exclu.
En elïet, jiour mettre en vigueur le principe de protection simultané pour le su ni li i tl i >lonial, et ménager en même temps les intérêts du tré.sor, ijue làllait-il faire ?
Le voici :
Le sucie colonial paie 49 fr. oO (disons 30 l'r., pour compter par chiffres ronds).
Eli bien ! il fallait dégrever le sucre colonial de 25 fr. ta.xer le sucre indigène de 23 fr., et, dans cette condition d'égalité fiscale, leur livrer le marché français, soigneusement fermé aux sucres étrangers.
Puis il faudrait, par des mesures fiscales bien entendues, assurer le paiement de l’impôt sur les deux sucres, car 011 comprend que si le sucre de betteraves qui se fait à l’intérieui' peut l'acilenient frauder ledroit, l égalité nexis-
294 gUKSTlO.NS ll’liCONUJUE l'UliLHJLK.
tera jamais tulie celle producliou el le sucre colonial. qui ne peul, dans aucun cas, se souslraire à l’action des douanes.
Alors la proteclion sérail égale, et les charges seraient égales aussi pour les deux industries concurrentes ; et, quoique les sucres coloniaux aient à supporter, cà cause de réloigneinent du sol qui les produits, bien des frais dont le sucre indigène est exempt, nous verrions, par une épreuve infaillible et prompte, si, comme ce dernier s'en vante avec une assurance si ridicule, la betterave produit à meilleur marché que la canne à sucre.
Qu’arrivcrail-il si le gouvernement avait assez de logique et de courage pour pratiquer ainsi le principe de protection égale qu’il inscrit sur son drapeau?
I" Les deux sortes de sucres étant protégées par la prohibition, et payant le même droit, celui des deux sucres protégés qui vaudrait mieux que l’autre, pour la qualité et pour le bon marché de sa production, y compris les frais de transports sur le lieu du marché, prendrait le pas sur l’autre dans la consommation.—,1e pense (jiie personne ne sera tenté de me disputer celte conséquence.
Or, voilà déjà qui serait un grand bien; voilà qui nous apprendrait à l'instant combien il faut se méfier di' l’esprit aveugle de système; car, si au lieu d’avoir recours à ce tempérament juste et complet que nous indiquons, on laisse fonctionner la législation actuelle telle qii'elle est, il arrivera infailliblement (jue le sucre le plus cher achèvera d'exclure du marché le sucre le plus économique; la betterave tuera la canne à sucre. Si vous les mettiez de niveau. au contraire, pour le droit à payer, le su-
CIL' le plus économique aurait le pas sur le sucre le plus rher dans sa production; et vous ôteriez à votre système protecteur une portion notable de son plus grand vice écüiioinique; car s’il continuait encore à exclure le produit étranger meilleur que les deux produits français, ce (pii est un grand mal, au moins ce serait au prolit du plus avantageux des doux produits l'ranc-ais, et non pas en faveur du plus cher et du plus mauvais des deux.
2" Une fois donc les droits égalisés, le sucre français le plus avantageux à produire, ayant ainsi nécessairement le pas sur le sucre le plus chèrement produit, si c’est lu lielleravequi l’enqjorte, nous reconnaitrons que nous nous sommes trompés, qu’elle vaut mieux intrinsèquement que la canne à sucre, ([u'elle produit à meilleur compte, et que, protection pour protection, il vaut mieux encore protégei' le produit le moins cher que de protéger le plus coûteux : l’épreuve sera faite, et la betterave exelucra la canne <à sucre.
li" Mais si, au contraire, la canne à sucre, <1 dioit égal, livrait ses produits à la consommation française à meilleur compte que la betterave, alors il serait juste également de convenir que la protection serait moins anti-nationale en protégeant le sucre colonial qu’en protégeant le sucre indigène; la canne à sucre s’emparerait du marché, et le sucre indigène ne pourrait y paraître que lorsque les sucres fournis par les colonies auraient été absorbés par la consommation. Alors la betterave fournirait seulement le surplus, s’il en fallait à la France.
4" Dans cette hypothèse, les débris de navigation et de commerce maritime qui nous ont été conserveis jusqu'à piésent par le système colonial, ne .seraient pas détruits.
gUliSTIOiNS u’ÉCOKOJllE l’UliLigllE.
11 y aui'ait même en France une amélioration intérieure,—et c’est celle-là qui est destinée à nous échapper, si le gouvernement n’ose pas pratiquer son mauvais principe avec franchise et d’une manière complète, — c’est que les sucres coloniaux dégrevés de 25 fr. et ayant ainsi à la fois possibilité et grand intérêt de baisser leur prix de vente en France pour avoir la préférence sur le sucre indigène, le prix du sucre baisserait inévitablement, et il viendrait à la portée d’une certaine niasse de petits consommateurs qui en ce moment ne peuvent y toucher. —Or, cette circonstance serait la seule qui fût récllenieiil bonne et avantageuse au pays, quoiqu'elle ne fût pas suffisante pour compenser le quart du mal fait par le système.
Quant au grand commerce, au commerce avec toutes les parties du globe, où nous pourrions avoir du sucre à bas prix, soit comme objet de production, soit parce que nous l’y trouverions entreposé, et où, par conséquent nous trouverions un vaste moyen d’écoulement pour les produits de l’industrie et du sol français, il ii’y faudra plus penser; nous serons toujours enfermés dans le lazaret de la prohibition, et, comme à des pestiférés, il nous sera interdit de communiquer avec le reste du monde.— Ce qui est inévitable, de quelque manière, au reste, que le gouvernement s’y prenne pour protéger à nos dépens ses deux sucres privilégiés et chéris!
Mais le système de l’égalité du droit entre les deux sucres n’est pas même admis par les protecteurs du sucre indigène (1) surtout en procédant par voie de dégrèvement.
(JUUSTIUNS d’kCÜWOMII; l'LliLlyLli. ‘207
A ce mot dégrèvement, toute la horde des producteurs indigènes se souleva d’indignation. Dégrever les sucres exotiques, s’écrièrent ces envahisseurs privilégiés, c'est grever le sucre indigène!.. Plirase remarquable, qui est tout à la fois l’expression d’une fausseté et l’aveu d'une spoliation.
Prouvons ces deux vérités.
L'expression d'une fausseté d’abord : car bien évidemment, diminuer l’impèt que paie une denrée, n’implique luillenient une augmentation d’impôt sur une autre denrée, n’exige de celte auli'e denrée aucun nouveau paiement au profit du trésor. La loi conslilulionnelle,qui veut que le trésor ne perçoive aucun nouvel impôt sans y être autorisé par le vole des chambres, ne peut donc l’ccevoir ici aucune application ; cette phrase : déçjrcccr, c'eut ijrever, iiest donc en réalité qu’un mauvais calembourg, un jeu do mots sans bon sens et sans raison.
Que le sucre indigène soit dans une situation moins favorisée pour ruiner le sucre exotique, si ce dernier est dégrevé, je l’accorde. Mais il n’y a là l’établissement d'aucun nouvel impôt.
Deux mots sur le mécanisme du système protecteur,— 011 devrait dire spoliateur et persécuteur, — vont faii’c comprendre à tous ceux qui liront ces lignes l’audacieuse iniquité de nos adversaires.
Lorsqu’un produit industriel vaut plus qu’il ne coule à produire, il n’a pas besoin d’ètro protégé, puisqu’il se vend à bénéfice.
Mais quand il vaut moins (|u’il ne coûte à produire, il réclame protection, car sans cela il se vendrait au dessous de son prix de l'evient: il .serait en perte.
S)!:' iiL'KSTiojis o'iicorsuMiE i'ijiii,i()i:i;.
Les sucres de belteraves, se prétendant dans cette situa tion, ont réclamé et réclament protection contre le sucre exotique.
Cette protection leur a été largement accordée, ainsi qu’on l’a vu : on a taxé le sucre colonial 50 fr. le quin tal métrique, et le sucre indigène, pendant lonfi-temps, n’a rien payé.
Ces 50 fr., payés par le sucre colonial, ont été à la charge, partie du colon, partie du consommateur, selon les variations du marché. Et comme le sucre indigène pouvait dès-lors, lui qui ne payait aucun droit, élever son prix de vente sur la place, au niveau du piix du sucre exotique enchéri par le droit, il en est résulté, pour le fahricateur de betteraves, une prime é(juivalente, qui sortait de la poche des colons et des consommateurs pour entrer dans la sienne.
Or, lorsqu’il fut question de permettre au sucre indigène de prendre seulement 30 fr. par quintal, au lieu de oO fr. qu’il avait pris, jusqu’alors, dans la poche des colons et des consommateurs, il s’écria qu’on le dépouillait, qu’on le grevait de tout ce qu’on ne lui permettait plus de piendre à ses concurrents ! La spoliation des intérêts rivaux était devenue, aux yeux du producteur indigène, une partie de son capital ; c’était son droit, c’était sa propriété; l’argent des colons et des consommateurs lui appartenait; l’empècher de s’en emparer, c’était lui ravir son bien !
Admirable morale ! équitable système 1 sublime éeunomie politique, que j’ai qualifiée d'économie politique de grand chemin !.... et ([ui, dans le fait, n’est pas autre chose 1
nUIiSTlONS
Lus betteraves se plaionaut d’ètre grevées, parce qu’on les empêchait d’arracher au producteur exotique toute la valeur capitale qu’elles convoitaient, me rappellent Robert Macaire s'aperce\’ant que la montre qu’il a prise <à son voisin est une montre d'argent au lieu d'être une montre (l’or, et s’écriant ; « Je suis volé ! »
C’est là la profonde iniquité du système protecteur. 11 ne protège jamais qu’en otaiit à un produit avantageux une partie de sa valeur pour en augmenter la valeur d’un produit désavantageux ; il prend à l'un une portion de la valeur de son travail pour accroître la valeur du travail de l’autre. Ainsi, d’un côté, il fait une victime; de l’autre, un spoliateur;—et c’est le spoliateur qu’il protège, c’est en sa faveur qu’il crée un prétendu droit basé sur la violation de tous les droits ! Il l’encourage, il l’excite, il le récompense; les intérêts spoliés doivent se tenir fort heureux qu'on ne leur prenne pas davantage. On leur fait cadeau de tout ce qu’on a la bonté de ne pas leur ravir. llemerciez les sucres de betteraves de ce qu’ils n’ont pris que 49 fr. 30 c. par quintal au sucre exotique; car s'ils avaient eu besoin de 70 ou 80 fr. pour arriver à leiirprix de revient, il est incontestable, d’après le système jirolecleur, que le sucre colonial aurait dù être taxé à 70 on 80 fr. !...
Quant à nous, nous tenons pour certain que tout ce système n’est qu'un éciiafaudago d’abominables immoralités et (le ruineux contre-sens qu’on baptise du faux nom de principes. Xous jjosons, comme un fait incontestable,qm* la société, pour enrichir l un, n’a pas le droit d’établir sur l'antre une taxe (|ui le ruine; que toute taxation qui détruit la valeur de l'objet taxé est une énormité, iinespo-
ôdü OliIiSTIII.XS II KCO.NO.MIi; ITIll.lyLE.
lialiou, iin contre-sens anli-social. Or, les laits pronvenl que la taxe perçue sur le sucre exotique détruit sa valeur capitale, et qu’elle ruine le producteur et riniportateur : donc elle est inique et doit être réduite jusqu’à ce que le niveau soit rétabli,car la société n’a pas le droit de prendre à un citoyen le fruit total de son travail, mais seulement une quotité nécessaire au service public des linances, et restreinte dans une proportion qui n’enipèche pas le travailleur de vivre du produit de son industrie. 11 faut donc que la taxe sur le sucre exotique soit réduite dans cette proportion ; que le sucre de betteraves y li'ou\e ou n’y trouve pas un bénéfice suffisant, c'est ce qui, en bonne justice, ne devrait pas même être examiné; pas plus qu’on ne doit examiner si la valeur de la montre d’arÿmt prise par Robert Macairc est suffisante à ses besoins, ou s’il faut absolument condamner sa victime à lui fournir une montre d'or.
àlais ce n’est pas ainsi que l’on comprend la question.
Dans les régions du pou voir, d’ajirès nos hommes d Etal, ce n’est point le système protecteur ([u’il faudrait détruire ou restreindre ; bien loin de là; selon eux, il faudrait l’élargir pour le consolider. Au lieu de protéger un sucre indigène contre le commerce maritime et contre les consommateurs, il faudrait en protéger deux également nationaux, le sucre de betteraves et le sucre des colonies; au lieu d’uu privilège simple, il faudrait un privilège double. Le sucre de betteraves dit au sucre colonial .le suis français, vous êtes français, nous sommes français. Dévorons donc la France à nous deux : exploitons-la de compte à demi; isolons-la du monde entier, par terre et par mer; puis, aucun sucre étranger ne pouvant y en-
i}n:^Tiii.>s ii'kco.nomik iTiu.inri;.
lier, il l’aiKlra liieii qi'.’ollc (“onsoinnio les nôtres, quelque prix que nous y niellions. Nous forons coninie les assiettes de M. Cazeaux Saint-Cricq et comme les fers de nos maîtres de forges : nous prospérerons sous l'abri de Tar- Itre de la prohibition.
Le second système, qui est le notre, qui est celui que nous défendons avec une persistance égale à l’opiniàlrelé de nos spoliateurs privilégiés, est le système de légalité des charges publiques, de la liberté commerciale basée, non pas sur la licence comme on Ta dit faussement, mais sur le respect réciproque des droits de tous. Dans ce système, voici comment nous raisonnerions si nous étions membres du conseil supérieur du commerce ou du ministère.double honneur que nous remercions sincè¬
rement le ciel de ne pas nous avoir accordé, dans la triste époque de déraison où nous vivons ! dans cette épo- ([ue absurde, où nous voyons la démocratie parlementaire envier et usurper le pouvoir par un motif düntérèt cupide, et s’en servir ensuite contre ses intérêts les plus légitimes.—On dit que le peuple français est un peuple intelligent?—.Te le nie, c’est un peuple spirituel; mais intelligent, il ne Test pas. .Je ne connais en lüurope aucun peuple aussi dépourvu du sens de son intérêt véritable; aucun peuple conti'c lequel il faille autant lutter, pour l’ompècher do se rendi’c lui-mème anarchique et misérable.
Voici donc comment nous entendons le système commercial et financier, que nous opposerions au système fiscal et prohibitif que nous combattons.
■Nous dirions : — Nous devons atteindre un double but •. — Etablir sur le sucre un droit de consommation
rin2
qui rende au trésor la plus forte somme po.ssible. et qui pèse le moins possible sur chaque producteur en particulier; qui donne au consommateur les moyens d’acheter à bas prix, au commerce maritime les moyens d’iniporlcr avec avantage, la plus grande quantité possible de sucre, et d’exporter en échange la plus grande quantité possible des produits du sol français et de l’industrie nationale. — Voilà le prohlème tel que nous le posons. C’est dans cette voie que nous voudrions protéger la production, l’importation, l’exportation; — en un mot le commerce tout entier, intérieur et extérieur. — Les betteraves y prendraient leur part, si elles en portent en elles-mêmes les moyens; mais nous ne leur donnerions pas la part des autres à dévorer. Nous ne dépouillerions pas les autres producteurs du fruit de leur tiavail, pour enrichir le sucre indigène.
Pour atteindre le but, voici ce que nous ferions (1) ;
Nous taxerions le sucre colonial à 20 fr. le quintal métrique, plus le décime,soit 22 fr.
Nous taxerions le sucre étranger 4-0 fr. le quintal nnC trique, plus le décime soit 44 fr.
Et nous disons que :
La baisse de prix qui résulterait de ce dégrèvement ferait vendre promptement en France tout le produit du sucre colonial : — ce qui concilierait les recettes du trésor avec la prospérité des colonies.
OI KSTION'S n'Kcn.NOMir; l'nii.ion:. ^05
Puis, comme l.n France nepeu( resler reslreinlo ii une consommation si faible comparativomeiU à sa population, elle consommerait une quantité au moins égale de sucre étranger, qui poiinait entrer en acquittant la taxe de 10 francs.—Ainsi, le trésor s’enrichirait. Ainsi, les importations du commerce maritime augmenteraient. Ainsi, pour fournir leur contre-valeur, les exportations des produits français décupleraient. Ainsi, l’activité commerciale féconderait le sol national, sans privilège et sans exception.
Iniquifé, incfllc.icité, impossiliilité du sysfèiiie proterlciir iipiiliqiié siiiiiiltaiiéinent an sucre lie Iicltci-avcs ci ail siici-c colonial.
Le projet de protéger égalemciU le sucre de betteraves et le sucre colonial, en accordant un dégrèvement <à cé dernier, et eu leur partageant le monopole du marché français, dont on continuerait à exclure les sucres éti'angers, est, à la fois :
Une impossibilité et un mensonge.
Une iniquité et une immoralité;
Une continuation de ruine pour les ports de mer et pour la marine marchande;
Une mine déguisée, mais inévitable, pour les colonies.
Aous allons démontrer ces quatre vérités simultanéluent. car elles se rapprochent et se lient par tous les
o04 (JI.'ESTIOXS Il'ÉCONOMlF. l'UtîLIQl'IÎ.
points delà discussion : ce sera un peu long, mais le sujet vaut, je crois, la peine qu’on y donne quelque attention.
Quand on veut comprendre l’effet réel d’une mesure économique, il ne faut pas l'examiner isolément; il faut la considérer dans ses rapports avec le principe qu’on lui donne, et avec l’ensemble des faits qui constituent le système auquel on veut la faire concourir.
Ainsi, quant au dégrèvement des sucres coloniaux, si ce dégrèvement doit concourir à l’action générale du système prohibitif,dit protecteur,il sera certainement tout autre dans ses conditions et dans ses effets que s’il devait concourir à un système libre et généreux d’échanges inter-nationaux.
Mais croire qu’eu le forçant à subir la connexité du système prohibitif, l’on donnera néanmoins au dégrèvement des sucres des conditions telles, qu’il pourra produire les effets commerciaux que l’on en attend, c’est une folie, c'est une illusion dont le système protecteur profitera pour tout perdre définitivement.
On veut que le système protège également le sucre de betteraves et le sucre colonial. On veut tout bonnement l’impossible, et on le promettra précisément parce que cela est impossible, et qu'on comprendra très-bien que l'im- ])ossihilité d'effectuer sa promesse dispensera de la tenir. On nous aura ainsi fait patienter quelques années, en adoucissant notre agonie, et c’est tout ce qu’il lui faut pour que nous arrivions alors <à une décomposition intime telle, que la destruction du commerce maritime et des colonies sera définitivement assurée.
Car, voyez, depuis 1836,à quel degré de souffrance et d affaiblissement les colonies sont parvenues pour avoir
reliisé lo secours des sucres étrangers contre le sucre de lietteraves !
Quelques années encore de tète à tète, de criminelle conversation, entre les sucres coloniaux et les sucres de betteraves, et de cette union adultère sortira une crise qui détruira ou riinportation du sucre colonial en France, ou le système protecteur lui-mème. —Or,le système proleclcur ne veut pas être détruit, et comptez bien qu’il ne vous accordera aucune condition qui put atteindre ce résultat.
Pourquoi donc serait-il possible de concilier en France les sucres étrangers et les sucres coloniaux, et pourquoi est-il impossible de concilier en France, sous le S3'stème protecteur, les sucres de betteraves et les sucres coloniaux, sans ruiner ces derniers ou sans détruire le système protecteur lui-mème C’est ce que j’ai déjeà expliqué vingt fois aux colons, qui ne voulurent pas me comprendre. C’est ce que les ports de mer avaient alors compris et ce qu'aujourd’hui ils paraissent ne plus comprendre du tout.
Les sucres coloniaux et les sucres étrangers sont de même nature, produits dans des conditions semblables, soumis aux mêmes conditions de transports, de frais, de vente; ils sont dans la même ligne, seulement échelonnés à divers degrés.
Le sucre colonial et le sucre de betteraves, au contraire, sont dans des conditions de productions non-seulement de nature différente , mais de nature opposée, et commercialement antipathique, dans des produits similaires.
Par fiction, par une pure liclion, on peut bien faire légalement admettre que le sucre colonial soit considéré comme national et indigène, mais, eu réalité, cela nest
pas; il est exotique et extérieur. Aux yeux du système protecteur, il est francisé, mais non pas français. Il fait partie du commerce extérieur, et non pas de la production intérieure.
Le sucre de betteraves, au contraire, n’a pas besoin d’une fiction. Il est par sa nature et sa position même indigène et intérieur. Il réunit toutes les conditions que le système protecteur désire, et qu’il n’avait accordées fictivement à nos possessions lointaines, que jusqu au moment où il a pu trouver un produit similaire qui les réunît dans le sein même de la France.
Il y a d’ailleurs, <à la position particulière des betteraves, un désavantage qui devient un titre aux yeux du système protecteur : elles produisent plus chèrement le sucre que la canne à sucre.—Sans cela, elles n’auraient pas besoin de protection contre la canne à sucre; le fait est bien évident. Eh bien, le système protecteur a pour condition inévitable, inhérente à sa nature, de protéger le produit le plus défavorablement créé contre le produit le plus avantageusement fabriqué. Sans cela leur inégalité primitive subsisterait et abandonnerait le produit défavorable à sa ruine native. Demander au système protecteur de protéger également la betterave et la canne à sucre, c’est lui demander de ne plus protéger ni l’une ni l’autre, et de les laisser suivre leurs destinées, d’après les conditions naturelles qu’elles portent dans leur sein. C’est demander au système protecteur de s’abstenir, de laisser le commerce fonctionner librement. C’est demander au système protecteur d’abdiquer. —C’est lui demander de laisser la canne à sucre libre de faire usage de ses forces contre la betterave, qui ne pourrait alors lui résister. Il n’en
fera rien, et par conséquent il calculera le chiffre du dégrèvement de manière à le rendre insuffisant pour remettre les choses dans leur état naturel. Il ne peut pas faire autrement sans s’anéantir lui-mème, et sans laisser mourir la betterave sous le poids de son impuissance native.
Mais,en même temps que le sucre de betteraves est dans une condition de production moins favorable que le sucre colonial,il est dans une condition plus avantageuse pour la vente; de sorte que,protégé de préférence et amené par le mécanisme de la loi à l’égalité du prix de revient, frais et droits compris, des deux côtés il doit nécessairement tuer le sucre colonial.
En effet, supposez (ce que je ne crois pas possible, je le répète), qu’à force de transactions, de calculs, de tours de force financiers, on parvienne à mettre les deux sucres sur le pied d’égalité, c’est-à-dire à pouvoir se facturer en France au même prix avec un égal bénéfice pour leurs producteurs (1). Ne voyez-vous pas que le sucre de betteraves est domicilié en France? qu’il est tout rendu sur le marché, tout prêt à profiter des occasions, n’étant jamais en retard, jamais en avance,ne dépendantnide la tempête, ni des vents favorables? Ne voyez-vous pas que sa production est susceptible d’un accroissement indéfini, et que celle des colonies est bornée, qu’elle est arrivée à son plus grand terme, et que, tant que le bénéfice des betteraves sera
assuré par la prulpclion. leur produeliou s’aecroilra iié eessairenient ?
il résultera de là que,si le système proteeteur parvient à mettre les deux sucres au même prix de revient, par une taxe qui, pour atteindre ce but, devra rester plus forte sur le sucre colonial que sur le sucre indigène (1), ce dernier sera le premier acheté par la consommation de la France, et que le sucre colonial ne fournira à cette consommation que l’excédant que n'aura pu fournir la betterave; et, lorsque la betterave sera arrivée,ce qui sera prompt, à produire une quantité sutlisante a la consommation,le sucre colonial ne présentera plus au commerce maritime aucun motif raisonnable de l’aller chercher aux lies lointaines où il se récolte, dans la certitude où il sera de trouver, à son arrivée en France, le marché déjà suffisamment approvisionné, à prix égal pour le sucre de betteraves!
Voilà pour le temps ordinaire, pour le temps de paix. Mais supposons un démêlé maritime quelconque, un noninlcrcourse d’une année ou deux seulement, une cessation forcée de rapports avec les colonies pendant une campagne ou deux,voilà le sucre de betteraves seul maître du marché, en saisissant toutes les avenues, tous les débouchés ; s’y incrustant, s’y incorporant par tous les points de contact intérieur, et les énormes bénéfices qui lui permettront de prendre un immense développement. Une fois la paix maritime rétablie, dites-nous, je vous prie, comment
oriîsTioNs n'iicOKOMiF. rmii.uit’i:. Tidll
vous ari'iU'Iierez le monopole du mai'ciié iVaneais aux sii- <r(‘s de l)ell(U’ave.s, pour y iiilroduirc de nouveau les surres des rolouios. si, même dans la dél)àele, elles ne se -,0111 pas anVancliies ou iront pas été com[uises!... Hélas! la diriieullé serait invineible. Il n’y aurait plus place en l’ranee pour les sucres coloniaux, et le système protecteur les reléguerait liôrement parmi les sucres étrangers, dont ils partageraient la prohiliition!... Punition fatale, mais juste, de leur entêtement.
lirais, en admettiuit en l’ranre la concurrence des sucres étrangers, m’objectaient les colons lorsque je leur traçais ce sombre tableau de l’avenir qu’ils se préparaient par leur opiniâtreté,ne courrions-nous pas les mêmes cbances ! Les sucres étrangers ne finiraient-ils pas par s’emparer du marché de la métropole à notre propre exclusion?
Point du tout; c’est tout le contraire qui serait arrivé: c’est la betterave que les sucres étrangers auraient atteints, et dont ils auraient empêché le développement ruineux et fatal, qui n’a été produit que par la prime établie en faveurdu sucre indigène, par la surtaxe du sucre exotique. —Ainsi, le sucre colonial aurait été délivré de la concurience du produit intérieui’ qui doit nécessairement l’exclure, et il n’aurait eu. dans le sucre étranger, qu’une nuicurreme peu dangereuse (|u’il jiouvait facilement supporter.
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ü VII.
Le sucre colonial et le sucre de betteraves sont iuconci liables en France.
Mettra-l-on sur les deux une taxe égale?... On necliaiigéra rien à leurs rapports naturels, et le sucre de betteraves ne supportera pas la concurrence du sucre colonial, à moins que les fabricants ne trouvent le moyen de frauder une partie des droits, ce qui serait une façon de rétablir Tinégalité.
Compensera-t-on la différence du prix de revient des deux sucres par une différence de taxe?... Alors légalité de prix suffira à la betterave pour tuer le sucre colonial, par l’avantage de position intérieure du sucre indigène, et par l’accroissement de sa production jusqu’au plus haut terme de la consommation possible.
Taxer également les deux sucres, c’est donc,en réalité, ne protéger ni l’un ni l’autre : c’est les laisser dans leur inégalité native, qui les rend inconciliables.
Taxer proportionnellement les deux sucres, pour établir l’équilibre de leur prix de revient, c’est établir une égalité forcée, inique, au détriment de l’un, au profit de l’autre; égalité factice, qui suffira au sucre de betteraves pour exclure le sucre colonial du marché.
Et que l’on remarque bien que les variations de la production et du commerce ne laisseront pas même subsister trois mois cette égalité factice du prix de revient que l’on aura établie avec tant de peine !....
Ob■|;sïIO^s u'iîCOiNOMrB Miiii.inii:, .'Il
Quant au commerce maritime, nous verrons plus tard que, dans l’une ou l’autre hypothèse, il n’a que le choix entre deux manières de mourir.
Examinons maintenant les changements que l’admission des sucres étrangers dans la consommation de la France produiraient relativement aux sucres coloniaux, au commerce maritime et au trésor public.
Commençons d’ahord par ce qui touche les sucres coloniaux, et prouvons aux colons deux choses :
Que l’admission des sucres étrangers en France n’aurait eu pour eux aucun des inconvénients que leur présente la concurrenee de la betterave;
Que l’admission des sucres étrangers en France était la seule protection efficace qu’on pût accorder aux colonies pour les délivrer de la ruine que leur impose, inévitablement, la concurrence des betteraves.
Les rapports du sucre colonial avec le sucre étranger sont dans un ordre d’idées toul-à-fait inverse des rapports du sucre colonial avec le sucre de betteraves.
Le sucre de betteraves est produit plus chèrement que le sucre colonial. C’est pour cela qu’il demande qu’en France le sucre colonial soit plus taxé que lui.
Le sucre étranger produit à meilleur compte que le sucre colonial. C’est pour cela qu’il peut supporter en France une taxe plus forte que le sucre colonial, pourvu que la différence ne soit pas excessive.
Et nous l’avons bien prouvé par le fait, puisqu’en 1833 le commerce maritime de Bordeaux consentait à payer -L’i fr. de droit sur le sucre étranger, en même temps qu’il demandait que le sucre colonial ne Ipayàl que 22 franc.s. — C’est cette proposition que les colons ont iv-
poussée, eoiiinie s’ils eussent été eoinplices des lietteravi's contre eux-inèines !.... tant l’Iiabitude du privilégie l'aiisse les esprits les plus justes et les einpéclie de eoinprendre leurs intérêts les plus évidents !
Eli bien, il résulte de ces rapports inverses, (lu’en admettant les sucres étrangers en France, ils n’entreraient à la consoinination qu’après les sucres coloniaux,et seulement pour remplir le vide que le délaut (raccroissemeut dans la production coloniale laisserait dans la consommation, augmentée par la baisse des prix.
Et qu’au contraire dans le tète-à-tète, dans la criminelle conversation des sucres coloniaux et de la botteraxe. c’est la betterave qui doit fournir le fond de la consommation et n’abandonner aux colons que la place qu elle ne pourra remplir elle-même; — c’est-cà-dire les cbasser avant long-temps.
En effet, les sucres coloniaux étant moins taxés (juc les sucres étrangers, auraient conservés en France une préférence infaillible dans la consommation. Ce n’est qu’après le sucre colonial entièrement consommé ou du moins soutenu à un prix évidemment avantageux, que le sucre étranger aurait pu être acquitté pour la consommation (1). — A égalité de prix même, ils n’auraient jamais eu sur les sucres coloniaux l’avantage immense qu’ont les sucres de betteraves par le fait seul de leur domicile intérieur dans le pays ; et c’est ce coté de la question qu’il faut bien comprendre.
üliESTlONS ll'lXONOMIK l'I'lU.ll.Ui;. ."iri
1.0 siicro oolüDial os( oxotiqiie oommo 1« siioro («(raiijifi’, ol.si l'on voul üli'o de honne loi.il n’est autre chose iju’iin sucre étranger francisé par la fiction coloniale, (jii'iin sucre obtenu hors de France par les capitaux l'i'an-
îdentiques par leur nature, ces deux sucres sont soumis aux mêmes chances, aux mêmes transports, aux mêmes incertitudes nautiques,aux mêmes frais run que lautie. Hien plus, ici l’avantage est en faveur du sucre colonial, il est généralement moins éloigné, et d'un transjioi't sujet à moins de variation ou de retard.
Fes deux sucres, ne pouvant arriver en France que par le transport maritime, auraient entretenu les forces commerciales dans la même direction. Les spéculations maritimes encouragées, agrandies par le commerce avec les immenses parages de l’Amérique et de l’Asie, auraient toujours une force et une impulsion bien plus que suffisante pour le commerce colonial.
Le sucre de betteraves, au contraire, essentiellement intérieur, tend à pousser les esprits et les capitaux dans un ordre d’idées toul-à-lait étranger ri l’importation maritime ; il n’encourage que les charrettes et les rouliers ; de sorte qu'avec la concurrence des betteraves et l’exclusion des sucres élrangers, la marine marchande se trouve moralement et physiquement énervée, épuisée, incapable même de songer avec un peu d’ardeur aux importations coloniales qui ne lui suffiraient pas si elle était prospère, et qui l'écrasent de leur poids stérile dans l’élal d’atonie l’I de ruine où le monopole colonial l’a réduile.
Admettons un uon-intercourse, une guerre, iineinlerrnplion (juelcon((ue aux relations maritimes... Les sucres
•’>!'! IJI'KSTKINS n’nCD.NOMli; l'IlHLIOl!!:.
étrangers n’auraienl pas eu, contre le sucre des colonies. la centième partie des avantages qu’aurait le sucre de hetteraves.—La mer est périlleuse pendant la guerre pour le sucre étranger presqu’autant que pour le sucre colonial. Leur concurrence subit, de part et d’autre, des variations presque analogues; et quand les difficultés maritimes auraient cessé, les colonies reprendraient sur le marché français leur position antérieure relativement aux sucres étrangers. Tandis qu’en laissant développer, comme nous l’avons vu, le sucre indigène par l’exclusion du commerce étranger, elles ont préparé les moyens d’assurer leur propre exclusion pendant la première guerre maritime que nous aurons. Heureuse ou malheureuse, peu importe, les colonies en paieront les frais. Leur sucre alors sera exclu de France par la betterave, et n’y rentrera plus.
Si les colons avaient voulu m’écouter quand je leur disais toutes ces vérités, ils auraient compris que, même dans le système protecteur, il était possible de concilier les sucres coloniaux et les sucres étrangers, en admettant en France ces derniers; et qu’il est toui-cà-fait impossible dans le système protecteur, de défendre le sucre colonial contre le sucre de betteraves, si on leur accorde une protection proportionnelle et simultanée contre les sucres étrangers.
Et maintenant que font-ils?. Certainement ils de¬
mandent une chose juste, une chose mille fois juste, mais insuffisante, impuissante, en dehors des véritables termes de la question : — un dcgrikemenl qui ha aauKe. des enmhissemenls de la hellerace ! Hélas ! dans le système prolcclenr cola est impossible.—Ils (d)liendront bien un dégrèvement, je l’esiière du moins, mais jamais on n(‘ voudra
OUlîSïlUNS u’eCO.NO.MIK l'IJllI.KII'lî. "il T)
lo leur accorder daus une proportion telle, qirils puissent .itleiiidre le but qu’ils se proposent. Cela est impossible, à niüiiis que le système protecteur ne se mente .à lui-mème l'I ne se détruise de ses propres mains. La plus grande cDiicession que le système protecteur aura la bonté de faire ;ui.\ colons, n’aboutira qu’.à établir l’égalité des droits payés en France. C’est bà le maximum possible de sa tolèi-ance. Or, certainement ou n’ira pas chercher à deux mille lieues le sucre des colonies, quand ou aura sous la main le sucre indigène au même prix. L’avantage des colonies, c’est de pouvoir établir leur sucre à meilleur marché que la hetterave. Si on leur laisse cet avantage, la betterave est perdue. Si on le leur ôte, les colonies sont ruinées ; leur éloignement seul suffit pour les exclure du marché, qui sera complètement approvisionné sans elles. On ne trouvera jamais de milieu entre ces deux termes de la (iuestion, parce qu’il n’y en a pas.
Les colons s'opposaient <à l’admission des sucres étrangers, parce qu’ils croyaient sincèrement que la surtaxe dont les sucres étrangers étaient frappés, favorisait les produits coloniaux en leur assurant le monopole de la consomination française. Hlais c’est la plus grave de toutes le.s ci'reurs. La surtaxe des sucres étrangers et tout notre système des douanes sur cette matière , ne protégeaient et ne favorisaient que la production de la hetterave. Les colonies n’étaient ici que le prétexte, le moyen, la machine théâtrale employée pour arriver au hut. On va le voir.
One fallait-il pour que la hetterave put vendre à bénéfice ses produits, qui lui auraient laissé une perte énorme si ou les eût abandonnés à leur cours naturel? Il fallait que le sucre des c(douies lut enchéri par le paiemeut d’un
51(1 OI RSTIONS l)'i;(î(iM)MI|.; l'Iüil.IOI'K.
(Ii’oil Irès-élové. Alors le sucre de belleraves, malgré la pei'le nalui'elle tà sa produclion, s’eiiriehissail de la valeiiidu droil pavé par les colons, parce qu'il élevait sou prix au niveau du sucre colonial dont il n'avail pas pa\é le droit.
Or, le sucre colonial n’aurait jamais pu supporter la taxe de A9 Ir. 30 c.. nécessaire pour élever le prix de vente au niveau des besoins du sucre de betteraves, si les sucres étrangers n’eussent été surtaxés en proportion. Le l’ait est bien évident. Les deux questions étaient donc inliincinent liées. On ne pouvait faire vivre cl développer la produclion des betteraves qu’en taxant très-liant le sucre colonial ; et l’on ne pouvait taxer très-liaut le sucre colonial, qu’en surtaxant proportionnellenien! le sucre étranger. Ainsi, la surtaxe du sucre élranger donnait les moyens de taxer très-haut les produits des colonies en ruinant le commerce maritime ; et la liante taxe du sucre colonial donnait le moyen de protéger le sucre de betteraves en ruinant graduellement les colonies. C’est donc en définitive pour le sucre indigène seul que la probibitioii du sucre élranger fonctionnait. Les colons n’ont jamais voulu le comprendre, malgré tous mes efforts pour leur ouvrir les yeux.
Maintenant ils le voient, ils voient les faits, et cependant ils ne les comprennent point encore. Car ils ne comprennent pas que loin de s’opposer à l’admission du sucre étranger, ils auraient dù supplier à mains jointes le gouvernement de l’admellre. C’était là leur salut, leur auxiliaire. leur dernier espoir ainsi qmyje le leur disais. Mais accoutumés à l’ancien système colonial, ils n’ont pas mi que tout était cbaugi-. et (pie e(‘ s\stème ii'i'st (pi'uie-
l'IMll.lOUE.
vieilli! l■(‘li(|iUl du lenips |)assé, un signe d’une cioyancc lUoiule, un eiiseiuhle impossible à l'aire ronclionner parce que ses élénieiils soûl déiruils ou onl perdu la proportion nécessaire dans leuis rapports. CA'st dans un autre ordre d’idées qu’ils devaient chercher leur salut, et laisser marcher le coninierce maritime au lieu de l’arrêter. — Car le vieil axiome ; Sans colonies point de marine, doit être retourné ainsi : « Avec le monopole colonial, point de » commerce exiérieur; sans commerce extérieur, point » de marine, et triomphe absolu de la betterave par la » misère, la ruine et raffranchissemenl posthume desco- » lonies. »
Si donc les délégués des colonies avaient compris leur position, le premier de leurs soins aurait dù être de demander eux-mêmes l’admission des sucres étrangers, ce qui aurait à la l'ois obligé l’orcémenl à dégrever le sucre colonial, et donné une immense extension au commerce maritime. Voilà ce que j'aurais l'ait, si j’avais été délégué des colonies. — àlais demander qu’on protège également les deux sucres nationaux, le sucre colonial et le sucre indigène, contre les sucres étrangers! qu’on alloue le monopole du marché l'rançais au sucre indigène
et au sucre colonial!.Je déclare à la face de la France
que les colonies et les ports de mer n’auront pas d’ennemis plus cruels, plus dangereux, plus impardonnables, que les promoteurs d’un système aussi impossible et aussi trompeur à la lois!
Je crois avoir prouvé que cette prétendue protection des deux sucres ne peut aboutir qu'à la ruine des colonies. Dans le prochain paragraphe nous verrous les ell'els
.ll8 QLliSTlONS D’iîfiOfiO.MIH rlIllI.IQUE.
(le ce système sur le commerce maritime et sur les revenus (lu trésor français.
Jfais voici l'argument triomplianl du système prolec leur: — Quoi! nous dira-t-il, ne sentez-vous pas ciue vous plaidez ma cause? Avec votre lilierlé commerciale, avec votre commerce extérieur, si la guerre maritime éclate, vous n’avez plus ni commerce ni échange d'exportation. Vousl’avezdit,vous vousen êtes fait un argument. Mais avec le sucre de betteraves, la guerre maritime peut arriver et vous ne perdrez rien ; l’approvisionnement de la France n’en sera pas moins assuré.
Le fait est certain. Si, pendant la paix, vous détruisez toutes nos relations commerciales, tous les échanges iiiternalionaux, toute la marine française, il est certain que la guerre n’aura plus rien à nous faire perdre de tout cela. Vos lois de douanes auront d’avance rempli l’office du canon ennemi. Agissez de même pour tous les produits, pour tous les objets de fabrication et de consommation : isolez la France du monde entier; lâchez qu’elle n’achète rien au dehors, et que, par conséquent, elle ne vende rien au dehors, vous verrez ensuite, hommes du Nord, l’admirable prépondérance que vous lui aurez conservée dans les relations des peuples qui ne la connaîtront plus; vous verrez ce que sera devenue votre marine militaire, votre puissance extérieure, votre diplomatie. — Vous verrez tout cela peut-être, parce que cela touchera votre orgueil et votre ambition. Quant à notre misère, si grande que vous l’ayez faite, vous ne l’apercevrez jamais, car vous êtes aveugles pour elle; — mais peut-être un jour vous renlendrez.
QU i; ST 10.N s
DNOMIE l’UI!l,IQI!li. ÔI9
S Vlli,
1)0 la qiic.stioii coloniale dans ses raiiporls avec le coiuinerce niaritinie de la France
Le système colonial en lui-même n’est qu’un premier pas de renfance du commerce. Dans cette première période de la vie commerciale, la nature des choses l’impose souvent comme une nécessité, et le défaut de relations générales entre les nations y fait trouver quelqu’avantage.
Pour ne citer que ce qui touche plus directement le débat actuel, lorsque la découverte de l’Amérique et des Indes mit par le fait entre les mains des Eispagnols et des Portugais le monopole d’un immense commerce que leur indolence ne sut pas conserver, et qui passa entre les mains des Anglais et des Hollandais, la France, comme toutes les nations dont l’Océan baigne les frontières, fut forcément poussée dans le système colonial. On le comprend sans peine : il lui fallait, ou se voir privée des denrées exotiques et inter-tropicales, ou les payer aux nations qui s’en étaient partagés le transport, à des prix élevés qui leur assuraient un bénéfice immense; c’était une perte qu’elle pouvait s’épargner en allant chercher ellemême ces denrées au lieu de leur pioduction. Or, n’étant pas admise dans les colonies d’autrui, il lui fallait avoir des colonies à elle. Elle suivit donc l’entrainement général, et ne pouvait faire autrement.
Les colonies avaient donc pour la France une double utilité : d'abord lui fournir les denrées exotiques à meilleur maiché que si elle les achetait aux puissances rivales;
~)’2ü cll KSTIO.NS d’kDUMIMII'. Pl'Iil.llJL'K.
ensuite, les lui l’ouniir assez abondainineni pour que, en outre (le sa consommation, il lui en restât une certaine quantité qu’elle pouvait revendre à l’intérieur de I Kurope, avec bénéfice, — les sucres surtout.
C’est ainsi que le commerce colonial enrichit la métropole et les ports de mer dans la première période de sou établissement. Maisc’estpar une étrange préoccupation que l’on a voulu attribuer à la seconde période, commencée en 1814, après une longue interruption de rapports, les mêmes effets dont les causes elaientévidemment détruites.
C’est certainement un système barroque et tout-à-fait contraire au droit naturel, que celui où les peuples d’un continent se partagent, s’adjugent, se distribuent à euxinèmes les territoires et les produits des autres parties du monde : là moi l’Inde, à moi l’Amérique du Nord, à moi l’Amérique du Sud, cà moi les iles, à moi le continent: chacun avait fait sa part de son mieux, et chacun avait dit àses colonies ; Tu ne vendras et tu n’achèteras qu’à moi.— Et tous se consolaient d’ètre exclus de chez les autres, en excluant les autres de chez eux.
Mais,enfin, cela pouvait fonctionner passablement tant qu’il y avait une proportion raisonnable entre l’importance de chaque métropole et de ses colonies, et tant qu’aucun lieu de production, vaste et fécond, n’était affranchi et ne pouvait fournir aux besoins des nations commercantes.
Mais lorsqu’il est arrivé tout à la fois que de vastes contrées coloniales se sont affranchies et peuvent recevoir nos vaisseaux, et (|ue,d’uu autre C()té, nos vastes et anciennes colonies ont été mutilées et rétrécies de manière à ne pouvoir suffire à noire navigation, comment nos
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hommes d’Étal ne comprt'iiaient-ils pas, après la paix de de 1814, que vouloir rétablir le monopole colonial, élail un projet insensé; que cétait une machine détraquée, dont les poids et les moteurs n’étaient plus proportionnés; que c’était, en un mot, ruiner le commerce maritime de France par les colonies, et ruiner les colonies par le commerce maritime de France?
Jamais vérité ne fut plus frappante : la prévoir était facile, et cependant il est encore des gens qui la nient après l'avoir vu se l'éaliser !
La France d'abord ; quel équilibre peut-il exister entre une métropole do trente-trois raillions (fliabitants, et des colonies qui ont ensemble une population de 38 mille colons? Comment de telles colonies peuvent-elles alimenter la navigation d’une telle métropole? Comment peuvent-elles lui fournir ce qu’il faut pour sa consommation d’abord, ce qu’il faut pour son commerce de transit et d’exportation ensuite, afin de participer aux bénéfices que les nations intérieures do l’Europe paient aux nations maritimes ?.... Cela était de toute impossibilité. Un tel système disait à la France ; — Je ne puis occuper que ce petit nombre de vaisseaux, n’en construisez pas davantage. — Je no puis produire que celte petite quantité de denrées, n’en consommez pas davantage. — Je ne puis payer que cette somme au trésor, n’en demandez pas davantage. — .le ne puis rien vous fournir pour alimenter la consommation des nations intérieures de l’Europe, renoncez à ce bénéfice et laissez-en le monopole aux autres peuples maritimes.
Voilà notre système colonial depuis 1814.
,1e l’ai déjà lésumé en peu de paroles : il nous lournis-
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suit (lu sucre plus clier (jue le sucre (^Uranger, eu ])lus pe lile (juaulili'(jue le sucre lîtranger, moins corsci (jue le sucre étranger, et ne pouvant payer au trésor (ju’une somme moindre (jue le sucre étranger.
Pourrait-on me dire en (jiioi la prohibition des sucics
étrangers était utile à la France?.le vais ledire, moi :
— X tuer le commerce d’importation de la France, à üiei le commerce d’e.vporlalion de la Frarc j ' ' i is lème linancier de la France, et à ruiner enlin les colonies en développant forcément la production du sucre de betteraves en France.
Voilà les immenses bienfaits (jue nous devons au système colonial depuis 181-à!
On nous [(arle de la marine; on nous dit que le sort de la marine est attaché à rexistence du système colonial. Sans colonies, dit-on, point de marine!
Mais c’est abuser étrangement des mots. Oui , sans doute, le système colonial jieut être un aliment à la marine, quand l’importance des colonies est en rapport avec celle delà métropole. Ainsi, rAnglelerre alimente une immense marine avec d’immenses colonies. Mais nous, misérables que nous sommes, réduits à de chétifs débris de nos possessions coloniales, que pouvions-nous faire, que voir languir et agoniser entre nos mains une marine chétive, inévitablement destinée à s’affaiblir chaque jour !
D’ailleurs, les colonies étaient nécessaires à la marine, je l’ai dit plus haut, quand le monde colonial était esclave d’un bout à l’autre de l’Océan et nous était interdit; mais aujourd’hui que d'immenses contrées sont affranchies et ouvrent leurs j)orts à nos vaisseaux, par quel étrange cou- Ire-sens maintient-on un système d’exclusion qui ne peut
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rdiiclioiiiier ((iio contre nous ? i\ avons-nous pas l'exemple (les Américains sous les yeux? N'onl-ils pas la première marine marchande du globe? Où sont leurs colonies? Ils n'en ont pas : le monde entier leur sert de colonies, et nous, nous nous sommes bannis du monde entier pour exténuer, pour encliainer, pour incarcérer noire marine marchande dans trois ou quatre lies qui nous ruinent et (|ue nous ruinons.
Qui nous ruinent Je pense que le l'ait est assez clair pour se passer de démonstration. Depuis 1814, notre niarine a eu constamment tout ie transport des produits coloniaux de nos quatre îles. Une seule année, en 1838, (le guerre lasse, on laissa trente mille barriques de sucre sans oser et sans pouvoir raisonnablement les aller chercher. —Eh bien, pendantccs vingt ou trenteannées de monopole colonial, qu'est devenue notre marine marchande? Elle s’est traînée d’évanouissement en évanouissement jusqu’au s|)asme mortel qui va l’anéantir !
Et en même temps ce beau système a ruiné les colonies, non-seulement par la concurrence du sucre de betteraves, bien plus terrible pour elles que le sucre étranger, ainsi que je l’ai démontré, mais aussi pour une autre raison que les colons sont les premiers à proclamer : c’est que nous faisons payer aux colonies tous les objets de consommations que nous leur fournissons bien plus cher qu’elles ne pourraient les acheter aux étrangers , si elles étaient libres.
Et pourquoi leur faisons-nous payer tout si chèrement, et souvent en qualité inférieure, et souvent même en y perdant?—D'abord, par l’effet du système prohibitif qui enchérit la production en France, et qui ne nous permet
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pas de vendre aux colonies à aussi bon inarciié que l’élranger, ce que déjà nous sommes forcés à vendre à la France elle-même bien plus cher que ne lui vendrait l elranger: ensuile parce que, perdant sans cesse sur les ventes aux colonies, qui d’ailleurs ne peuvent plus nous payer, ruinées qu’elles sont par cet admirable mécanisme, on y envoie souvent des qualités inférieures, afin d’économiser sur le prix de l'achat et de se retrouver plus facilement sur le prix de la vente.—Système de déception, de malhcui, de ruine! va, sois maudit, ainsi que tes promoteurs!
A cet étal convulsif que notre législation économique a créé, a propagé, a préconisé comme le beau idéal de la protection industrielle, partant d’un centre commun et rayonnant dans tous les sens, il y avait, il y a encore un remède. Mais on le repousse, on le repousse avec un eutèlement barbare, précisément parce que ce serait un remède, et qu’on veut que les intérêts mourants, meurent! L’industrie des betteraves en a besoin; cet bolocausle lui est promis. Il lui faut la transfusion du sang de nos veines pour qu’elle puisse vivre. C’est le préjugé de la médecine antique converti en réalité.
Ce remède, c’est l’admission des sucres étrangers fortement dégrevés, et venant concourir avec les sucres coloniaux ne payant qu’une taxation la plus faible possible.
Hors de là, rien. On se débat dans un cercle sans issue. Car voici la situation que Ton veut conserver ;
« Le marché national réservé en monopole au sucre » national de la betterave et au sucre national des colo- » nies, tous deux imposés... vous savez dans quelle pro- » portion ! »
lîli l)ieii, ;i celle position, il n’y a que deux issues possibles :
Ou le sucre colonial supporlera la concurrence du sucre de belleravos, ou bien il ne la supporlera pas.
S'il la supporte, le eoinnierce mariliine reconiniencera la misérable carrière qu’il a parcourue depuis I8l-'i . etil V rentrera avec moins delbrce, moins de capitaux, moins d’aliments; car l’importation coloniale ne pourra se faire que pour une partie de la production seulement, puisque les betteraves fourniront au moins une grande portion de la consommation française.—C’est vous dire que ce système ne fera que paraître et disparaître.
Si le sucre colonial ne supporte pas la concurrence des betteraves — et il ne la sn()porlera pas — au lieu de permettre une exportation partielle, on permettra aux colonies une exportation totale, et lecommerce français, chassé du monde entier par les colonies, sera chassé des colonies par la betterave. —Alors, notre marine se bornera au jiachl-clitb de la (jironde!...