‹ Questions d'économie publiqueChapitre 8 sur 21 · S VU · texte numérisé non relu

S VU

S/:t Koloiiisation il’.ïlgcr est imiio.ssible en coïKiniiiiiW le sy.sièlue .-ichiel «l’occiipaUnii.

.Cueilli autre système il’occiiiiation n’est iiossible.

11 est impossible que le système de colonisation suivi jusqu’à présent réussisse.—On ne peut le remplacer par aucun autre système.

Pour que le système réussit, il faudrait vaincre et soumettre les populations arabes. Une ville brûlée, deux villes binlées, trois villes brûlées n'y feront rien. Vous brûlez

218 QUESTlOJiS inîCONÜMlE PUBLIQUE.

(les bico(jues sans fenêtres, sans volets, un mauvais premier étage, quatre murs en carré, presque toujours sans toiture.—Après?.

Après, les Arabes sont beaucoup plus maîtres que nous (lu pays dont nous prétendons les avoir chassés. Nous n’y possédons réellement que le terrain qui est sous la semelle de nos souliers.—Or, l’espace où les Arabes circulent, se dissipant et se rassemblant soudainement comme un nuage de sauterelles, est trop grand , trop immense, entre nos divers points d’occupation, pour que l’ennemi ne nous échappe pas toujours, pour qu’il ne revienne pas toujours, pour qu’il ne menace pas toujours d’une destruction certaine les imprudents colons qui s’y seraient hasardés, sur la foi de promesses vaines d’une impossible protection. Où suivra-t-on les Arabes pour les vaincre? — Dans les chaînes de l’Atlas qui leur offrent un inviolable rempart, rempart bien plus inexpugnable que celui des guérillas espagnoles dans leurs montagnes? — Nous eu avons eu des exemples déplorables. Nous ne nous présentons un instant dans l’intérieur que pour en sortir en toute liàte, bien heureux même d’en réchapper.—Au-delà, le désert, le sable, le feu, le siroco.

Il n’y a donc aucun espoir de saisir notre ennemi, d(! le vaincre, de frapper un coup décisif.—Son refuge est sans bornes, extensif, immense.—Ce n’est pas comme dans une guerre ordinaire, où l’on finit par acculer l’ennemi qui fuit, à une position où il faut enfin qu’il nous affronte en face, ne pouvant envahir les étals voisins qui défendraient leurs frontières contre lui. Ici, nulle frontière, nul terme à notre incessante et vainc poursuite.

Ajoutez que le |{(‘douin , à pied, à cheval, peu importe,

esl fait au climat, infatigable, accoutumé à manquer d'eau, sacliant où il peut en trouver, faisant cent lieues dans les terres sans approvisionnements, vivant de quelques fruits sauvages, de quelques figues de Barbarie, qu’il cueille sans débrider.—Allez donc le suivre avec vos ambulances, vos fourgons, vos charriots, vos soldats européens, que leur courage sans doute fera marcher jusqu’à la mort, mais que leur courage n’empèchera pas de mourir de soif, de faim, du siroco, de la dyssenlerie et de mille autres bienfaits que la barbarie du climat africain rendra pour représailles à la barbarie civilisatrice de l’Europe.

Aussi, de victoires en victoires, d’expédilionsen expéditions, de massacres en massacres, qu’avons-nous gagné? —Rien. Nous avons perdu des milliers de braves soldats, nous avons dépensé des centaines de millions, et nous n’avons en Afrique, ni gouvernement, ni colonie, ni colons : tout cela existe bien sur le papier, mais en réalité il n’y a rien.—Et les colonisateurs, voyant le néant qui résulte de tant d’efforts, se demandent chaque jour s’il ne faudrait pas changer de système, et blâment tout sans rien proposer.—N’est-ce pas un ensemble de convictions bien établies, bien fortes, pour avoir le droit de blâmer si bautement ceux qui, comme nous, ont toujours montré le terme fatal où les colonisateurs se sentent enfin arriver malgré leurs dénégations?

Et que serait-ce donc si une guerre européenne venait envenimer la guerre africaine, ainsi que j’en ai fait le tableau?

Et que serait-ce donc si nos Hottes éprouvaient, sur ces eûtes tempétueuses, quelques-uns de ces naufrages que

220 alIKSTIO.NS d'hCONOMIB lUiBMOliK.

riiisloire cT déjà recueillis dans ses fastes, et dont je donnerai, s'il le faut, la liste séculaire et complète?

On demande donc s’il ne conviendrait pas de changer de système, c’est-à-dire de renoncer à la civilisation par la violence armée, et d’essayer de la douceur, de la protection, de la persuasion !

Mais on croit donc les Arabes bien stupides, si l’on pense qu’ils se laisseront caresser par la main qni les a si cruellement déchirés; si l’on pense qu’ils ne comprendront pas la cause de ce revirement soudain, et qu’ils n’y verront pas la preuve de notre impuissance; si l’on pense que les inimitiés, les ressentiments, les vengeances dont on les a enllammés, s’éteindront au premier mot conciliateur qu’il plaira à nos colonisateurs de prononcer? — Le système de douceur a été essaj'é, quand il n’avait pas encore contre lui les invincibles obstacles que l'on y a créés ])ar vos exécutions militaires, et il n’a pas réussi. Aujourd’hui, il réussirait cent fois moins encore. En outre des motifs accidentels qui naissent des obstacles que l’on y a mis par des violences; en outre des ressentiments semés à pleines mains; en outre des états voisins de Maroc, de Tunis, qui sentent fort bien qu’après avoir envahi la régence par violence ou par ruse, vous les envahiriez à leur tour, ce dont probablement ils se soucient fort peu, — il y a un motif général, constant, universel, ou sujet à si peu d’exceptions qu’il ne vaut pas la peine d’en parler, qui rend la colonisation par la douceur à peu près impossible, et qui a toujours condamné, bon gré mal gré, les colonisateurs à faire usage du système de la violence.... C’est que les peuples accoutumés à l’état mixte de leur barbarie native (!t de leur civilisation ébauchée, ont uii

iiisliiicl (rin(Jé|)C‘ii(laiiCL‘qui mloiiU; le joug, el ([ui ne veut le lecevoir ni <Ie la violence, ni de l'iiypocrile douceur qui ne les flalte que pour les envahir el les déposséder. Votre suprématie, votre prétention avouée ou déguisée de les diriger,de les gouverner, de les niaitriser, est précisément ce que leur nature même et leui- position les empêchent de supporter. Ces petits succès de colonisation par ruse doucereuse disparaissent promptement aussitôt que l’œil du sauvage s’ouvre et voit le but où on le conduit peu à peu. — Sans doute, des philanthropes peuvent rêver cet envahissement mielleux des demi-nationalités barbares pour les fondre, les assimiler aux civilisations plus avancées. 11 serait même, j'en conviens, sous quelques points de vue, avantageux aux Arabes de se laisser civiliser ainsi ; mais pour le comprendre, il faudrait chez eux que l’effet eût précédé sa cause; il faudrait que leur religion fanatique n’y mit pas un obstacle insurmontable; il faudrait qu’ils pussent sentir que la vie d’un salon vaut mieux que la vie de la tente; il faudrait que vous pussiez improviser l’avenir; il faudrait, enfin, qu'à travers votre masque tout reluisant, tout vernissé, tout doré de philanthropie, ils ne vissent pas percer l’ambition du colon, le despotisme du maître, l’absolutisme lointain du gouvernement d’Europe,qui, un beau jour, à ces peuples accoutumés à tant d’indépendance, ne permettra plus d’élever ime mosquée, une masure, un parc à chameaux, sans avoir préalablement obtenu l’approbation du conseil des bâtiments civils de Paris !

Voilà la cause fondamentale qui réduit les colonisateurs à agir par la force, d’autant que les éléments de civilisation qu’ils sont obligés d’employer sont toujours une por-

(ll'IiSTIOKS

MQUE.

u’ÉnONOMlE PUIll

tion trop avide et trop corrompue de la société, pour qu'il soit possible de les faire entrer de bonne foi dans un système lent, intelligent, humain, de persuasion éclairée,et que des violences accidentelles, absolument inévitables, occasionent de la part des indigènes de nombreuses résistances qui nécessitent des répressions partielles sur les peuples assujettis. Ils se plaignent alors : le gouvernement de la métropole, trompé par ses agents, ne veut et ne peut faire justice aux opprimés, de peur de déconsidérer et d’affaiblir les délégués qui gouvernent en son nom, et l’on rentre par mille portes à la fois dans le système de la violence, qu’on avait voulu abdiquer.

Voilà ce qui est arrivé cent fois, et ce qui arrivera tou jours; or, une fois entré dans le système de la colonisation par la force, on sait où il conduit, et les journaux les plus colonisateurs, ceux du ministère exceptés, en conviennent aujourd’hui.

§ Vlll.

ImpiiiKsaiitc impéritie de ia 4.'olonisatioii d’Alger.

Quand une opération financière, politique, commerciale, est bien conçue, il importe peu qu’elle soit altaquco avec dialectique et persistance ; il importe peu qu'on soulève contre elle des objections de détail, qui se rencontrent toujours, même dans les plus fécondes entreprises ; les évènements marchent, la vérité se fait jour, la tendance graduelle des choses se manifeste de plus en pins.

(jUliSTIOiNS ll'ÈCONÜMIR PIJlil.lQliE. 220

(!t les paroles hostiles du rhéteur le plus éloquent, devenues impuissantes et vaines, laissent à peine un souvenir fugitif dans les esprits détrompés.

Mais lorsqu’au contraire une conception de ce genre porte sur une hase foncièrement fausse et mauvaise, vainement elle est soutenue par quelques prestiges de gloriole, par quelques métaphores de nationalisme vaniteux; vainement la presse quotidienne, poussée par les préjugés de la foule, ou bien prônant les volontés du pouvoir, ou bien encore obéissant à la direction secrète des spéculateurs intéressés au succès de la grande opération en litige, annonce chaque jour sa réussite infaillible; rien de tout cela ne sert : l’insignifiante divagation de vingt journaux unanimes n’empèche pas la nature des choses d’agir; les vices de l’opération la dévorent; les évènements, chaque jour envenimés par leur propre développement, accélèrent à fenvi la chute de ce colosse aux pieds d’argile, et justilient la voix solitaire qui ne craignit pas de révéler ses infirmités natives et sa ruine inévitable, alors même qu’un chœur universel de voix louangeuses célébraient d’avance sa factice immortalité !

C’est ainsi que l’affaire de la colonisation d’Alger se présente. Depuis sa création, elle n'a eu que des trompettes héroïques à sa disposition ; la presse quotidienne tout enentière a constamment prôné son utilité, ses succès, son avenir. Une seule voix, la mienne, et je m’en fais honneur, n’a pas craint de soutenir la cause contraire, et d’appeler la méfiance du pays sur la fausse perspective qu'on lui présentait.

Eh bien ! d’efforts en efforts, la colonisation algérienne en est venue à ce point de détérioration, que nous ne sa-

üUKSTlüNS ll’ÉC,0!Sü.MIK l'IIIll.lQUE.

VOUS en vérité comment ceux qui la défendent encore par leurs écrits peuvent se faire une ombre d’illusion sur l’inconsistance de leurs argumentations, que les faits démentent à toute minute. Aussi, la réaction que nous avons prédite s’opère rapidement dans les esprits; et comment n’en serait-il pas ainsi ?... Les preuves les plus frappantes des vices qui tuent la colonisation d’Alger dans sa source même, naissent à chaque instant de l’expédition récemment accomplie avec tant de fracas pour sa sécurité (1)!

Pour sa sécurité !... Et la province d’Oran elle-même, cette province où l’expédition a, dit-on, triomphé, est sillonnée par les Arabes avec tant de fréquence et d’impunité, qu’il faut envoyer, aux portes mêmes des villes occupées par nos garnisons, un détachement de quatre cents soldats pour empêcher les indigènes insurgés de s’emparer des débris du bâtiment à vapeur la Salamandre; la Salamandre, qui vient de dérader et de périr près de Mostaganem, comme YEclaireur avait déjà péri à Alger! tant ces rades sont abritées, tant elles sont un bon mouillage pour notre marine militaire et marchande! tant ces précieuses côtes de la régence doivent nous assurer l’empire maritime de la Méditerranée et du Levant !...

Tout le succès de cette expédition fameuse a été d’occuper pendant vingt-quatre heures Mascara, et de s’en sauver en toute h.àte au milieu de mille dangers et de mille détresses, après avoir mis le feu aux maisons vides d’habitants et de richesses. Et voilà qu’Abd-el-Kader rentre dans Mascara, pendant que les Arabes infestent la province d’Oran comme auparavant; et, certainement, il ne

QUESTIONS O'ÉUONOMIE l'UllI.iQUE. 225

dépenser.! p.!s, pour rép<irer les m<iisons que nous avons brûlées, le quart de la somme que nous a coulé la course aventureuse du maréchal Clausel, le transport de nos régiments en Afrique et leur retour en Europe. Beau résulbal de tant de manifestations belliqueuses!... En définitive, c’est nous qui payons, et c’est l’émir qui raille notre impuissance. Comme autrefois le dév d’Alger sous Louis XIV, Abd-el-Kader nous aurait proposé de brûler lui-même sa ville <à meilleur marché pour noire compte, si nous eussions traité commercialement cette affaire avec lui!

Le naufrage de la Salamandre nous prouve de nouveau combien sont mauvaises les rades tempétueuses et sans abri des côtes de la régence. On doit bien se convaincre que pour mouiller avec sécurité une station navale, il faut à la fois l’eau pour sa calaison et l’abri contre le mauvais temps. Or, c’est ce qui ne se rencontre pas simultanément dans les ports et rades de la régence. L<à où il y a de l’eau, il n’y a pas d’abri; là où il y a abri, il n’y a pas d’eau. Il faut surtout considérer que les dimensions de notre grande marine sont devenues telles, que les calaisons sont beaucoup plus fortes que celles des flottes des siècles de Cbarles-Quinl ou de Louis XIV. 11 en résulte que l’a'iri est bien plus difficile à trouver, et le danger des rades découvertes bien plus grand. Un b<îtiment plat, ou d’une faible calaison, peut chasser long-temps avant de toucher. Il peut, d’ailleurs, approcher assez de terre pour trouver asile sous l’abri de quelques anfractuosités du terrain ; mais un fort bâtiment de guerre, vu sa grande calaison, a besoin de plus d’eau; il touche beaucoup plus promptement si la violence du vent le fait chasser sur ses 2- PAnT. 15

ijUliSTIUNS ü'ÉCOlNOMIE PUDLIQIIE.

iincrps, el il ne peut proliler généralement des anfraelini silés partielles de la côte pour s’abriter. Il touelie, alors; aussitôt lonclié il est perdu ; et comme, dans tous les poils de la Barbarie,la mer bat librement en côte,aussitôt que le mauvais temps se lève,ces parages, horriblement dangereux. ne peuvent présenter à la puissance maritime de la France, aucune perspective de développement et de force pour l’avenir.

On comptait sur la Snlamandre pour porter à Oraii, le matériel de l’armée qui doit marcher sur Tlemccen. el voibà qu’au lieu de pouvoir effectuer cet embarquement, le bâtiment lui-mème a péri ! El voilà qu’il faudra effec-^

tuer très-chèrement ce transport par voie de terre!.

Quelle sécurité peut-il y avoir dans de pareilles rades? Qui pourrait songer, sans folie, à y transporter le siège de nos armements, de nos arsenaux, de nos opérations maritimes?

Si nous voulons remonter dans l’histoire des temps passés, nous verrons que les rades de la régence sont séculairement fameuses par leurs sinistres maritimes, quoiqu’à ces époques reculées la forme plate des bâtiments alors employés, généralement désignés sous le nom de galères, permît d’approcher plus facilement la terre, et de mieux éviter le danger, soit pour le mouillage, soit pour rembarquement ou le débarquement.

En 1516,une flotte espagnole, avec dix mille hommes de troupes, sous le commandement de Francesco de Véro, se présenta devant Alger. Mais à peine eut-elle débarqué l’armée expéditionnaire, qu’elle fut brisée par la mer sur le rivage. L’armée débarquée se livra au pillage, aux excès de tous genres, et périt bien vite sous l'effort des

iudigùiies, étant isolée par reiïel de la destruction de la Hotte.

En 1341, le grand empereur Charles-Qnint voulut de nouveau tenter roceiipation de la régence.

11 fil les plus grands préparatifs.

Pierre de Tolède et Ferdinand de Gonzague avaient fait des levées de vieux soldats en Sicile et à Naples, où ils étaient vice-rois.

Le duc d'Allie, depuis si néfaslement célèbre sons Philippe U, et qui, dans son extrême vieillesse, lui conquit le Portugal, avait enrôlé en Espagne beaucoup de noblesse et (fanciens militaires.

Fernand Gortez, le fameux conquérant du Mexique,et ses trois enfants, s'étaient présentés comme volontaires au roi d’Espagne, marchant en personne à la conquête de l’Afrique.

Eu Italie, les Colonna, les Doria, les Spinola, avaient rassemblé autour d’eux la meilleure partie des vieilles bandes exercées sous les plus redoutés Condottieri.

On avait recruté des bataillons formidables de vieux soldats allemands et bourguignons (Wallons).

Le grand-maître de Malle envoya .300 chevaliers, chacun accompagné de deux combattants.

Les flottes d’Espagne et de Gènes reçurent l'ordre d’embarquer les troupes rassemblées sur les rivages d’Espagne et d’Italie. Elles furent réunies sous le commandement du vieil André Doria, universellement regardé comme le plus grand homme de mer de son temps, et tout dévoué à l’empereur.

Après avoir éprouvé quelques gros temps, si fréquents dans ces parages, cette puissante Hotte atteignit Alger.

228 yiiiisriü.NS u'iîcojiojiin pi:iii.H)i]E.

Les meilleurs mouillages lui furent désignés, et la Hotte s’y étant avancée, passa devant la ville et vint jeter l’ancre dans la rade.

Eh bien ! une seule nuit, un seul coup de temps détruisit tout, Icà, au mouillage, à l’ancre, dans la rade, flotte, armée, expédition ! Le jour éclaira ce désastre. La plage était couverte d’hommes, de chevaux noyés. En deux jours cent cinquante hàtimeutset huit mille hommes avaient péri sous reffort delà mer furieuse, et Charles- Quint fut obligé de retourner en Espagne avec quelques débris de son escadre !.... Voilà ce que c’est que la lade d’Alger.

Cette rade est ouverte à tous les vents, ainsi que le sont à peu près toutes celles de la régence. Le vent du nord et de l’est y donnent en plein. Les vents du sud s’y font fortement sentir, témoin le coup de vent du 15 juin 1808, qui y fil dérader la corvette le Itequin, mouillée sur quatre ancres. Seulement les vents du sud y sont moins dangereux que les autres, parce qu’ils ne portent pas autant à la côte. De sorte que cette rade, qui n’offre que quinze àdix-huitpiedsd’eau, pour un petit nombre de bâtiments, et vingt pieds en très-peu d’endroits, n’est même pas svire dans la belle saison ; en outre du risque de perle à la côte, les bâtiments, vu le peu d’espace, sont exposés, quand le vent souffle, à se briser les uns contre les autres, pour peu que leurs ancres chassent; ce qui est toujours un risque imminent, parce que la mer qui vient librement du large y déploie avec une grande violence. Au reste, meme avec ces déplorables conditions, il n’y aurait place que pour un très-petit nombre de frégates et quelques bricks.—Voilà

IJUliSTK)^S d'ÈCüNOMIK PL'ln.KlLE.

celle grande et précieuse conquête pour la puissance uiarilime de la France,

.l'ai élé bien aise de donner lous ces détails, qui ne sel'onl pas contestés, parce que la source où je lésai puisés est certaine, afin de l'aire voir au commerce et à la marine que ce n’est pas à la légère que nous avons exprimé notre opinion sur cet important su jet. On pourra dès-lors juger facilement les déclamations ampoulées des adversaires qui nous accusent de manquer de patriotisme et de nationalité, parce que nous donnons à notre pays des conseils salutaires et désintéressés; parce que nous ne voulons pas qu’on sacrifie les vrais intérêts de la force militaireet maritime, des finances et du commerce de la France, cà la vaine gloriole d’un désir sans raison de conquête et d’agrandissement factice, qui ne recèlent dans leurs conséquences que ruine, misère et folie. — Nous mettons et nous mettrons toujours notre patriotisme à dire les vérités utiles à nos concitoyens, et non pas à flatter les caprices de la vanité nationale. Les courtisans des peuples les trompent et les perdent, comme les courtisans des rois. —Nous ne serons jamais les courtisans de personne. Nous parlerons toujours librement et francbement tà Ions.

Pour en revenir à la colonisation elle-même, n’est-ce pas, je le demande, n’est-ce pas se moquer de la France, que de lui dire sérieusement, officiellement, authentiquement, qu’elle a une colonie dans la régence? — Une colonie? Et où sont vos colons, où sont leurs plantations, leurs défrichements, leurs produits, leurs retours? Quels produits ont amenés les millions dépensés depuis cinq ans, les braves solats morts desouffrances,des maladies,du yatagan ou du mousquet arabe? —Une colonie, des colons,

ü”l0 I.IDIiSTlOMS Ii’eCONOMIB 1>UUI.1()UK.

(les planlalioiis Où?... A Alger, où les Arabes viennent pillicr et ravager jusqu’entre nos avant-postes et la ville, tellement qu’il faut faire marcher mille hommes de la garnison pour les repousser? — A ifougie? qui est serré de si près que la garnison, afiaihlie par la maladie, a eu grand peine à faire face à tant d'ennemis dans cinq glorieux combats, où tout son triomphe a été de résister aux Arabes? —Ce sont vos propres paroles, les paroles de vos rapports officiels.—Vos colons sont-ils enlin dans la province d’Oran, que vous venez de parcourir triomphalement, selon vos bulletins du moins ? Eh bien ! là même il vous faut quatre cents hommes, aux portes mêmes des villes occupées par vous, [loiir empêcher les Arabes de piller les débris d’un bâtiment naufragé! Là même, le prince iwal a failli être enlevé, au centre de vos prétendues possessions et à la tête de nos troupes! Là même. Abd-el-Kader rentre dans Mascara, où vous n’avez fait que paraître un instant pour en sortir aussiti^t! — Où donc est votre colonie? Où sont vos colons? Où peuventils être? où peuvent-ils défricher? où peuvent-ils planter? où pourraient-ils récolter, à moins d’avoir dans chaque pièce de terre un blockhaus et une garnison? Jusques à quand pense-t-on que la France, dupe de cette fantasmagorie coloniale, donnera sou sang et ses trésors pour lasoutenir.au seul prolit de quelques spéculateurs qui ont des terres à revendre, on des entreprises particulières à y réaliser?

Un sophisme tout-à-fait original employé par lescolouistes est celui-ci L'occupation d’Alger ne coûte presque rien à la France, disent-ils. Les troupes que nous avons à Alger, ne faudrait-il pas les entretenir chez nous?

i11;KSTIÜ.\'S Ii'eCONOMIE l’UBLKjLE. '251

Quelques mille hommes de plus ou de moius, de ce côtéci de la 3Iéditerranée ou de l’autre, qu’importe? La ditl'éranee est-elle si grande qu’il l’aille en faire tant de l)ruit ?

On va voir quelle est cette différence.

D’abord, les garnisons actuellement en France étant suffisantes aux besoins du service, nos troupes pourraient V être utilisées, ainsi que leur solde, aux travaux publics, sans rien déranger au reste de notre organisation militaire. Enfin, les fiente à quarante millions qui vont annuellement en Afrique sortent de France, et rien n'y rentre en échange, ni en monnaie, ni en marchandise. C’est un pur déficit renouvelé chaque année.

illais, là part tout cela, quoi ! vous croyez que nos troupes en garnisons en France coûtent autant à l’État que nos troupes en campagne outie-mer ? Quoi ! vous comptez pour rien le transport des hommes et du matériel, les armements maritimes, les provisions de mer, les rations et l’entrée en campagne, les fournitures, les vivres, les munitions de giieire, le matériel militaire, perdu, usé, détérioré en campagne, l’administraliou militaire, civile, judiciaire, la police de votre prétendue colonie, qui absorbe l’argent par tous les pores et qui ne rend rien? Vous comptez pour rien ces nuées d’employés, intendants. administrateurs, le service des postes, des transports, ces mouvements perpétuels d’administrations et de troupes de France en Afrique, ou bien entre les divers points de la longue étendue de la régence!... En vérité, je ne conçois pas qu'on puisse parler de matières administratives, financières, gouvernementales, avec autanl d insouciance ou d’élraiigelé !...

‘i3‘i yl'KSTIO.NS ü'liCOiSÜ.MllJ PÜULIQLE.

Non, ii’espérez pas le dissimuler à la France. L'occupalion'Me la"régence et sa prétendue colonisation coûtent chaque année au budjet des sommes énormes, spécialement nécessitées par cette folle entreprise, et qui ne rapportent rien, et qui ne rapporteront rien au pays. On parle du reste du budjet.... Mais le reste du budjet, déjà bien lourd, se rattache à des services indispensables, à la dette publique, à l’administration du pays, à sa défense, à la protection de sa tranquillité intérieure, à son instruction publique, à ses travaux, à ses monuments. La dépense est forte, j’en conviens; mais elle rapporte; elle a un but utile, nécessaire, indispensable, et que d’ailleurs on peut améliorer chaque jour, par l’économie ou par un meilleur emploi. Mais parce que nos dépenses publiques, quoiqu’utiles, sont déjà pesantes, est-ce donc une raison, selon vous, pour les aggraver encore par la superfétation de cette folie algérienne, sans nécessité, sans utilité, jetant hors de France l’argent et le sang de la France, et ne rapportant rien à la France? Non, rien; ni gloire, ni profit, ni dans le présent, ni dans l’avenir! Et parce que nous ne pouvons qu’à grand peine supporter nos charges intérieures et nécessaires, est-ce donc un motif pour augmenter nos dépenses au-dehors avec une si prodigieuse déraison ?...

QUKSTIÜiNS d’ÉCU.NüMIK l'IjULHJLE.

Page 1