‹ Questions d'énergétique socialeChapitre 18 sur 20 · PRINCIPES D'ORIENTATION SOCIALE · texte numérisé non relu

PRINCIPES D'ORIENTATION SOCIALE

(N° 1 des Actualités Sociales de l'Institut de Sociologie Solvay.j

C'est avec plaisir que j'autorise un groupe de collaborateurs à faire à leur guise, un résumé de mes Notes, Lettres, etc., sur le Productivisme et le Comptabilisme.

Pour ma part, si j'étais à même de reprendre comme il le faudrait l'étude du grand problème social dominant notre époque — mais j'en suis loin, — ce n'est pas un résumé de ce que j'ai écrit sur la matière que je ferais, ce serait une défense complète de mes idées, documents, preuves et justifications à l'appui.

Et j'adresserais aussi à ceux qui ont la compétence en cette matière une véritable adjuration pour qu'ils tentent, sans délai, de mettre ces idées sous forme de projets de loi, afin de les voir s'éclairer ainsi sous leur jour pratique et vrai, et, par conséquent, en état d'être exactement jugées pour ce qu'elles valent. Si mes idées n'ont que peu ou pas de valeur — car je puis me tromper — le mal qu'il y aurait eu à faire cet essai de réalisation serait bien petit; mais si, au contraire, ainsi que je le pense, elles recèlent la vérité et constituent, dans leur ensemble, la seule solution possible au torturant problème, on éviterait vraisem-

blablement par là la plus grande des catastrophes que l'histoire aurait eu à enregistrer.

Que l'on veuille bien remarquer qu'il s'agit de rallier toutes les opinions en faveur de principes et de formules d'avancement social, et d'obtenir le concours de tous les amis sincères du progrès, aussi bien de ceux qui se sont trop avancés jusqu'ici, en obéissant principalement à leurs sentiments, que de ceux qui se sont arc-boutés pour résister aux poussées vers ce qu'ils considéraient comme l'irréalisable. Il est donc indispensable que ces formules et ces principes soient nets et se présentent sous un aspect de vérité indiscutable. Or, où puiser la vérité indiscutable, si ce n'est à la seule source qui la renferme, la science? On marche vers son achèvement à pas de géant, et le jour s'annonce prochain où, dans le domaine social, de même qu'il en a été dans le domaine industriel, on n'osera plus rien édifier sans s'appuyer sur elle.

Je rappelle les efforts que j'ai faits dans ce sens en cherchant d'abord à faire pénétrer dans les esprits cette toute simple évidence, afin qu'elle soit prise comme seule base d'édification sociale possible, que : l'homme vivant à la fois matériellement et intellectuellement, son bien-être, la satisfaction de ses besoins, en dehors de son repos, ne saurait consister que dans la consommation de choses matérielles et intellectuelles correspondantes, y compris celles qui alimentent sa distraction, et que ces choses, toutes ces choses, font l'objet de ce qui peut être appelé, d'une façon absolument générale : la Production; en cherchant ensuite à faire admettre, également comme toute simple évidence et comme seule base générale possible à la production, la capacité : capacité d'action et d'entrainement, capacité de volonté, capacité de travail,

capacité de science; en cherchant enfin à faire voir que la cause déterminante qui pousse l'homme à vouloir obtenir son bien-être le plus grand, bien-être matériel et intellectuel, est purement physique, liée à Fénergétisme de sa réaction physiologique fondamentale, par conséquent légitime, irrésistible et nécessairement capable, à un moment donne-, de briser tous les obstacles.

Certes, je ne me dissimule aucunement combien je dérange ceux que satisfait pleinement l'état de choses actuel, les somnolents, les incrustés de bonne foi dans le passé et, si je ne m'éveillais chaque jour en constatant que les actifs et les initiateurs dérangent toute leur vie ceux qui ne le sont pas — et qu'en cela on ne peut dire qu'ils agissent mal, — je pourrais m'arréter en chemin en cherchant à me persuader que je suis satisfait comme eux et que tout est pour le mieux autour de moi. Pourtant, ma conscience se révolte comme devant un crime, en pensant que je ferais taire ce que je crois sincèrement pouvoir devenir la soulageante vérité du moment ; que je cacherais, en tenant pour moi seul, des idées, des principes, dont l'étude et l'application scientifiques doivent finalement, je pense, amener un accord général des esprits éclairés et honnêtes.

Ce que nous appelons le sentiment du droit, de la justice, est, au fond, la traduction d'un besoin physiologique impérieux, et la cellule humaine, si elle est contrariée ou violentée avec persistance, doit nécessairement, fatalement, amener la révolte de ses porteurs, dès que celle-ci se trouve être possible. Or, en pareille matière, ce n'est pas, de ce qu'a été la veille et de ce qu'est le jour même, que nous devons nous pénétrer, mais de ce qui sera le lendemain et les jours suivants. Demain, nous aurons l'énergie gratuite, ai-je pensé — et cela « chan-

géra la face du monde », écrit maintenant Gustave Le Bon (i). — Après-demain, nous volerons mieux que l'oiseau dans l'espace, ai-je encore pensé, après beaucoup d'autres (Charles Renard semble en démontrer aujourd'hui scientifiquement la possibilité) (2) — et cela permettra aux porteurs de cellules humaines révoltées, affamées de «justice phvsiologique », de planer à toutes hauteurs sur ceux qui la lui refusent.

Que se passera-t-il?

Il ne faut pas que l'on en arrive là; dès aujourd'hui et sans relâche, il faut travailler à convaincre les hommes qu'il y a une voie précise, indiscutable, unique à suivre pour atteindre — au plus court — à la pleine satisfaction de ce besoin de justice qui plonge ses racines dans la nature même. Il faut aussi persuader en même temps les honnêtes porteurs de « cellules satisfaites », que l'on peut s'engager dans cette voie, sans que ce soit en réalité à leur préjudice.

« Le perfectionnement incessant des méthodes de pro- » duction, dû à la science, ainsi qu'à la méditation ou à » l'intuition des hommes les mieux doués, doit graduelle- » ment transformer la situation et la destinée du genre » humain... Cet avenir brillant de l'humanité, par le pro- » grès incessant des méthodes de production, dont profi- » teront ses membres les plus humbles, qui pourront un » jour se procurer la plupart des satisfactions dont jouis-

(1) Voir Rrvue scientifique, 3i octobre igo3, p. 55g

(2) Voir Comptes-rendus de l'Académie des Sciences de Paris, séance du 23 novembre 1903.

» sent seuls actuellement les hommes riches ou aisés, en « y ajoutant beaucoup de jouissances nouvelles aujour- » d'hui inconnues, apparaît maintenant comme une certi- » tude. » Ainsi parle Paul Leroy-Beaulieu, dans la nouvelle édition de son ouvrage sur « Le Collectivisme » (r). Et je conclus moi-même, en tenant compte de mes études particulières et de l'expérience que j'ai acquise dans les choses de la vie productive, qu'il faut, au plus vite et sans

cesse AMÉLIORER, PERFECTIONNER, INSTRUIRE, CAPACI-

TARIER, assurer et garantir — et cela surtout pour produire — non pas seulement nationalement, empiriquement et au hasard des circonstances, mais internationalement, méthodiquement et d'après les vues raisonnées que je crois avoir mises en lumière et dont chaque examen nouveau me confirme davantage l'exactitude.

Ces vues, envisagées comme si l'on devait en faire une première application à la société telle qu'elle est actuellement, pourraient se condenser dans les lignes suivantes, que je livre à la méditation, aussi bien des collaborateurs qui me proposent de faire un résumé de mes publications antérieures, que de tous ceux qui pensent que l'humanité civilisée est dans un plein état de crise, ayant pour cause un manque d'idées directrices positives en ce qui concerne son organisation.

(i) P. Leroy-Beaulieu. Le Collectivisme, 4e édition. Paris, Guillaumin & Ce, 1903, p. 624.

Principes directeurs d'une action législative internationale devant mener à l'organisation positive et méthodiquement progressive de la société.

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