‹ Questions d'enseignement de philosophie scolastiqueChapitre 15 sur 21 · L ARGUMENTATION SCOLASTIQUE I · texte numérisé non relu

L ARGUMENTATION SCOLASTIQUE I

vidence, et cherche des faux-fuyants, ou bien celle qui introduit des distinctions factices où le vague des expressions fait prendre pour multiplicité d'idées ce qui n'est que multiplicité de mots. La bonne est celle qui sait découvrir les dualités de sens introduisant en fait des équivoques, qui n'accepte pas d'emblée une proposition innocente en apparence, en réalité dangereuse, mais qui ne rejette pas non plus d'emblée une proposition un peu déconcertante, pourtant au fond justifiable. Sans doute le Distinguo sert d'instrument à l'une comme à l'autre, mais qu'on se rassure : rares sont les esprits portés par nature à la première. A ceux-là, s'il en trouve, le professeur rappellera la nécessité de la modération ; mais ce qu'il rencontrera bien plus souvent, ce sera de ces esprits tout d'une pièce, simples parce que pauvres, qui laisseraient passer des énormités ou, au contraire, rejetteraient des vérités un peu abstruses. Ces derniers, si la formation ne les affine, seront plus tard ou des téméraires, auteurs de concessions déplorables, ou des intolérants prompts à condamner ce qu'ils ne comprendront pas. L'esprit de l'Église, l'esprit scolastique passe entre ces deux excès. Or, l'instrument par excellence pour ouvrir à la vérité un passage entre deux erreurs contraires, c'est le glaive d'acier qui s'appelle la distinction scolastique.

Le professeur laissera donc volontiers, dans les argumentations privées, son défendant affirmer ou nier imprudemment. Puis, quand il le verra acculé à une absurdité manifeste, il reprendra la série des syllogismes, montrant à quel point précis, à la faveur de quelques termes ambigus l'erreur s'est introduite.

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et apportant la distinction libératrice. Il aidera même parfois l'attaquant à profiter d'une concession imprudente ou d'une négation exagérée, quitte ensuite à tout Remettre dans l'ordre. La dispute y aura gagné en intérêt* et aussi en utilité.

Et nous voici arrivés à constater le fruit le plus excellent de la dispute scolastique : donner à l'esprit le sens du vrai, l'aptitude à distinguer promptement et sûrement la vérité de l'erreur. Quel avantage pour un homme, pour un prêtre surtout, et plus spécialement encore pour un prêtre d'aujourd'hui, que de pouvoir se reconnaître sans difficulté dans ce chaos de doctrines qui maintenant se disputent l'empire des intelligences 2.

1. Nous n'en sommes plus an chapitre des « industries » à employer pour former les élèves à l'argumentation. Rappelons, cependant, puisque l'occasion s'en présente, le précepte pédagogique que rien ne se fait d'utile, si un peu d'intérêt ne s'y attache. Il faut donc intéresser à la dispute, et c'est facile. Le Balio sludiorum S. J., que nous avons plusieurs fois cité à cause des trésors de pédagogie qu'il renferme, recommande au professeur de philosopliie de stimuler ses élèves afin qu'ils disputent acriler; il ne s'agit pas certes d'y mettre la moindre goutte d'à acrimonie », mais bien de faire que l'exercice soit vivant, que chacun veuille, en ces joutes intellectuelles, sinon vaincre toujours, du moins toujours faire vaillamment son devoir.

2. Comme exemple typique du besoin de vraie et bonne subtilité pour discerner où s'introduit l'erreur, on peut citer le cas de l'idéalisme qui a su faire accepter par un très grand nombre comme des vérités évidentes, les principes dont il est l'inévitable aboutissement. Un philosophe à l'esprit pourtant très vigoureux, Arthur Hanncquin, écrivait (£ssat critique sur l'hypothèse des atomes, Paris, i8r)f), p. 2^8) : « A coup sûr, aucune démonstration, pas même en mathématiques, n'exerce sur l'esprit une contrainte comparable à celle des arguments qui nous ôtent l'espoir d'outrepasser jamais la représentation. ;> Voulez-vous être fixé sur la

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