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UNE HISTOIRE DE LA. PHILOSOPHIE NÉO-SCOLASTIQUE

Nous avons indiqué la distribution et le caractère général du livre de M. Pcrricr. 11 reste à en parcourir brièvement les parties, pour faire notre profit de certaines idées d'une portée plus générale ou de certaines applications plus si)écialoment intéressantes.

L'Introduction, avons-nous dit, étudie le problème des causes de la renaissance scolastique. On sait que ce problème a été posé par plusieurs auteurs, même en dehors des milieux catholiques, et résolu en sens divers. Friedrich Paulsen cl M. Picavet mettent en première ligue un motif d'opportunisme : l'Église verrait en la scolastique la seule philosophie qui s'harmonise avec son dogme, et, dans l'imposition d'une mentalité unique, le seul moyen de retenir les esprits dans l'obéissance.

Que la scolastique offre à l'orthodoxie des garanties spéciales, M. Perrier l'accorde dans une large mesure; il fait remarquer que les œuvres de presque tous les novateurs en philosophie, depuis le xvu" siècle, ont du être mises à l'index. Pourtant, ajoute-t-il, le thomisme n'a pas été la seule philosophie catholique; l'auguslinisme, qui en diffère notablement, a régné de l'origine de la scolastique à l'époque d'Albert le Grand et de saint Thomas; bien des systèmes modernes ont été accommodés aux exigences du catholicisme: tels ceux de Descaries, AIaîeljranche,l\osmini, Cousin, Lamennais, de Bonald ; enfin il y a aujourd'hui, en France par exemple, des catholiques qui

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empruntent la base philosophique de leur foi au kantisme ou au pragmatisme.

Comment M. Perrier ne remarque-t-il pas la faiblesse de cette réponse, et l'espèce de contradiction qu'elle renferme ? Peut-on bien assimiler l'auguslinisme, philosophie un peu floue et timide, mais enfin absolument orthodoxe, avec les essais de réforme de la philosophie scolastique tentés depuis Descartes? Ceux-ci, catholiques dans les intentions, ne le sont nullement dans les résultats, et si leurs auteurs ne sont pas tous sortis de la communauté fidèle, l'autorité a dû se montrer sévère pour leurs tentatives : tous les noms que cite ici M. Perrier figurent dans la liste des auteurs de livres ou de propositions condamnés.

L'auteur est plus heureux quand il examine l'accusation portée contre l'Église défaire de la scolastique un instrument de domination et d'influence politique. Il est vrai, dit-il, que la formation philosophique peut agir puissamment pour orienter la mentalité d'un peuple, — et s'il eût écrit quelque mois plus tard, il eût sans doute cité ici l'exemple de la catholique Belgique qui, par des fêtes mémorables, a voulu célébrer dans son Université de Louvain une Aima Mater dû pays, au sens le plus plein du mot ; — mais la philosophie n'est pas tout, et, ajoute-t-il malicieusement, il n'est pas fréquent que des philosophes catholiques se soient lancés dans la politique.

Voici maintenant la solution personnelle que propose M. Perrier. Il faut, dit-il, non pas vouloir assigner une cause à tous les événements historiques, mais plutôt essayer do déterminer les conditions qui

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les ont préparés et rendus possibles. Or, le principe de l'unité et de l'immutabilité de la vérité, qui est la caractéristique du catholicisme, a fait désirer par l'Église une philosophie. 11 fallait une doctrine qui fût d'accord avec le dogme : les efforts tentés pour y accommoder d'autres philosophies que la scolastique ayant, en j ait, échoué, il était naturel de songer à un retour au passé.

Est-ce assez-dire, et n'avons-nous pas ici la solution qui mérite véritablement d'clrc appelée « opportuniste » } L'Église ne recommanderait le retour au passé médiéval que parce que les efforts tentés dans un autre sens n'auraient pas en fait abouti, bref en attendant mieux*! Sans doute, l'Église en condamnant un livre, n'en condamne pas toute la doctrine ; en rejetant certains essais d'interprétation catholique d'un système, elle ne déclare pas tout autre essai inacceptable. Mais, dans le cas présent, à qui considère le fond des choses et les idées qui ont inspiré les décisions de l'Église, peut-il rester quelque doute 'è ]\e devons-nous pas reconnaître franchement que

1 . 11. Porrier n'est nullement convaincu que de tels cCforts ne puissent un jour aboutir. Il dit : p. n sqq. : « De décider si les systèmes philosophiques de Kant et de ses successeurs peuvent être interprétés d'un point de vue chrétien, c'est une question qui a été souvent débattue et qui n'est pas de solution facile. On sait que les modernes défenseurs de la philosophie hégélienne en Amérique invoquent l'autorité de saint Thomas à l'appui de leurs principes. Pour ma part, je suis porté à admettre que leur prétention n'est pas absolument dénuée de fondement. Bien que saint Thomas et Hegel présentent d'évidents points de contraste, on peut sérieusement se demander s'il existe entre les deux systèmes qu'ils ont bâtis cet abîme que les néo-scolastiques ont l'habitude de signaler. »

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Paulsen et M. Picavet ont vu beaucoup plus juste, quand ils ont signalé l'accord essentiel entre la philosophie scolastique et le dogme catholique?

11 est vrai que cette affirmation a besoin d'être expliquée, et que, dans le détail, un catholique ne serait sans doute plus complètement d'accord avec les historiens du dehors. Sans leur supposer le moins du monde des intentions malveillantes, on peut croire que ces derniers seront enclins à voir, dans la philosophie scolastique et dans le dogme catholique, deux blocs taillés d'avance pour s'ajuster au mieux, et donc qu'ils donneiont, dans l'un comme dans l'autre, la même valeur à des éléments très divers : dans le dogme, la réalité et les formules, dans la philosophie, les affirmations fondamentales et les thèses accessoires seront mises sur le même rang. Or, pour le catholique, il n'en peut être ainsi. Sans parler ici de r (( élasticité des formules dogmatiques », insistons sur la distinction qui s'impose en philosophie.

C'est chose aujourd'hui bien connue que la variété des doctrines qui se sont épanouies dans les milieux catholiques du moyen âge. On a pu discerner, dans cette mêlée des systèmes, un groupe qui, par les circonstances mêmes où il se développa, par les approbations qu'il reçut, mérite plus strictement le nom de « scolastique », en opposition à d'autres, véritables (( déviations » ou même perversions « antiscolastiques ». M. De AYulf, — on devine que c'est à ce maître que nous empruntons ces dénominations — a pu suivre durant plusieurs siècles le jeu combiné de ces divers courants qui coexistent sans mêler leurs eaux. Même dans le groupe strictement scolastique.

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quelle variété encore ! Mais qui ne voit que la variété est ici de tout autre nature ? Tout à l'heure, il s'agissait de déviations qui ont été condamnées et devaient l'être, comme destructrices de la foi, au lieu que, maintenant, il s'agit de nuances diverses, efforts peutêtre inégalement heureux, mais à coup sûr également soumis, et, en somme, péchant tous par cette inadéquation qui est la marque des constructions humaines. L'Église, en provoquant un retour au passé médiéval, ne recommande ni le panthéisme averroïste, ni l'intuitionnisme mystique, voilà qui est clair; veut-elle une restriction plus formelle encore, tranchons le mot, veut-elle le règne de la synthèse propre de saint Thomas? On ne peut, ce semble, répondre à cette question sans plusieurs distinctions délicates.

Quiconque connaît la théologie catholique sait fort bien que l'Église ne solidarise son dogme avec aucun système complet de philosophie. Un « système » se préoccupe d'avoir des réponses à toutes les questions ; des lors, il complète les thèses par des hypothèses de raccord, hasarde des analogies, des généralisations, prolonge hardiment les chaînes de déductions ; l'Église n'a Jamais prétendu canoniser une construction de ce genre, elle n'en a d'ailleurs ni le besoin, ni le pouvoir. Elle est gardienne d'un dépôt qu'elle ne peut accroître, et ce serait véritablement l'accroître que d'étendre jusqu'à des thèses systématiques le rayonnement de son magistère. L'Église n'a jamais fait du thomisme intégral la philosophie catholique. En réprouvant comme inconciliables avec la foi, certaines nouveautés téméraires, ou en imjiosant certaines formules, elle a seulement donné une approbation exclu-

sive à quelques thèses fondamentales d'importance exceptionnelle, et à quelques points spéciaux, connexes à des dogmes particuliers.

D'autre part, il faudrait avoir une mémoire singulièrement courte pour oublier les invitations pressantes qui sont venues de la Chaire apostolique à prendre saint Thomas pour docteur, à l'étudier et à le suivre plus que tout autre, à lui reconnaître, si l'on ose dire, dans l'enseignement, non une simple primauté d'honneur, mais une véritable primauté de juridiction. Invitations, oui, qui ont pris, dans les documents adressés à certaines familles religieuses, plus spécialement dévouées au Saint-Siège, une forme particulièrement pressante, ne se distinguant plus d'un ordre. Quel sentiment dictait ces « directions » ? Une préférence personnelle pour le Docteur angélique.^ une confiance plus grande en sa pensée .^ un désir d'en voir essayer la force par des groupes qui avaient remis à l'autorité la libre disposition de leurs énergies.^ Tout cela peut-être. Mais il faut dire aussi combien l'invitation était suave et paternelle : aux uns, on rappelait qu'ils avaient des maîtres domestiques, contemporains du Docteur dominicain, auxquels on les encourageait à recourir, dont on les priait de ne pas laisser se perdre l'esprit ; à d'autres, on accordait qu'ils avaient une tradition de famille dans la manière même d'étudier et d'interpréter saint Thomas, et qu'ils feraient sagement de suivre toujours cette trace glorieuse ; à tous, on recommandait de respecter les opinions d'autrui et de ne pas céder à un exclusivisme qui messied à toute science humaine.

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En somme, vis-à-vis des simples fidèles, l'Église a suivi une double tactique : elle a imposé le maintien de certaines positions anciennes dont elle jugeait l'abandon dangereux, et elle a encouragé une étude intégrale de la philosophie thomiste. Serait-il possible de préciser encore, d'essayer de délimiter la portion de la synthèse médiévale qui constitue la base nécessaire de l'apologétique catholique ? Peut-être en trouverait-on les éléments essentiels dans le traité que les néo-scolastiques appellent critériologie ou critique de la connaissance : caractère absolu et réaliste de la vérité, existence de certitudes légitimes, à l'abri de toute contestation et ne relevant que de la seule évidence, en particulier, certitude de l'existence d'objets extérieurs substantiels et d'un moi-substance, caractère évident et objectif des principes premiers, surtout du principe de causalité, possibilité d'acquérir de vraies certitudes par la déduction, par l'induction, l)ar le témoignage : c'est à peu près tout. C'est peu, mais c'est assez pour établir, en partant des faits, la spiritualité, la liberté et l'immortalité de l'àmc. Dieu et l'ordre moral.

Qu'on ne s'y trompe pas 1 ces principes, pauvres en apparence, fournissent une base solide et plus étendue qu'il ne paraît d'abord. Il serait aisé de montrer que toutes les thèses communes aux scolastiques d'autrefois et d'aujourd'hui s'en déduisent sans trop de peine ; puissance et acte, substance et accident, matière et forme, abstraction et généralisation, etc., toutes ces grandes théories, bien comprises, et réduites à leurs lignes essentielles, en sont des applications presque immédiates.

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Au contraire, c'est pour avoir voulu construire une autre critériologie, pour avoir exagéré le doute méthodique, ou pratiqué, en matière de certitude, quelque autre sorte de minimisme, que, depuis trois siècles, la philosophie est condamnée à recommencer toujours ses édifices ruineux. L'Église l'a compris et, voyant dans l'échec de fait un échec de droit, elle a exigé le retour à une spéculation plus prudente.

L'étude des causes du revival scolastique touche de près la question que se pose ensuite M. Perrier : que faut-il entendre psiT philosophie scolastique ? Il rappelle la réponse de Hauréau, la plus simple assurément, qui définit la scolastique : l'ensemble des doctrines professées dans les écoles latines du moyen âge. C'est peut-être, en somme, celle qu'il préfère; il estime maigre le succès des tentatives faites pour définir la scolastique par son contenu, ou par sa méthode, ou par son attitude vis-à-vis de la foi ; il met au défi de trouvera la scolastique une idiosyncrasie, une note qui la distingue de la philosophie ancienne et de la philosophie moderne, et il allègue en exemple la diversité des solutions données à certains grands problèmes, où se retrouvent les principales tendances de la pensée humaine* ; grâce à Dieu, le temps n'est plus où l'on considérait le moyen âge comme une éclipse de la philosophie, un arrêt dans le développement de

I. En particulier le problème des universaux et celui de la prééminence de l'intelligence ou de la volonté.

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l'esprit humain, une rupture dans la chaîne des spéculations scicntiques ; les moins chauds des admirateurs doivent convenir qu'il a été un moment de vie intellectuelle très intense. Les questions traitées et la méthode employée sont au fond celles de toutes les époques.

Malgré la justesse de ces dernières observations, il semble que M. Perrier s'écarte des vues ordinairement reçues aujourd'hui plus qu'il ne convenait à son sujet. 11 prétend retracer l'Histoire de la renaissance scolastique. Mais quelle est la scolastique qui renaît depuis près d'un siècle.^ Est-ce l'ensemble des philosophies médiévales, ou n'est-ce pas plutôt une certaine philosophie médiévale, celle des grands docteurs du xiii^ siècle et en particulier de saint Thomas .^

De la revue que passe M. Perrier des diverses parties de la scolastique, il y a peu à dire; elle est très sobre, comme il convenait au but poursuivi. Elle l'est même trop parfois ; ainsi l'on est étonné de ne rien trouver sur la partie de la logique que les anciens appelaient logique majeure et que les néo-scolastiques ont considérablement développée sous le nom de critériologie*. Ailleurs, au contraire, on la voudrait plus

I . Cette partie paraît être moins familière à M. Perrier, qui semble n'avoir pas une position très nette entre le perceptionisme et le conceptionisme. Au raisonnement classique, reproduit par le P. Poland, S. J., qui place sur le même rang l'évidence du caractère subjectif du moi et celle du caractère objectif du monde

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brève, et l'auteur ne se contentant plus d'exposer, argumente contre les adversaires de la scolastique; il est vrai que cela nous vaut quelques bonnes pages doctrinales, par exemple contre l'empirisme anglais*. A propos de la cosmologie, l'auteur insère même, sur un sujet qui paraît lui tenir particulièrement à cœur, une véritable dissertation : « La science moderne et la constitution de la matière » ; il estime que les résultats actuels de la science exigent l'abandon de la matière première indéterminée des scolastiques ; la matière première, c'est l'éther, soit un éther à constitution granulaire, soit plutôt un éllier continu, dont les électrons seraient comme des points de condensation.

matériel (p. 235), il reproche de n'être pas clair : « Nous croyons qu'une pensée est subjective et que le ciel étoile est objectif, parce que la première dépend de notre volonté, tandis qu'il en est autrement du second; car nous pouvons avoir ou rejeter une pensée à notre gré, au lieu que si nous ouvrons les yeux, nous sommes obligés de voir le ciel. Mais pourquoi un mal du tète est-il moins objectif que le ciel étoile P Dépend-il d'an fiât de notre volonté? pouvons-nous le faire cesser dès qu'il nous plaît? Il est une affection de notre corps, répondra-t-on peut-être, et notre corps est une partie de nous-mème. Mais notre vision du ciel étoile est une sensation de couleur qui appartient aussi bien à notre corps. Pourquoi alors le ciel est-il objectif et le mal de tête subjectif? C'est une question à laquelle le P. Poland ne répond pas.» Le P. Poland n'y répond pas pour la bonne raison qu'elle ne se pose pas pour lui; il n'admetpas, comme M. Perrier semble le faire, ce postulat gratuit et dangereux qui confond sensation et objet senti, enferme l'esprit en lui-même avec ses modifications, seules immédiatement perçues et oblige à chercher un poni pour passer du sujet à l'objet : la vision du ciel étoile est une sensation de couleur, qui appartient à notre corps, oui, mais l'objet qu'elle atteint est distinct de ce corps et de ses modifications; cela n'a pas lieu pour le mal de tête. I, Chap. I, III et V.

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Mais, d'une part, je ne sais si M. Perrier n'interprète pas trop selon ses vues propres les textes d'Aristote et de saint Thomas sur la matière première : en lui refusant toute actualité, ces auteurs n'ont sans doute pas voulu dire qu'elle n'eût aucune réalité, qu'elle fût un pur non-etre ou une simple vue de l'esprit. D'autre part, si la science s'arrête à l'électron, la philosophie n'est pas encore satisfaite : pour le dernier élément étendu, reste encore la question de savoir si son étendue même et son activité peuvent s'expliquer par un seul principe constitutif.

Ce point est d'ailleurs le seul où AI. Perrier s'écarte de l'enseignement commun des scolastiques. Partout ailleurs, il manifeste, à l'égard de leur philosophie, la plus haute estime et la plus grande confiance*; il montre à certains critiques d'aujourd'hui les lourdes erreurs auxquelles les expose leur ignorance des doctrines qu'ils combattent 2.

I. Voici ce qu'il dit (p. Cg) à propos de la cause efficiente : « Il est devenu à la mode en philosophie de se moquer des conceptions du vulgaire. On raille la naïveté de l'étudiant qui croit que son livre est réellement sur son bureau quand il ne le perçoit plus; on le regarde comme ignorant les lois invariables do la nature, s'il considère sa volonté comme libre; on le ridiculise comme un adorateur de fétiches s'il éprouve la moindre sympathie pour le pouvoir causal. Pour ma part, je confesse que je ne puis me défaire de ces na'ives croyances, et au risque de me faire dire avec mépris que je n'ai pas même franchi le seuil de la philosophie, je me range franchement du côté du vulgaire pour le réalisme, la croyance en la liberté et en la causalité efficiente. »

a. Ainsi sont repris : M. Fullerton au sujet de l'expression ^nima est toia in tolo corpore et tota in singulis partibus, p. 121 ; Charles Secrétan et M. Fullerton au sujet du prétendu déterminisme de saint Thomas, p. 1^7. M. Perrier aurait pu sans difficulté allonger la liste. Nous nous souvenons d'avoir trouvé plusieurs fois, sous

Enfin, dans la partie proprement liistorique de l'ouvrage, glanons seulement quelques remarques ou appréciations intéressantes 1. Après avoir raconté la fondation du Divus Thomas, à Plaisance, par le Lazariste Barberis, en 1879, ®* ^'^^^^ ^^^ importante contribution à la renaissance scolastique, notre auteur ajoute (p. 170): « Tout récemment la publication du Divus T/iomas a été interrompue. Personne ne regrette cet événement plus sincèrement que nous. Il peut être vrai que les langues modernes soient un instrument plus commode que le latin pour les discussions philosophiques. Tous ceux qu'intéresse la néo-scolastique n'en sont pas moins heureux de lire des études écrites par des auteurs contemporains dans la véritable langue de la scolastique. Après avoir joui du Divus Thomas durant tant d'années, nous sentons que son absence actuelle est une réelle lacune dans la littérature scolastique, et nous prions sincèrement les distingués

la plume de philosophes réputés, professeurs d'Universités, cette jolie traduction de l'aniversale a parte rei : universel à part des choses, séparé des choses!

I. Comme nous l'avons dit, cette narration est elle-même assez sommaire. Le seul passage où l'auteur se soit quelque peu étendu, et ait étudié, après les premiers essais, la lutte des diverses influences et le triomphe définitif de la tendance néo-scolastique, concerne la renaissance en Italie. En fait, c'est là surtout qu'il convenait d'insister, puisque la part de l'autorité ecclésiastique a été décisive dans ce mouvement.

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professeurs de Plaisance de revenir sur leur décision et de continuer leur œuvre*. »

En abordant l'étude du renouveau scolaslique en France, ^I. Perrier signale les obstacles qui, chez nous, retardèrent ce mouvement: l'influence de deux philosophes nationaux, Descaries et Cousin, avait trop fortement j)énétré l'enseignement, jusque dans les séminaires. « Même après la promulgation de l'encyclique Aelerni Palris, l'éclectisme et le cartésianisme conservèrent pour un long temps leurs positions chez les catholiques français. Cela explique facilement pourquoi la France n'avait pas un seul grand représentant de la néo-scolastiquc, au temps où l'Allemagne montrait avec fierté les œuvres de kleutgen, l'Espagne, celles du cardinal Gonzalez, l'Italie, celles de Sanseverino, Liberatore et Talamo 2. » Cette observation est juste ; elle n'enlève rien à l'estime que M. Perrier professe pour les représentants français de la renaissance néo-scolastique, et on lira avec plaisir l'éloge qu'il fait de « l'un des plus distingués » d'entre eux, Domet de Vorges : « Depuis plus de trente ans, il a défendu, avec une infatigable énergie, cette grande cause dont il s'était si tôt déclaré le champion. Avec Mgr d'Hulst, il fonda à Paris la Société de saint Thomas. 11 a publié plusieurs ouvrages importants et a été l'un des plus assidus collaborateurs de quelques revues catholiques, spécialement des Annales de philosophie chrétienne et de la Revue de philosophie.

I . La récente fondation de la Jiivisla di filosofiu neo-scolasUca parait bien signitier qu'on ne songe pas, de l'autre côté des.\lpes, à une reprise du Divus Thomas.

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Son œuvre la plus rcmai-quable est son Essai de métaphysique positive (i883), où il montre que la métaphysique d'Aristote est une véritable science, qui, comme toute autre, est fondée sur les faits de l'expérience ; il y faut joindre son Abrégé de mêlaphysique (1906), intéressant surtout par la méthode qu'il y suit. Pour chaque problème, M. de Yorges mentionne toutes les solutions proposées par la philosophie du moyen âge. Après un savant travail de comparaison et de discussion, il donne la préférence à l'une d'elles ou bien propose une solution personnelle. Cette méthode historique ne saurait être trop louée. Elle nous met sous les yeux le corps entier de la philosophie scolastique. Elle nous fait pénétrer dans le véritable esprit du moyen âge *. »

Les plus chaudes admirations de M. Perrier sont pour l'Institut supérieur de Louvain et nul ne s'en étonnera. Les pages qu'il lui consacre sont trop longues pour être citées; voici du moins quelques passages saillants. « Quoique le scolasticat des Jésuites soit, comme nous venons de voir, un centre important de néo-thomisme, la ville de Louvain est justement fière d'un autre centre, incomparablement plus important, d'un centre qui a donné au néothomisme un prodigieux essor, a transformé son caractère et sa méthode, lui infusant une nouvelle vie, le mettant en contact avec le progrès moderne, avec l'idéal moderne. C'est l'Institut supérieur de philosophie de l'Université 2. » Suit l'histoire de la fondation et du rôle prépondérant qu'y a joué S. Ém.

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