‹ Questions d'enseignement de philosophie scolastiqueChapitre 18 sur 21 · P. 3oA. — 2. P · texte numérisé non relu

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UNEHtSTOIRE DE L.\ PHILOSOI'IIIE N tO-SCOLASTIQL E 2< » f

Mgr Mercier. Voici en bref le programme que l'illustre président fit prévaloir * :

« Les réformes qui caractérisent l'école de Louvain peuvent être rangées sous deux chefs: i° la philosophie ne devait pas être regardée comme une simple anc'dla theologiœ, mais être étudiée i)0ur elle-même. Les philosophes catholiques entreraient ainsi facilement dans l'esprit de leur temps et cesseraient d'être considérés comme de simples apologistes de leur credo. 2° Tout comme la philosophie, la science devait être étudiée pour elle-même. Les néo-thomistes devaient devenir de vrais savants, construire des laboratoires, faire des expériences, et — ceci au premier abord avait une allure de paradoxe — trouver dans saint Thomas lui-même la conciliation de la science et de la philosophie. »

Et voici le résultat obtenu 2 -. « Le succès de l'Institut de Louvain a été prodigieux. Mgr Mercier a trouvé d'abord quelques contradicteurs parmi les catholiques, mais toujours il leur a répondu victorieusement. Les nombreux articles sur le néo-thomisme, qui, depuis la fondation de l'Institut, ont paru flans les Kantsladien, dans la Zeitschrift fur Psychologie und Physiologie, la Revue philosophique, la Rivista filosofica et bien d'autres publications montrent à quel point il a réussi à rompre le silence avec lequel la renaissance thomiste avait d'abord été accueillie. »

PUlLO^OPniE SCOLASTIQUE

Nous terminerons sur ces réconfortantes paroles. Que sera l'histoire de demain, pour la philosophie!' Verra-t-on s'accroître, eu même temps que la satiété et le dégoût pour des constructions fragiles ou un désolant scepticisme, l'admiration pour cette philosophie qui, après avoir régné avec éclat durant plusieurs siècles, fournissant aux recherches personnelles une base large et hospitalière, après avoir subi un déclin et une éclipse de plusieurs siècles aussi, qu'explique suffisamment un concours malheureux de circonstances, reparaît aujourd'hui au milieu du chaos des systèmes, et étonne les moins sympathiques par sa facilité à s'assimiler les résultats positifs de la science .'' Il faudrait être prophète pour l'oser dire avec assurance. Cette direction paraît indiquée par la logique des choses; mais les esprits sont-ils soumis à cette logique ? Aussi bien, les prophéties ne sont pas nécessaires. Au spectacle des succès obtenus, de ces succès dont M. Perrier nous donne le tableau, les travailleurs d'aujourd'hui s'encourageront à redoubler d'efforts. C'est là le meilleur gage pour l'avenir.

APPENDICE De l'étude directe d'Aristote.

AÏOLIS avons indique dans l'étude précédente deux tâches qui s'oflïent à l'activité des philosophes néoscolastiques : travail d'épuration par le retour, sur les points fondamentaux, au vrai et pur péripatétisme, travail de complément par l'introduction dans le système des résultats certains des sciences. Nous aurions pu en ajouter une troisième : travail de confrontation du système avec ceux des autres écoles de philosophie.

Nous voudrions attirer l'attention sur la première de ces tâches, qui n'a pas été, semblc-t-il, assez considérée jusqu'à ce jour. Dans la liste des récents travaux d'ensemble ou de détail sur la philosophie d'Aristote, — et ils sont légion, — d'où vient qu'on voit figurer en si petit nombre les noms de ceux qui affirment hautement se rattacher à cette philosophie? Pour les autres elle n'a qu'un intérêt historique; pour eux elle a de plus un intérêt théorique de premier ordre : d'où vient donc qu'ils laissent aux autres le soin d'en faire connaître la formation et le développement ?

Sans doute les circonstances suggèrent tout de suite une première réponse, dont il serait injuste de méconnaître la valeur. Qu'on en soit, ou non, satisfait, on doit bien accorder qu'en fait, aujourd'hui, péripatétisme et philosophie catholique sont à peu près synonymes. Or, un peu partout, et principalement en France, les besoins actuels de l'Église permettent de distraire peu d'hommes et de ressources pour l'étude, surtout pour une tâche d'érudition sereine qui, en des temps plus tranquilles, illustra les écoles catholiques.

Une seconde réponse qui se présente presque aussitôt paraîtra moins heureuse. A quoi bon, pourraiton dire, étudier Aristote dans son texte, puisque les docteurs du Moyen-Age se sont acquittés de cette tâche ingrate.^ à quoi bon remonter à Aristote, puisque la scolastique, en particulier le thomisme, en a gardé ce qu'il aAait de bon, et nous le présente enrichi des spéculations de la pensée chrétienne .^ Qu'on nous permette de citer, sans aucun blâme pour l'auteur d'un beau et bon livre, mais comme représentatif d'un état d'esprit qui, aujourd'hui, peut être jugé ne plus répondre pleinement aux besoins de la science, un passage delà Métaphysique des causes du P. de Regnon. Dans un paragraphe intitulé : Comment étudier la scolastique, après avoir déclaré qu'il prendra pour maîtres a non Aristote et Platon, mais les grandes docteurs du Moyen-Age », — de quoi certes personne ne le blâmera, — l'auteur ajoute : « Mais puisque leur enseignement avait pour thème les ouvrages d'Aristote, nous devons en môme temps étudier ce philosophe, ou du moins l'avoir présent sous les yeux, comme un élève tient devant lui le texte dont il

UNE HISTOIRE DE LA l'IIILOSOPHIE NEO-SCOLASTIQUE 2O0

écoute l'explication. >) Ce « ou du moins » introduit déjà une inquiétante restriction. La suite précise : « Que l'on comprenne donc bien le but que je me propose. Je laisse à d'autres le soin de comparer les commentaires de la scolastique au texte et à la pensée d'Aristote. Peut-être les traductions latines du philosophe, qui servaient de thèmes aux leçons, n'étaientellcs pas fidèles sur tous les points. Peut-être une érudition incomplète a-t-elle induit en erreur sur quelques anciennes opinions citées ou réfutées par Aristole. Peut-être même a-t-on fait dire à celui-ci, dans quelques passages, autre chose qu'il n'a prétendu. Que m'importe ce Grec ? Ce que je veux uniquement connaître, c'est la philosophie scolastique, et surtout celle de saint Thomas. C'est donc saint Thomas lui-môme que je dois écouter, et Aristote n'a de valeur pour moi que parce qu'il fournit le thème développé par le Docteur angélique*. »

« Que m'importe ce Grec .3» La saillie est délicieuse; et elle se comprend fort bien chez un écrivain à qui des loisirs forcés permirent, sur le tard de la vie, de suivre des goûts très anciens et de donner libre carrière à un esprit original et puissant. Seraitelle également à sa place sur les lèvres d'un professeur à qui est confiée la mission d'enseigner une philosophie à base péripatéticienne ? Ce n'est pas seulement au temps de saint Thomas que le texte d'Aristote servit de thème officiel à l'enseignement ; l'usage persista durant des siècles, bien après que la Somme théologique eut remplacé l'antique Livre des Sen-

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