‹ Questions d'enseignement; études sur les réformes universitairesChapitre 13 sur 25 · UNE CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

UNE CIRCULAIRE MINISTÉRIELLE

nous un ébranlement qu'un souffle fait renaître. Nous le confesserons à notre honte : nous avons assisté, dans notre enfance et notre jeunesse, à bien des distributions de prix, où nous avons entendu de très beaux discours qui nous prodiguaient les meilleurs conseils ; ingrats que nous sommes, nous les avons oubliés, mais l'odeur des chênes et des lauriers est toujours là qui nous monte à la tête. Nos écoliers de maintenant ne connaîtront pas ces faiblesses : le papier doré ayant remplacé le laurier et le chêne, ils oublieront les couronnes et se souviendront des discours. Nous avons attendu, pour appuyer sur le point faible de TUniversité, qu'elle le sentît elle-même et se mît en mesure de se corriger ; qu'elle continue hardiment et nous pardonne de l'avertir encore de ce qui peut lui manquer. Elle a une tradition constante ; chaque fois qu'elle veut montrer à ses élèves qu'elle les aime, elle crée un nouveau concours ; elle a de temps en temps de tels accès de tendresse : en ce moment même elle est dans une de ces crises. Assurément l'émulation est une bonne chose, elle est un puissant ressort d'éducation, mais elle a ses inconvénients quand elle est exclusive et trop poussée : elle n'existe guère qu'entre les premiers, et à mesure que les concours s'élèvent les uns au-dessus des autres, le nombre de ces

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premiers se réduit. Deux choses pourraient servir à corriger ce défaut : ce sont l'intérêt de renseignement et rémulation avec soi-môme. L'intérêt de renseignement est très puissant sur les esprits et sur tous les esprits ; c'est le moyen naturel d'action, que les moyens artificiels les plus violents ne sauraient remplacer. Nous ne savons pas précisément ce que feront pour les études historiques des collèges les concours établis récemment par M. Duruy, mais nous doutons qu'ils fassent autant que les traités qu'il a composés ou confiés à d'habiles professeurs. L'intérêt est la vie des classes, la vie universelle. Ajoutez-y l'émulation avec soi-même, l'amour-propre et l'honneur, mobiles du progrès. Il n'y a guère de natures assez médiocres pour que ces mobiles n'y agissent pas quand des maîtres consciencieux s'appliquent à les exciter, et il n'est rien de meilleur que d'habituer les enfants à bien faire sans compter qu'une couronne descendra immédiatement sur leur tête, leur fallût-il être satisfaits de l'approbation de quelques-uns ou d'un seul ; car lorsqu'ils seront des hommes, il leur faudra plus d'une fois être satisfaits de moins et se payer par le témoignage de leur conscience.

Puisque M. Duruy est dans ies excellentes dispositions dont sa circulaire témoigne, nous lui présenterons une requête en faveur des pauvres petits

enfants des éooles primaires qui, pendant trois heiores le matia et pendant trois heures le soir, sont tenus à leur banc immobiles ^ Bn conscieiice^ c*€st une cruauté. Pourquoi ne pas couper ces longues classes par de courtes récréations, qui déten-r draient les corps et les esprits ? Il y a là une réforme qui doit tenter un homme de co^r. Nous ne disons pas qu'elle donnera la popularité : dans deui^ ou trois ans, les enfants s'imagineront que les chose» ont toujours été âinsi^ ils oublieront sans doute le xn^ nistre qui a fait cela et le yieux professeur qui Va prié de le faire; mais cette fois on sera sur qu'on a f£Ut le bien. L'UniYersitë est paternelle, on le sait; qu'elle ose être un peu maternelle.

^* Quelques jours après, M. Puruj voulait bien me dire ^u'il fatsait dfoit à cette requête, et il accordait aux eoianla des écoles primaires un quart d'heure de récréation le matin et un quart û*heare le t9oir. Je l'en remercia très viTement.

(Notet da IS^.J

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