EN FRANCK
a quatre servitudes, deux involontaires et deux volontaires. Les deux servitudes involontaires sont la limite d'âge des écoles Polytechnique et de Saint-Cyr et le baccalauréat. Pour la limite d'âge, la contrainte lui vient du dehors ; pour le baccalauréat, du dehors aussi et du dedans, par la pression des élèves. Dans ces nécessités, l'Université est admirable de candeur : résistant aux jeunes gens et aux familles, qui la quitteraient volontiers des bonnes méthodes pourvu qu'on leur assurât le succès, attachée à former des esprits, méprisant les procédés mécaniques et les préparations industrielles. Les deux servitudes volontaires sont les concours et les exercices scolastiques : l'Université crée une émulation factice entre ses établissements, des supériorités factices dans chaque classe, toujours occupée à peser et à trier au lieu de faire appel à tous, d'exciter dans chaque élève rémulation avec lui-môme, en mettant dans ses leçons l'attrait et la vie.
Tel est l'état des choses ; on aura un grand courage et on sera sûrement traité de révolutionnaire et de rêveur, si on s'avise un jour de demander cette simple réforme : l'enseignement pour l'enseignement.
(Janvier 1870.)
us
umsEimmmï! des faojltés
M. Saint-Marc (H^rarâin fi été penilamt quarante sas profiKsseiir à ia Sorte)nne, non sur r^efiOdze, mais flans 4sa ehaire, tand; çpill Ta pu. iPsoéant ceft intervalle, sinrtoat dans les dernières années, tout enjrespedsamtson sueeès incontesté, on en^ist ^enu à dii« quet^ette sorte de cours ayait ûtit^i^n tent^ et que ]&iL Saint-^Uarc Ginardîn avait ^xœM dans un genre eondamnié. H n^«eceptait «pas < cette condffiQEiimtion et il aurait plutôt sacrifié te profesfsenr qnele^effipe du cours professé, iDu:r®$te« il 'Toyait qu'il iffî ^-agissait pas saul^n^nt <ie réformar rensoignement des Baculi^s, mâîs.iui^i iBelni das lyeéei^, tonft IVnieeignemeat ;pnbliç« # parJàire&prit ménm de la nation ; il ne pôwvait
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ni admettre, ni à peine concevoir une telle entreprise, et le sujet est revenu si souvent dans nos entretiens, qu'on me pardonnera d'y insister, car je suis sûr de rendre ses idées. C'était parmi les choses qui lui tenaient le plus profondément au cœur.
Oui, il n'y a pas à le nier, il s'est produit, en fait d'enseignement, un mouvement d'opinion qui mérite d'être pris en grande considération, par la nature des raisons qui sont produites et des personnes qui les présentent. On est mécontent de l'enseignement des Facultés des Lettres et des lycées ; on proteste contre ce qu'on appelle les cours oratoires des Facultés et contre les exercices d'imagination des lycées; on voudrait y substituer, dans les Facultés, de fortes leçons d'érudition et de grammaire ; dans les lycées, des notions solides de grammaire et, une fois que les écoliers posséderaient cette clef des langues, de fortes explications des auteurs. C'est, comme on le voit, tout un système nouveau.
Cette réaction a été causée à la fois par les défauts qu'on a vus dans l'enseignement et par la faveur qu'ont prise certaines branches d'instruction. On craint que dans les lycées, destinés à faire connaître les trois langues, grecque, latine et française, les principes de ces trois langues
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ne soient pas suffisamment étudiés et que, par l'abus de certains genres de compositions ou artificielles ou trop séparées de la réalité historique, les jeunes gens ne s'habituent aux formes Tides ; on trouve aussi qu'ils sortent des classes ne connaissant guère que des morceaux des littératures avec lesquelles ils devraient être familiers* Quant aux Facultés, Faspect d'un certain nombre de cours faits pour amuser un public de passage n'a pas paru être digne du nom d'enseignement supérieur donné par l'Etat, et on les a renvoyés aux athénées et aux conférences.
Dans les idées nouvelles, Télève devrait profiter chaque jour d'une quantité calculable, augmenter son avoir d'une somme déterminée de connaissances ; aussi, dans ce système, choisit-on les connaissances qui se prêtent à ce compte exact. Il faut avouer qu'il y a là quelque chose de rigoureux qui exclut l'arbitraire dans les estimations : mais c'est justement cette rigueur dont il faut se défier. S'il ne s'agit que d'acquérir un nombre donné de notions, à tant par jour et par heure, on en verrait le bout ; ce serait différent s'il s'agissait de former une intelligence capable de travailler sur de certains objets ; or, c'est cela qui est la vérité : la doctrine du produit net n'est pas de mise dans ces affaires ; l'esprit n'est
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pas un imagasin, o^efit un instninnntt. TroaTer les idées d'un «ujet, distinguer eèlles qui hii eon?viesiidiiâ;^et'C^ne8tiai ne lui oonvieiuKmt pas, les iâëvâSopper, c'€<itr4>dire tas têàxe passer 'ipar diya««es tonnes, jutcpl^ m cpi^éUes an^iveirt à la «tlartê néeessaive ^ur entrer âass ^tMis les es^ts, âeviner les «entin^nts qni ont dû viml1i«e chez un homme Sans une diK^onstan^se donmée, essayer les expressions ^t ^les toursde la langue ; pour achever, ne pas se eoillenter Cdbstractionfi, mais seplacer'^toi^nrs ^en pleine lîistoipe, -TOrter, ajuster son inTentlon ^et ^son langage, ^n consuls* tant la vtérltë des^temps, <deS'itôux,'des persMines, c'eAt un «travail qui vaut la peine d'ôb^efalt et qui ^se fait chez nous ; l^prit «lequiert pj^ ces 0»ercicesuTO«!nguliôTe«ouptesse, qui lui permet de ^'employer diversement et ,^aTec plus d'aisance là où il d^emploîe. Ainsi ^se conserve dasas l^art d'écrire, comim ûans iles autres ^arts et dans l'indiErtafie, ce qui est ici «t qui n'est pas partout: la façon, le ^tyle, 'la main, ie génie léger de l'ouvrier français. 'M. . Saint-Marc Girardin airait été 'formé par cette méthode ; il ne s'en s^epestait pas/et personne ne 4S'en plaignait.
On croit quelquefois que tout ce temps paaBé à essayer de composer et d'écrire est perdu poor la connaissance des grands auteurs ; l'afârmation
est plus que oonteiitaDle. Assurémait <m ne saturait trop mëprîser la roatine qui, dans le fanatisme des deyoins da collège, ne donne de rantiquitë que ce qu'il en ^faut poiur la provision de "oes flevoiws, craint la lecture comme une distraction de cet objet, et renvcrie des jeunes gens, après dix ans, me connaissant de grec, de latin -et de français que le leur; cela est misérable, et il Tant espérer qu'il viendra un temps où on ne quittera plus les classes sans connaître les admirables écrivains grecs, latins «t français, les maîtres de la maison, en déSaitive;'maîs, pour bien les connaître,. ce n'est pas assez de les lire, il faut tâchOT de les imiter, de dérober leur art. Tant qu'on se borne à les regarder, mille choses échappent ; essaie*t-on de compoister ^t d'écrire à leur exemple, on est 'époavanté de sa propre faiblesse et Ton sent qu'ion nTav^ncera 4 rien si on ne -saisit leur secret; c'^st en comparant la Mblesse du trait que Ton trace avec la fierté de leur trait immortel. C'est en vous corrigeant sur eux, c'est en osant, après eux, que vous pourrez espérer d'entrer dans leur esprit, et si vous avez écrit dans toute Totre vie xme «eule ligne à laquelle ils auraient souri, soyez tranquilles, ^ous les connaissez. M. SainWŒarc Girardin n'a jamais songé à
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demander qu'il n'y eût qu'une sorte d'éducation pour tous les Français, celle qui était le plus de son goût : il admettait qu'il y en eût de différentes selon les besoins ; il se bornait à demander que celle-ci fût conservée dans le nombre, car on a besoin aussi des hommes qu'elle fournit. Avec elle, il est vrai, il est peu commode de dire expressément où en est un jeune homme ; ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas aujourd'hui où il en était hier ; que, sans le savoir, il se lève chaque matin autre qu'il ne s'est levé la veille; c'est une éducation végétative qui travaille la sève, et la sève, à son tour, produit des feuilles, des fleurs et des fruits, par la grâce de l'air et du soleil ; au cas où il n'y aurait pas assez d'air et de soleil dans notre éducation, il suffirait de les y mettre, en gardant l'éducation.
S'il acceptait ce qu'il y a de légitime dans les réclamations contre certains abus des Facultés, on devine les réserves que M. SaintrMarc Girardin devait faire contre la réforme absolue que l'on propose dans cet enseignement. L'érudition est estimée comme elle le mérite : elle est la bonne information, sans laquelle il n'y a rien qu'une science vague et pour ainsi dire en l'air. La grammaire a une faveur tout à fait nouvelle : comme instrument, elle interprète les textes, en
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discute l'authenticité, l'origine et la date ; comme science, elle étudie l'immense et curieuse végétation des langues, et y trouve des indications sur la parenté des familles humaines. Il importe donc que dans Térudition et la philologie la France tienne son rang : or, comme M. Albert Dumont le faisait remarquer, il n'a jamais manqué de s'y produire quelque homme éminent qui les traite en maître ; mais on craint toujours aussi que cette bonne fortune ne se renouvelle pas, et Ton est inquiet de trouver des ouvriers par qui la tradition se continue ; on n'est pas tranquille sur le recrutement, qui abonde dans d'autres pays, et l'on se préoccupe de rassurer.
Combien cela est juste! Où commence l'injustice, c'est quand on prétend mettre toute une nation à ce métier, surtout quand cette nation est la nation française. Elle a beaucoup de défauts qu'elle ne cache guère ; elle a aussi quelques qualités. Elle a toujours compté et, malgré la fortune, elle compte toujours dans le monde par des aptitudes d'esprit que rien ne pourra lui * enlever, excepté nous, si nous sommes assez imprudents pour essayer de la dénaturer. Elle est le pays des esprits lumineux qui se reconnaissent au milieu des idées, les discutent, les jugent, élèvent les idées vraies à une clarté supérieure
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qui les rend visibles à toas. Rabelaûs, MontaigBe, Pascal, Descartes, Montesquieu^ Voltaire sont tons des Français ; il y en a d^autre» : la fonle sans cesse renouvelée q^ui, avec un nom moindre ou sans nom, écrit et cause et alimente réteri^elle querelle du vrai et du faux, en philose|ihie^ en religion, en morale, en politique, en art, avide de s*entendre et de se faire entendre, décidée à n*être di^e de ri^i, et qui, constamment en exercice, arrive à distinguer la vérité par une espèce de tact» Mais ca n^est pas seulemexKt: un pays de critiqua ; qu^. écarivfdns et quelle variété 1 Tout ce pays est amoureux du bien dire : un trait heureux, un mot trouvé le ravissent, et il n*y a pa» de situation où on ne le trouve ; aussi est-ce un des plus sensibles plaisirs qu'on puisse éprouver q)ie d'être au milieu de ce public si fin connaisseur. On reconnaît avec joie que la culture, ne fait pas tout ici, qu'il y a le soL
Ce grand public mériterait qu'on lui ren^t plus de justice. On est bienméprisant pour les conférences. Il semble qu'il suffirait de mépriser celles qui le méritent, car enfin il y a conférences et couférenoes ; il y en a de frivoles, il y en a de sérieuses. Le fait d'invitar un grand nombre de personnes pour les entretenir d-un siyet ne prouve pas nécessairement qja'onne leur enseignera-rien;
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seulement il va sans dire qu'on s*iiiteardit certains smj^tâ qui^ à cause de leur difSculté, ne ccmpor^ toBt pas un nombreux auditoire, et qu'on présentera les autres par les côtés les plus accessibles. Par exemple, Tastronomie a différentes profondeurs : on ne fait pas de conférences sur la mécanique céleste,, on peut en faire sur la cosmographie, et qui ne 9ont pas, loin de là, du temps de perdu. D'ailleurs, une certaine nature de sujets, les sujets de littérature et de morale, sont accessibles à tous les hommes cultivés, et même aux hommes simplement intelligents. Aussi M. Saint-Marc Girandin ne crut pas déroger en répétant aux conférences de la salle Barthélémy une de ses leçons de la Sorbonne sur La Fontaine ; elle était très instructive et excellente à la Sorbonne: elle fut très instructive et excellente à la salle Barthélémy; toute la différence était qu'il y avait id quelques milliers d'auditeurs de plus, et le bon sens et l'esprit firent encore plus d'effet sur ce grand public si éveillé. Pour ne parler que des morts, est-ce que M. Gochin croyait seulement amuser quand il racontait à cette même foule, avec une si simple éloquence, la vie et les vertus d'Abraham Lincoln ? Nous laissons à chacun de mettre sous ce nom de conférences le nom d'hommes qui l'ont enseigné et charmé, qui ont
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entretenu en lui le goût des choses littéraires, fortifié en lui l'idée d'un devoir, ranimé, quand elle languissait, la vie morale du pays, et peutêtre, en de tristes heures, nous ont appris à ne pas désespérer de la France. Fi des amuseurs publics 1 Ce métier est indigne de la parole ; mais elle est aussi bien hautaine, si elle prétend ne s'adresser qu'à quelques-uns et dédaigne le reste.
Ce pays, grâce à Dieu, est vivant ; n'allons pas le refroidir et l'éteindre. Bien des choses servent à nourrir cette activité : les articles de journaux et de revues, les livres, les théâtres, les concerts, les musées, les expositions, les cours publics, les discours de la chaire, de tribune et d'académie, enfin, tout ce qui fait sentir à l'esprit qu'il existe. N'y eût-il que le niouvement, par lui-même le mouvement est bon, il est préférable à l'inertie; mais on n'en est pas réduit là, l'esprit ne se contente pas de se mouvoir, il se forme, il prend l'habitude de saisir, de juger les idées à leur valeur, et en jugeant il acquiert la justesse et la délicatesse, qui servent partout. Qui peut dire combien d'esprits ont excités et redressés les feuilletons de Sainte-Beuve, pratiquant en public, chaque semaine pendant tant d'années, ces pesées et ces contre-pesées, avec ces balances si sensibles