‹ Questions d'enseignement; études sur les réformes universitairesChapitre 5 sur 25 · DEUXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIEME LETTRE

Vous rappelez-vous cette page où Rabelais raconte comment un procès grandit ? C'est d'abord un sac informe, puis, par les soins des gens de justice, il pousse une tête, une queue, des oreilles, des dents, des pattes et des griffes, spectacle très réjouissant ! enfin il devient un animal parfait. On pourrait, si on voulait, prendre un plaisir de cette sorte, à propos du baccalauréat. On le montrerait à rétat naissant, ensuite s'organisant' peu à peu, jusqu'au présent état, où il semble qu'il ne lui manque plus rien.

Le décret impérial du 17 mars 1808, qui constitue l'Université, remet aux Facultés la collation

des grades. Le premier grade à prendre, au sortir des classes, est le baccalauréat es lettres. Pour être admis à l'examen, il faut : !• être âgé au moins de seize ans ; 2° répondre sur tout ce qu'on enseigne dans les hautes classes des lycées. Cet ' enseignement comprenait, dans le règlement du 19 septembre 1809, l'explication des auteurs latins et grecs, la rhétorique, l'histoire, et bientôt la philosophie.

L'arrêté du. 16 février 1810 exige la condition d'une année de philosophie, soit dans un lycée, soit dans un lieu autorisé, à compter du 1®^ septembre 1812; en 1811 (15 novembre), le certificat d'études domestiques est admis, mais l'examen est de rigueur au chef-lieu.

Dès le commencement, le baccalauréat es lettres fut la condition de tous les autres grades et de toutes les autres études : baccalauréat es sciences, examens de droit et de médecine, baccalauréat en théologie. Le baccalauréat es sciences comprenait les mathématiques élémentaires. Dans les Universités où il n'y avait pas de Facultés, l'examen était fait par des Commissions de fonctionnaires des lycées.

Dans ce temps-là, voici comment les choses se passaient. Muni de son certificat d'études, le candidat se présentait devant la Faculté ou la Com-

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mlBdioQ, qxii mettait entre ses mains ûti auteur eatpliqué dans les Classes, et s'entretenait aviec'lm des divers objets de ses études. Après avoir 'tra- -veiillé liuit ou dix ans, on était naturellement bachelier .' C'était rage d'or du baccalauréat, l'êtàt d'innoicence, ce que : nos candidats d*auJourd*hui appelleraient l'époque des baéheliers ' ^inéantis. Il faut tout dire : le diplôme ne conférait pas toujours la science. Je trouve la circulaire suivante de*M. Siméon, du 19 septembre 1820 : « Monsieur le Recteur, depuis longtemps on se plaignait de: lu facilité que certaines Facultés des lettres mettaient à la réiseption des bacheliers, et nous devons avouer que nous a von» quelquefois reçu des lettrés ou des réclamations d'individus 'pourttfâ de ce grade par la voie d'examen, et dont le àtyle et l'brthographe oflftaient: la épreuve «d'une honteuse ignorance.... » Cela n'arrive! plus maintenant.

L'année 1821 apporte des changements considérables. L'arrêté du. 13 mars (ministère- Siméon) introduit dans le baccalauréat ès-lettres les sciences mathématiques et physiques ; l'interrogation seva libre jusqu'au 1«' octobre 1828, où elle sera- obligatoire. A partir de cette même époque, les candidats tireront au sort les numéros des questions sur' lesquelles ils devront répondre ; en* conséquence, ces questions seront réparties en trois tableaux, le

ttt^l!OIAE ÙV &ÀGGALA0RÉAT 3S

i>femter coûtèttàûttes auteurs grecs et latins et la rhôli^^lTie, le^ecoîia l'histoire et la géogmphie, ie tiHÊHôme la philosophie. Ce dernier progmmnie «{«raeu latin» lèt WnteiTOgation en latin. Porte r^ g^Éttientdu 85 septembre 1831, fe b&ccjalauréat èa sciences se sôiïide^ en deux : baccalauréat es sciences mathiâ(i«àtt(tues, comme à l'ordinaire, et bacoa- YàXCtéai es icieneeis physiques, pour lés candidats qui^^ulent'se livrer aux sciences naturelles et à 1^ méde^cine.

Éxa 1830 parait Tépreuve f^crlte, encore trêsmodérée. L'arrête du 9 février (mintetère Ouernon- Hanville) prescrit que tout candidat au ba^oalaunêat^ès lettres sera tenu d'écrire instantanément un morceau en français, soit de sa composition, :*olt en traduisant un passage d'un auteur dassii^tte. La Révolution n'était>pas venue assez tôt. Un peu après qu'elle iUt venue, l'examen en latin du baccalauréat es lettres ftit supprimé (11 septembre, trtlliîéfe&re de Broglie), etiremplacé par un examen en^flpançais; le programme latin disparut en 1832 (28 septembre, ministère Girod de l'Ain), et le programme français fut 'installé à «a place. De philosophie et d'histoire de la philoSoplrio, il comprenait quaraiiteMiêUx' questions.

^Dn va ainsi jU€fqu*au 15 juillet 1840. L'arrêté de cette date (ministère Gousln) introduit l'ëprewve de

la version en forme, la rend exclusive et modifie les programmes ; il ajoute au programme de philosophie trois questions sur le syllogisme, ses formes et son utilité, au programme de rhétorique des questions sur la littérature en général, particulièrement sur la nature de la poésie, puis, sur l'histoire littéraire, les principales époques de la poésie et de l'éloquence grecque, latine et française, avec les principaux noms qui y ont brillé ; il ajoute, pour Texplication, aux auteurs latins et grecs, les auteurs français, voulant que Texplication soit du même genre ; parmi ces auteurs, il place Pascal, dont il prend les deux premières Provinciales, et Voltaire, dont il prend le Siècle de Louis XIV tout entier. L'arrêté excluait aussi des Commissions d'examen le proviseur et le censeur du collège, pour éviter « dans ces temps de défiance, le soupçon d'une partialité involontaire ». Les candidats purent voir avec déplaisir l'introduction de la version latine ; mais une circulaire avertissait que les Facultés consultées avaient proposé, les unes deux compositions, les autres trois, les autres quatre, les autres cinq. Ils durent se croire très heureux.

De 1840 à 1852, il survient des changements dans l'examen et dans les conditions d'admission à l'examen. Les premiers sont significatifs, quoi-

HISTOIRK DU BACCALAURÉAT 37

qu'ils respectent les cadres des programmes ; les seconds sont très graves. Parlons d'abord des changements intérieurs. Un arrêté du 4 janvier 184*7 (ministère Salvandy) ordonne que le programme du baccalauréat es lettres sera immédiatement revisé et réduit, le nouveau programme devant être en vigueur aux vacances de 1848, Il paraît le 15 janvier de Tannée 1848. On y remarque principalement la suppression des Provinciales et des derniers chapitres du Siècle de Louis XIV, où Taùteur raconte les querelles du temps, et d'une question de philosophie, « la vraie méthode philosophique ». Le 25 mars de la même année (ministère Carnet), deux mois après, ces trois choses sont rétablies ; bientôt dans Thistoire moderne est introduite la révolution française jusqu'en 1814. Le 20 novembre 1849 (ministère Parieu), programme qui supprime les trois questions supprimées en janvier 1848 et rétablies en mars. La littérature perd l'histoire littéraire, mais elle passe avant la philosophie. La philosophie perd la partie d'histoire et l'introduction, qui parlait de son importance, elle gagne une question sur le fondement <le la propriété et du droit civil. En sciences, îualgré des réductions apparentes, il n'y avait de réduit sérieusement que la cosmographie.

Pour les conditions d'admission à l'examen, une

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ordcxnnancB du 1«^ janvier; 184ÏÏ (miaistèffe Salvandy) supprima les com»âsaiW)ns 40s lettresi^ om^posées, Qomnia an aait, de professeur» d^ lyoéie^. Le 16 ooY^eiflhra I9à9 {mitkx^t^vn Pa^riw), un défsret supprime le cartifti^at d'études pow le» ba^^a^^ rôat!ès.lettres> La« l^i du 15 JMfft 185Û m^totiwt oetteauppressioB, eft.pwr- le candidat» la piermissim de choisir l^FaeuUé devant. l*sveUe;it se présente.

Li'âïinée 1852 est Père, nouvelle du baoealaiwégut;

L'arrêté du & avril (mimstère Fartoul) rétahWtle baeo£^lattréat unique pour les.seie&œa^ celui ! du 10 avril dispense les candidats au l)a^alauréatt es sci^fkces de produire le diplôme de l)ao)ielien es lettres ; celui dm 5 septembre réorganise le bs^cealauréat es scieo^ces ; ce)ui du '7'^se^mlire le haeealauréat es lettres.

Djinsksdeux^ baœalauréats, il y* a une partie littéraire et une partie soientlftQue; ily a une épreuve écrite, décisive,» etuneépireuv"© orale ; Tépreuve écrite comprend, dans lesdeux cas,une ver-

sieni 'latine, à ^uoi s'ajoute une qoestieu de science p^ur^le baccalauréat es sciences, eti pour le baeea^ lauréat es lettres, une composition ft^ançaise ou latine, au.sort. Dans répireuve orale, beaucoujpr.de lettres et » peu de sciences,, ou peu de lettresv,et des sciei^ces à rinâni. Le diplâme est exigé

HISTOIRB DU BXCQAJLkVBÂAT 39

pour le» BqoI^ polytechnique, militaire et fores* tière, e.t pour TEcole de médecine. Notodis un dôtsiil>4azi& répreuve orale. La philosophie, sous le QOiSL.de logique» m réduit; pour le baocfrt lauréat es sciences, à quel quesnotions-de logique; dans le baccalauréat es lettres, elle perd l'histoire de la philosophie et tient tout entière dans trois questions, par un mouyeinent contraire à celui qui de la petite phrase écrite de l'examen d'autrefoia ' £i i t iré une versioB > e& « forme eit un . diseour s l9tiQ«Plu3 oncompaire le douUe baccalauréat i et son éteixdue àison humldo origine» plua ou admire l'orârei dos cjioses, qui a emplojé trois révolutions ài faire oeia» pour prouver le progrès : dé Tesprit humain ) et la. perfectibilité indéfinie de Técolier frauçai»«

En fait d'habileté aussi, l'écolier français. passe quelquefois les ministres. Bour empêcher la 'désertio» des.* études. à, Pâques, un arrêté dn 15 juillet 1854^ expliqué par un a^tre arrêté du 34; janvier 1855, interdit l'examen d'avril aux oand^t dats. nouveaux; On pensait ; qu'ils ne se préBeateraîeat qu'au moûsi d'août siiivant; mais. ils se pré^ seoÉèrent au moist de décembre précédent; même sans^ueune dbtance, simptemeiut pour n'être {rite» ncffiyeaux et laYCôr droit : à I9. sessioiai . d'avril; Les cbo^s de cemodftde toumeat parfois autrement

40 LETTRES SUR L*BNSEiaNEMENT

qu'on ne croit, et on n'a jamais fini de réparer une maison mal bâtie.

Je voudrais bien savoir ce qu'est devenu l'arrêté du 28 août 1838 qui défendait d'afficher des préparations au baccalauréat.

Résignons-nous à voir les choses telles qu'elles sont. Que voulait-on par le baccalauréat ? Peupler les classes et assurer des études sérieuses. Or, les études sérieuses sont abandonnées et les hautes classes désertées précisément pour le baccalauréat. C'est donc parce que nous voulons encore des jeunes gens instruits qu'il ne faut plus vouloir le baccalauréat tel qu'il est.

Pour que l'examen de sciences ou de lettres fût mûrement préparé, on a dû, dès le principe, établir deux prescriptions : la limite d'âge et le certificat d'études.

La limite d'âge a*toujours été fixée, mais à seize ans. L'élèvera-t-on jusqu'à dix-sept ou dix-huit ? Premièrement on ne pourra pas dépasser ce terme, puis, par l'événement, c'est déjà entre dix-sept ou dix-huit ans que la majorité des candidats se présentent ; enfin, si la loi accorde la dispense d'âge.

comme cela se fait, les demandes afflueront, souvent justes, toujours suffisamment appuyées, et Texception deviendra la règle.

Le certificat d'études a eu sa valeur tant qu'a duré le prestige de l'autorité universitaire ; mais lorsque cette autorité a été attaquée, lorsque la liberté d'enseignement a été réclamée et qu'en même temps les familles ont moins tenu à de fortes études pourvu que la carrière de leurs enfants se fit, le certificat des études domestiques s'est multiplié, c'est-à-dire que les parents attestaient comme études régulières faites sous leurs yeux des préparations hâtives, et que l'administration municipale, chargée de vérifier le fait sans en avoir les moyens, l'attestait à son tour. C'était donc un mensonge légalisé, fâcheux pour la loi qui était trompée, fâcheux pour les parents qui consentaient à mentir, fâcheux pour les enfants qui, pour dernière leçon, recevaient cet exemple.

Les précautions spéciales pour assurer le serieux du baccalauréat es lettres sont l'épreuve écrite et d'abord la composition. Sera-t-elle française ou latine ? C'est le sort qui en décidera. Rien que cela. Si vous avez la main heureuse, vous serez dispensé de savoir écrire en latin ; et comme les joueurs les plus malheureux ne le sont pas toujours, avec la résolution de courir la chance

jusqu'à ce qu'on tirât une composition française, on pouvait né^Ugep absolument Tautre, et se contenter de pratiquer le français commun aveclequelionse sauye en ce monde. La chance a été ôtée depuis^et la composition latine exigée seule; je la rétro»» verài. Quant auxQOinpositions latines qui afi^cei»* tentirexsam^ai, Dieu seul sait queLest^ sur ce poin^ lattolémnce des examinateiurs ; etcelles^qui soBt admises jugent celles qui sont renées. L'a version latine avait' semblé autrefois ime épreuve suf^ santé de latin et ^ de français. Quoique plus im^ dérée, cette condition d'une version qui exotat^est» discutable».' Il y a eu . de bonnes raisons pour rétablir,' il. y en ade bonnes pour la lever. Ce scaaiti ce*ies dont je suis frappé pour mon compte. J)âi déjà; remarqué, dansmapreïnière lettre, que l'épreuve écrite a, da»s le fait; presque •euti^emeat auAulé l^reuve orale : c^est un mal^; ensuite^ si on consiàèr^lMmotioB extrême qui, aux examens, saisit tout le mond^et^urtout certains candidats, il serait^justede le«r laisser le moyen de se reprendre dans des explieations où le juge serait' libre d'insister. M il ;i>'y aurait -pas de mal ^à spé^ ôer que le texte de la version serait pris chez les auteurs expliqués^ dans^ les^ classes, pour écarter les surprise», pour imprimer chez les élèves IWée que leur exammi ne se fait pas un jour en doux

lieiiirea,. mm. chagwgowr pwd^ïit de$i années, et lea.foï^ d^ faiye IwgSto^ps d'ôvanoe aiUeiitim à des: texte» qu'ils retrouyeroati pôut^^étre. à Vexa-

Rmt^ réprewYe os^à^) Q« sait i p«^ quelles Ticissitud«»6lle a passé : d'abord .poiut de pro^amme, puis un prûgmBameoourfeet coiaprélieaaif, eafin uo im>gmiûnie eztrême«%ent Icoag et (détaillé : telle est! la. prûgresâiaQ4 Âiiôaurd'liui, le s^^uyement inverse commeace ; on y^m ùix il = s'ajrrêtem; On oencâit Txitilité des pragminiaesv Ayant qiii'ils eussent été proposés . pour les, clasaes et pour Tex^onen, le candidibt ^it . perdu » dans Pespace, l^saminateup prenait un peu au hasard mx suivant ses pprédileotionsy et le candidat ^ s'ilirépondait n>al; pouvait toujours, accuser^ rexaminateur; d*^voir demandé des choses en dekeirs des études. Mainte^ nant^ les. programmes, étant airétés pour les danses et pour l>e:x:amen^ et ceux-ci: n'étant que ceux-là concentrés ou autrement disposés, lecan^ didat-i^'a plus à réclamer contre rexaininateur et ne peut- accuser que la chance. Bn fait ' de détails, on est allé natureUem€£Lt dans Texcès. Bn cemo^ meartj comme je disaiSi on. en revient. Le^ppo-r gramme du < baccalauréat < es sciences^ revisé par arrêté du 2^ jsmvier de cette année 1859; laisse: plus de latitude, à Textam^inateur et au candidat; II

est à craindre seulement qu'un même numéro comprenant plusieurs sciences, les candidats n'en sacrifient une ou deux pour se rattraper sur la troisième. Au surplus, les programmes n'ont pas l'importance qu'on peut croire. Tout dépend de l'examinateur, et l'examinateur dépend des circonstances. Tout dépend de l'examinateur : 11 peut, à propos d'une question d'histoire ou de géographie ou d'une explication latine ou grecque, s'il lui plaît, se contenter de réponses sommaires ; il peut, s'il lui plaît, entrer dans le fond et dans les difficultés. De là, avec les mêmes programmes dans toute la France, les réputations différentes des différentes Facultés, les unes réputées indulgentes, les autres sévères. L'examinateur dépend des circonstances, à son tour. A moins d'influences locales, qui tiennent à l'obstination d'un ou de deux professeurs, les Facultés sont plus ou moins exigeantes selon les temps, selon l'état des. études, le nombre des candidats, l'opinion attachée aux diplômes et les besoins du service public. Quant au baccalauréat es sciences, il n'y a qu'une chose à en faire, c'est de le supprimer pour l'entrée aux Écoles spéciales, qui se recruteront comme elles l'entendront, et inséreront dans leurs programmes d'admission les connaissances qu'elles jugeront utiles, avec la liberté d'y attacher plus

OU moins de valeur et de compenser toutes les épreuves dans un jugement général. J'ignore si ceux qui ont introduit la nouveauté que nous combattons se sont bien rendu compte de ce qu'ils faisaient. On exige le baccalauréat es lettres pour les carrières littéraires, le baccalauréat es sciences pour les carrières scientifiques. Or, les Écoles spéciales, sauf rÉcole de droit et l'École normale, pour la partie littéraire,- reposant sur les sciences, ont, ou des programmes d'admission qui les comprennent, ou des cours qui les enseignent. Que faiton donc quand on interroge, au baccalauréat es sciences, les candidats à ces écoles? On s'assure qu'ils savent les choses qu'ils auront à dire ou à apprendre ailleurs ; on s'assure qu'ils savent, d'une manière quelconque, les choses qu'ils seront forcés de dire ou d'apprendre à fond ailleurs; car un examen général sans concours n'aura jamais l'exactitude qu'a un examen spécial avec un concours, comme il est établi pour plusieurs écoles ; ni les connaissances d'histoire naturelle, par exemple, qu'on acquiert pour l'examen du baccalauréat es sciences, ne sont à comparer avec ces mômes connaissances acquises à TÉcole de médecine. (Je ne parle plus des mathématiques exigées pour les futurs médecins, ce qui est hors de toute raison.) Il me semble qu'on fait complètement fausse routé.

Au lieu de dièmândér aux jaunes ig^èns c?e ^'on'leur redemandera, il faudmitléur diéînander ce qu't>n ne leur red^âEiànderai^lUs. On était dans ces ^entimônts' lorsque, atattt lês- règlôftiente de l«52,^dans exiger le baccalauréat es lettres pour4'admi»«ion aux e»amens de TÉcole polyte^î^nique et de VÉcéte de Saint^Cyr, on tenait grand compte de ce dipldine aux candidats, et c'était Justice. 'I/adminîstratton de ces» écoles isavalt Men qu'elle formerait' des: mathématiciens, mais' ôlle satalt au^âi • que les études littéraires suivies flnisèaient là, et que, si on^ne 1^ avait 'pas déjà faites, ce» h -était pas là qu'on les ferait»

^Laiss^ns les détails : un caractère que le baccalauréat a pris et ne quitte plus, c'est d'être une enoyôlopédie. Lorsque le Satan de Mil ton veut réunir dans le Pandémoiiium ses anges innombrables, par un mii*aGle illes aplatit; li^s auteurs du programme actuel ont Ifeiit le même mimcle : tout y tient, à condition que' chaque chose y soit à peu pï^ès rien. Mais enfin, ee toUt est un monde ; ciomm\ant'étre assuré de le parcourir dans actîidêilt? AU»si,:à rapprocha de rexamen, les famille é'agi-

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teiitdrune façon extraordinaire. OnipMt, si on veut, s^amuser de côtte course au^rdcotnmiàtt'dHtiens qui se fait alors et de la candeur des parents, qui totfô demandent grâce pour la timj:dité de leurs enfaâts. Atant le bacoalaurëat, on'ne se doutait pas combien < las > jéuiies ^Français «ont timides ; et jeinne napp^Ue le joli mot de M. Damiron,.à qui une mère re'cottimandait- son fils en »é:s:6u&ant sa timidité : « Bn quoi eàt41 timide? » On peut encoi^, gion v6Ut, se fâcher de êette mauvaise leçon donwée^auxjiftunes gens, à qui on enseigne à (dompter sur la protection. Mais, quand on se sera amusé à ' loisir, je proposerai quelques réflexions. Comment s'étonner de rextréme émotion qui- saisit les parents devant un examen, où un premier échec est un préjugé contre leurs fils, et des échecs' multipliés une sorte de bretet dlncapWcité; devant 'la nécessité de continuer encore une année, «des années, cette préparation languissante ; devant un grade qui n'ouvre timi et qui ferme tout? 'Un jeune homme a plus d'un examen à^lirnser dans sa vie, et on ne prétend t^^as i»upprimer les examens, de peur de < donner aux parents une mauvaise journée, mais je voudrais que Ton pïlt les hommes connus dans les *oiencés»6t dans les lettres, et qu'on leur enjoignît de se présenter au baccalauréat, pour voir comW«n il yen

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aurait de reçus. Pour moi, si je m'honore d'autres grades, je me félicite tous les jours d'être bachelier.

Sait-on ce qui arrivera? c'est qu'après avoir exagéré le 'baccalauréat démesurément, on s'arrêtera un beau jour, et qu'on se demandera si c'était bien la peine de se donner tant de peine ; si, faisant du grade de bachelier le signe de la science, on n'a pas abandonné la chose pour le signe de la chose ; si enfin, gardant le baccalauréat comme le premier grade de l'enseignement, et le réservant à cette carrière, il n'y a pa^ lieu de laisser chaque carrière se recruter par ses examens. Peut-être, car nous sommes en France, ne faudrait-il pas vivre si longtemps pour voir cette réaction, et je sais des hommes de la plus grande autorité qui pensent que la France n'en mourrait point.

Je termine cette histoire et ces critiques pai' une pensée. On s'agite trop autour du baccalauréat; il faut se calmer. Le baccalauréat peut faire du bien, il peut faire du mal; il ne peut faire ni tout le bien ni tout le mal dont on le croit capable. Des bacheliers qui ont appris, mais qui ne veulent plus apprendre, ne sont pas une grande fortune pour un pays ; on ne va pas loin avec cette première instruction : il reste, après cela, ou bien à se plonger dans les études classiques et à appro-

foiidir ce qu'on a effleuré, ou à se jeter dans des études plus présentes, d'histoire, de politique et d'économie politique, pour connaître les affaires et la marche de ce monde, respectant ici et là ceux qui savent véritablement, portant dans la vie privée un agrément sérieux que donne la culture de l'esprit, dans la vie publique la réflexion. Or, de qiîoi dépend-il qu'on prenne le parti d'étudier après le collège ? Cela dépend de l'enseignement du collège même et de l'état de la société où on tombe quand on en sort. L'enseignement a-t-11 été tel qu'on ait le goût de la science ou le dégoût ? La société estime-t-elle la science ou la néglige- t-elle ? Voilà ce qui décide. Quand autour de vous tous les hommes courent au bien-être, à la richesse, il faut se tenir bien ferme pour résister ; quand tous les hommes courent à tout ce qui brille, il faut bien du courage pour garder au fond de son cœur la flamme ignorée et solitaire. Mais elle vous réchaufle, et c'est le foyer de ceux qui n'en ont guère d'autre ici-bas, un foyer où habite le repos et que visite quelquefois la poésie.

Vous voyez, mon cher et ancien collègue, qu'en proposant la réforme particulière du baccalauï'^at, je n'y ai pas une confiance illimitée. Un examen est un accident d'un jour, tandis qu'on respire dix ans l'air d'un collège, et tout le reste

50 LSTTRfiS SUR L'SNSBlCQtSttl}]^

de>sa Yte Vaip de< la société où oa viti J& ner puii^ rie» sur la société, et la plupart des Iwjaaines n'y peuyeat rien : elle va par ses lojs, «Ua T^|)âjr Tao* tioa.etlajréaçtiw, coBWïie TOeéw pw 1^ flw: et le refliiKx; du moins wm pouyofts quelqi^ cliose sur. le^ collège^ Je d^ésire qe^^ ms^ pyo^baiB^ lettre, où^ije. vojos; doniaerai rhistoife des plan* d'études, serve» à cela.

(28 février 1857.)

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