‹ Questions d'enseignement nationalChapitre 15 sur 65 · AVANT-PROPOS XXIII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXIII

pables d'une grande œuvre, que cet exemple donné par les grands professeurs désespérera et perdra ; qui, voulant trop faire, ne feront rien, et dont Texistence aura passé ainsi, inutile aux autres et à eux-mêmes. D'ailleurs, maîtres illustres et maîtres médiocres, quand ils descendront de la chaire, ne laisseront personne derrière eux. Prenons un exemple : n'est-il pas regrettable qu'il ne se soit pas formé une école de travailleurs autour d'un professeur, d'un historien comme Guizot? Sans doute, tous tant que nous sommes, nous lui devons quelque chose, soit que nous Tayons entendu, soit que nous l'ayons lu ; mais comme il est regrettable que Guizot n'ait pas eu autour de lui un cortège de disciples pour les employer à préparer ou à contrôler telle ou telle partie de la tâche, à fouiller tel détail de tel chapitre de son histoire de la civilisation, et les préparer ainsi au travail personnel, tout en les faisant collaborer à son œuvre? Dans une Faculté ayant un corps d'étudiants, les grands maîtres demeurent de grands maîtres ; ils entreprennent, mais avec plus d'aide et de sécurité , de grandes œuvres. Les maîtres plus modestes trouvent l'emploi de leurs forces moindres ; ils sont soutenus par cette collaboration de rélève, enhardis par la conscience même des services qu'ils peuvent lui rendre. Et les uns et les autres lèguent une tradition à des

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continuateurs. Pour laisser une trace profonde dans cette grande œuvre du travail scientifique tel que nous le comprenons aujourd'hui, il ne suffit pas de s'appeler A ou B, et que ce nom soit un grand nom : il faut s'appeler légion.

Au reste, les élèves d'une Faculté ainsi organisée par le travail ne sont pas contenus dans l'enceinte de cette faculté si vaste qu'elle soit. Là où l'enseignement supérieur est actif, ses disciples sont répandus dans toute la nation. Pour ne parler encore que de l'histoire, quiconque enseigne l'histoire, dans un collège ou dans une école, est le disciple de ceux qui travaillent au progrès de la science historique.

Dans un collège ou dans une école, ai -je dit : il faut , en èfifet , ne pas oublier l'école. Il ne s'agit pas de faire les superbes et les dédaigneux, et de s'estimer si haut placé dans sa chaire que l'on n'aperçoive point tout en bas de la hiérarchie le maître d'école avec les fils des paysans et des ouvriers, car ces fils de paysans et d'ouvriers, c'est la plus grande partie de la France. Il ne s'agit pas non plus de s'isoler dans sa dignité intellectuelle et morale, et de croire ou de faire semblant de croire que la force morale ne se transmet pas. De même que les sciences positives ont leurs applications dans l'industrie, les sciences morales ont leur application dans la vie nationale. On pardon-

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