‹ Questions d'enseignement nationalChapitre 25 sur 65 · Extrait de VUniversité du 12 août · texte numérisé non relu

Extrait de VUniversité du 12 août

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Les partisans des* nouveautés ajoutent qu'ayant résolu d'appeler des élèves sur des bancs où se succédaient jadis des amateurs de diverses sortes, ils n'en pouvaient trouver d'autres que ceux qu'ils ont cherchés, c'est-à-dire des candidats aux grades. En quoi ils ont raison. Ils disent encore qu'ils ont vu, dès l'origine, les inconvénients et les dangers du système, mais qu'ils sont convaincus qu'une modification du régime des examens suivra la réforme de l'enseignement supérieur; qu'on trouvera la conciliation entre le travail scientifique et la préparation aux examens; qu'ainsi tombera le seul grief sérieux que leur opposent leurs adversaires. Ils ont encore raison, et si la satisfaction qu'ils réclament ne leur a pas été encore accordée, c'est qu'il faut surmonter quelques obstacles redoutables.

Le premier, c'est l'idée singulière que nous nous faisons en France de l'examen. Nous le considérons comme une puissance indépendante, comme une chose en soi, pour parler la langue des philosophes.

Voyez le baccalauréat. Sans doute la liberté de l'enseignement et la nécessité de prendre des précautions pour la protéger, est une cause de grandes difficultés, mais sont-elles si fortes qu'on ne puisse pas même essayer un remède à des abus qiii sont presque des injustices? Danslîette épreuve qui clôt les études secondaires, l'élève cherche en vain parmi ses juges ceux qui ont été les témoins de son travail. Ce travail de huit années ne lui compte'pour rien, car le baccalauréat réside hors du collège, dans les salles des Facultés, et quiconque se présente devant lui est, de par la loi, un inconnu. Le sort du candidat se joue dans les quelques heures où il fait des compositions écrites, qui peuvent être aujourd'hui malaisées et demain très faciles, puis

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dans les quelques minutes d'examen oral où le professeur le presse de questions. Le hasard a son rôle dans une épreuve qui peut décider du sort de toute une vie, et il n'est point de session où le baccalauréat ne commette de grossières méprises. Aussi familles et élèves subissent-ils la tyrannie de cette puissance redoutable : les familles lui offrent leurs supplications et leurs larmes dans ces lettres et ces visites dont les juges sont accablés; les élèves lui sacrifient la sincérité môme de leurs études, en se livrant tout entiers à cette préparation dont l'objet est d'apprendre, non pour savoir, mais pour répondre; et, comme cette besogne ne peut satisfaire un esprit même médiocre, on se console de la contrainte subie en se promettant une revanche. Cette revanche, c'est l'oubli profond où on laisse tomber, au lendemain de l'épreuve, tout ce qui a servi pour l'épreuve, non seulement le manuel d'histoire, mais l'histoire ; non seulement le manuel de littérature, mais Homère, mais Virgile, mais Corneille» mais Bossuet et toute la culture classique.

Du baccalauréat, passons à la licence. On a récemment modifié la licence es lettres, avec l'intention d'en faire une sorte de certificat d'études supérieures, que les élèves pussent prendre après une année ou deux d'études. Mais les Facultés elles-mêmes s'habituent malaisément à considérer la licence comme, la constatation d'études faites chez elles. Elles ne rapprochent pas assez l'examen de leur enseignement. Elles traitent leurs propres élèves, quand Hs se présentent devant elles, comme des inconnus ; au jour solennel de l'examen, l'étudiant s'évanouit dans le candidat.

Le mal est plus grand à l'agrégation. Il peut se faire, comme on le voit à Paris, qu'une dizaine de professeurs de la Faculté des lettres et de l'École des

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Hautes études, ayant vécu pendant trois, quatre et même cinq années avec un étudiant, le connaissant à fond, s'accordant dans leur jugement sur lui, n'aient pas même le droit de lui délivrer un certificat officiel et soient réduits à lui souhaiter bonne chance quand ils le livrent au hasard du concours, à moins' qu'ils ne le voient tomber malade d'épuisement : l'élève est alors châtié de l'excès de son travail par la perte d'une année. Étudiants et professeurs ont également à se plaindre de ce système. L'autorité administrative dresse, sans consulter les professeurs, les programmes de la licence et de l'agrégation; après quoi, elle leur envoie des boursiers qu'ils doivent instruire selon ces programmes. Les professeurs ne s'appartiennent plus à eux-mêmes et leurs élèves ne leur appartiennent pas- Comme il y a une distinction entre le professeur et le juge, comment l'élève ne se préoccuperait-il pas du juge plus que du professeur, de l'examen plus que de l'enseignement? Un candidat à l'agrégation de philosophie ou un candidat à l'agrégation d'histoire et de géographie, à qui le programme impose des connaissances historiques ou philosophiques universelles, plus la préparation d'un certain nombre d'auteurs et de thèses, n'est plus le disciple de ses maîtres; ce n'est plus un apprenti : c'est le serf d'un programme. Étudiant et professeur font ensemble une médiocre besogne. Le dévouement du professeur français à ses élèves est tel qu'il s'intéresse non seulement à leurs études, mais au succès officiel de ces études, constaté par un diplôme. Tout pénétré de ce que j'appellerai, malgré la singularité du terme, un sentiment paternel de confraternité, se souvenant des pénibles efforts que lui ont coûtés jadis des épreuves qu'il a maudites, il s'associe <>u labeur de ceux qui les vont subir. Dé même que

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