agrégés en 1882-3; 36 en
2. ... « Verrons-nous le jour où quatre ou cinq professeurs de Faculté compétents, pourront, s'étant réunis, rédiger légalement le procès-verbal suivant : u Nous, professeurs, attendu que M... a suivi assidûment pendant deux années nos cours sur telle et telle matière, qu'il justifie, par tel travail personnel qu'il nous a présenté, du profit qu'il a tiré de notre enseignement, nous étant d'aiUeurs assurés qu'il possède les connaissaucof^ générales qu'exige le grade qu'il sollicite, le déclarons licencié... «
(Petit de Jnlleville, dans la Revue internationale de VEnseignementf année 1884, n» 5, p. 546.)
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licence, au moins le programme des auteurs à expliquer devant elle? La liberté du professeur serait respectée ; il désignerait les auteurs qu'il étudie lui-même. Or les études ne peuvent que gagner à ce respect de la liberté du professeur. On fait bien la besogne qu'on a choisie.
Pour l'agrégation, le problème est plus difficile. L'agrégation n'est pas un examen : c'est un concours devant un jury, et les étudiants de toutes les Facultés y doivent être soumis aux mêmes épreuves. Le choix des auteurs à expliquer doit donc être laissé à l'autorité administrative. Il serait bon seulement qu'elle en arrêtât assez tôt le programme pour qu'il pût être soumis à la discussion des professeurs compétents. Mais d'autres réformes s'imposent, surtout pour les agrégations de philosophie et d'histoire. Pour bien préciser, je parlerai de l'agrégation d'histoire.
L'agrégation d'histoire et de géographie est écrasante. Elle impose au candidat, même quand il est licencié en histoire et qu'il a fait preuves de connaissances générales, la préparation d'un programme de géographie universelle, physique et politique, et d'histoire universelle.
Elle exige qu'il fasse son apprentissage professionnel, qu'il apprenne à composer et à dire une leçon, à corriger une copie; car parmi les épreuves de l'examen oral, il y a des leçons et la correction d'une copie.
Elle exige qu'il prépare un certain nombre d'auteurs avec assez de soin pour qu'il puisse fournir un commentaire sur tel passage désigné.
Elle exige qu'il étudie deux ou trois grands sujets d'histoire sur les documents, sujets si vastes qu'on pourrait faire de chacun un gros livre après un travail d'une ou de plusieurs années.
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La conception générale, ou, si l'on veut, l'intention de ce concours, est excellente. L'Université veut que sos professeurs d'histoire et de géographie sachent l'histoire et la géographie : en conséquence le programme demande aux candidats des connaissances universelles. L'Université veut que ses professeurs sachent enseiîçner : le programme inscrit des épreuves pédagogiques. L'Université veut que ses professeurs soient non seulement instruits et capables d'enseigner, mais savants et en. pables de travailler : de là ces épreuves scientifiques, l'explication et la leçon de thèse. La théorie est donc irréprochable; mais la pratique?
La pratique est mauvaise. Les étudiants savent que les quatre compositions écrites d'histoire ancienne, d'histoire du moyen âge, d'histoire moderne, de géographie, sont éliminatoires. Ils portent donc leur principal effort sur cette besogne immense, indélinie, impossible : apprendre l'histoire universelle et la géographie universelle. Plus ils approchent du concours, plus s'accroît leur terreur. Dans les derniers mois, cela devient de l'affolement. L'étudiant garde devant les yeux ce programme sans limites. Par dizaines il compte les questions sur lesquelles il serait muet. N'essayez pas de lui dire qu'il n'a point à redouter de question trop particulière : toutes les questions lui paraissent possibles. Il court affairé à travers le temps et l'espace. Il apprend des généalogies et des listes de dates interminables : il surcharge sa mémoire, fatigue et déforme son esprit. Saura-t-il à la fin toute son histoire et toute sa géographie? Mais cela est impossible. Les compositions écrites sont très faibles au concours d'agrégation, et des candidats, qui réussissent, composent moins bien ce jour-là qu'ils n'ont fait jadis au concours général des lycées.
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Comment un candidat si occupé donnerait-il aux épreuves pédagogiques toute l'attention qu'elles méritent? Ses professeurs lui font faire des leçons sur toutes les parties de l'histoire : aura-t-il soin de les approprier à l'auditoire de telle classe devant laquelle la leçon devrait être professée? Mais rien ne l'y invite, pas même le concours d'agrégation, car lorsqu'il fera, après vingt-quatre heures de préparation, une leçon d'histoire, ou une leçon de géographie, il ne parlera pas comme il ferait dans une classe d'enfants, devant ces juges parmi lesquels il y a des inspecteurs généraux et des membres de l'Institut. Au régiment, on apprend au simple soldat à commander, en le mettant devant un peloton de soldats : j'imagine qu'il commanderait mal un peloton de généraux de division. La leçon qui sera faite devant le jury pourra donc être très bonne en elle-même, et détestable si on la transporte devant un auditoire d'enfants. Et si le candidat parlait devant le jury comme il ferait devant des élèves de quatrième ou de troisième, l'épreuve aurait un caractère de puérilité qui étonnerait fort les juges. L'étudiant fait donc à la Faculté ses leçons sans aucune préoccupation pédagogique, et, quand il se trouve pour la première fois devant de véritables élèves, il n'a jamais réfléchi sur la façon de leur parler.
Le candidat à l'agrégation préparera-t-il à tête reposée l'explication de ses auteurs et de ses thèses, en homme qui veut faire son apprentissage d'historien, tirer d'un texte tous les renseignements qu'il contient, ce qui est l'objet de la préparation des auteurs, et tirer d'une série de documents étudiés mot par mot un chapitre d'histoire, ce qui est l'objet de la préparation des thèses? Mais il faudrait qu'il eût la tête libre et l'esprit en repos. En réalité cette besogne, qui devrait être
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pleine d'attraits pour des étudiants ^ ne fait que les surcharger. Ils se la partagent entre eux et demandent à leurs maîtres de les aider. Ceux-ci ne manquent point de s'y prêter. Tantôt ils répartissent des sujets de travaux pour les critiquer et les corriger; quelquefois ils font tout un cours sur une question, et la thèse est alors écrite sous la dictée du maître. Le maître abdique ainsi la liberté de son travail. Sans doute la peine qu'il se donne n'est pas perdue : les élèves, en le voyant faire, apprennent à travailler; mais leur apprentissage pourrait se faire beaucoup mieux et, en même temps, coûter moins cher à ceux qui le dirigent. En réalité l'élève qui, le jour de l'épreuve de la thèse, récitera au jury des notes qu'il n'a pas prises lui-même, n'est pas préparé au travail personnel.
En somme, l'agrégation impose aux étudiants et aux professeurs un travail immense, dont les résultats sont médiocres.
Heureusement, le remède n'est pas malaisé à trouver, pourvu que Ton veuille bien réformer le mécanisme du concours, ne point lui attribuer une sorte de vertu mystique et tenir compte au candidat de ses antécédents et de son travail.
Reprenons cette théorie de l'agrégation.
Vous voulez que le candidat fasse la preuve qu'il est capable d'enseigner; or nous savons qu'il n'apprend point à enseigner et que la leçon qu'il fait devant le jury n'est pas une épreuve suffisante. Il faut donc organiser dans les Facultés l'apprentissage du professorat : pour cela, réunir dans trois ou quatre Facultés les candidats à l'agrégation, et charger celui des maîtres qui aura l'aptitude le mieux marquée pour cet office, de diriger cette préparation pédagogique. Il mettra les futurs professeurs en contact avec la vie réelle , soit en demandant