L'ENSEIGNEMENT
au recteur d'envoyer à la Faculté de temps à autre une classe de lycée, afin que les étudiants fassent devant de vrais élèves de vraies leçons, soit en envoyant luimême les étudiants au lycée. Le nombre des candidats à l'agrégation n'est pas très considérable. Chacun d'eux pourrait être attaché à un professeur de lycée : il ne générait point son tuteur; il assisterait ,' une fois par semaine, à une classe; de loin en loin il dirigerait un exercice, correction de copie ou explication; quatre ou cinq fois l'an, il ferait toute une classe. Il apprendrait ainsi qu'autre chose est la science, autre chose l'enseignement, et qu'il existe un art d'approprier les connaissances aux forces intellectuelles des enfants à qui on les doit communiquer. Il rapporterait à la Faculté les résultats de son expérience, et le maître, à propos des leçons qui continueraient d'être faites devant lui, introduirait ces discussions de méthode, dont nous ne sentons pas assez l'utilité. Les élèves des Facultés recevraient ainsi une éducation professionnelle qui n'a été donnée jusqu'à présent à aucun professeur de l'enseignement secondaire. Au concours d'agrégation, la Faculté produirait les notes obtenues par ses élèves dans ces exercices pédagogiques, et le jury en tiendrait compte, tout en donnant lui-même sa note pour l'épreuve de la leçon, qui serait maintenue.
Vous voulez que le candidat à l'agrégation fasse preuve de connaissances générales étendues ; mais vous ne pouvez prétendre que quelqu'un puisse jamais savoir l'histoire universelle et la géographie universelle, et vous savez qu'à le tenter, nos élèves surmènent leurs forces au point de les épuiser et de négliger tout le reste de leur éducation. Vous savez que parmi ces quatre questions données à l'examen écrit, si bien qu'elles
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soient choisies S il en est qui peuvent surprendre d'excellents candidats et les perdre : car ces compositions sont éliminatoires. Un pareil système est barbare. 11 faudrait ou bien ajouter aux épreuves éliminatoires une interrogation qui permit au candidat surpris en un point de montrer qu'il aurait excellé en un autre; ou bien limiter le champ des épreuves par un programme, dressé tous les ans ou tous les deux ans, de grandes questions prises dans toutes les périodes de l'histoire, ou bien enfin permettre aux candidats l'usage d'un dictionnaire, d'une chronologie, qui les rassure contre les oublis, et leur permette de ne pas encombrer leur mémoire.
Vous voulez enfin que le candidat à l'agrégation fasse la preuve qu'il est capable d'un travail personnel ; or vous savez qu'il n'apportera presque jamais au concours une preuve sincère, et qu'il lui est impossible d'étudier toutes ses thèses. Ici encore, plusieurs remèdes sont possibles; on peut aller jusqu'à supprimer du concours l'épreuve des thèses : les élèves des Facultés seraient sur ce point justiciables de leurs professeurs auxquels ils remettraient, à la fin de leur scolarité, un mémoire analogue à celui que composent les élèves de l'École des Chartes ou de l'École des Hautes études. Ou bien, on permettrait au candidat de désigner lui-même trois sujets, un dans l'histoire ancienne, un dans l'histoire du moyen âge, un dans l'histoire moderne : le jury en choisirait un et notifierait son
1. Je me fais uq devoir de rendre justice au président actuel da jury d*agrégatioQ d'histoire, M. Geffroy. Il corrige, autant qu'il peut le faire, les abus du système actuel. Il est un juge très éclairé. On peut dire qu'il met daos ses fonctions de Thumanité, s* appliquant à diminuer les charges que le concours fait peser sur Tesprit de ceux qui le préparent. Mais les abus de système sont plus forts que la bonne volonté d'uu homme.
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choix au candidat. Celui-ci , vingt-quatre heures après la notification, ferait sur ce sujet une exposition orale. Il y aurait ainsi un moment, au cours de ses longues études, où Tétudiant français ferait acte d'initiative et jouirait de quelque liberté.
Supposez que ces réformes sont accomplies, et le grand problème est résolu. Étudiants et professeurs sont affranchis. Les premiers respirent, allégés du poids qui fait plier aujourd'hui les meilleures volontés. Ils se préparent avec réflexion, avec méthode, et non sans plaisir, à leur profession. Ils s'instruisent pour s'instruire, s'exercent à l'usage de la Hberté intellectuelle, étudient l'histoire pour devenir historiens. Les professeurs ne sont plus obligés à se détourner de leurs études pour obéir aux prescriptions d'un programme annuel qui les promène de sujets en sujets; leurs études personnelles se confondent avec leur enseignement : c'est en travaillant avec leurs élèves et en les associant à leur travail qu'ils leur apprennent à travailler. Les Facultés demeurent ce qu'elles doivent être, des Instituts scientifiques, et il leur est d'autant plus aisé d'accomplir leur mission qu*elles ont substitué un public de jeunes gens, capables de recevoir et de transmettre ce qu'ils ont reçu, au grand public improductif où quelques hommes sérieux se perdent dans la foule des oisifs.
ALLOCUTION
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