DE PARIS
LE 6 NOVEMBRB 1883
Messieurs,
Mes premières paroles, au début de cette année, doivent exprimer ma gratitude envers la Faculté, qui m'a fait l'honneur de proposer au Ministre de l'instruction publique que je fusse attaché à la Sorbonne par un titre nouveau, et envers le Ministre qui a bien voulu accueillir cette proposition. Il m'aurait été singulièrement pénible de quitter la Sorbonne, où j'ai été appelé, il y a trois ans et demi, pour suppléer M. Fustel de Goulanges : je me suis si bien habitué à vivre en la compagnie des professeurs, mes maîtres ou mes amis, et des élèves dont nous voyons chaque année s'accroître le nombre ! Aussi ai-je reçu avec une profonde reconnaissance le titre de professeur adjoint, qui me permet de demeurer à la Faculté, au moment où M. Fustel de Goulanges y vient reprendre sa place, et la fonction de directeur d'études, qui me fait un devoir de ces relations régulières avec les étudiants où je trouve un très vif plaisir.
Directeur d'études signifie, en effet, directeur d'étudiants et rien de plus; car c'est à la Faculté seule qu'il appartient de diriger les études et de composer
son enseignement selon la haute idée qu'elle se fait de ses devoirs intellectuels. Si elle a jugé qu'il était utile d'instituer la fonction nouvelle que nous inaugurons aujourd'hui, M. Croiset et moi, c'est upi effet de sa sollicitude pour vous. Une des attributions qu'elle nous a données est de vous souhaiter la bienvenue au premier jour, et de vous demander qui vous êtes, d'où vous venez et où vous voulez aller. En arrivant à la Sorbonne, où les enseignements se multiplient, beaucoup d'entre vous sont embarrassés pour choisir entre les routes qui s'ouvrent devant eux. D'ailleurs, vous n'avez pas tous la môme vocation. Routes nombreuses, -voyageurs à destinations différentes, voilà des causes de confusion et de trouble : les directeurs d'études vous attendent pour vous guider. Bientôt vous aurez trouvé votre voie et réglé votre travail; vous aurez choisi parmi les nombreux professeurs de la Faculté ceux auxquels vous voudrez vous attacher particulièrement, et qui seront les vrais directeurs de votre esprit : leur sollicitude vous est acquise à l'avance, mais il serait difficile à chacun d'eux de vous suivre dans tout votre travail, et de vous avertir, s'il y a lieu, que vous vous trompez en donnant trop de soins à telle partie de votre éducation au détriment de telle autre. Ces avertissements sont encore de l'office des directeurs d'études. N'allez pas croire surtout qu'ils soient investis d'une sorte d'autorité administrative, qui se manifeste par des commandements. Nous sommes chargés, il est vrai, de faire en sorte que les boursiers ne se soustraient pas à l'obligation librement consentie par eux de se préparer au professorat ; mais la Faculté ne leur impose pas un règlement rigide ; elle ne leur désigne aucun cours comme obligatoire, ne voulant pas donner aux professeurs le chagrin de penser qu'ils parlent
devant des élèves contraints à les écouter; elle ne prescrit pas même aux boursiers un minimum d'heures de présence. La surveillance que les directeurs d'études exerceront sur eux sera en même temps très attentive et très libérale. Quant aux autres étudiants, il faut qu'ils sachent que la Faculté s'intéresse à leur travail autant qu'à celui des boursiers, mais qu'il n'y a pas de limites à leur liberté de disposer de leur intelligence et de leur temps. Vous diriger signifiera donc surtout vous conseiller. Pour que je puisse le faire en pleine connaissance de cause, après m'être rendu compte des besoins de chacun, vous viendrez souvent vous entretenir avec moi ; je recevrai les étudiants des conférences d'histoire au baraquement de Gerson deux fois par semaine, le jeudi et le mardi, à une heure et demie, pendant les mois de novembre et de décembre, et, à partir du mois de janvier, le jeudi à une heure.
Aujourd'hui j'ai quelques indications générales à vous donner et des conseils qui peuvent être utiles à tous. Je parlerai seulement de l'enseignement historique. L'enseignement géographique appartient tout entier à M. le doyen : ceux qui ont été déjà ses élèves savent le prix de ses conseils et j'aurais très mauvaise grâce à y mêler les miens.
Je m'adresse d'abord aux candidats à la licence es lettres et histoire, pour les avertir tout de suite que la licence, même modifiée, demeure un examen littéraire : les deux dissertations latine et française, les explications d'auteurs grecs, latins et français y tiennent une grande place, que les professeurs d'histoire ne consentiraient point à laisser amoindrir. De toutes les périodes de l'histoire, l'antiquité grecque et latine est celle qui se prête le mieux aux exercices d'initiation à la méthode. Dans le cadre harmonieux et simple de la cité
antique, Thistorien rencontre un certain nombre de questions précises : les textes ne sont pas si nombreux qu'il risque de s'y égarer ; ils ne sont ni diffus, ni barbares, n'offensent pas le goût et n'inquiètent pas l'esprit. On peut les classer, les comprendre, les interpréter et, là où la vérité n'apparaît pas clairement, les employer à des conjectures. Les sciences auxiliaires de l'bistoire ancienne participent au charme dont la vie antique orne ce qui lui appartient : l'épigraphie grecque et latine est lumineuse, comparée à la paléographie du moyen âge, comme le marbre comparé au parchemin; l'archéologie ancienne séduit les artistes les plus délicats, et la littérature, consultée comme témoin de l'histoire d'Athènes ou de Ronie, récompense celui qui l'interroge. S'il y a du mérite à chercher dans les Capitulaires ou dans le De ordine palatii le gouvernement de Gharlemagne, il y a du plaisir, le mot est bien faible, à chercher la solution d'un problème historique dans les discours de Démosthène ou dans les lettres de Cicéron. L'étude d'une question d'histoire ancienne devrait donc, toujours être le premier acte d'un apprentissage de la méthode historique, et cette étude suppose la connaissance sérieuse des langues et des littératures de l'antiquité.
L'éducation littéraire ne peut d'ailleurs être séparée de l'éducation historique. Il n'est pas inutile de vous le rappeler aujourd'hui que l'art, à cause de l'abus qu'on en a fait, est en suspicion, et que le talent semble à quelques-uns incompatible avec la science. Une école historique française, au sein de la Faculté des lettres de Paris, tient de sa naissance l'obligation de ne pas dédaigner l'art. Vous apprendrez avec quel soin rigoureux il faut rechercher les sources de la connaissance historique, à quel prix s'acquiert le droit de conclure,
et qu'en beaucoup de cas le doute final est un acte de probité; mais nous vous dirons aussi que la banalité est une laideur intellectuelle, l'impureté du style un manque de respect envers Thistoire, et le désordre dans TcKposition des idées et des faits un procédé de mauvais goût envers celui à qui l'on parle. Appliquez- vous donc soigneusement à continuer et à parfaire votre éducation littéraire. Vivez avec ceux qui se destinent à l'étude des lettres. Élevez- vous au-dessus de ces distinctions factices que l'on établit, au détriment de l'intelligence, entre les diverses parties du travail intellectuel. Étudiez, dans vos explications grecques surtout, l'art d'écrire sobrement et avec grâce. Essayezvous à l'appliquer dans l'exercice de la dissertation : les qualités littéraires ne vous feront pas seulement bien faire ce que vous entreprendrez; elles vous prémuniront contre les sottes entreprises, car l'esprit qui sait choisir l'ordre de ses pensées et l'expression qui leur convient sait aussi distinguer, entre les sujets offerts à sa curiosité, ceux qui la méritent.
Le programme historique de la licence vous effrayera peut-être, car il contient l'histoire et la géographie universelles ; mais rassurez- vous par la certitude qu'on ne vous demandera, soit à l'épreuve écrite, soit à l'épreuve orale, que les connaissances indispensables, non seulement à un futur professeur d'histoire, mais même à un homme cultivé. Votre tâche sera de rechercher dans votre mémoire les souvenirs que l'enseignement du collège y a laissés, de rafraîchir les plus anciens et de combler les lacunes; vous n'en serez point accablés, si vous ne vous préoccupez que des très grandes questions et des manifestations les plus caractéristiques de la vie des principaux peuples. Vous suivrez de préférence les cours d'histoire qui embrassent
une asse^ longue période et vous vous réserverez beaucoup de temps pour vos lectures; car si nous nous efforçons, comme vous le verrez par la liste des leçons de revision que vous ferez devant nous, de vous enseigner les parties principales de l'histoire universelle, nous n'oublions pas que l'imprimerie a été inventée et qu'il existe sur toutes les questions de beaux et bons livres qu'un futur professeur d'histoire doit étudier. Je me ferai un plaisir de vous guider dans ces lectures et dans ce grand travail, que vous devrez considérer comme une reconnaissance générale du domaine où vous choisirez quelque jour votre terrain particulier. Il n'y a pas en histoire de phénomènes isolés : toute question a ses antécédents lointains, et toujours le pré sent garde une quantité considérable de passé. D'autre part, il n'est point de fait qui ne puisse être éclairé par des comparaisons, car l'esprit humain n'est pas si inventif que le nombre des expériences politiques et sociales faites par les hommes soit très considérable ; mais les expériences se produisent en des circonstances différentes, et l'on ne peut prétendre en avoir étudié une seule profondément si on ne sait comment elle s'est présentée en d'autres temps et en d'autres lieux. L'instruction générale que vous allez acquérir vous mettra donc en état de bien choisir vos sujets d'études, et d'en déterminer exactement le caractère et l'importance.
Tels sont les premiers conseils à l'adresse des candidats à la licence : partager son temps entre les conférences de lettres et les conférences d'histoire, beaucoup écouter et lire beaucoup, réfléchir sur les leçons et les lectures.
Ceux d'entre vous qui sont candidats à l'agrégation savent déjà ce qu'ils ont à faire, et je puis parler
brièvement du concours lui-même. Ce concours a été l'objet de plusieurs critiques de la part de professeurs d'histoire, qui voudraient que Ton tînt compte de la preuve déjà faite par les licenciés qu'ils possèdent des connaissances générales suffisantes. D'autres desiderata ont été exprimés : ce n'est pas le lieu d'y insister. Je répéterai seulement ce que j'ai dit tant de fois, qu'il ne faut pas redouter pour les compositions écrites des questions difficiles sur des points particuliers. La liste des questions données l'année dernière prouve une fois de plus que vous ne serez interrogés que sur des choses que vous ne pouvez ignorer décemment. Vous n'avez qu'à entretenir vos connaissances, à les approfondir sur quelques points, et vous vous ferez le plus grand tort, sans profit aucun pour l'examen, si la terreur que vous inspire le domaine illimité des questions possibles vous asservit au joug du manuel. Il faut que vous réserviez la meilleure part de votre temps aux exercices par lesquels vous vous préparerez à l'enseignement et au travail personnel.
Nous ajouterons cette année une innovation aux exercices préparatoires à l'enseignement. La Faculté des lettres donne aux lycées un nombre de professeurs agrégés chaque année plus considérable : plus de trente de ses élèves ont été reçus, à la fin de la dernière année classique, agrégés de philosophie, des lettres, de grammaire, d'histoire et des langues vivantes. A ce compte, dix années suffiraient pour que la Faculté comptât dans le professorat des lycées trois cents de ses élèves. Nous exposerions donc l'Université à des mécomptes si nous ne nous occupions pas de l'éducation professionnelle des futurs professeurs : cela encore est une des attributions des directeurs d'études.
Je n'ai pourtant pas l'intention d'exposer une péda-
gogie de l'enseignement historique. J'aurais peur de n'arriver, après un grand eflfort de spéculation, qu'à deux ou trois maximes de sens commun, comme celles-ci : qu'il faut être intelligible et intéressant, mesurer son enseignement aux aptitudes des élèves, parler à l'imagination et à la mémoire chez les plus jeunes enfants, suivre ensuite le progrès de la raison. Nous pourrions aussi classer par espèces les diverses matières de l'enseignement historique et décider que les unes, récits, biographies, légendes, conviennent au plus jeune âge, pendant que les autres, études des conditions sociales, réflexions philosophiques sur le caractère, l'ordre et la succession des faits, doivent être réservées aux élèves plus avancés. Mais tout cela, nous le savons par avance, et, tenant cette théorie pour bien et dûment démontrée, nous recourrons tout simplement à l'expérience, en cherchant sur des sujets déterminés à trouver le modèle d'une bonne leçon.
Une conférence par semaine sera consacrée à cet exercice. Voici comment je pense qu'il y faut procéder. Le premier sujet proposé sera la France au temps des premiers Capétiens. Avant de le traiter, une exposition sera faite sur la période de la décadence carolingienne, pour placer exactement le sujet dans son milieu historique. On étudiera ensuite séparément les divers points de la question : géographie politique de la France, c'est-à-dire description à grands traits de la France féodale; définition de la royauté telle que la comprenaient les contemporains et les rois eux-mêmes; ressources et moyens d'action de la royauté; gouvernement des rois. Cela fait, quelqu'un de vous essayera la leçon, en se souvenant qu'elle est destinée à des élèves de troisième. Il choisira entre toutes les notions
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qui s'offriront à lui les principales, éliminera les autres, groupera en bon ordre les faits et les idées qu'il aura réservés, et, toutes les fois que cela sera possible, éclairera son exposition par une anecdote et la parera de ce pittoresque vrai que fournit au professeur la connaissance des mœurs et des idées d'un temps. La leçon donnera lieu à une discussion entre nous, oi!i la critique portera sur ces deux points : l'exposition estelle intelligible; est-elle aussi intéressante qu'elle pouvait l'être?
L'expérience serait plus concluante, si elle se faisait devant des élèves, et il serait fort à souhaiter que nous pussions de temps en temps nous transporter dans de véritables classes, ou bien emprunter à un lycée voisin une division d'écoliers; mais si nous sommes réduits à expérimenter sur nous-mêmes, nous ferons un grand effort pour nous rapprocher de la réalité. Les leçons préparées, comme je viens de le dire, longuement discutées, refaites au besoin jusqu'à ce qu'elles nous semblent bien mises en leur point, nous feront reconnaître l'une après l'autre les règles d'une méthode de l'enseignement historique. Vous verrez que les meilleurs professeurs d'histoire sont ceux qui savent le plus, et font le moins montre de leur science ; — ceux qui savent le plus, car l'enseignement de l'histoire dans les collèges est un choix, et le choix suppose l'abondance des matières ; puis la profonde connaissance des choses peut seule donner au maître cette tranquillité d'esprit, cette assurance, cette autorité intérieure, si je puis dire, qui se manifeste par l'autorité de la parole; — ceux qui font le moins montre de leur science, car il s'agit non de donner son érudition en pâture à des enfants qu'elle rebuterait, mais de faire un effort perpétuel pour transposer son savoir en un enseignement
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dont la simplicité et la claxté soient les qualités maîtresses.
Nos exercices d'enseignement seront choisis cette année dans l'histoire du moyen âge, depuis l'avènement des Capétiens jusqu'à la guerre de Cent ans. Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer qu'ils vous donneront l'occasion de revoir cette période. Vous aurez d'ailleurs dans d'autres conférences des leçons de revision, comme les années précédentes : M. Bouché- Leclercq en prendra les sujets dans l'histoire ancienne; M. Pigeonneau dans l'histoire des xvi* et xvn® siècles; M. Rambaud dans celle des xvni* et xix* siècles; M. Zeller dans celle des xiv*, xv® et xvi^ siècles. Les leçons de revision ont pour objet principal de dérouler devant vous les grandes questions de l'histoire générale; elles diffèrent par là de l'exercice dont je parlais tout à l'heure, où vous apprendrez surtout à employer vos connaissances à l'enseignement. Il va sans dire pourtant que vous y recevrez aussi de précieux conseils pédagogiques.
Il y a. Messieurs, de graves raisons pour que ces exercices aient une place notable dans l'enseignement de la Sorbonne. Depuis que les Facultés des lettres ont appelé auprès d'elles des étudiants dont le plus grand nombre se destinent au professorat, on a exprimé la crainte que les Facultés ne donnent à l'enseignement secondaire des maîtres trop érudits, dédaignant leur tâche et la remplissant mal, et que l'enseignement supérieur ne s'abaisse au rôle de préparateur à des examens. Les deux opinions ont beau être contradictoire^ : chacune d'elles a sa raison d'être. Oui, si le haut enseignement dépensait toutes ses forces dans la préparation à des examens, il se condamnerait luimême à la décadence, car son premier devoir est de
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donner une éducation scientifique. Oui, une éducation toute scientifique risquerait de former des professeurs maladroits; mais, en organisant des exercices préparatoires au professorat, les Facultés demeurent plus libres que jamais de se livrer aux recherches désintéressées, et justement parce qu'elles instruisent de leurs devoirs les professeurs futurs, elles ont le droit de consacrer leur principe;! effort à votre éducation scientifique.
Gomme les années précédentes, vous serez aidés dans les exercices préparatoires au travail personnel que vous impose le programme de l'agrégation. M. Bouché- Leclercq vous fera expliquer les textes de Polybe et de Suétone; M. GoUignon, qui veut bien, comme le faisait M. Perrot, s'associer à notre travail, vous fera expliquer les textes de Thucydide, et vous guidera dans la préparation de la thèfee des Iléliastes; M. Zeller vous distribuera les travaux sur la thèse de la IV* croisade ; M. Pigeonneau, les travaux sur la thèse du traité d'Utrecht; à l'École des Hautes études, M. Monod fera expliquer le De or dîne palatii ; M. Roy étudiera les sources de la IV« croisade et fera expliquer le texte de Villehardouin. Il est bien entendu que présider aux explications d'auteurs et à la préparation des thèses ne veut pas dire expliquer les auteurs ni préparer les thèses. Le principal secours que vous trouverez viendra de l'assistance que vous vous prêterez mutuellement, chacun prenant sa part de la tâche, et le professeur corrigeant les erreurs et l'insuffisance. Nous ne pouvons ni ne voulons vous dispenser de faire effort par vousmêmes, soit pour étudier un texte historique, et, après l'avoir bien compris, en tirer tous les renseignements qu'il contient, ce qui est l'objet propre de l'explication des' auteurs; soit pour arriver, après l'étude des do-
cuments originaux, à des conclusions précises sur une question posée et à la rédaction d'un chapitre d'histoire, ce qui est l'objet propre de la thèse. Vous êtes ici pour apprendre à travailler par vous-mêmes et pour vous, et ces exercices sont un des moyens de faire votre apprentissage.
Vous n'aurez point fait tout cet apprentissage en vous conformant au programme de l'agrégation. On peut être un brillant licencié, même un agrégé, entrer par conséquent dans la carrière avec tous les honneurs, et n'être pas capable d'honorer l'Université et soi-même par des travaux personnels. L'examen ne vous demandera pas la preuve que vous êtes maîtres de la méthode et des instruments de recherches. A la tâche officielle de la préparation aux grades, vous ajouterez donc la tâche personnelle de la préparation au travail. Ici je m'adresse indistinctement aux candidats à la licence et à l'agrégation et à ceux qui, ne recherchant aucun grade, ne nous demandent que de les aider dans leur éducation historique; et je recommande à tous la pratique de deux belles vertus intellectuelles, la curiosité et l'activité. La Faculté des lettres vous offre un enseignement très varié ; pourtant elle ne prétend pas enseigner toute chose ni vous prendre tout entiers pour elle. Paris a d'admirables ressources et qui peuvent être comparées à celles qu'on rencontre dans les villes universitaires les mieux dotées et les plus célèbres. A côté de nous vivent et prospèrent de grands établissements scientifiques et des écoles dont les portes vous sont ouvertes : visitez-les. Il viendra peut-être un jour où un lien commun réunira ces instituts séparés, chacun gardant d'autant mieux son caractère particulier et original qu'il tiendra mieux compte de l'existence des autres, tous s'accordant pour donner à la jeunesse
sérieuse comme un système de haute culture intellectuelle. Mais en attendant ce jour, qui est peut-tUre bien lointain, il appartient à la jeunesse des écoles de constituer l'Université de Paris en exploitant ces richesses disséminées. Pour ne parler que dos étudiants en histoire, je leur conseillerai de faire connaissance avec l'École des Chartes, avec l'École dos Hautes études, l'École libre des sciences politiques, la Faculté do droit et le Collège de France. Vous ne vous ferez pas assurément les élèves de tous les maîtres que vous y rencontrerez (vous verrez que j'insisterai auprès de vous pour que vous ne vous surchargiez pas d'auditions de cours); mais vos études dureront trois ou quatre années, peut-être même davantage; vous aurez chaque année des maîtres privilégiés dont vous serez les élèves réguliers; soyez on même temps les élèves irréguliers d'autres maîtres : écoutez-les attentivement, méditez sur leurs leçons, discutez-les, jugez-les. Votre avenir se décidera peut-être dans ces excursions hors de votre vie habituelle. Les variétés du travail historique sont nombreuses, et une vocation particulière, qui peutêtre dort en vous, s'éveillera en écoutant tel ou tel maître. En tout cas, ce ne sera pas sans profit que vous étudierez la méthode de plusieurs professeurs, leurs procédés de travail et de recherches et leur façon d'en-
seigner.
Dans la vie sérieuse que vous allez mener (car tout ce discours suppose que vous êtes décidés à mener une vie sérieuse), ces allées et venues seront des distractions. 11 faut, au contraire, il faut absolument que vous donniez une place réglée aux exercices par lesquels vous apprendrez à manier les instruments de la recherche historique. L'agrégation ne demandera pas à ceux d'entre vous qui se décideront pour l'histoire de
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Tantiquité la moindre notion d'épigraphie ou d'archéologie, ni à ceux qui choisiront l'histoire du moyen âge la moindre notion de paléographie ou de diplomatique ou de philologie médiéviste. Vos explications d'auteurs n'équivalent pas à la critique des sources. Vous n'aurez pas à faire preuve de connaissances bibliographiques générales, et tout cela, qu'on ne vous demandera point, vous sera indispensable. Vous profiterez donc des moyens qui vous sont offerts, soit à la Faculté même, soit à côté d'elle, pour vous initier à la pratique de tous ces instruments de travail. Il ne faut pas espérer que vous deviendrez assez habiles pour n'avoir plus ensuite de difficultés à les manier ; vous aurez du moins commencé ici un apprentissage que vous continuerez ensuite par vous-mêmes. Ne pas le commencer ici, ce serait probablement y renoncer pour jamais.
Vous pensez, peut-être, que je vous propose une tâche impossible : ce serait une erreur, mais je vous accorde que la tâche est difficile. Vous la remplirez, si vous ne voulez pas tout entreprendre à la fois, si vous mettez de l'ordre dans votre travail et si vous en distribuez les diverses parties sur toute la durée de votre scolarité. A ceux qui se réfugieraient dans l'excuse de l'examen, je dirai que les élèves qui ont quitté la Faculté l'année dernière avec le titre d'agrégé sont précisément ceux qui ont le plus fait pour leur éducation scientifique. Ils ont donné les preuves requises de connaissances générales et nous sommes certains qu'ils seront de bons professeurs, mais nous les savons aussi capables de mener à bonne lin des travaux personnels. Ne pas faire comme eux, c'est se condamner à perpétuité au rôle modeste d'agents de transmission, ïransmeltre, ce n'est point assez; il faut, à son tour, être actif et créer. Vous savez bleu que les études his-
toriques ont besoin de travailleurs et que la matière du travail ne vous mainquera point.
Ce sera un des sujets favoris de ma conversation avec vous que de vous encourager à contribuer pour votre part au progrès des études sur l'histoire de la France. Nous verrons, dans nos exercices d'enseignement, combien il nous sera malaisé de nous repré senter exactement la vie nationale à telle ou telle période. Vous saisirez alors sur le fait la difficulté de l'enseignement historique, et vous verrez pourquoi il demeure si souvent stérile. Vous n'êtes pas les premiers venus, et la plupart d'entre vous ont fait de sérieuses études en histoire ; eh bien ! laissez-moi vous proposer un examen de conscience. Vous faites-vous une idée, même confuse, de la vie de notre pays au x* siècle? Savez-vous dans quelle mesure il existe alors une France; vers quels points de l'horizon étaient orientées les populations des bords de la Garonne ou du rivage de la Méditerranée, celles du bassin du Rhône ou du bassin de la Meuse? Définiriez-vous exactement les mots duché de France, duché d'Aquitaine, comté de Champagne, duché de Bourgogne? Sur ce terrain, divisé et subdivisé par la féodalité, vous représentezvous l'existence des individus répartis entre les différentes conditions sociales et politiques, du paysan, de l'habitant des villes, de l'ouvrier, du seigneur? Savezvous comment ces individus vivaient dans le cadre de ces institutions qu'ils avaient façonnées selon leurs besoins; s'ils avaient des idées et ce qu'elles étaient; lesquelles dépassaient les limites de la patrie étroito ; quelle conception ils avaient du roi, de la chrétienté, de ses deux chefs, l'empereur et le pape, de l'Église et de Dieu? Voyons-nous plus clair, une fois sortis du chaos du x* siècle? Nous représentons-nous, avec la
clarté désirable, la France, au moment où elle commence à prendre sa forme moderne: ce qu'est l'unité l'rançaise au temps des premiers Valois, ce qui reste d'individualités vivantes, communes, soigneurs grands et petits, provinces diverses de la couronne; comment se sont transformées les conditions des hommes, leurs mœurs et leurs idées? Quelqu'un a-t-il sondé et compté les plaies de cette guerre de Cent ans qui a livré au roi les ruines de la France féodale, sur lesquelles s'est établi le pouvoir absolu? On pouvait redire les mêmes questions pour des périodes plus récentes. Pour ma part, je fais l'aveu sincère que des parties entières de l'histoire de France me semblent des déserts. Toutes les notions générales exigées par les programmes et enseignées par nous sont comme un manteau jeté sur un mannequin inerte et rigide. Qu'importe, en vérité, que nous sachions, par exemple, les dates de naissance des parlements provinciaux, si nous ignorons quels hommes en étaient justiciables, quelles affaires y étaient portées, et selon quel droit on y jugeait? Qu'importe que nous écrivions dans nos programmes : Renaissance des arts et des lettres, et que nous donnions à ce propos quelques grands noms et des titres d'œuvres célèbres, si nous ne savons pas au juste l'état des esprits avant cette renaissance, l'éducation qu'on leur donnait, la somme et la nature des idées représentées par cette éducation même, et la révolution opérée dans ces idées par la Renaissance? Qu'importe que nous répétions que Sully et Golbert ont refait pour un temps les finances de la France, et que celui-ci a diminué les tailles pour accroître les aides, si nous ne connaissons pas la vie économique de ceux sur qui pesait l'impôt? Qu'importe enfin que nous sachions le nombre et les dates des guerres religieuses et des pacifications qui les ont
suivies, si, frappés de ce fait extraordinaire que les réformés, jamais vaincus, toujours favorisés par les traités, n'ont pu cependant convertir la France à la réforme, nous ne cherchons pas à savoir pourquoi la France est alors restée catholique, pourquoi Paris a été un si furieux ligueur, quelles raisons expliquent les résistances à Tédit de Nantes et la popularité de l'acte odieux et funeste qui Ta révoqué, si enfin nous ne connaissons pas toute la genèse de cette révolution, qui a transformé la France dévote du xvn* siècle en la France rationaliste du xvni"?
Messieurs, pour nous mettre en état d'enseigner l'histoire des groupes sociaux et des groupes géographiques aujourd'hui confondus dans l'unité française et celle de la transformation continue des mœurs et des idées de nos pères, il faudra que plusieurs générations tra vaillent vaillamment. Voici quelle serait, à mon sens, la méthode de ce travail : mettre à profit l'œuvre si considérable de nos devanciers; employer les documents qu'ils ont publiés, tous ces travaux remarquables que nous possédons sur l'histoire provinciale, sur certaines périodes de l'histoire générale, sur de grandes institutions et sur des personnages; résumer ainsi et coordonner les résultats acquis; en même temps dresser l'inventaire des desiderata et se distribuer la besogne. On vient à bout de tout avec une bonne volonté persévérante et une activité bien ordonnée. D'heureux symptômes prouvent que Ton sent la nécessité de procéder à une étude méthodique de notre histoire. Vous connaissez déjà les travaux de M. Fustel de Coulanges sur l'histoire de nos institutions, et vous allez avoir cette bonne fortune qu'il les continuera devant vous. M. Monod va nous donner un catalogue des documents et des principaux travaux publiés sur l'histoire de
P'tft éTé.
France. Un mémoire, ou, pour mieux dire, un sérieux ouvrage de M. Luchaire sur la France au temps des six premiers Capétiens, couronné par l'Institut, va être publié dans deux mois et prendra place dans votre bibliothèque. Vous assisterez, à la fin de cette année classique ou au début de l'autre, à des soutenances de thèse sur Charles le Chauve et le roi Robert. D'autres travaux sont en préparation sur cette période de nos origines nationales. On est donc en chemin et vous n'aurez qu'à suivre la voie frayée. Mon ambition pour vous est que vous vous rendiez capables de vous associer un jour à ces travaux. La Faculté des lettres me semble appelée à y prendre une part considérable, par son enseignement d'abord, mais aussi par ses exercices préparatoires à l'agrégation et par le doctorat. L'agrégation contribuera au progrès des études sur notre histoire nationale, si les sujets des thèses d'histoire du moyen âge et moderne sont des questions d'histoire de France, et si l'on en dresse une liste méthodique assez longtemps à l'avance pour qu'il nous soit possible de tirer de nos in-folio et de publier à part les textes historiques ou juridiques dont chacune des thèses réclamera l'étude. Ainsi se formerait peu à peu une véritable bibliothèque d'étudiants. Ainsi serait appelée et retenue sur l'histoire de notre pays l'attention de tous les professeurs qui ont charge d'élèves dans les Facultés de France. Quant au doctorat, qui est un premier acte de la vie scientifique, i\ ne peut être soumis comme les examens à une discipline, mais les efforts individuels et libres qu'il provoque peuvent être coordonnés par 1 esprit commun qui se forme ici. Dans cette Faculté ou se rencontrent avec nos élèves proprement dits des
1 r Vt'TTT'"' '' ^'"^^"^^ ^^« ^h^rtes et de la l acuité de droit, U est possible, sans gêner la liberté
d'aucun, en la respectant, au contraire, comme une force précieuse, de préparer des ouvriers pour les diverses parties de notre œuvre. Nous entendons bien que tout ne sera pas fini entre nous lorsque vous nous aurez quittés. Nous vous suivrons dans vos premiers travaux, et je suis résolu, pour ma part, à ne point laisser s'endormir ceux que leurs maîtres auront jugés capables de travailler. Il sera dès lors tout naturel que, vous connaissant bien et tenant compte de vos goûts et de vos aptitudes personnelles, nous vous aidions à trouver, parmi tous nos desiderata, le sujet qui vous convient.
Je ne voudrais pas inquiéter cependant ceux d'entre vous dont la vocation est déjà marquée pour l'histoire ancienne : l'étude de l'antiquité classique ne sera jamais désertée en France, car l'antiquité classique est encore une patrie pour nous; mais j'obéis à un sentiment intime très vif en insistant sur la nécessité d'un effort sérieux et suivi dans l'étude de notre propre histoire. Ce sentiment, c'est que l'Université de France a envers notre pays des devoirs dont la charge principale pèse sur les professeurs d'histoire. Ma conscience me reprocherait de ne pas vous représenter que, dans un temps où la concurrence entre les nations est violente et deviendra féroce, chaque peuple doit alimenter richement toutes les sources de son énergie nationale. Les nations les plus actives aujourd'hui recherchent dans leurs origines la démonstration de leur raison d'être et demandent au passé la garantie de leur avenir. Ce sont des philologues et des poètes inspirés par les historiens qui ont enflammé le patriotisme des peuples slaves. L'Italie n'a pas oublié sa vieille histoire; son ambition s'inspire en partie de réminiscences, et Rome, aujourd'hui, nous reproche de lui avoir dérobé
} ii6' . ALLOCUTION AUX ÉTUDIANTS
:,^ les ruines de Garthage. L'Allemagne conçoit une sorte
' de Germania mystique, dont elle vifent de dresser so-
lennellement l'idole aux bords du Rhin. Demeureronsnous indifférents devant ce spectacle ? Mais ce serait manquer au devoir même de la défensive; car la science étrangère nous attaque, elle envahit notre histoire nationale, et, trop souvent, s'efforce de la déshonorer. De savants hommes nous contestent le droit de vivre en même temps qu'ils exaltent les mérites et les vertus de leur pays. Eh bien! ou il faut nier absolument l'existence d'une force morale, la puissance des idées et des sentiments sur les âmes et par conséquent sur l'activité des hommes, ou bien il faut admettre que l'on ajoute à l'énergie nationale, quand on donne à un peuple la conscience de sa valeur et l'orgueil de son histoire, quand les hommes éclairés ont une notion nette du génie de leur pays et du rôle qu'il a joué dans le monde, et qu'un sentiment de piété envers la patrie descend des régions élevées de la recherche historique jusque dans les couches profondes du peuple. Il est vrai qu'aucun génie national n'est plus malaisé à définir que le nôtre. Gallo-Romains confondus, à l'origine, dans l'empire universel de Rome; chrétiens confondus au moyen âge dans la civilisation chrétienne universelle; classiques aux XVI® et xvii* siècles, rationalistes au xvm® (ce sont encore là des formes de l'universel), notre visage ne porte pas ces traits marqués qui font la physionomie de l'Angleterre, par exemple. Mais cela même est un trait distinctif que d'avoir un génie humain plutôt que national. Un pareil génie procède de certaines qualités natives, dont l'épanouissement a été favorisé par l'histoire. Suivre les manifestations diverses de ces qualités à travers toutes les circonstances historiques, en marquer les effets sur notre propre destinée et sur celles
DE LA PACCLTÉ DES LETTRES DE PARIS li7
de TEurope qui semble avoir oublié que nous l'avons tirée, il y a cent ans, par les idées et par la force, de son assoupissement sénile, ce sera l'objet d'une philosophie de l'histoire de France, dont chacun de nous peut bien aujourd'hui entrevoir les grandes lignes, mais qu'on ne pourra dessiner tout entière et graver qu'après de longues études.
Nous voilà loin, Messieurs, de la licence, de l'agrégation et de tous les examens; mais les examens ne doivent être que des épisodes de votre vie d'étudiants. Nous vous aiderons à les préparer pour vous rassurer contre les exigences et les hasards de ces épreuves et donner ainsi à votre esprit la tranquillité que l'étude réclame. Nous avons besoin que vous ayez l'esprit tranquille et libre, afin que les uns et les autres, maîtres et élèves, nous formions une véritable communauté intellectuelle, les maîtres donnant aux élèves l'exemple de leurs vies consacrées au travail et leur communiquant les fruits qu'ils ont recueillis, c'est-à-dire leur méthode et leurs connaissances ; les élèves répondant à cette sollicitude par leur zèle, occupés à enrichir leur esprit par des connaissances et à le discipliner par la méthode, se préparant ainsi à recueillir notre héritage, c'est-à-dire à travailler comme nous, et, par un heureux effet de nos efforts mêmes, mieux que nous.
Nous allons bientôt nous mettre à l'œuvre. En attendant que la besogne du baccalauréat soit finie (nous avons seize cents inconnus à interroger), et que tous les cours soient repris, vous pourrez suivre les conférences dont le tableau va être affiché. A partir de lundi prochain, la bibliothèque des conférences d'histoire sera ouverte, de neuf heures à midi et d'une heure à six heures, aux étudiants régulièrement inscrits. Mardi à cinq heures, je réunirai les candidats à l'agrégation
pour leur distribuer les leçons qu*ils auront à préparer. Le lendemain mercredi, aune heure et demie, je réunirai les candidats à la licence, afin de leur donner des conseils généraux que je n'aurai plus à répéter dans les entretiens particuliers, où je ferai votre connaissance personnelle.
De notre régime intérieur j'ai peu de choses à vous dire. Nous n'avons, grâce à Dieu, que deux ou trois prescriptions réglementaires destinées à protéger votre travail dans la salle d'études du baraquement Gerson. Vous pourrez, pour le travail en commun, vous servir de notre salle de conférences, après en avoir prévenu II. Uri, notre bibliothécaire, qui est chargé de la discipline dans notre étroit logis que le désordre rendrait inhabitable. Au reste, vivez ensemble le plus que vous pourrez et sans distinction d'historiens, de philologues et de philosophes; sentez- vous les membres d'un même corps, et prenez l'esprit corporatif, dût-il vous rendre un peu insupportables. J'ai déjà dit l'an dernier, entre beaucoup de choses que je compte répéter les années prochaines, qu'il appartient à votre génération de créer les mœurs scolaires des Facultés des lettres. Je constate qu'elles se forment peu à peu. On ne vous appelle plus des candidats, comme au début : on vous appelle des étudiants ; gardez ce titre qui vous appartient tout autant qu'aux élèves des Facultés de droit et de médecine. Ne laissez pas s'introduire dans vos habitudes la distinction entre étudiants libres et boursiers : elle ferait croire que les boursiers ne sont pas des hommes libres. Vous êtes tous des étudiants; quelquesuns sont, par surcroît, des boursiers, mais cela ne regarde pas le public. Voilà, si vous voulez, des minuties, mais il m'arrivera souvent d'en rencontrer de pareilles dans nos conversations. Puisque je suis chargé
de vivre avec vous, il y aura place, dans cette existence familière, pour de petits avis à côté des plus graves conseils. Je sais bien d'ailleurs qu'on ne fait pas les mœurs par des préceptes ni par des règlements. Nos mœurs scolaires naissent naturellement de votre bon esprit, de votre bonne volonté, du sentiment qui est en vous de la dignité du travail intellectuel, enfin de la pleine liberté dont vous jouissez et que nous respecterons, que nous défendrons même, je veux finir sur ce mot, contre cette détestable conseillère, la peur de l'examen.
ALLOCUTION