Voir, p
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ensuite une idée sommaire de la hiérarchie féodale et placé tout en haut le roi, puis expliqué sans difficulté son rôle de gendarme et de justicier. Tout cela était entrecoupé de mots gais, de questions plaisantes, d'appels aux souvenirs et aux connaissances des enfants. On aurait dit que le maître et la classe jouaient à la féodalité, et la classe, tout en s'amusant, recevait quelques idées, ou, si l'on veut, quelques impressions justes : ce qui est beaucoup.
Contrairement à un préjugé répandu, il est plus difficile d'enseigner l'histoire moderne que cette vieille histoire du moyen âge : à mesure qu'on descend le cours des âges, le pittoresque s'efface et les vives couleurs pâlissent. Pourtant, la méthode ne doit pas changer.
Prenons pour exemple la période ainsi résumée dans le sommaire général : « Malheureusement les rois sont devenus trop puissants; Louis XIV a commis beaucoup de fautes. Louis XV gouverne très mal. La France cesse d'aimer ses rois, et la Révolution éclate sous Louis XVI, le successeur de Louis XV. »
L'enfant sait déjà par l'histoire des périodes précédentes les progrès de l'autorité royale, et qu'il n'y a plus d'autre loi que la volonté des rois à laquelle tout le monde obéit. On lui dira que le règne de Louis XIV a eu des parties bonnes et glorieuses, et, sans jamais entrer dans le détail des faits militaires, on lui racontera quelque belle victoire de Turenne et de Gondé, en dessinant â grands traits le personnage de ces hommes de guerre. On parlera des grands ministres et l'on fera connaître par quelques anecdotes Louvois et Golbert. On ajoutera que le roi avait trop d'orgueil, et l'on citera les preuves connues de cet orgueil ; qu'il aimait trop les dépenses, et l'on décrira Versailles, Marly et les
fêtes ; qu'il aimait trop la guerre, et Ton terminera par le récit de quelque désastre et le tableau des misères des dernières années.
Mais, de toute l'histoire, la partie la plus difficile à enseigner sera certainement celle qui s'ouvre avec la Révolution. Il est impossible de ne pas toucher un peu à des questions d'ordre social et politique : le tout est de le faire si modestement, si simplement, avec tant de précautions, que l'enfant fasse de la politique, comme le bourgeois gentilhomme faisait de la prose.
Notre sommaire général aura dit que la France, devenue république, change ses anciennes lois pour s'en donner de meilleures ; que l'Europe lui déclare la guerre et qu'elle bat l'Europe. Pour la guerre, rien de mieux, et la seule difficulté sera de faire un choix entre tant d'actions héroïques qui prêteront à des récits, entre tant de grands personnages qui prêteront à des biographies. Mais comment faire comprendre ce changement des lois? ce progrès vers l'égalité et la liberté? Il n'y a pas d'autre moyen que de rechercher dans l'esprit de l'enfant, pour les rendre précises, les notions vagues qu'il possède sur la société contemporaine. Il y voit des inégalités : par exemple, des propriétaires et des fermiers, des maîtres et des serviteurs. Apprenez-lui, s'il ne le sait pas encore, que le serviteur n'est lié au maître que par un acte de sa volonté, et qu'il sert parce qu'il a cru avantageux de servir; qu'on ne devient le fermier de quelqu'un qu'en vertu d'un contrat librement consenti; au lieu que, dans l'ancienne société, il y avait des hommes qui étaient, par naissance, des serviteurs, et, par nécessité, demeuraient tels pendant toute leur vie. L'enfant voit d'autres inégalités : des hommes qui commandent, comme l'officier à ses soldats : dites-lui que l'officier
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acquiert ce droit de commander par son mérite, et qu'il le perdrait s'il en usait mal, au lieu que, sous Tancien régime, le roi et les seigneurs naissaient avec ce droit et le gardaient même quand ils en usaient mal. Ces comparaisons, bien développées, montreront aux écoliers le progrès social. Ils savent d'ailleurs que le maître et le serviteur d'aujourd'hui obéissent aux mêmes lois, sont également punis pour les mêmes fautes et ont les mêmes devoirs envers la patrie. Apprenez-leur que les grands d'autrefois échappaient souvent à la sévérité des lois; que plus on était humble, moins on avait de droits et plus on avait de charges.
Telle est la méthode qu'il faut suivre, au premier degré de l'enseignement de l'histoire : prendre autant, que possible son point de départ dans le présent; répéter à tout propos la comparaison entre autrefois et aujourd'hui; peindre par des signes extérieurs, par des récits, par des biographies, le tout mis en son lieu chronologique et bien fondu dans une exposition simple et continue.
Le secoiid degré. — Au second degré, le maître fera revivre les souvenirs des deux premières années d'enseignement, en y ajoutant des notions et des faits nouveaux. Quant à la méthode, elle restera descriptive, mais elle deviendra explicative, c'est-à-dire que, tout en racontant les faits et en décrivant les personnages, le maître donnera de très simples explications des faits et marquera l'enchaînement des choses.
L'enfant se rappelle que les Gaulois ont été vaincus par les Romains; dites-lui maintenant pourquoi. Vous lui avez fait voir les années précédentes, par des signes extérieurs, en quoi la Gaule diffère de la France ; marquez maintenant les différences intimes et profondes.
188 L'ENSBIONBICENT DE L'HISTOIRE
Pour cela, prendre son point de départ dans le présent, comme toujours. L'enfant sait bien qu'il vit dans un grand pays, qui a une grande capitale, appelée Paris; que tous les habitants de ce pays sont unis entre eux par des liens étroits; qu'il y a une armée de ïsl France, où servent tous les Français; que des Français ne doivent pas se battre contre d'autres Français. Il est aisé d'opposer à cette France la Gaule, qui n'a pas de capitale, les Gaulois divisés en petits peuples, sans armée nationale, guerroyant les une contre les autres, incapables de se réunir à temps contre Tétranger; vaincus à cause de cela, et, après une guerre de huit années, soumis pour quatre siècles aux vainqueurs. Ces vainqueurs romains, que Ton a décrits aiissi, au premier degré, par les signes extérieurs, il faut les faire mieux connaître. Pour cela représenter ritalie, divisée comme était la Gaule, où les Romains vinrent l'attaquer; placer au milieu le petit peuple habitant la cité romaine; dire qu'il se gouvernait bien, faisait lui-même les lois et y obéissait après les avoir faites ; qu'il choisissait lui-même ses chefs, les consuls, et, après les avoir choisis, leur obéissait. Donnez les exemples connus de la terrible discipline romaine à laquelle les pères sacrifiaient leurs fils; dites que tous les Romains étaient soldats, bons soldats; qu'ils exécutaient les ordres sans murmures, supportaient les fatigues sans plaintes, que chacun d'eux aimait sa patrie plus que lui-même et qu'un Romain mourait avecjoie pour Rome. C'est assez pour faire comprendre que les Romains devinrent un grand peuple et vainquirent tous leurs ennemis. Et le contraste entre Rome et la Gaule expliquera qu'un si grand pays ait été soumis en si peu d'années.
Au premier degré, l'enfant a seulement appris que
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la Gaule est resiée romaine pendant quatre siècles, et que les Barbares sont survenus, qui les ont remplacés en Gaule. Au second degré, vous lui montrerez la Gaule dans l'empire romain; vous lui ferez reconnaître les limites de cet empire sur la carte ; au delà de ces limites, vous placerez les principaux peuples barbares; puis vous direz d'un mot les causes de l'affaiblissement de l'empire : Rome perdant les vertus par lesquelles elle a conquis le monde, les citoyens cessant de faire les lois et de porter les armes, l'armée recrutée de mercenaires et de barbares, et, comme conséquence de tout cela, la ruine.
Cette explication des faits ne va point sans un commentaire moral. A chaque pas, le maître trouvera des leçons à donner : il aura plaisir à le faire.
Pour le reste de l'histoire, voici à grands traits le tableau du cours.
Faire voir, par des faits et par des anecdotes, le despotisme d'un roi mérovingien ; expliquer la décadence de la royauté par les guerres civiles, comme celles de Frédégonde et de Brunehaut, et par les dons d'argent, de terres et de privilèges aux grands du royaume ; ne pas insister sur les détails de la lutte entre la royauté et l'aristocratie naissante; être très vsobre de faits et de noms surtout ; ne donner sous aucun prétexte une liste de rois fainéants, mais personnifier dans un roi fainéant quelconque, innommé au besoin, la décadence de la royauté ; annoncer que d'autres chefs vont venir et mettre en scène Charles Martel; expliquer son œuvre, l'autorité rétablie, le royaume des Francs réuni sous une main, la chrétienté défendue à Poitiers. Le père est récompensé dans le fils, et Pépin le Bref devient roi. Pour lui, quelques mots suffisent : des Carolingiens, c'est Gharlemagne qu'il importe le plus de connaître.
190 L'^ENSEIONEMENT DE L'HISTOIRE
On a décrit à récolier, au premier degré, la personne de Charlemagne, son visage, son vêtement, ses armes, l'emploi d'une de ses journées, sa vie au palais d'Aixla-Chapelle, l'école palatine. On l'a représenté au milieu des assemblées et à la guerre, chevauchant plusieurs mois de l'année, sous le soleil d'Espagne et d'Italie, ou sous le ciel gris de la Saxe. On a raconté la légende de Roland à Roncevaux. Au second degré, après avoir réveillé ces souvenirs par des interrogations, expliquer l'admirable effort qu'a fait pour gouverner cet empereur pensant à tout, s'occupant de toutes choses, comme un père de famille qui commande pour le bien et qui a charge d'âmes. Puis, après avoir décrit sommairement l'état de l'Europe, de la Gaule pacifiée, de l'Espagne où sont encore les Arabes, de l'Italie où le pape est menacé par les Lombards, de l'Allemagne païenne et encore barbare, sans villes et couverte de forêts, faire, sans aucun souci des détails ni de l'ordre chronologique, le tableau des conquêtes, et montrer la conclusion de cette histoire épique : Charlemagne réunissant la Gaule, l'Allemagne, une partie de l'Espagne et de ritalie, couronné à Rome, et, après avoir entrepris de faire régner dans le monde l'ordre, la justice et la paix, allant dormir du sommeil éternel dans le caveau d'Aix-la-Chapelle, assis sur un trône de marbre, une croix d'or au cou et l'Évangile ouvert devant lui. Au premier degré, on a décrit par quelques traits l'histoire de la décadence carolingienne, raconté les guerres des fils de Louis le Débonnaire contre leur père, la mort lamentable de l'empereur, les Normands qui arrivent, Fontanet et le serment de Strasbourg. Au second degré, bien expliquer qu'il se fait une séparation de peuples, et qu'en 843 a commencé la vie distincte de la France, de l'Allemagne et de l'Italie.
Avertir que la date du traité de Verdun est une très grande date.
Désormais, on s'enferme dans l'histoire de la France. Au premier degré, on a montré la féodalité par des signes extérieurs : le château et le guerrier féodal. Ce qu'il faut expliquer ici, c'est que, dans ce désordre général, chacun s'arrange pour vivre du mieux qu'il peut. Les plus forts et les plus puissants, c'est-à-dire le seigneur, l'évéque ou l'abbé, n'a pas de peine à vivre ; les plus faibles et les plus misérables se réfugient sous leur protection, ou la subissent, quand elle leur est imposée. Il se forme ainsi quantité de seigneuries, petites patries dans la grande que personne ne connaît. Partout la vie locale : plus d'armée nationale, plus d'assemblées générales ; plus d'ennemis communs, tels qu'étaient autrefois le Lombard et l'Arabe; l'ennemi, c'est le voisin. Au-dessus de ce chaos, le roi, dont le pouvoir n'est guère que le souvenir du pouvoir caroUngien. Cette explication de la décadence carolingienne est le propre prélude de notre véritable histoire : aussi faut-il avoir soin de la bien donner.
On montrera ensuite l'unification de la France par le progrès continu de l'autorité royale. Voilà des mots abstraits, aussi ne faut-il pas les prononcer; mais, ici encore, le maître trouvera le moyen de montrer par des faits et par des anecdotes ces progrès de la royauté. L'histoire des premiers Capétiens fournit par dizaines les traits qui permettront de composer la physionomie de ce roi du temps féodal, si riche en droits et si pauvre en moyens de les faire valoir. Il est aisé aussi de faire connaître quelques-uns de ses grands vassaux, aussi ou même plus puissants que lui. Les acquisitions de provinces entières sous Philippe- Auguste, Louis VIII, Louis IX, Philippe le Hardi et Philippe le Bel montre-
192 L^BNSEIGNBMBNT DR L'HISTOIRE
ront, pourvu qu'on en fasse voir l'importance sur la carte même, que le territoire royal s'élargit et se rapproche des frontières de la France. L'histoire de quelques communes fera voir comment tout un ordre de la nation, obscur au début et relégué dans le servage, émerge de la servitude, et forme sur tout le territoire comme des îlots de liberté, dont les habitants ont les yeux tournés vers le roi. Plus riche et plus puissant, mais plus occupé aussi, ayant sur les bras toutes sortes d'affaires de police, de justice et de guerre, le roi organise son gouvernement ; il a sa cour de justice et sa cour de finances; ses ofQciers de justice et de finances pénètrent dans ce qui reste des^ domaines féodaux; ainsi, pendant qu'il annexe une partie du territoire, il commence à gouverner Tautre. Il a trop de serviteurs et de soldats pour que personne lui puisse longtemps résister.
Alors commence à se dégager du chaos féodal l'idée d'un grand pays qu'on nomme la France. La guerre de Cent ans qui survient et à laquelle il faut faire une grande place achève de préciser cette idée. Dans la lutte contre les Anglais, la France sent en eux l'étranger; elle finit par haïr en eux l'ennemi. Elle prend conscience d'elle-même; elle se reconnaît, elle s'aime, elle a foi en sa destinée : tous ces sentiments, qui annoncent que la patrie est née, se révèlent avec une touchante et dramatique poésie dans Jeanne d'Arc. L'Anglais chassé, notre France apparaît. Mais, dans cette France, le principal personnage est celui en qui espérait Jeanne d'Arc, c'est le roi. Par cela même qu'il a fait l'unité, et qu'il a reconquis son royaume sur l'ennemi, il concentre pour ainsi dire en lui-même la France entière. Et voici ce qu'il faut que les écoliers sachent bien; au xv® siècle, quand il n'y a |iTus de puissants
vassaux, que Louis XI a réuni les dernières grandes provinces indépendantes, que les communes ont été désemparées par les agents du roi et ruinées par la guerre, le roi n'est plus un suzerain et un protecteur, c'est un maître.
Ce nouveau point de départ marqué, il ne reste plus qu'à suivre dans son développement plus simple l'histoire du pouvoir absolu jusqu'à sa ruine.
C'est ainsi qu'avec quelques idées conductrices, éclairées par des faits bien choisis, on pourra faire comprendre aux écoliers l'histoire de l'ancienne France. Bien entendu, le maître ne se donnera pas l'air d'enseigner une philosophie de l'histoire ; il multipliera les récits ; il ne négligera pas les faits de guerre, car la guerre fera connaître à l'enfant le monde extérieur.
L'enseignement de la dernière période de l'histoire offre les plus grandes difficultés. On y rencontre des noms d'hommes qui vivent encore, et des faits qui peuvent avoir été appréciés de façons très différentes par les pères des enfants auxquels on parle. Le maître ne se sent pas libre dans ses jugements; alors même que sa conscience lui commande de louer tel personnage ou tel acte, il est gêné par la pensée qu'il ne pourrait blâmer le personnage ou l'acte sans passer pour séditieux. Justement parce que le blâme est interdit, l'éloge paraît commandé. C'est l'écueil de l'enseignement de l'histoire contemporaine, mais il est trop clair que cet enseignement est nécessaire : comment le donner?
Il faut présenter le précis des faits de telle façon que récolier sache la succession des divers régimes sous lesquels a vécu notre pays depuis 1789. On ne compliquera point ce précis de détails qui le rendraient inintelligible. Si Ton veut raconter et expliquer, par
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exemple, les crises ministérielles dans nos différents régimes parlementaires, tout est perdu; mais quelques traits suffiront pour définir chacun des gouvernements. Expliquer et définir, c'est ici la tâche principale. Ne sera-t-il jamais permis de rien juger? Si, car il est d'indiscutables vérités qu'il faut dire et des sentiments sacrés auxquels il faut donner libre cours.
C'est une indiscutable vérité que la Révolution française a fait un effort héroïque pour substituer à la monarchie ancienne le règne de la justice et de la raison.
C'est une indiscutable vérité qu'elle a ouvert dans le monde une ère nouvelle, et que l'Europe presque tout entière a été comme refondue par elle.
Le maître ne peut donc blesser aucune conscience quand il expose les principes de cette Révolution et qu'il montre comment, par la force de nos armes et de nos idées, les gouvernements absolus se sont partout transformés, comment des peuples nouveaux ont acquis, au cours de notre histoire contemporaine, le droit à l'existence.
C'est une indiscutable vérité que ce régime idéal rêvé par la Révolution française est, de tous, le plus difficile à mettre en pratique : les révolutions et les coups d'État, qui se sont succédé, le montrent assez clairement.
C'est une indiscutable vérité que ces révolutions et ces coups d'État affaiblissent la France, et qu'en se renouvelant ils la tueraient.
Le maître ne peut donc blesser aucune conscience <^^uand il enseigne que toute violence contre la loi est /un attentat contre le pays, et que la condition du salut pour la France est la stabilité politique.
C'est une indiscutable vérité que notre sort est dans
ilàos propres mains, et que chacun de nous a sa part
de responsabilité dans l'œuvre collective. Le mattre
A L'ÉCOLE PRIMAIRE i95
peut donc enseigner, dans son cours d'histoire contemporaine, les devoirs civiques.
C'est ainsi que certaines maximes et certains conseils nécessaires, donnés avec une grande modération de langage, prendront place dans cet enseignement. Quant aux sentiments sacrés que chaque maître peut exprimer avec effusion, il n'est pas besoin de les dire. Le maître qui aura retracé devant ses écoliers les destinées de la France, de toute la France, l'ancienne / comme la nouvelle, saura bien ce qu'il faut penser et dire de la mutilation qu'elle a subie, il y a quinze ans.
Le troisième degré. — Dans les deux dernières années d'enseignement historique, le mattre fera revoir une dernière fois l'histoire de la France, en insistant sur la formation de la patrie française et sur la période contemporaine; mais une tâche nouvelle et difficile s'impose à lui : il doit enseigner l'histoire des principaux peuples anciens et modernes.
En entreprenant cette nouvelle tâche, le maître devra se dire que toute tentative d'érudition ou de développement aboutirait au chaos, et il se guidera par certains principes, qui serviront de règle à son enseignement.
Il trouve d'abord une longue période qui débute avec les débuts mômes de l'histoire et qui se termine à la chute de l'empire romain. Elle comprend l'histoire des vieux peuples orientaux et celle de la Grèce et de Rome. Ce qu'il faut apprendre aux enfants, c'est simplement ce que chacun des grands peuples d'autrefois a fait pour la civilisation générale et transmis à ceux qui sont venus après lui.
Peu importent les noms des Pharaons, leurs guerres et leurs conquêtes ; les noms des tribus d'Israël, et le récit de leurs querelles et de leurs humiliations; les
batailles de la guerre du Péloponèse, le détail des victoires des Romains, les noms de leurs généraux et de leurs empereurs.
Mais voici ce qu'il faut savoir :
Les peuples de TOrient, les Égyptiens les premiers, ont appris à vivre en société, à bien cultiver la terre, à travailler les métaux et à bâtir les édifices. Ils sont les plus anciens ouvriers, les plus anciens artistes, les plus anciens commerçants. C'est aux Égyptiens et aux Phéniciens que nous devons l'écriture.
Les Israélites ont pratiqué le culte du Dieu unique, et leur pays a été le berceau de la religion chrétienne.
Les Grecs, instruits par les peuples de l'Orient, ont, les premiers, établi la civilisation en Europe, pour la répandre par leurs colonies sur toutes les côtes de la Méditerranée. Disciples de ceux qui sont venus avant eux, ils les ont dépassés. Ils ont été des artistes incomparables dont nous admirons aujourd'hui encore les monuments, statues, temples, épopées, tragédies, oeuvres de philosophie ou d'histoire.
Les Romains ont été le plus grand peuple administrateur et guerrier des temps anciens. Instruits parles Grecs, comme ceux-ci l'avaient été par les Asiatiques, ils ont porté plus avant la civilisation dans la direction de l'Occident, et ils ont réuni en un seul empire les peuples habitant les bords de la Méditerranée. Artistes moins grands que les Grecs, mais grands artistes encore, ils ont laissé des monuments dont plusieurs sont restés debout. Leur langue a formé la nôtre, enfin ils ont fait des lois qui sont en grande partie les nôtres.
Voilà ce qu'il faut enseigner. Ce n'est pas qu'on puisse supprimer faits, noms et dates ; il faut pour chacun des peuples marquer les dates extrêmes de la période pendant laquelle il a vécu, citer, avec la date encore,
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les plus grands faits de son histoire et en nommer les plus grands personnages : sans cela, renseignement aurait le caractère, qu'il faut éviter à tout prix, d'une philosophie de l'histoire. Il va sans dire, que pour la Grèce, on donnera la description physique de ce petit pays fait pour la vie, à la fois distincte et commune, de plusieurs peuples; on énumérera les principaux peuples et les grandes villes; on décrira l'expansion de la race grecque par les colonies : on fera connaître Sparte et Lycurgue, Athènes et Solon ; le grand duel des guerres médiques et la victoire sur l'Orient; aussitôt après la victoire, la décadence par la corruption des mœurs et la guerre intestine ; Philippe, Alexandre et la conquête de TOrient. Sur la décomposition de l'empire macédonien on dira seulement ce qui peut faire comprendre que, divisé, corrompu et comme épuisé dans chacune de ses parties, il est voué à la ruine. Il est impossible au reste de ne pas nommer Homère et la poésie épique; Eschyle, Sophocle, Euripide et la tragédie; Aristophane et la comédie ; Démosthène et l'éloquence; Socrate, Platon, Aristote et la philosophie ; Phidias, Zeuxis, Apelles et les arts où ils se sont illustrés.
Une description encore, celle de l'Italie, est le préambule obligé de l'histoire romaine. On ne s'embarrassera pas dans les difficiles questions d'origine. Il faut arriver, après quelques mots sur les rois, à la République; décrire la vie dans la famille romaine, sur le forum et à l'armée ; défmir le patricien et le plébéien, exposer à très grands traits la conquête de l'égalité ; énumérer rapidement les grandes conquêtes; puis expliquer, par la corruption de la constitution primitive et la décadence des mœurs, l'établissement de l'empire.
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Ces quelques leçons sur la période de Tantiquité auront pour effet de donner aux enfants l'idée, qu'il est nécessaire de laisser dans leur esprit, que les peuples nouveaux sont solidaires des anciens, et que chaque peuple laisse à ceux qui viennent aprè^ lui les fruits de son travail et de son expérience.
A la fin du v* siècle de l'ère chrétienne, l'empire romain commence à s'écrouler en Occident, et une nouvelle période s'ouvre, celle du moyen âge, qui dure jusqu'à la fin du xv^ siècle.
Pendant cette période naissent les nations modernes, péniblement et confusément. Leur véritable histoire n'a pas encore commencé. Or c'est l'histoire des nations modernes qu'il importe de connaître. On n'insistera donc pas trop sur cette période préparatoire. On tracera les grandes lignes de l'histoire générale, et l'on marquera les très grands faits. Voici les grandes lignes de l'histoire : une nation qui avait vécu en dehors du monde ancien civilisé, celle des Germains, apparaît et verse sur l'empire romain des peuples qui s'établissent dans toutes les provinces, Wisigoths en Gaule et en Espagne, Burgondes et Francs en Gaule, Vandales en Afrique, Anglo-Saxons en Grande-Bretagne, Ostrogoths et Lombards en Italie. Us mettent, à la place de l'ordre et de l'unité, le désordre et la variété. Mais un peuple rétablit l'unité : c'est le peuple des Francs qui a, sous les Mérovingiens, conquis la Gaule et une partie de la Germanie, puis, sous les Carolingiens, l'Italie, la Germanie entière et une partie de l'Espagne. L'empire, qui a été détruit en 476 par un Germain, est rétabli par un autre Germain, Charlemagne, en 800. Voilà l'Occident réorganisé.
Au même temps, l'Orient s'organise : les Arabes, réunis en un seul peuple depuis Mahomet, conquièrent
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une grande partie de l'Asie, toute l'Afrique du Nord, toute TEspagne, et ils attaquent la Gaule : les Carolingiens les repoussent et leur prennent une partie de l'Espagne. Mais le grand combat n'est pas près de finir : Arabes et Francs ne se perdent pas de vue; les premiers sont les sectateurs de Mahomet, les seconds sont chrétiens ; les premiers sont maîtres de l'Orient, les seconds sont le peuple le plus puissant de l'Occident. Il y a donc guerre entre deux races, deux religions, deux régions du monde. La guerre a duré très longtemps, parce que les deux empires, celui des musulmans et celui des chrétiens, se sont subdivisés et qu'ils ont combattu l'un contre l'autre, non par grandes masses, mais par parties et fragments. Chez les Arabes, démembrement de l'empire en khalifats, des khalifats en principautés ; chez les Franqs, démembrement de l'empire en royaumes, par le traité de Verdun et les traités qui suivent; puis démembrement des royaumes en seigneuries par l'action de la féodalité. Mais il y a en Occident l'unité faite par l'Église; si les nations existent à peine, l'Église est dans toute sa force; les rois sont petits, mais le pape est grand; les hommes de tous ces pays sont grossiers et barbares, mais ils ont la foi et le goût des aventures. Les papes commencent donc la guerre contre l'Orient; cette guerre, c'est la croisade, qui dure depuis la fin du xi^ siècle et jusqu'à la un du xiii*.
Cette unité de l'Occident est bientôt détruite. Les papes, qui en sont les représentants, ont des rivaux redoutables en la personne des rois allemands, qui portent le titre d'empereur et régnent sur l'Italie en même temps que sur l'Allemagne. La lutte des papes et des empereurs, appelée querelle du sacerdoce et de l'empire.
commence au temps où s'ouvre la période des croisades, à la fin du xi« siècle, et se poursuit jusqu'au milieu du xiii« . Les empereurs sont vaincus; l'Allemagne et l'Italie qu'ils gouvernaient sont remplies de désordres et morcelées en nombreux États. La papauté, à peine victorieuse au xiii^' siècle, est affaiblie au xiv® par le grand schisme, et l'Église perd l'autorité qu'elle avait dans le monde. L'Orient reprend alors l'offensive. Ce ne sont plus les Arabes qui le menacent : ce sont les Turcs. Ils s'emparent de Constantinople en 1453 et commencent la conquête des pays de la Méditerranée. L'unité occidentale ayant disparu, des nations se forment, distinctes les unes des autres. Si l'Allemagne est divisée en centaines et l'Italie en dizaines d'États, l'Angleterre, conquise par les Normands au x« siècle, la France, gouvernée par les Capétiens depuis 987,
sont deux royaumes déjà puissants. Ils se sont fait la guerre presque sans interruption depuis le xi« siècle.
Pendant la guerre de Cent ans, qui finit en 4453, le roi d'Angleterre a failli conquérir le royaume de France. Mais Charles VII est demeuré victorieux, et les Anglais sont retournés chez eux. Cependant, en Espagne, les chrétiens ont peu à peu repoussé les Arabes. Ils ont formé plusieurs petits royaumes. Ces royaumes ont été réunis en un seul, à la fin du xv® siècle. L'Espagne est, comme l'Angleterre et la France, un puissant royaume, quand finit le moyen âge.
Ainsi, au début de la période, confusion et désordre amenés par les invasions des Germains; rétablissement de l'unité occidentale par Charlemagne ; invasion d'une partie de l'Europe par les Arabes; dislocation de l'empire arabe ; dislocation de l'empire des Francs, mais maintien de l'unité par TÉglise que le pape gouverne; lutte deux fois séculaire de l'Occident contre
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rOrient; discorde dans la Chrétienté occidentale et lutte du sacerdoce et de l'empire ; affaiblissement de l'Église et de l'unité ; retour offensif de l'Orient et conquête de Gonstantinople; formation des nations modernes ; puissance de la France, de l'Espagne, de l'Angleterre : voilà les grandes lignes de l'histoire; il suffit de les bien montrer. Invasions des barbares, conquôtesf dé Gharlemagne, croisades, formation des monarchies occidentales; voilà les grands faits : il suffit de les nommer, de les placer à leur date, d'en dire le caractère par quelques mots. Si nous perdons notre temps à donner des noms de rois d'Angleterre ou de France, des noms de papes et d'empereurs, à citer des batailles de la croisade ou des guerres de france et d'Angleterre, à suivre le détail de la formation des royaumes espagnols, nous n'apprendrons rien aux enfants de ce qu'il importe qu'ils sachent, et, sous prétexte de mettre dans leurs mémoires des faits historiques, nous leur cacherons l'histoire.
Il faut nous hâter d'arriver aux temps modernes, que nous ferons commencer en 1453 et finir en 1789.
Toutes sortes de signes annoncent qu'on entre dans des temps nouveaux, et il faut bien faire comprendre ces signes. On fera donc connaître les grandes inventions et les grandes découvertes, en marquant les effets qu'elles ont eus sur la civilisation. On expliquera que l'emploi de la poudre à la- guerre et la création de l'artillerie ont accru la puissance des rois en leurs royaumes, et aussi les moyens dont ils disposaient de se combattre les uns les autres. Après l'histoire des découvertes on en dira les résultats généraux : le monde entier révélé aux Européens; le commerce centuplé; les produits de l'Amérique et de l'Asie apportés en Europe; la richesse publique accrue; la bourgeoisie
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fortifiée par la richesse, et les résultats particuliers, c'est-à-dire l'importance des nations qui ont fait les premières des découvertes et des conquêtes, comme le Portugal et surtout TEspagne, qui, ajoutant à ses États continentaux un empire transatlantique, devient la puissance la plus redoutable de l'Europe. Il y a aussi des signes intellectuels qui annoncent les temps nouveaux ; de grands mouvements se produisent dans les esprits : c'est la Renaissance, c'est-à-dire Pétude et l'imitation des chefs-d'œuvre de l'antiquité; c'est la Réforme, c'est-à-dire une tentative pour ramener l'Eglise en l'état oil elle se trouvait dans les premiers siècles du Christianisme, alors que son dogme était simple et que le clergé ne possédait ni biens ni honneurs. Renaissance et Réforme, aidées par l'imprimerie, éclairent les esprits, les affranchissent de la domination de l'Église, et préparent la liberté de conscience, mais la Réforme achève de diviser l'Europe, où Ton professait jadis une religion unique, et, dans presque tous les États, elle allume la guerre civile.
Ces préliminaires bien exposés, retracer à grands traits rhistoire de la période moderne.
Les grands États, qui sont sortis tout formés de la période du moyen âge, la France et l'Espagne, cherchent l'un et l'autre à s'agrandir au dehors. C'est ritalie, divisée et faible, qui est le théâtre où se rencontrent les armes de Charles VIII, puis de Louis XII, et de Ferdinand le Catholique. Mais voici que jjar une série de mariages se forme cet immense empire de Charles-Quint, qui embrasse l'Allemagne, les Pays- Bas, la Franche-Comté, l'Espagne, une partie de l'Italie et le Nouveau-Monde. Il importe d'insister beaucoup sur ce fait, dont les conséquences ont pesé sur toute l'histoire moderne. Contre cet empire, la France
entre en lutte. Aidée par la Réforme, qui divise les forces de Charles-Quint et lui cause de grands embarras en Allemagne, elle tient tête à l'empereur, qui est obligé d'abdiquer en 1558.
La maison d'Autriche est séparée en deux branches : le frère de Charles-Quint et ses successeurs régnent sur l'Allemagne; son fils et ses successeurs sur le reste de rempire de Charles-Quint. De 1555 à 1618, l'Allemagne vit en paix; mais le fils de Charles-Quint, Philippe II, veut gouverner l'Europe et le monde et se fait le défenseur du catholicisme. Contre lui la France ne peut rien, pendant la période de ses guerres religieuses, qui commence en 1562 pour finir en 1598, à l'édit de Nantes. Tous les États de l'Europe sont troublés par l'ambition de Philippe; mais il ne réussit nulle part, et, quand il meurt, TEspagne épuisée descend pour toujours du premier rang où elle était montée. Elle est ainsi punie d'avoir abusé de sa puissance.
La France lui succède au premier rang. Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, aidés par leurs grands ministres, détruisent la puissance de la maison d'Autriche. A la fin de la guerre de Trente ans, l'empereur d'Allemagne perd toute autorité sur l'Allemagne, divisée en centaines d'États souverains. Quant à l'Espagne, elle perd plusieurs provinces et elle finit, en 1 700, par passer sous le sceptre d'un Français, petit-fils de Louis XIV.
Ainsi la France a terminé ce qui a été son œuvre principale pendant les temps modernes : elle a brisé la puissance de la maison d'Autriche; mais elle a bientôt abusé de sa force, et le règne de Louis XIV, qui l'a vue arriver au plus haut point de la grandeur, l'a vue aussi déchoir.
Il faut ici introduire les puissances nouvelles : et d'abord l'AngleterrCj dont on rappellera en quelques
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mots l'histoire antérieure, pour faire comprendre comment, après toutes sortes de luttes et de révolutions, elle est devenue, à la fm du xvii^» siècle, un pays libre et puissant. C'est elle qui tient tête à Louis ^IV et réunit toute l'Europe contre lui. Sous Louis XV, pendant que la France commet faute sur faute sur le continent, elle fonde un empire colonial, fait en grande partie des débris du nôtre. Le xviii® siècle voit encore se former deux puissances redoutables. C'est la Russie, qui devient un État européen, en démembrant la Suède, qui lui barrait le chemin de la Baltique; la Turquie, qui lui barrait celui de la mer Noire; la Pologne, qui la séparait de l'Europe. C'est la Prusse, qui, ayant formé avec quelques provinces médiocres un État militaire fortement organisé, devient dans TAUemagne, toujours faible et divisée, le principal adversaise de la maison d'Autriche.
La France essaye un moment, sous le règne de Louis XVI, de réparer les désastres du règne de Louis XV; elle aide les États-Unis à conquérir leur indépendance; mais le monde était attentif aux progrès de l'Angleterre, aux conquêtes de la Russie et aux exploits de la Prusse, quand éclata la Révolution française, qui allait ouvrir une ère nouvelle dans le monde.
Tel est le sommaire d'une histoire moderne, telle qu'elle doit être enseignée à des enfants qui ne doivent apprendre que les grandes lignes de l'histoire des grands peuples, et dont il faut épargner avec le plus grand soin le temps et les forces, pour leur pouvoir expliquer avec quelque détail l'histoire contemporaine.
Si l'on dispose d'une centaine d'heures pour l'enseignement de cette histoire des principaux peuples, il en faut donner au moins cinquante à cette période.
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D'ailleurs, le système doit être toujours le même; il faut dominer le sujet, le diviser en quelques grands chapitres, sacrifier tous les détails.
Le maître commencera par dire quels étaient les principes de la Révolution, et comment ils mirent la France en opposition avec toute TEurope, où il n'y avait, si Ton excepte l'Angleterre, que des gouvernements absolus. Il racontera les guerres de la République, ses conquêtes, et comment elle fonda autour d'elle, sur les ruines des États vaincus par elle, d'autres républiques. Dans un second chapitre, il exposera les guerres de l'Empire, les grandes victoires, les grandes défaites et Tétat où les rois vainqueurs, en 1814, ont mis l'Europe. Dans un troisième chapitre, il retracera toute l'histoire des révolutions et des réformes politiques en Europe depuis 1815 jusqu'à nos jours; la Sainte-Alliance formée pour le maintien de l'œuvre de 1815; les grands mouvements dont la France a donné le signal en 1830 et en 1848; il montrera le progrès, à peine arrêté pendant quelques années, des institutions libérales dans tous les États, et il fera une place honorable à ces grandes conquêtes de la civilisation : Taffranchissement des serfs en Russie et l'abolition de l'esclavage. Dans le quatrième et le cinquième chapitre, il fera l'histoire des guerres de 1815 à nos jours : d'abord celle des guerres politiques comme les guerres d'Orient, dont le dernier épisode est, à l'heure qu'il est, l'occupation de l'Egypte par les Anglais; puis celle des guerres nationales, faites par des peuples qui ont voulu conquérir leur indépendance ou faire leur unité : Grèce, Belgique, Italie, Allemagne. Il montrera le rôle héroïque de la France qui a successivement aidé, dans son admirable générosité, Grèce, Belgique et Italie à s'affranchir. Dans ces guerres nationales, il fera une
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place à part aux deux guerres allemandes de 1866 et 1870, pour montrer que la Prusse, en faisant l'unité de yl'Allemagne, s'est servie d'un sentiment patriotique r depuis longtemps répandu dans ce grand pays, mais s'en est servie au profit de son ambition; qu'elle a annexé des provinces allemandes, où l'on ne voulait pas devenir Prussien; qu'après sa victoire de 1870, elle a annexé à l'empire allemand l'Alsace et la Lorraine, où l'on ne voulait pas devenir Allemand; qu'elle a ainsi violé des droits proclamés par la France en 1789, et fait une œuvre d'injustice et de violence. Dans un sixième chapitre, le maître représentera l'état présent de l'Europe ; il insistera particulièrement sur les dangers que court la paix du monde, et qui viennent, soit des compétitions de puissances acharnées à se disputer les débris de la Turquie, soit des aspirations à l'indépendance des peuples slaves, non encore affranchis, soit des protestations que les opprimés élèvent contre leurs oppresseurs : Irlandais contre Anglais; Danois duSchleswig contre les Prussiens; Alsaciens et Lorrains contre les Prussiens et les Allemands; Polonais contre les Prussiens, les Russes et les Autrichiens. Il décrira cet état, dit de la paix armée, où les nations s'épuisent à nourrir des soldats, fabriquer des armes et bâtir des forteresses, et il dira comment le devoir, par excellence, du citoyen, dans un temps comme le nôtre, e»t le devoir militaire. V
Enfin, en deux chapitres, il décrira les œuvres et travaux de la paix et la lutte pacifique entre les nations : dans le premier, les progrès de la science et les applications qui en ont été faites à l'industrie, machines, chemins de fer, télégraphes, etc.; les principales théories de l'économie politique, la querelle de la protection et du libre échange, la puissance du
crédit; dans le second, il racontera les conquêtes des Européens hors d'Europe : Anglais dans l'Inde, Russes dans l'Asie centrale, Français en Afrique et en Indo-Chine, et les grandes explorations qui frayent la route à la civilisation européenne.
" Un tel enseignenment ainsi compris rendra aux écoliers les plus grands services; Il leur mettra dans la tète un résumé clair de l'histoire du monde. Les noms des grands peuples de l'antiquité éveilleront dans leurs esprits quelques idées nettes. Ils suivront, depuis l'obscure période du moyen âge jusqu'ànos jours la formation et le développement des nations modernes. Ils sauront enfin, sur l'état du monde â notre époque, sur les grandes questions engagées, sur les œuvres de guerre et sur les œuvres de paix, ce que doit savoir et comprendre un jeune Français, qui sera soit un ouvrier, soit un industriel, soit un commerçant, et, à coup sûr, un citoyen et un soldat.
L'enseignement à l'École normale. — Mais n'est-ce point une chimère que d'enseigner à des enfants tant de choses et si difficiles? Non, si l'on a de bons maîtres : tout dépend de l'École normale. Il est inutile de donner ici un programme : ce serait répéter ce qui vient d'être dit. On enseignera donc à l'École normale selon les principes et la méthode qui ont été exposés. Mais le devoir du professeur d'histoire est, par-dessus tout, d'apprendre aux élèves-maîtres la façon d'enseigner. Après une série de leçons où il aura traité un sujet, il leur fera chercher les diverses manières de rapproprier à un auditoire d'enfants. Il leur fera faire une sorte de traduction, ou, si l'on veut, de transposition de l'histoire en langue enfantine. Nul exercice pédagogique ne sera plus utile, surtout si l'on passe tout de suite à l'application, et si un élève-maître va,
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de temps à autre, faire une leçon sur le même sujet à chacun des trois degrés de l'enseignement historique, devant les élèves de récolc annexe. C'est seulement après avoir ainsi tâté l'intelligence des enfants et après avoir discuté sa méthode avec ses camarades sous la direction du professeur, que l'instituteur apprendra à graduer son enseignement et à le rendre intelligible.
Le professeur d'histoire ne laissera pas les élèves quitter l'École normale sans résumer en quelques leçons les conseils pédagogiques qu'il leur aura donnés au cours des études.
Surtout il leur dira qu'à l'enseignement historique incombe le devoir de faire aimer et de faire comprendre la patrie.
Le patriotisme a besoin d'être cultivé, nous entendons le vrai patriotisme, trop rare, hélas! dans notre pays. Nous avons connu jadis un faux patriotisme, celui de Français fiers de la naturelle beauté de cette France, que la nature a parée de tous ses dons, au premier rang desquels est l'intelligence. Pour l'étranger, qu'ils ignoraient, ils n'avaient que du mépris. C'était une vanité frivole et, nous l'avons bien vu, très fragile. Elle s'est effondrée dans nos désastres : chez plusieurs elle a été remplacée par le mépris de soi-même, l'admiration de l'étranger vainqueur, la résignation aux hontes subies, la renonciation même à toute idée de dignité nationale. Ne regrettons pas ce sentiment misérable, qui nous a fait tant de mal, et qui a laissé, en s'évanouissant, ce résidu impur.
Le vrai patriotisme est à la fois un sentiment et la notion d*un devoir. Or, tous les sentiments sont susceptibles d'une culture, et toute notion, d'un enseignement. L'histoire doit cultiver le sentiment et préciser la
notion. C'est pourquoi le maître rejettera les conseils de ceux qui prétendent réduire l'enseignement historique à rétude du dernier siècle et de l'âge contemporain. Il y a dans le passé le plus lointain une poésie qu'il faut verser dans les jeunes âmes pour y fortifier le sentiment patriotique. Puisque nos poètes, même quand ils sont démocrates, n'écrivent point pour le peuple ; puisque la religion ne sait plus avoir prise sur les âmes; puisque le peuple court risque de n'être plus occupé que de la matière et passionné que pour des intérêts, cherchons dans Fâme des enfants l'étincelle divine; animons-la de notre souffle et qu'elle échauffe ces âmes réservées à de grands devoirs.
hes devoirs, il sera d'autant plus aisé de les faire comprendre, que l'imagination des élèves charmés par des peintures et par des récits rendra leur raison enfantine plus attentive et plus docile. Tout renseignement du devoir patriotique se réduit à ceci : expliquer que les hommes qui, depuis des siècles, vivent sur la terre de France, ont fait, par l'action et par la pensée, une certaine œuvre, à laquelle chaque génération a travaillé; qu'un lien nous rattache à ceux qui ont vécu, à ceux qui vivront sur cette terre ; que nos ancêtres, c'est nous dans le passé; que nos descendants, ce sera nous dans l'avenir. Il y a donc une œuvre française, continue et collective : chaque génération y a sa part, et, dans cette génération, tout individu a la sienne.
Enseignement moral et patriotique : là doit aboutir l'enseignement de l'histoire à l'école primaire. S'il ne laisse dans la mémoire que des noms, c'est-à-dire des mots, et des dates, c'est-à-dire des chiffres, autant vaut donner plus de temps à la grammaire et à l'arithmétique, et ne pas dire un mot d'histoire. Rom-
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pons avec les habitudes acquises et transmises ; n'enseignons point l'histoire avec le calme qui sied à l'enseignement de la règle des participes. Il s'agit ici de la chair de notre chair et du sang de notre sang. Pour tout dire, si l'écolier n'emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales ; s'il ne sait pas que ses ancêtres ont combattu sur mille champs de bataille pour de nobles causes ; s'il n'a point appris ce qu'il a coûté de sang et d'efforts pour faire l'unité de notre patrie, et dégager ensuite du chaos de nos institutions vieillies les lois qui nous ont faits libres; s'il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil, l'instituteur aura perdu son temps. Voilà ce qu'il faut que dise aux élèves-mattres le professeur d'histoire à l'École normale comme conclusion de son enseignement.
DNIYERSITÉS ALLEMANDES
ET
Les Allemands, par le père Didon. Paris, 1884. — Les Universités allemandeSf par le docteur Blanchard. Paris, 1884.
Il a fallu qu'un dominicain allât se faire étudiant au pays de la Réforme et en rapportât un livre où il donne, avec la description des Universités allemandes, une théorie superbe de l'enseignement supérieur, pour que le public français parût prendre intérêt à un sujet qui l'ajusqu'ici laissé indifférent; car ces Universités ne sont connues que dans un cercle d'initiés, et l'opinion publique ne sait pas que, l'enseignement supérieur ayant un devoir national à remplir, il existe envers lui un devoir national. Le livre du père Didon, répandu par vingt éditions, l'a remuée un moment : il fait estimer à son prix cet instrument de culture générale et de culture nationale qu'on appelé une Université; mais .plus grand a été le succès du livre, plus impérieuse est l'obligation de le critiquer avec exactitude. Peu importe qu'en vrai Français qu'il est, le père Didon soit parti pour l'Allemagne sans s'éclairer, et qu'ignorant