Lettre de Ravenne, 12 octobre
manuscrit de la famille de son fameux manuscrit de Madrid > ^ Il travaille à la constitution du texte de la Vie éTAgésilas, étudie un manuscrit portant de l'écriture tachygraphique dans les marges, et la stichométrie de toute une série de saint Basile. A Rome il travaille surtout aux bibliothèques Vaticane et Barberini. A la Vaticane, lui et son élève et ami, M. Martin, arrivaient toujours les deux premiers pour avoir les bonnes places; la Vaticane fermant à midi, il courait à la Barberini, où il restait jusqu'à deux heures. C'est l'éditeur de Plutarque surtout qui fut satisfait de ce travail : c La question touche à sa fin, » écrivait-il le 16 novembre, et le 24 : € Plutarque est fini, sauf des vérifications à faire à Florence et à Milan en retournant. » Le séjour de Rome touchait à sa fin. Graux était attendu en France, où la Faculté des lettres avait recommencé ses travaux de l'année scolaire 1881-1882. Déjà, il lui avait fallu demander à M. Wallon, doyen de la Faculté, une prolongation de quelques jours, qui allait expirer; mais un des bibliothécaires ' du Vatican, M. Stevenson, à la veille de mettre sous presse le catalogue des manuscrits grecs du fonds palatin, lui demanda, d'accord avec Son Éminence le cardinal Pitra, bibliothécaire en chef, de donner son avis sur la date qui doit être attribuée à chacun des 435 manuscrits dont se compose le fonds. Graux n'eut garde de refuser ce service à rendre et ce moyen de s'instruire. Il m'écrivit alors que c'était une occasion unique d'être, pendant huit ou dix jours, seigneur et maître d'une admirable collection, de comparer les écritures, les mains qui ont ajouté telle ou telle note, les reliures, « choses difficiles à faire, quand on ne peut tenir que quelques ma-
l. Lettres de Florence, 21, 24, 31 octobre.
nuscrits à la fois ». Il ajoutait qu'à son avis la Faculté ne pouvait qu'être flattée de voir un de ses membres appelé à dater les manuscrits de Rome. Ce fut aussi •l'avis de M. Himly, qui venait d'être nommé doyen de la Faculté, et qui accorda l'autorisation demandée. Graux resta donc à Rome pour faire ce travail jusqu'au 18 décembre. Le 23, il rentrait à Paris *.
Tout en mettant en ordre ses notes de voyage, Graux préparait ses conférences de l'École des Hautes études et de la Faculté. Dans une conversation qu'il avait eue avec M. Dumont, directeur de l'enseignement supérieur, lors de sa nomination, au mois de mai 1881, M. Dumont lui avait dit que « l'on comptait sur lui pour prendre une grande part au progrès de l'enseignement supérieur » . Graux avait répété le mot dans une lettre à ses parents ^, témoignant, comme toujours, de l'étonnement de l'honneur qu'on lui faisait. Pourtant, lorsqu'on repasse l'histoire de son travail et de sa formation intellectuelle, on voit bien que M. Dumont avait dit l'exacte vérité.
1. En Italie, comme en Espagne, en Hollande, en Danemark, en Suède, comme partout, il fut admirablement accueilli et se fit des amis. Ses lettres sont pleines d'expressions de sa recon- . naissance pour M™« Perruzzi, qui lui donna à Florence une charmante hospitalité. C'est chez eUe qu'il fêta, -le 4 novembre, la saint Charles. Quatre Charles étaient présents ; un invité improvisa en leur honneur un sonnet, dont trois jolis vers étaient consacrés à Charles Graux :
Quei cava un raggio délia greca aurora, Corne il colon dal guscio trac piselli, Da carte che rischiâr d' ire in nialora.
A Rome, il reçut aussi un gracieux accueil de M™« la comtesse Lovatelli. Il fut très honoré des prévenances qu'eurent pour lui M. Geffroy, directeur de l'École de Rome, et M. de Rossi, qui voulut bien le conduire au cimetière de Callixte et lui donner ainsi une fête archéologique dont il fut tout fier, comme il dit, d'être « le héros ».