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LES INTERETS DE L'EGLISE

Messeigneurs-, Messieurs,

Le compte rendu que vous venez d'enten dre et d'applaudir ^ vous a montré une part de l'activité scientifique de notre Institut : vous aurez estimé, à cet exemple, ce que nos programmes ont de souplesse et

1. Discours de rentrée prononcé à l'Institut catholique de Toulouse le 14 novembre 1900.

2. NN. SS. les archevêques d'Auch, d'Albi et de Toulouse ; les évêques d'Aire, de Bayonne, de Cahors^ de Montauban, de Pamiers, de Rodez et de Tarbes.

3. Rapport de M. le chanoine Senderens, intitulé «De l'enseignement des sciences dans les Facultés de théologie », et publié dans le Bulletin de Toulouse de décembre 1900 (p. 334- 340).

de compréhension, et aussi ce que notre enseignement présente d'intérêt pratique en même temps que de portée religieuse.

Nous remercions M. le chanoine Senderens d'en avoir fourni une démonstration aussi expérimentale.

Pareille démonstration pourrait vous être présentée par chacun de nos maîtres : exégèse, dogmatique, histoire, philosophie, droit... viendraient témoigner de cette même orientation de toutes nos études. Il me sera donc permis de généraliser. Dussé-je redire ce que Ton vient de vous dire, et m'exposer à le dire avec moins de bonne grâce, j'essaierai de vous distraire des actes journaliers de notre vie, pour fixer votre regard sur le rapport qu'elle a avec les intérêts les plus élevés de la société et de l'Église.

Messieurs, votre expérience vous a conduits à cette certitude que le prêtre tient

de sa mission et de sa conscience de prêtre de rares qualités d'éducateur. Retirer rhomme de sa bassesse naturelle, lui inspirer rhorreur du péché, et, avec l'amour de Dieu, Tamour du progrès intérieur et le sens du salut; avoir pour règle la divine loi qu'est l'Evangile et le divin exemple qu'est le Sauveur; être engagé soi-même à vivre cette règle et cet exemple : c'est le programme de l'apostolat sacerdotal, et c'est du même coup le programme de l'éducation ecclésiastique.

Mais l'éducation, si elle veut être vraie, doit être aussi une préparation à la vie contemporaine, à cette vie que nous ne concevons plus que comme une concurrence, et vous tous, Messieurs, qui confiez vos fils à l'enseignement secondaire ecclésiastique, vous ne vous pardonneriez pas d'avoir négligé de leur donner tous les avantages que votre prévoyance peut leur assurer, en vue de cette concurrence qui les attend. Vous ne souhaitez pas seulement que vos fils soient préservés dans leur cœur et formés

dans leur caractère : vous souhaitez qu'ils soient des esprits éveillés, rectifiés, informés, désireux d'apprendre indéfiniment, capables de tirer parti de leur culture pour la conduite et le succès de leur vie. Si romanesque que soit la légende des sept enfants d'Ephèse, qui, emmurés au temps de la persécution de Dèce, se réveillèrent enfants encore aux temps pacifiés de Théodose, qui de vous n'appréhenderait le réveil d'un jeune homme dont l'éducation aurait été une vie irréelle et comme de songe ?

Or, ce que vous demandez pour vos fils.

Messieurs, le clergé le demande pour ces enfants choisis, destinés par Dieu même à devenir des prêtres. Nous trahirions ce choix divin si, par une pédagogie timide et arriérée, ces enfants étaient voués à une infériorité irréparable. « C'est à une haute valeur personnelle que doit tendre sans se lasser tout homme qui est associé, en France, à la mission du sacerdoce chrétien : à ce défaut, le clergé ne saurait tarder de tomber à l'état de puissance morte. » Ainsi s'exprimait na-

guère un de nos évêques de France dans une vaillante instruction pastorale sur les Traits dominants de la vocation cléricale.

Et voici comment un autre évêque, celuici d'Amérique, M*"' Spalding, s'exprimait dans un sermon prononcé à Rome cette année même sur L'éducation et Vavenir religieux : « Nous devons encourager nos hommes de valeur, prêtres et laïques, à se servir utilement des talents que Dieu leur a confiés ; et, pour les aider à remplir ce devoir important entre tous, nous ne devons rien négliger de ce qui nous permettra de leur procurer des écoles de tout premier ordre. Si nous nous isolons, si nous nous mettons en dehors de la vie intellectuelle et morale la plus élevée du monde qui nous entoure, nous tomberons fatalement dans une infériorité, où il nous deviendra impossible de nous faire écouter et comprendre. »

Sentez-vous, Messieurs, combien ces évêques français ou anglo-saxons, avec un

même angoissant souci, redoutent de voir

la société catholique s'attarder et décliner

par le fait de l'éducation insuffisante de ses jeunes générations et de son jeune clergé ?

Et si pareil souci est légitime, que faisonsnous en France pour conjurer le péril que nous pressentons?

Ah! je sais bien que nous avons fondé en France beaucoup d'écoles d'enseignement secondaire ; peut-être même en avonsnous souvent fondé plus que le besoin n'en demandait et que la prudence ne le conseillait. Et, si c'est un succès, nous avons un effectif d'élèves supérieur à celui de l'enseignement public ^ Mais la véritable question est de savoir si nos maisons sont, dans l'ensemble, des ce écoles de tout premier ordre ».

Nous sommes pressés, moins peut-être par les menaces faites à notre liberté, que

1. C'était exact encore en 1901, mais depuis 1901 et la dispersion des Congrégations religieuses, les choses ont changé au désavantage des catholiques. Nous aurons du moins 4éfendu l'enseignement secondaire libre pied à pied. Voyez dans les procès-verbaux de la commission d'enquête parlementaire présidée par M. Ribot, les déclarations des recteurs des Facultés catholiques d'Angers, de Lille, de Paris et dé Toulouse.

par les progrès incessants de Toutillage, des méthodes et du personnel de renseignement public. Pour ne parler que du personnel, l'enseignement public, en 1898, comptait 6.036 fonctionnaires, dont 1.759 agrégés, et 1.620 licenciés, tandis que l'enseignement ecclésiastique, sur 5.438 sujets, n'avait que 15 agrégés et 753 licenciés. Soit 72 grades sur cent sujets dans l'enseignement public, 14 sur cent dans l'enseignement libre. Cette constatation vous froisse, formés que vous êtes par les exercices d'une haute vie religieuse et morale à tenir l'instruction pour autre chose que le tout de la pédagogie. Mais vous ne pouvez pas ne pas convenir du déficit qui vous est si brutalement signalé par la statistique, et dont, au reste, il n'est personne ici qui n'ait le ^ sentiment confus autant que pénible. N'insistons pas sur de pareils retours sur nousmêmes, toujours périlleux à faire en public.

Du moins, Messieurs, prenons confiance en pensant qu'une œuvre existe , l'enseignement supérieur libre, pour combler ce déficit et

pour mettre, dans nos petits séminaires, l'instruction à la hauteur de la concurrence qu'elle doit soutenir. Cette année 1900, notre Institut catholique a donné aux petits séminaires de la région, 12 licenciés ès-lettres et 3 licenciés ès-sciences. Deux de nos anciens licenciés vont affronter, en 1901, le difficile concours de l'agrégation. Cet effort est peu de chose, sans doute, et il conviendrait de le décupler. Notre Institut fournirait chaque année aux diocèses du Su(J-Ouest vingt licenciés ès-lettres et cinq licenciés , ès-sciences — pour ne rien dire de l'histoire et des langues vivantes — que nous aurions à travailler vingt ans sans chômer avant d'avoir produit le modeste exhaussement qui, pour les grades universitaires, mettrait nos quarante-neuf écoles ecclésiastiques au niveau désirable.

Voilà du moins, Messieurs, à quoi nous servons.

Je viens d'essayer, Messieurs, de vous

montrer notre œuvre ea fonction des devoirs que nous impose Féducation de vos fils et la formation de nos prêtres. Mais cette fonction n'est pas unique.

Nos aînés de 1830 crurent qu'entre la tradition française et le mouvement issu de la Révolution, il n'existait qu'un malentendu politique, et c'est, croyons-nous, le même sentiment qui anime parmi nous tant d'esprits disposés à espérer du libéralisme politique la fin de tous les conflits intimes dont souffre notre pays. Mais si la liberté et la justice étaient, ainsi qu'on nous l'assure, les seuls principes en cause, les catholiques n'auraient aucune hésitation, et la France verrait tout ses enfants unis dans cette foi sociale, au lieu de les voir divisés — dirons-nous en deux partis? — non, mais en deux sociétés, d'autant plus réfractaires et inintelligibles l'une à l'autre que leur opposition est une opposition d'idées.

Car, Messieurs, telle est bien la nature du conflit qui divise la société de tradition de la société a: laïque ».

On nous parle de renaissance de l'idéa-

lisme. Mais où se produit cette renaissance, je VOUS prie, sinon parmi les esprits en marche vers le catholicisme et déjà entrés dans sa zone d'influence ? Au delà s'étend une zone où s'affirme la répudiation de toute foi. On nous signifie que toute religion historique est une pensée rudimentaire vivant d'images grossières, qui ont été décorées du nom de symboles, et que tout symbole est proprement le « mensonge matérialiste ». On nous accorde que, dans l'histoire, les religions marquent la date d'un progrès spirituel ; on veut bien, à ce titre, leur donner la sympathie de l'intelligence et du cœur; mais elles ne sauraient plus être qu'un passé défunt et une tradition éteinte ; à l'heure actuelle , la religion a achevé son œuvre, son objet n'est plus rien que d'irreprésentable et d'invérifiable; et si une église se rencontre qui prétende, comme ils disent, « entraver le cours de la réflexion morale », la tolérance du philosophe deviendra, par devoir, « l'intolérance de l'intolérance * » .

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