Notre Bulletin a eu occasion de s'exprimera fond sur
D'un autre côté, Messieurs, en des milieux proprement ecclésiastiques, s'est formé un autre courant, celui-ci de critique religieuse. 11 est sûr que l'investigation historique appliquée à l'étude de la Bible et des Pères, et conduite avec une respectueuse et intégrale objectivité, est de nature à manifester, plus clairement qu'il n'avait paru jadis, combien l'Inspiration et la Tradition sont conditionnées dans leur fixation et leur développement par des circonstances contingentes et des solidarités tout humaines, circonstances et solidarités qui ne sauraient pourtant engager le fond même de la religion ^ .
Pour nous, l'autorité de l'Écriture sainte et l'autorité de l'Église sont de l'essence de notre religion. Pour les théologiens protestants, au contraire, cette essence de la reli-
les doctrines de l'école immanentiste dans une discussion directe avec MM. Blondel et Laberthonnière, 1905, p. 61-84 et p. 128-138, à propos de la valeur historique du dogme. Les réponses an Bulletin sont de notre collègue M. Portalié. Voir aussi l'article « Apologétique » de notre collègue M. Maisonneuve dans le Dictionnaire de théologie de Vacant-Mangenot.
i. Voyez Bulletin, 1906, p. 180-193, l'article du P. Durand sur le De inspiratione du P. Pesch.
gion consiste uniquement dans la foi ; ce qui est véritablement la foi n'est pas de l'ordre intellectuel, et par conséquent est indépendant des faits et ne se reconnaît pas dans les dogmes; la religion ainsi conçue ne s'adresse qu'au cœur, elle n'est plus une vérité, mais une vie, et on vient à elle non point par une recherche de l'esprit, mais par l'expérience subjective- Ainsi se concilie pour le protestantisme ce qu'il nomme l'antinomie de la vie chrétienne et de la théologie scientifique, par une abdication du caractère intellectuel de la foi. Or, Messieurs, c'est l'étonnement de ces derniers mois, que pareille abdication ait été proposée par des écrivains ecclésiastiques dans des revues ecclésiastiques, inaugurant parmi nous une attitude non pas expectative, mais agnostique * .
1. Notre Bulletin ici encore a eu occasion de s'exprimer à fond sur les doctrines du R. P. Tyrrel. Voyez E. Franon, « Un nouveau manifeste catholique d'agnosticisme », 1903, p. 157-166; et « Un scolastique anti-intellectualiste », 1905, p. 165-173. — Nous sommes intervenus encore, à propos de la question « Qu'est-ce qu'un dogme »^ posée avec éclat par M. Le Roy. Voyez l'article du P. de Grandmaison, Bulletin^ 1905, p. 187-221. — Voyez encore l'étude de M. Maisonneuve,
Est-ce trop dire que de constater une certaine confusion dans la pensée des catholiques à rheure présente ?
N'avons-nous à opter qu'entre un fidéisme renouvelé de Bautain et un fidéisme emprunté à Sabatier? N 'existera- t-il pas une apologétique au ton de 1-a science contemporaine et une dogmatique positive dont elle soit le terme? Nous serions déchus du nom de catholiques, si nous ne le pensions pas.
Mais ce que nous pensons aussi, c'est que le catholicisme est assez jeune encore pour n'avoir pas atteint la perfection en apologétique, et pour avoir du progrès dans son avenir. Approfondissons donc l'admirable programme apologétique que nous trace la constitution Dei Filiusy et dans la direction que ce programme nous indique.
Où trouver cependant les meilleurs ouvriers de cette tâche ?
Sera-ce, Messieurs, parmi les publicistes véhéments qui défendent avec la même im-
« Newman et Sabatier», Bulletin,1^0\,i^, 209-224, à propos d'un article de M. Wilfrid Ward.
pétuosité Diana Vaughan et Torthodoxie ?
Sera-ce parmi les esprits que M^*" Mignot, dans une de ses magistrales instructions sur les Études ecclésiastiques^ nous dépeignait figés dans une redoutable immobilité, résolus à demeurer assis pendant que le monde marche ? Sera-ce parmi les indiscrets qui importunent l'autorité souveraine de leurs questions et de leurs émotions, et qui semblent avoir choisi pour oraison jaculatoire la fâcheuse prière de Jacques et de Jean : « Seigneur, voulez-vous que nous commandions que le feu descende du ciel et consume ces Samaritains? »
Ou bien. Messieurs, ne sera-ce pas plutôt la fonction de vos Facultés de théologie, de vous donner la doctrine quotidienne que vous cherchez? N'est-ce pas l'office le plus naturel de l'enseignement que nous ont confié le Saint-Siège et l'épiscopat? Réunis ici en une petite corporation où dominicains, jésuites, sulpiciens, séculiers, constituent une communauté tout intellectuelle : où la division du travail favorise la spécialité de
chacun, et où ^affectueux rapprochement des travailleurs procure la coopération des idées, et, par la correction ou la suggestion mutuelle, forme une pensée commune; nous avons le désir, sinon déjà la conscience, d'être, dans le clergé, une compétence s'étendant dans toutes les directions de la science ecclésiastique. Or, Messieurs, n'est-ce pas justement cette compétence synthétique qui devient plus rare à notre époque si passionnément vouée à l'observation fragmentaire?
N'est-ce pas notamment le manque de comparaison qui arrête des esprits, d'ailleurs pénétrants et méthodiques, à mi-chemin de la vérité ?
Ici encore. Messieurs, personne ne sera plus que nous convaincu de la modestie.de nos efforts rapprochée de la grandeur de notre fonction. Nous n'ambitionnons en cela ni monopole, ni magistrature, mais nous faisons acte de bonne volonté, et nous appelons à nous toute bonne volonté. De grand cœur nous demandons à Dieu de susciter, où que ce soit, des érudits et des penseurs qui concourent,
par des efforts droits et selon la science, à l'œuvre du progrès de la vérité chrétienne.
Comme, vous tous, à chaque jour que Dieu nous donne, nous redisons dans un sens nouveau le mot de TApôtre : « Où est le sage, où est l'écrivain qui doit conquérir le siècle qui s'ouvre? Ubi sapiens, ubi scriba^ ubi conquisitor huius saeculi? »
L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR