‹ Questions d'enseignement supérieur ecclésiastiqueChapitre 32 sur 41 · DU MOUVEMENT PRÉSENT · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT PRÉSENT

Marc-Antoine- François Duilhé de Saint- Projet ' était né à Toulouse le 15 juillet 1822. Elève brillant de la Succursale du Petit Séminaire à Toulouse, puis du Grand Séminaire où il entra en 1841, ordonné prêtre en septembre 1846, il fut aussitôt nommé professeur au Petit Séminaire de FEsquile. On le chargea de la classe de rhétorique de 1846 à 1854, puis de la classe de philosophie de 1854 à

1. Cette notice a été imprimée en 1899, en tête de VApologie scientifique du regretté prélat.

1858. Sur la fin de 1858, il se fit recevoir docteur en théologie en Sorbonne.

Dès cette époque, l'enseignement supérieur de la théologie l'attirait. Autour de lui, il trouvait de hauts et précieux encouragements. Il y avait eu à Toulouse, de 1810 à 1830, une Faculté de théologie catholique incorporée au groupe des Facultés d'Etat, comme était celle de la Sorbonne, et comme en possédaient également Bordeaux, Rouen, Aix.

A Toulouse, ce elle était formée de prêtres diocésains très respectables, dont j'ai connu quelques-uns, nous écrivait naguère M*^"" Goux, évêque de Versailles. En 1830, on leur demanda le serment comme à tous les fonctionnaires. Un seul à Toulouse consentit à le prêter, M. l'abbé Jammes, chanoine titulaire et mainteneur des Jeux Floraux. 11 resta seul en fonctions, les autres furent regardés comme démissionnaires. M. Jammes ne faisait qu'un simulacre de cours, en présence de quelques élèves demandés au Petit Séminaire de l'Esquile une fois l'an au passage de l'inspecteur. Gela dura toute la vie

de M. Jammes, qui fut longue. A sa mort, la Faculté continua d'exister, mais en puissance. Il en était ainsi lorsque vers 1854, dans la période favorable à l'Église, TEmpire chercha à s'entendre avec le Saint-Siège pour donner à ces Facultés l'institution canonique. De son côté, M^*" Mioland, alors archevêque de Toulouse, aurait voulu qu'on nommât des titulaires à sa Faculté qui n'en avait plus, et c'est alors que le nom de M. Duilhé fut prononcé, un peu aussi comme le mien, pour ranimer cette institution ». Le projet aurait abouti, nous assure-t-on, sans une lettre de M*^ Pie qui effraya l'archevêque de Toulouse, « ce qui n'était pas difficile » (ajoute M«^ Goux), et M. Duilhé dé Saint-Projet n'eut pas la chaire qu'il aurait si bien remplie.

En 1861, M. Duilhé de Saint-Projet publiait, en la développant, sa thèse de doctorat : Des études religieuses en France depuis le dix-septième siècle jusqu'à nos Jours.

Quelque trente années plus tard il s'exprimera sur ce livre comme sur une a œuvre de jeunesse » ; une œuvre portant « des traces

d'un cartésianisme excessif » , et se « ressentant de l'éducation générale du clergé à cette époque ». Sans doute, mais en même temps il faut lui faire honneur d'avoir, dans ce livre, fruit de longues lectures et de réflexions très personnelles, mis dans son vrai jour l'opposition des deux tendances qui partagent les études théologiques en deux courants si distincts que l'on tremble parfois de voir leur distinction dégénérer en conflit. M. Duilhé de Saint-Projet parlait de la Scolastique d'un peu loin peut-être, n'en ayant jamais fait une étude spéciale, croyons-nous , et n'étant guère porté vers elle par l'allure naturelle de son esprit; il en parlait comme le bon Fleury et avec les préjugés littéraires du « grand siècle ». Mais il se rendait un compte exact du déficit de la Scolastique dans l'examen des données positives dont sont faites l'Ecriture et la Tradition ; il se rendait compte, mieux encore, que la Scolastique ayant, pour cette raison et pour d'autres, peu de crédit devant la pensée contemporaine, il importait de ne pas compter sur elle seule pour défendre la foi.

(( Pour que la théologie ne soit pas isolée, dédaignée parmi nous, comme le furent ses représentants du dix- huitième siècle, malgré leur doctrine incontestable ; pour que l'apologie catholique soit féconde en résultats et redoutée de l'incrédulité contemporaine, il faut résolument accepter un surcroît de labeurs ; il faut, dans la haute éducation ecclésiastique, donner une large place à la critique historique, à l'exégèse telle que notre siècle l'a faite, avec toutes les études qui la constituent, dût-on faire de l'Ecole des Chartes une section de l'école théologique'. »

De telles pensées peuvent aujourd'hui encore sembler neuves, bien qu'on en ait pu lire de semblables dans l'encyclique Providentissimus, et qu'à tout prendre on en puisse trouver dans le De locis theologicis de Melchior Cano. Mais combien étaient-elles hardies en 186i! Et M. Duilhé de Saint-Projet voyait plus loin encore : il se préoccupait des moyens de former pour l'Eglise les hommes de science

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