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ÉCOLE PRATIQUE ET ÉCOLE NORMALE

école des Hautes Études de la Sorbonne, d'y avoir été l'auditeur de maîtres excellents, d'avoir appris auprès d'eux ce qu'est une étude qui ne mène à aucun grade, mais qui vous introduit dans le laboratoire même d'un savant, vous initie à sa méthode, à le voir travailler sous vos yeux, et vous fait aimer la science en la cherchant de compagnie. Et pourrais-je oublier le temps où, à Rome même, j'ai trouvé pareille initiation auprès du meilleur des maîtres, M. de Rossi ?

Je rêverais pour notre Institut d'être un semblable .laboratoire, si cette année même, la première qu'il nous ait été donné de passer ensemble, votre activité ne m'avait inspiré le sentiment qu'un pareil rêve est plus qu'à moitié une réalité.

M. le chanoine Senderens poursuivait ses expériences sur la méthode d'hydrogénation, en collaboration avec M. Sabatier, le distingué professeur de chimie de l'Université de Toulouse, méthode qui, dans l'histoire de la chimie organique, porte désormais le nom des deux savants, et que nous aimons à saluer

au passage, nous qui ne sommes pas chimistes, comme Tindice des relations que l'esprit scientifique sait établir à Toulouse entre son Université et son Institut * .

Le R. P. Condamin prenait en main l'enseignement de rhébreu et du syriaque et préparait la création du cours d'arabe que nous inaugurerons dans quelques semaines.

En ce moment, Messieurs, où les orientalistes de France se préoccupent de susciter des vocations philologiques pour ces études où la France tint longtemps le premier rang^, et où il ne sera pas trop de tous ijos efforts pour le reconquérir sur les Allemands et sur les Américains, le jeune et savant religieux ménageait à Toulouse l'honneur d'une ini-

1. Voyez la description de la méthode d'hydrogénation de MM. Sabatier et Senderens, dans A. Gautier, Cours de chimie organique (Paris 1906), p. 557-559. Voyez aussi le mémoire de MM. Sabatier et Senderens, dans Annales de chimie et de physique, mars-avril 1905.

2. Voyez M. Bréal, « Un vœu de l'Académie des Inscriptions », Journal des Débats, du 7 janvier 1898. Il s'agissait du vœu émis par M. JuUian de voir les Universités de province s'ouvrir aux études orientales. On verra dans un Instant que ce vœu n'a pas abouti.

tiative qu'aucune Université officielle de province n'a pu encore réaliser * .

M. Couture, à ma prière, voulait bien ajouter à sa "tâche littéraire ce cours d'histoire de la théologie depuis le Concile de Trente, dont vous avez su apprécier ce qu'il y apportait d'information, d'ouverture et de sagesse. Pourquoi, cher et vénéré maître, vous refusez-vous à l'écrire et à le publier? Il a suffi d'imprimer votre leçon inaugurale dans notre Bulletin pour que cette leçon fût presque un événement et conciliât à l'histoire du dogme le plus sévère des scolastiques, tant vous aviez mis dans cette introduction de justesse délicate et forte ^. Messieurs, vous aurez

1. M. Ferdinand Lot, De la situation faite à l'enseignement supérieur en France (Paris 1906), p. 49, énumère dans les tfniversités d'Allemagne 43 chaires de langues sémitiques (hébreu, syriaque, arabe, éthiopien, assyrien). Et il ajoute : « En France, le total est facile à faire : en dehors de Paris il n'y a absolument rien. » Ce néant est propre à l'enseignement officiel. L'enseignement libre a mieux servi la science française sur cet article. Car nous avons eu constamment à Toulouse, par exemple, un cours d'hébreu, un cours de syriaque, un cours d'arabe.

2. L. Couture, « De l'histoire de la théologie », Bulletin delitt. eccL, 1899, p. 61-59.

noté que ce cours d'histoire de la théologie était une initiative qu'aucune autre Faculté catholique de France n'avait prise encore.

Ouvrons, Messieurs, ouvrons ce laboratoire que doit être notre Institut à des recherches plus nombreuses encore. Si des vocations scientifiques surgissent et s'affirment auprès de nous, dans le clergé de nos diocèses, il faut qu'elles sachent que notre Institut existe pour lès encourager; qu'au besoin nos évéques nous béniront d'exercer envers elles le devoir d'asile. La science, enviant à la charité ses beaux vocables, veut ici pratiquer l'hospitalité du travail.

Si, convaincus que la science profane se suffit à elle-même, nous nous renfermons de préférence dans la science religieuse, ce ne sera jamais « pour y maudire ou bien pour y combattre le progrès, mais pour le réaliser mieux dans la sphère qui nous est spécialement dévolue^ ». La théologie, nous

1. Mb' Darboy, Œuvres pastorales y t. I, p. 271, discours prononcé dans l'église de la Sorbonne pour l'ouverture des cours de la Faculté de théologie, 7 décembre 1863.

aimons à le dire, et, plus exactement, à le redire après les théologiens les plus sûrs, n'est pas une synthèse fermée à tout progrès à venir des sciences théologiques et du dogme lui-même.

Il nous appartient, — sans rien négliger de ce qu'elle a de classique et d'acquis, et qui est le trésor de l'École, — de faire effort pour l'enrichir à notre tour et la développer dans le sens des études de psychologie, d'histoire, d'exégèse.

11 nous appartient de montrer que ces études, dont plusieurs sont d'avènement récent et que nos adversaires se plaisent à présenter comme les causes de ce qu'ils appellent la crise de la théologie, sont des contributions que nous recherchons pour le bénéfice de cette théologie même.

Et il nous appartient enfin, dans cette émulation passionnée qui entraîne l'élite des esprits à la conquête du pouvoir spirituel que donne le savoir et la pensée, de montrer que les catholiques de France entendent bien ne pas s'exiler dans une réserve qui serait une abdication.

Permettez- moi de le dire, j'ai foi, Messieurs les professeurs, que ces pensées nous sont communes, par la douce expérience que j'ai, depuis un an, de notre entente quotidienne, comme j'ai foi que cette conception de l'enseignement supérieur catholique est celle qui a le plus de promesses d'avenir.

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