‹ Questions d'enseignement supérieur ecclésiastiqueChapitre 8 sur 41 · Le nombre est allé en croissant chaque année : il est · texte numérisé non relu

Le nombre est allé en croissant chaque année : il est

préparent sous notre direction aux grades universitaires ou canoniques. Soixante, c'est peu, hélas ! sur 1.900 ou 2.000 étudiants que comptent nos seize grands séminaires, car c'est à peine 3 ^ de prêtres introduits dans l'enseignement supérieur.

Ils sont peu nombreux, mais ils sont très soigneusement choisis dans les grands séminaires parmi les premiers de chaque promotion. Chaque région du Midi apporte les qualités héréditaires de sa race. Le comté de Foix nous envoie des piocheurs tenaces.

La Bigorre a plus de souplesse et d'agilité.

Le Quercy se reconnaît à sa vivacité. Les Basques sont volontaires et méditatifs. Le Rouergue et la Lozère sont les pays par excellence de la constance et de la docilité. Les Gascons sont avisés, inventifs et beaux parleurs.

Ensemble, Messieurs, nos jeunes prêtres témoignent, par une éducation simple et

cette rentrée 1906 de 105 étudiants ecclésiastiques. Nous n'avons pas de laïques, sinon par rare exception, non que nous les écartions, mais en fait.

ferme, — et je n'ai à parler ici que de leur éducation mentale, — qu'ils ont passé par les mains de maîtres de beaucoup de prudence et de beaucoup d'autorité.

Ce qui nous reste à faire, Messieurs, le voici.

Il ne saurait échapper à personne que le caractère de cette première éducation mentale est d'être élémentaire et subordonnée.

Le petit séminaire prépare au grand, le grand séminaire prépare- au ministère paroissial, et cette préparation requiert des connaissances fondamentales comme en fournissent les manuels. Le complément de cette formation consistera donc à donner à l'étude une étendue qu'elle n'a pas encore connue et à l'étudiant un3 initiative qu'il n'a pas connue davantage.

Voulez-vous nous permettre, Messieurs, de vous soumettre une observation que nous estimons très juste d'uu homme qui connaît de près les concours officiels , particulièrement ceux qui ouvrent les portes du Conseil d'Etat, de la Cour des comptes ou du ministère des

Affaires étrangères? L'expérience de ces concours, nous dit-il, démontre que tous les candidats laborieux et intelligents se valent à peu près, s'il n'est question que des connaissances professionnelles. « Ce qui fait la différence entre eux, ce qui porte celui-ci au premier rang, empêche celui-là d'être admis, c'est, — indépendamment de l'inégalité des dons de nature, — l'abondance ou la rareté des points de vue originaux et des conceptions d'ensemble que le candidat a pu acquérir; et il les acquiert surtout par des études placées dans le voisinage, mais en dehors de la préparation professionnelle * . »

1. Ces lignes sont extraites du programme de l'École libre des sciences politiques. Elles sont, pensons-nous, de M. Boutmy. — Je ne puis passer sous silence l'importance que nous attachons aux langues vivantes, l'anglais et l'allemand. Elles sont requises des candidats à la licence ès-lettres. Nous les requérons des candidats aux grades théologiques.

On est étonné que l'État ne les requière pas des candidats à la licence ès-sciences. M. Lot, op. cit., p. 197, écrit : « Au cours de leurs études universitaires les étudiants oublient le peu d'allemand ou d'anglais qu'ils ont appris au collège. C'est fâcheux à tous les points de vue. Nos médecins, même les professeurs d'écoles de médecine, ne savent pas un mot

En d'autres termes, l'éducation intellectuelle ne saurait être unilinéaire.

Et si nous ambitionnons de former non seulement des esprits capables de ces qualités de concours, mais des esprits comme il nous en faut plus encore, des esprits profonds et sincères, des esprits qui ne se contentent ni de clartés confuses ni de nettetés purement verbales, des esprits de jugement et d'initiative, il conviendra que nous pratiquions, aussi bien dans le domaine des sciences exactes ou naturelles que dans celui des sciences philologiques, historiques ou spéculatives, cette méthode que, en Angleterre et en Amérique, dn appelle la méthode de redécouverte, rediscovery. Ce qui se pratique

d'allemand... A la Faculté des lettres, impossible d'entreprendre une recherche d'histoire ou de philologie avec ses élèves : il n'y en a pas un sur dix capable de se débrouiller dans un livre écrit en langue étrangère. De même à la Faculté des sciences. De même à la Faculté de droit avec les étudiants en doctorat : pas de séminaire possible pour les études économiques, où il faut être capable de lire l'abondante production des Allemands, des Américains, des Anglais, des Italiens aussi qui travaillent beaucoup depuis vingt ans. Tout travail original se trouve arrêté chez nous à cause de l'ignorance de nos étudiants. »

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dans les laboratoires de chimie ou de biologie sous le nom de manipulation et de recherche, cette reconstruction de la science que Ton demande aux étudiants de faire par eux-mêmes, est la méthode efficace en tout ordre d'enseignement supérieur scientifique. L'étudiant est formé ainsi à vérifier, ce qui est la plus haute, la plus féconde façon d'apprendre, de comprendre, et, à l'occasion, de découvrir.

Ces principes une fois posés, il nous reste à les appliquer.

Nos candidats à la licence ès-lettres souffrent de l'organisation présente de cet examen, qui les condamne à une rhétorique de vétérans, et les détourne des fortes études de grammaire, d'histoire, de philosophie, auxquelles nous aimerions les porter. Tant que le conseil supérieur de l'instruction publique n'aura pas réformé l'examen et ses programmes dans le sens d'une spécialisation très franche, analogue à celle qu'a produite dans les facultés de sciences la création des certificats d'études supérieures^ nos étudiants de

lettres pourront se plaindre que la licence n'est qu'un baccalauréat plus difficile * ,

Du moins, Messieurs, les professeurs qu'ils trouvent à l'Institut s'appliquent à corriger cette servitude scolaire par le soin qu'ils mettent à éveiller la curiosité, le goût, le jugement, l'originalité de leurs élèves; à leur montrer la différence profonde qui existe entre Térudition et la critique, entre la critique et l'invention; à les amener enfin à une littérature qui soit en même temps l'histoire, la politique, et même parfois la théologie.

Car la littérature ressemble à cette école dont on a dit qu'elle mène à tout à condition d'en sortir, et à condition, ajouterons-nous, de n'en pas perdre l'esprit, fait de sympathie et de mesure, d'hospitalité et de jtistesse, d'information infinie et de jugement per-^ sonnel. S'il vous avait été donné, Messieurs,

1. M; Lot, op. cit., p. 157, est bien plus sévère que nous. «Il est exorbitant, dit-il, que depuis 1889 un grade aussi bas, une espèce de bachot, ait pu valoir la dispense de deux ans de service militaire. » Ce langage est excessif. Mais il n'en reste pas moins que le programme est mal fait.

d'assister cette année aux leçons qui furent faites ici sur l'histoire des discussions théologiques concernant la grâce depuis le concile de Trente jusqu'à la fin de la Congrégation Deauxiliis, par notre cher doyen des lettres, M. l'abbé Couture, vous auriez constaté que, en mettant très haut et en faisant très compréhensive sa conception de l'homme de lettres, notre Institut n'est pas en peine pour en offrir à ses étudiants de bons modèles .

Nos candidats aux certificats scientifiques ont le bénéfice que je vous ai dit, de pouvoir se donner successivement aux mathématiques supérieures ou à la mécanique rationnelle, à la chimie ou à la physique. Ils se spécialisent ainsi à trois et quatre reprises. Initiés et suivis comme ils sont par les professeurs de notre Institut, si attentifs, si dévoués, ils n'en sont que mieux à même de tirer parti des cours de la Faculté des sciences, notre voisine . Ils y font bonne figure, si nous en jugeons par la renommée, et aussi par ce qu'ils y conquièrent de mentions bien et très bien. Et

comme la justice ne perd rien de son prix à être rendue par l'opinion, laissez-nous nous féliciter d'avoir si près de notre Institut, par une rare rencontre, un groupe de savants, dont plusieurs comptent parmi les plus marquants de France, et sont de ceux à qui l'Académie des sciences a décerné ses plus flatteuses distinctions.

Quant à nos étudiants, ils trouveront dans ce remarquable enseignement le sens des meilleures méthodes, et, nous voudrions l'espérer, la vocation des recherches originales. Un de leurs anciens, M. l'abbé Lacaze, déjà agrégé de mathématiques, devenu en juin dernier docteur ès-sciences mathématiques par une thèse soutenue devant la Faculté des sciences de Toulouse, est un exemple de succès que nous voudrions voir devenir contagieux \

De l'enseignement historique donné à nos jeunes théologiens , nous ne vous dirons presque rien, Messieurs, un d'entre nous

1. M. Tabbé Carrière, en 1905, a conquis le doctorat èssciences physiques. •

ayant eu Thiver dernier l'occasion d'en exposer les méthodes, les essais et les projets, devant les maîtres et les étudiants d'une université étrangère ^ .

Toutefois, parmi ces projets, il en est un qui, depuis six mois, a fait de trop sensibles progrès pour qu'il soit passé spus silence.

Reprendre, pour chacune de nos provinces ecclésiastiques méridionales, l'histoire de ses évéchés, au point où l'avait conduite l'érudition bénédictine du xviii® siècle, pour la mener au point où soit la critiqué des sources anciennes, soit le dépouillement des archives pontificales et provinciales, peuvent maintenant la faire avancer, entreprendre pour nos diocèses existants ou supprimés, ce que M. le chanoine Albanès a exécuté pour les évêchés de Provence, c'est mettre sur chantier une œuvre, dont vous devinez tout ensemble et l'intérêt et la difficulté. Nous aurions hésité peut-être longtemps, sans lès pressants encouragements de M. le chanoine Chevallier.

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