‹ Questions d'ensignement secondaireChapitre 2 sur 21 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La sanction des études secondaires

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Le but à atteindre, disent les philosophes, détermine les moyens à prendre. Nous avons fixé le but idéal de l'enseignement secondaire ; il nous faut parler maintenant de son but matérieL Ce but consiste dans une sanction en vertu de laquelle celui qui a fait des études secondaires complètes est reconnu posséder la culture générale et la maturité d'esprit que ces études bien faites doivent conférer. Cette reconnaissance étant indispensable dans la vie — même si elle n'équivaut pas à un brevet d'admission pour certaines écoles ou certaines carrières — son obtention est en soi un but parfaitement légitime.

€ Enseignement et examen, a dit Charles Bigot, sont deux termes corrélatifs. On n'imagine ni un examen qui ne soit pas précédé d'un enseignement ni un enseignement qui ne soit pas suivi d'un examen.

t L'enseignement sans doute est la chose essentielle, au point de vue de l'instruction, puisque lui seul donne les profits intellectuels, véritable but de l'étude ; mais au point de vue pratique, l'examen est la chose principale, puisque, d'après la loi, lui seul confère un titre. Supposez un homme qui possède le savoir sans le diplôme, sa science sera aux yeux de la société comme si elle n'était pas » (^j.

(l) Charles Bigot, ane. él. de rK«'ole nonnule, anc. |irof. de IVns. .second., Questions d'fn$eiynêment Mcondaire, 1880. p. 2<»H.

Le malheur est qu'ici comme presque toujours dans les choses délicates, on a dépassé les bornes. La jeunesse des écoles pense comme les philosophes mais elle ne voit que le but sensible, palpable. De plus en plus, elle est impatiente et soucieuse d'arriver vite au but c Elle est plus utilitaire qu'on ne le pense, dit encore le même auteur, elle ne donne pas volontiers son attention aux travaux désintéressés. Il y a longtemps déjà que M. Désiré Nisard, dans un discours de distribution de prix, faisait spirituellement le parallèle de ces deux professeurs, l'un le professeur du lycée, assis dans sa chaire, l'autre, le manuel du baccalauréat, caché dans le pupitre de l'écolier, et montrait le second plus obéi de la jeunesse que le premier. L'examen, qui devrait être en principe seulement la consécration des études, la constatation de la valeur de l'enseignement, en devient, par la force des choses, le maître et bientôt le tyran. L'enseignement, au lieu d'être le but par lui-même, est descendu peu à peu de sa dignité et a fini par n'être plus que la préparation d'un examen : ce qui aurait dû être la fin n'est plus qu'un moyen.

< Aujourd'hui, tout élève a deux maîtres: l'unie maître officiel, patenté, reconnu, celui qu'il subit chaque jour, qui lui fait des leçons et corrige ses devoirs ; l'autre, le juge de l'examen, celui qu'il doit être en mesure de satisfaire à un jour donné sous peine d^ compromettre son avenir et de perdre le fruit de son travail même. De ces deux maîtres, l'un est sans doute le plus puissant en apparence : il exerce son influence ; il peut punir comme il peut récompenser. Il n'en est pas moins vrai que ses punitions comme ses récompenses sont éphémères : la véritable sanction des études appartient au programme d'examen, qui seul possède les récompenses ou les sévérités d'un effet durable > (^).

Les élèves de nos lycées veulent être bacheliers, dit PVancisque Vial (*j ; c'est un désir très légitime. Mais le mal est que, dès la

(1) /&/d<m, p. 91, 210 it 211.

(2) Ane. êl. d«' l'Kcoh» norm.ilp, Prof. il«» rhétorique hu Lycëe LHktiiiHl, Dr. ès-lettres, //fnKfù/uenytit secondaire et la démocnitù', 11)01, p. 13.

classe de troisième, ils se demandent de quelle façon ils pourront bien traverser heureusement l'épreuve. Alors, les études désintéressées, les seules vraiment fécondes, sont négligées. Tout est aiguillé en vue du baccalauréat.

A la grande enquête sur l'enseignement secondaire, qui vient d'avoir lieu en France, M. M. Gebhart, Belot, Croiset, Darboux, Poincaré, les recteurs des accadémies de Grenoble et de Poitiers, ont dit la même chose : Les classes qui précèdent une épreuve ne servent plus qu'à la préparer. Les élèves ne veulent rien apprendre qui s'écarte du programme de l'examen (^).

Après les élèves, les maîtres eux-mêmes ont été entrainés : i Les professeurs sont obligés de se consacrer au baccalauréat et les élèves paresseux savent qu'dn peut trouver le baccalauréat en globules, par la méthode homéopathique, dans les manuels, qui sont une littérature absolument pestilentielle t \^), « Ainsi, continue Vial, à cause du baccalauréat, les maîtres des hautes classes sont condamnés à rabaisser leur enseignement, à le découronner de tout c long espoir >, de tout c vaste penser » c'est-àdire, en définitive, à le laisser se dissoudre et se désagréger » (%

Après les maîtres, les parents : « Dans cette sorte de vis-à-vis et de correspondance de l'examen et des études, dit M. Boutmy (*), l'examen avec ses terribles sanctions pénales, son privilège de qualifier ou de disqualifier pour toutes les hautes carrières, prend très vite une importante prépondérante, c'est à lui que le public regarde; les pères de famille entendent que l'instruction secondaire se plie et se consacre à y préparer leurs fils. Le voilà devenu le régulateur de l'éducation, ce qui veut dire qu'avant de régler le plan d'études sur les principes d'une saine pédagogie, on doit se préoccuper de satisfaire aux nécessités et aux convenances de l'examen. »

it) Rapport général, tome VI, p. 33.

ii) Enquête, Déposition df M. (4el»lmrt.

(3) Lœ. cit.,p. 13 et 14.

(4) Membre du rjnstitut, Le bncca,laurè<U et l'euxaignement secondaire p. 4U et 54.

En fin de compte, Tentrainement s'est étendu d'une manière fatale aux organisateurs eux-mêmes de renseignement : « Le baccalauréat, dit encore M. Boutmy, est actuellement le régulateur des programmes et de l'ordonnance des études. On ne peut rien ajouter aux programmes des lycées, sans se demander si l'examen n'en sera pas grossi et distendu à l'excès : on n'y peut rien supprimer, sans se demander si l'examen ne perdra pas trop de son ampleur et, par conséquent, de son crédit. Pareillement, on ne peut rien retrancher du programme d'enseignement ; car la matière enseignée, qu'on aurait ainsi privée d'une sanction dont jouissent toutes les autres, se trouverait, en quelque sorte, en état de disgrâce et risquerait d'être délaissée. >

c La question du baccalauréat, déclare M. Léon Bourgeois, pèse sur tout le problème de l'enseignement secondaire. C'est là qu'à tout moment nous rencontrons des obstacles aux réformes intérieures de cet enseignement. > f^). « L'homme qui nous délivrera du baccalauréat, conclut Demolins, va peut-être surgir demain. Ce jour-là, l'enseignement et l'éducation seront délivrés d'une lourde entrave et auront remporté une grande victoire » (').

Ainsi, le premier résultat auquel nous arrivons est celui-ci : La sanction donnée aux études secondaires régie toute la marche de ces étudesy donc la première chose à faire pour réformer l'enseignement secondaire, reconnu défectueux, c'est de réformer le mode de cette sanction elle-même.

Comme on le verra dans la suite, il a été fait au baccalauréat un grand nombre de reproches qui, presque tous, semblent fondés. On lui a reproché notamment d'être un but artificiel qui empêche de distinguer au-delà le but réel de la vie. Cette critique, et toutes les autres qui plus ou moins s'y résument, s'applique assez exactement, je crois, au baccalauréat tel qu'il est

(1) Enquête, Di'))08ition de M. Léon Bourgeuis, ancien ministre de lUnBtriietion publique, et Ribot, Député, Président delà commission de l'enseiiçnement, La riforme de l'enseignement secondaire p. 201.

(2) L'éducation nouvelle, p. 194.

organisé dans le système classique à la française, mais pour les

écarter, il suffit de modifier le baccalauréat; il n'est ni nécessaire

ni même recommandable de le supprimer. Tel a été mon point

de vue, dès Torigine, mais on a feint de ne pas me comprendre.

On a dit que je voulais supprimer le baccalauréat et laisser, par conséquent, les études secondaires sans aucune sanction finale. Ce n'était pas cela du tout. J'ai toujours et uniquement demandé que le grade de bachelier fût attribué à la moyenne ou à l'ensemble des notes, plutôt qu'au hasard d'un examen. Puisque je cherchais le meilleur critérium pour établir l'aptitude au grade de bachelier, c'est que je ne supprimais pas ce grade, je le conservais, au contraire, j'augmentais sa valeur réelle, en le débarassant des inconvénients qui, dans sa forme actuelle, lui font tant d'ennemis. Tout est là, en effet : ici de nouveau, à un mal social, le remède est de nature purement pédagogique.

Les inconvénients du baccalauréat peuvent en effet se ramener, disais-je, à trois principaux : Tout d'abord, le souci de l'examen absorbe en la détournant de son véritable objet l'attention du maître et de l'élève, durant l'année qui précède l'épreuve. C'est là un fait d'expérience et il en résulte que la tâche incombant en propre à cette année d'études risque fort d'être compromise. — P^n second lieu, la préparation de Texamen, se superposant aux travaux de l'année courante ou mettant à contribution les vacances, constitue un « coup de collier » dangereux pour la santé des adolescents et d'ailleurs sans profit pour les études, attendu que les connaissances acquises ainsi, « en serre chaude, » par mémorisation plus que par raisonnement, se perdent avec une égale rapidité sans avoir contribué le moins du monde à la maturation de l'esprit. — Knfin l'examen lui-môme est nuisible par la surexcitation qu'il provoque et a d'ailleurs trop le caractère d'une loterie pour qu'on puisse lui attribuer une valeur probante (^

Comme on le voit, ajoutais-je, les défauts du baccalauréat sont ceux de tout examen terminal unique : Ce genre d'épreuves ne soutient pas l'étudiant, qui peut se laisser aller à une oisiveté

(l) Lettre dutéc «(et Montreux, septembre lîKX).

presque complète, durant le cours de ses études, pourvu qu'il se « chauffe » au dernier moment. Or ce svstème est funeste, non seulement aux études et à la santé, mais encore au caractère, qui ne prend pas l'habitude salutaire d'un travail calme et persévérant.

Pour remédier au mal, je revenais à Tidée qui constitue mon point de départ invariable : l'enseignement secondaire a pour mission, non point de former des spécialistes ou des érudits, mais seulement de donner à l'esprit une culture générale tout en procurant la maturité du jugement. Cela posé, je prétendais qu'en raison même de leur caractère de généralité et de ce qu'elles ont nécessairement d'impondérable, cette « culture » et cette « maturité » ne sont pas susceptibles d'une « révision générale »> et, par conséquent, ne sauraient s'apprécier par la voix sommaire et hasardeuse d'un examen unique quelqu'étendu que soit son programme, quelqu'élevé qu'on maintienne le niveau de ses exigences.

Pour avoir quelques chances d'être juste, une constatation aussi délicate doit s'appuyer, disais-je, sur une base beaucoup plus large. Cette base doit être, non pas une épreuve de quelques heures, dont la préparation même place Péliroe dans des conditions physiques et intellectuelles défavorables au succès {\ mais bien le dossier complet formé par l'ensemble des notes que l'élève aura obtenues par un travail calme, réfléchi et soutenu, poursuivi, dans des conditions normales^ pendant plusieurs années.

Ce dossier, ajoutais-je, pourra être fourni d'une manière simple et pourtant sûre par des examens échelonnés (annuels, semestriels ou trimestriels) qui, par leur fréquence habitueront les élèves à la régularité dans le travail, tout en n'exigeant pas — vu leur programme nécessairement restreint — cette préparation spéciale dont nous connaissons les multiples inconvénients.

Quand à la collation du grade de bachelier, on prétendit que je songeais à l'enlever aux collèges. On dit que mon système

(\) Voyez, sur ce point, la pajçe 3l«, ci-detwouB.

entraînerait un empiétement de FEtat sur le domaine de la liberté des études, de la Confédération dans les compétences cantonales. Nouvelle confusion, plus ou moins involontaire, que rien dans mes écrits n'autorisait. Dans mon système, comme actuellement, la collation du grade dépendrait du collège où Télève termine ses études. Cette collation appartient aux établissements d'enseignement secondaire au même titre que celle de la licence et du doctorat appartient aux universités. Les personnes ou les écoles spéciales qui s'en remettent aux professeurs des collèges du soin de faire passer Texamen actuel du baccalauréat n'auraient aucun motif pour refuser à ces mêmes professeurs le droit de décerner le diplôme au vu des notes antérieurement obtenues, et les cas d'équivalence pourraient subsister intégralement. Il faudrait seulement que les différents collèges s'entendissent pour avoir la même échelle de notes, afin qu'un élève pût, au besoin, changer de maison sans compromettre son diplôme final. Faut-il voir là une difficulté ? Je ne le crois pas, puisqu'elle est pratiquement résolue pour les diplômes universitaires de docteur. Du reste, y aurait-il quelque difficulté qu'un peu de bonne volonté suffirait pour en triompher. On conclut à notre époque des concordats, même internationaux, dont les bases sont autrement difficiles à fixer et dont l'importance sociale n'est pas plus grande.

Pour réunir l'ensemble des notes obtenues par un élève aux épreuves partielles, on pourrait — comme l'a proposé plus tard M. Rambaud, ancien ministre de l'instruction publique de France — instituer un livret scolaire qui accompagnerait l'élève à travers ses classes, à peu près comme le livret de service accompagne le citoyen suisse depuis l'âge où il est astreint au service militaire. L'idée est simple et pratique ; elle ne se heurte pas, chez nous comme en France, aux difficultés résultant de la présence d'un enseignement libre concurrent de celui de l'Etat. Cependant, cela encore n'est pas indispensable, attendu que les certificats semestriels ou annuels, délivrés par les collèges et déjà en usage, suffiraient pleinement à constituer le dossier. Maintenant, si l'on venait à relier ensemble un certain nombre de ces formulaires, de façon à obtenir quelque chose d'analogue à X Abgangszeugniss

de TEcole polytechnique — sauf à ne remplir dans chaque ëas, que les pages correspondantes aux classes faites dans le collège qui délivrerait le carnet — serait-ce bien redoutable ? Non, évidemment; qu'on procède comme on voudra quand à ces points de détail, pourvu que Texamen soit fractionné et que ses parties soient échelonnées sur plusieurs années d'études. Tout est là, au double point de vue de Thygiène pédagogique et de la valeur même du diplôme.

Reste le cas des mauvais élèves ou des jeunes gens que la maladie ou toute autre cause aurait empêchés pendant plusieurs années de fournir un travail sérieux: Nous ne voulons pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive. Seulement, pour nous, les conversions de ce genre ne seront pas l'occasion d'une plus grande joie. Pour cette catégorie d'élèves, qui dans certains cas peut être intéressante, je conserve l'examen final à titre de « planche de salut » et je consens même à ce que le diplôme obtenu par cette voie moins parfaite ne porte pas trace de sa qualité pourtant inférieure.

En résumé, je voudrais que les bons élèves fussent dispensés de Xexamcn final, parce que la préparation en est toujours pénible — même, ou peut-être surtout^ pour les bons élèves — et qu'il y a un intérêt social de premier ordre à diminuer autant que possible le travail intellectuel imposé aux adolescents en croissance. Je voudrais que ces bons élèves reçussent le diplôme de bachelier en considération des notes qu'ils auraient obtenues au cours de leurs études, ou du moins à partir du moment où ils purent être censés comprendre l'importance de ces études. De cette manière, la dignité de bachelier serait basée sur un travail long et persévérant et sur l'acquisition de connaissances bien digérées, ce qui aurait pour effet d'élever la valeur intrinsèque de ce titre. C'est là tout le changement que je demande, que j'ai toujours demandé (^) : on va voir que je ne suis pas seul à en sentir la nécessité.

Il) Voir surtout la Smm.v uni^rxitaire iW septnnbro-oetolire 190I», où j'ai réuni mes postulats antt'rit'UD.

La sanction des études et l'opinion

des auteurs

Qu*il faille accorder aux études secondaires une

sanction se rapportant à elles seules et indépendante des carrières qui s'ouvrent devant leurs élevés, tout le monde à peu près est d'accord sur ce point : « Tout enseignement privé de sanction est sans portée, sans valeur, dit la commission française de l'Enseignement. Placer la sanction des études secondaires à l'entrée des Facultés et des carrières, serait s'exposer à désorganiser les classes. L'examen de carrière étant forcément spécial, les élèves négligeraient systématiquement tout exercice qui ne conduirait pas directement au but particulier poursuivi par chacun d'eux. Les études secondaires cesseraient d'être ce qu'elles sont et ce qu'elles doivent être, un moyen de former l'esprit et de donner à l'intelligence une culture générale > (^).

Ainsi l'idée de supprimer le baccalauréat sans rien mettre à sa place n'a pas rencontré d'adhésion dans l'enquête française.

L'intérêt social exige pense-t-on, en effet, que des preuves d'une culture générale suffisante soient fournies par ceux qui aspirent aux carrières libérales et aux fonctions publiques. Le libre accès des Facultés pratiqué en Belgique, semble condamné par l'expérience; on pense que, selon le mot de M. Langlois, « il appartient à l'Etat de faire passer aux jeunes gens qui terminent leurs études secondaires une sorte de conseil de révision, afin d'estampiller ceux qui sont aptes > (*). Ceux même qui, en France, ne sont pas partisans du baccalauréat tel qu'il est, tiennent à conserver, sous une autre forme, la sanction qu'ils croient indispensable. Leur porte drapeau, M. Lavisse, déclare que « de toutes manières, il faudra donner comme sanction aux études de collège une attestation à la sortie. Cette attestation, ajoute-t-il, sera délivrée

(1) Raj>i}ort général c\té, p. «4».

(i) Ch. V. Langlois, La question de renseignement secondaire, ** dans la Revite de Farts, 2e article.

— lô —

par la maison où les études auront été terminées. Les éléments en seront pris dans les études elles-mêmes, dans les notes de toute la vie scolaire, et, si Ton veut, dans un examen final, mais très simple, sans cérémonie, et qui ressemblerait à une récapitulation. Cette attestation remplacerait le baccalauréat » (^).

On remarque bien, à la vérité, que cet usage n'existe ni en Angleterre, ni aux Etats-Unis. Mais on fait observer aussitôt que « dans ces deux pays, le défaut de toute sanction régulière des études a des inconvénients qui paraissent graves aux indigènes » (*). On rappelle que Mathew Arnold, le célèbre pédagogue, poussait la haine de « l'anarchie » qui en résulte jusqu'à l'admiration du baccalauréat français.

En effet, raisonne-t-on, « s'il n'existe point de barrière à la sortie de l'école secondaire, force est d'en établir à l'entrée des Universités, des Ecoles supérieures et des carrières. Or, de deux choses l'une : Ou bien, dans les examens institués pour défendre l'entrée des carrières, il n'est pas tenu compte de la culture générale ; en ce cas, la culture générale est sacrifiée. Ou bien on essaie d'en tenir compte; en ce cas, les examinateurs sont souvent peu qualifiés pour en juger ; ils en jugent mal; ils élaborent des programmes qui ne sont pas toujours raisonnables ; les programmes d'admission aux diverses carrières, qui sont indépendants, ne sont pas uniformes; enfin les élèves de l'école secondaire négligent les études « désintéressées » pour se « préparer, » de longue main, par des moyens artificiels, le plus platement du monde, à ces examens spéciaux. Pour ces motifs, tous les états européens, à l'exception de l'Angleterre, sanctionnent officiellement les études » (^).

Pour ce dernier pays, même, on fait observer que a l'Angleterre, pays de liberté, modèle de l'organisation chère aux économistes, est en train de se faire un baccalauréat. De divers côtés les familles inquiètes, ne sachant pas ce que valent les enseignements

(1) Ernest LavisHo, de Tlnstitat, " Contre le baccalauréat, "■ dans la Revue de Paria du 15 décembre 1898, p. 907.

(2) Lang^Iois, loc. cit.

(3) Ijanglois, loc cit.

donnés dans des maisons qui sont des entreprises financières plus que pédagogiques, ont voulu avoir un critérium, un standart ; elles se sont tournées vers les Universités et leur ont dit: Faitesnous un système d'examen. Et non seulement les vieilles Universités en ont établi, mais on a créé des Universités nouvelles exprès pour cela dans les régions manufacturières. On a vu, par un mouvement spontané, les candidats à ce nouveau baccalauréat se multiplier rapidement. L'institution était déjà en pleine prospérité en 1893 « (*).

On pense de même en Allemagne : La question ne se pose plus, dit M. Wohlau ('■*), de savoir s'il faut une sanction aux études. On peut seulement se demander lecjuel vaut le mieux, d'un examen terminal conduit par une personne étrangère, ou d'un certificat délivré à l'élève par ses propres maîtres. On ne met point en doute le droit de l'Etat à être, au besoin, cette personne étrangère à l'école.

En Suisse, les professeurs de gymnases, réunis à Neuchàtel en septembre 1 891, ont admis entre autres la thèse suivante, proposée par M. le recteur Fritz Burckhardt de liàle : -? L'Etat a le droit et même le devoir d'instituer une épreuve de maturité que les jeunes gens devront subir à la fin de leurs classes gymnasiales, avant de commencer des études académiques » (thèse 1ère) (^j. Et le gouvernement bernois, dans son mémoire sur le nouveau règlement de la € maturité » fédérale (*), disait le même en luoo: < Nous ne contestons point que le Conseil fédéral ait le droit de demander aux candidats aux examens de médecine une preuve de culture générale, et puisque le certificat de maturité établit cette preuve, il est loisible au Conseil fédéral de fixer, d'abord

(I) EnquêtJi franr^ahe^ M. KspiiniH, t. 1, p. 398.

<2» Art, ■* AbfÇHUiçspriifunfÇ, iIhiih VF.m-tjvlitpédie p*'daqogique de Hrin (1, 5), De inî'nie, FlmhHber, art, " MutitritUt«prii(uiiff, "* dans VEncytl, de Sdiinid (VI, VX\),

(:i) Dr, G, Kinitlcr, reeteur à Berne, Die LehriAaue und HatnnUiUtpriifHngai der Gymnaaien der Schtceiz (l8tW), ouvrage graeietisemvnt offert p»r son auteur, p, 3«i0,

i4) Séjinve du Conseil d'Ktat de Berne, du 3 inar» i:K)â, No, 755.

les matières sur lesquelles doivent porter les épreuves de maturité, ensuite le minimum de connaissances exigible dans chaque branche ». C'est en effet, conformément à ce principe que le Conseil fédéral a déterminé en 1 88o les matières d'examen pour les trois catégories d'intéressés (médecins, pharmaciens, dentistes) et fixé en même temps le niveau minimal dans tous les sujets. — Et le mémoire bernois ajoutait : « Il n'existe aucune raison d'écarter les cantons de la collation de la « maturité ». Bien au contraire, il y a des avantages réels à ce que les institutions à ce destinées des cantons (les collèges) soient chargées de tous les examens de maturité. »

Quels que soient d'ailleurs les détails d'application, le rôle dévolu à l'Etat et la forme adoptée pour les épreuves, il importait de dégager tout d'abord ce principe fondamental : Les éttides secondaires doivent recevoir une sanction.

Cela posé, le bnccalauréat, tel qu'il existe actuellement, représente-t-il le meilleur procédé de sanction qui se puisse imaginer .'^ — Avec l'immense majorité des auteurs, je répondrai: non, tant s'en faut. Les adversaires du système actuel sont nombreux. On en trouve dans tous les pays, dans les corps savants comme dans le public peu lettré, dans l'enseignement supérieur comme dans l'enseignement secondaire public et libre, dans les associations de toute nature, pédagogiques agricoles, industrielles, commerciales, aussi bien que parmi les individus insolés (*). Les griefs dirigés contre le baccalauréat sont de divers ordres ; je vais tacher de les grouper d'une façon qualitative.

(U Rapport général déjà cité. A iVnqiiéte fruiiçai»!*, se sont prononct^s contre le bacfHiHuréat : MM. Berthelot, t. I, 28. Lavis^c, 40. (nUKton Paris, 7». Monod, 122. Combes, l.'U) Perrot, 112. Jules Lemaitre, l»î>. Frëdérie Pas^y, 11)2. Habatier. 202. Boutniy, 219. Héignobos, 22t. Krnest Dupuy, 25U. Kéaille.M, 20!). Chailiey-Bert, 361. Buisson, 438. Maneuvrier, 45S. BérenK«r, 41K). Dreyfus-Brisac, 60(>. Boudiard, 5ao. Beck, t. 11 8. Joubert, 5;J. Bohsert, (il. Max-Leclerc, 88. BlondeJ, 414. Didon, 4U3. Bertrand, 64U. Malet, 661. l>oteJ, 666. Morel, 568.

Tout d'abord, ce qu'on pourrait appeler les critiques générales: « Il y a bien longtemps, dit M. Th. Ferneuil (^j que le baccalauréat de la loi de 1 808 est battu en brèche et qu'on en a relevé les anomalies. Les partisans les plus convaincus de l'enseignement classique se sont souvent montrés les adversaires résolus du baccalauréat et lui ont attribué une large part de responsabilité dans la décadence des études classicjues. Entre autres, M. Cournot, dans son remarquable ouvrage sur les institutions d'instruction publique en France, n'hésite pas à affirmer que le baccalauréat doit amener, dans un avenir plus ou moins rapproché, la ruine complète du système des études classiques, déjà si favorisée par les autres tendances de l'époque. M. Cournot reproche surtout au baccalauréat son caractère superficiel, qui ne permet pas à des examinateurs étrangers de constater en un court laps de temps la capacité réelle des élèves, et l'étendue de ses programmes, qui laissent au hasard un grand rôle et, en obligeant l'élève à une préparation spéciale d'au moins une année, annulent de fait la dernière année de l'enseignement classique.

< Comment concentrer en quelques heures, dit M. Cournot, les matières de plusieurs enseignements prolongés chacun pendant plusieurs années? Comment se préparer à répondre passablement sur l'imensité de questions auxquelles ces enseignements donnent lieu? Le hasard aura une grande part au succès comme à la défaite, et la délaite est presque inévitable si l'examinateur tient rigueur au candidat... Du moment qu'un examen final sur

Maaaon, t>ll. Tisat^nind, 01!). Rislri', iHS. Graiuleau, i>24. Gautier, (>.Ti. Goblet, >iH7. Léon Bourgeois. lîîW. — Rapport des Chaiiibri'.s de coiiuiutcm; de : Cctti*. t. V, 67. Dieppe, 72. Limoiçeâ, 107. Pari», lb2. IMiilippeville, 157.

"* Tout le monde est d^iceord 8iir les dérautn du liaecalanréat, dit M. Charles Bigot {fanent. (/V/M. «tr., p. J!il). 11 a contre lui tous ceux dont il est le eaucheniar ; il a contre lui, plus encore, tou» ceux qui n^ont pu Tobtenir (et dont plusieurs le nit^ritaientj et, avec eux, leurn fainilleti. Quant on relit, à trente années de distance, les lettres si reniarquables sur VetiMignenent Kerondaire, publiées en 1857 par Krnrst Bersot, " on est obligé d*a vouer tristement que, depuis lors, la situation n'a ptis changé. ** (Ceci était écrit en iSi^i).

(l) Im r^orme de L'etuuiigtteinent puMûiue en France, 2e éd. I8«l, p. 3«ôî>,

Timmensité des matières qui figurent à doses diverses dans l'enseignement secondaire attend l'écolier à la fin de son cours classique, il faut bien qu'au moins la dernière année du cours soit principalement enjployée à tout repasser, à tout revoir, à se fortifier sur tous les points vulnérables, — et ils sont en grand nombre, — puisque l'expérience a montré qu'on n'a pas tort d'y comprendre jusqu'à l'orthographe. Comment supposer que, outre cette tâche, on pourra suivre fructueusement des cours sur des matières nouvelles, un cours de philosophie, un cours de mathématiques, un cours de physique? Ce n'est là, après tout, qu'une moindre partie du programme, et on s'en tirera comme on pourra à l'aide d'un manuel. Voilà donc déjà la dernière année du cours classique, l'année des hautes études, celle qui devrait servir de couronnement aux autres, qui se trouve effectivement rayée du programme, on s'accoutumera à ne pas la suivre ou à ne la suivre que par pis aller, lorsqu'on aura échoué à l'examen à la fin de l'année qui précède. En fait, ce ne sera plus la dernière, mais l'avant-dernière année du cours classique, qui deviendra l'année de préparation. » FA M. P'erneuil, qui a cité ce morceau, ajoute : « Il est impossible de critiquer notre baccalauréat avec plus d'autorité et de compétence. Son organisation défectueuse a réussi à en dénaturer peu à peu le principe, et aujourd'hui le diplôme de bachelier ne garantit que bien faiblement l'acciuisition des connaissances spéciales à l'enseignement secondaire ».

M. Houtmy appelle le baccalauréat « un examen élémentaire, superficiel, où il y a très peu de différence entre ceux qui échou(»nt et la très grande majorité de ceux (jui passent. » Il a considéré successivement le baccalauréat comme moyen de classement social, comme qualification générale pour les carrières libérales, comme preuve et garantie officielle du talent et de l'acquis, comme brevet d'« honnête homme », au sens que ces mots avaient au xvii* siècle, enfin comme stimulant supposé et comme régulateur effectif des études. « Chacune de ces analyses l'a amené à reconnaître, soit une insuffisance, soit un vice de l'institution » (^j.

(l) K. Hoiitiiiy, de riiislitut, f/i baccaluuréatct l'cHHeifjn nncnt «Gcunduire, L8iK), p,8et 11.

- ii; -

€ Ce mot de baccalauréat, dit M. Poincaré, traine avec lui url cortège d'illusions, de préjugés, d'idées fausses ; nous nous trouverons forcément amenés soit à le supprimer, soit à le modifier profondément. » Et, dans sa déposition à Y Enquête, il ajoute : « La commission a entendu de très éloquents adversaires de ce diplôme ; on lui a tout dit, je crois, contre le baccalauréat, on a fait observer qu'il faussait les études, qu'il les abaissait, qu'il encourageait les procédés de dressage mnémotechnique, qu'il comportait — ce qui est incontestable — un effroyable aléa, qu'il poussait les jeunes gens à la recherche d'une vaine distinction sociale, enfin qu'il était, avant même l'heure des décorations, le premier hochet dont s'amuse, en naissant, l'amour-propre français. Tous ces reproches sont fondés, et l'on pourrait en ajouter d'autres encore » (').

« Si on ne faisait pas de bacheliers, dit M. Guérin, on pourrait sans avoir besoin de surmcfwr les jeunes esprits par un travail aussi indigeste que stérile, former des hommes prêts à aborder, ^4p bonne heure^ avec confiance et énergie, une solide éducation professionnelle qui les mènerait bientôt à une heureuse indé pendance > ("),

M.M. Anatole Leroy-J3eaulieu, de l'Institut, et Chailley-Bert déplorent l'obligation du baccalauréat imposée à tous ('). Mêmes doléances à propos du baccalauréat de l'enseignement moderne : < Rien n'a plus contribué à fausser les études modernes que cette institution d'un baccalauréat emprunté au régime des études classiques. Tous les hommes qui ont qualité pour parler au nom des industriels, des commerçants, des agriculteurs, MM. Tisserand, Grandeau, Leroy-Beaulieu, Masson le déplorent. C'est cet appât offert aux familles qui les invite à laisser trop longtemps leurs enfants aux lycées, et qui détournent ces enfants des besognes actives. Les carrières qu'on ouvre par le baccalauréat à

(1) Déposition (le M. R.Poinearé, membre de Tlnstitut, In Ribot. La. réfarme deVerueignement iecondaire, 1900, p. 99 et 258.

(2) La question du latin,, 2e éd., p. 327. (S; EnquêU I, |^. 166, col. 1 et 367, eol. 1.

renseignement moderne et qu'on veut lui ouvrir plus nombreuses encore, ce ne sont pas les professions comme ragricullure, l'industrie; ce sont les professions libérales et les fonctions d'Etat, dit M. Anatole Leroy-Beaulieu (*). Supprimez le baccalauréat, répète aussi fortement M. Chailley-Bert (*) ».

Mais l'adversaire par excellence du baccalauréat, c'est M. Lavisse. Dans le remarquable discours que cet académicien prononça, à une séance de rentrée de la Faculté des lettres de Paris, il dirigea contre cette institution, telle qu'elle est généralement pratiquée, une charge à fond : a Le baccalauréat, a-t-ii dit, ne résistera plus longtemps aux critiques soulevées parles méfaits qu'il a commis. Il est sur la sellette. Si j'étais chargé de requérir contre lui, je lui ferais passer un quart d'heure pénible, à supposer qu'un quart d'heure me suffit. Je lui reprocherai la prétention qu'il a d'ouvrir tant de carrières, à l'entrée desquelles il a planté ses fourches caudines; ses programmes encyclopédiques, par lesquels il exige tant d'études, que les écoliers n'ont plus le temps de rien étudier ; ce sentiment que j'éprouve pour ma part, et qui est très étrange, d'un examinateur qui ne voudrait pas être examiné sur le programme ou il prend ses questions ; la pertubation qu'il jette dans notre travail et dans le vôtre, quand il nous encombre, au premier et au dernier mois de l'année, de cette cohue de candidats ahuris, de parents anxieux, de solliciteurs larmoyants. Mais ce sont là les critiques les plus légères ; l'impardonnable tort du baccalauréat, c'est qu'il veut se suffire à luimôme, ne rien savoir du candidat, si ce n'est un nom, qui pourrait être avantageusement remplacé par un numéro, et d'exposer ses justiciables aux chances inégales de compositions aujourd'hui faciles, demain difficiles, pour ne point parler de la diversité des humeurs des juges, qui sont aussi variables que les compositions. A chaque session, il faut avoir le courage de le dire, le baccalauréat, par sa faute et non par la nôtre, fait des victimes et des

(1) EnquéU, I, p. 166, col. 2.

(2) £. Bourgeois, L'ens. second, selon le vœu de la France, 1900, p. 94, 96 et 88.

heureux qui ne méritent pas leur sort. Il trouble ainsi cette précieuse notion de la justice que donne aux écoliers la vie du collège, où chacun est payé selon ses mérites. Il introduit prématurément dans les jeunes esprits le culte immoral de la chance. Aussi, ne sera-t-il plus toléré longtemps dans un pays où les loteries sont presque défendues... >.

Et M. Henry Michel (*j remarque : « Quoi qu'il ait dit, M. Lavisse a fait, en moins d*un quart d'heure, un réquisitoire complet contre le baccalauréat, un réquisitoire plein de sens et de raison, et, ce qui ne gâte rien, plein de verve et d'esprit. Nous ne voyons pas ce qu'on y pourrait ajouter. Et nous voyons moins encore ce qu'on pourrait y répliquer. Si l'assistance judiciaire donnait un avocat au baccalauréat, à ce prévenu infortuné, qui frapperait certainement en vain pour son propre compte à la porte des maîtres du barreau, la tâche du défenseur d'office serait malaisée. Quant une fois il aurait réclamé Tindulgence des juges, et plaidé, à titre de circonstances atténuantes, les droits de la sacro-sainte routine, non sans faire un effrayant tableau de tous les maux, désordres, bouleversements et cataclysmes qui fondraient sur ce malheureux pays, le lendemain du jour où un homme d'initiative énergique aurait osé supprimer l'examen avec le diplôme, quand il aurait fait cela, il ne lui resterait plus qu'à s'asseoir, et qu'à attendre le verdict inévitable.

< Sans doute, 11 n'y a pas de révélation, à proprement parler, dans les arguments de M. Lavisse. On avait dit avant lui que le baccalauréat fausse les études, ou, pour parler franc, qu'il les tue. On avait dit avant lui que le baccalauréat est une loterie, fertile en scandales. Bersot écrivait déjà : « Quand je vois ce qu'est devenu cet examen et son programme, je me félicite tous les jours d'être bachelier. »

Et M. Michel conclut : « La suppression absolue du baccalauréat est Tune des bases de la grande réforme organique, dont nous parlons si souvent, et sans laquelle il n'y aura bientôt plus

{1} Xoietntr Ventêignement necondaire (1902) ^ p« 271.

en France d'études secondaires digne de ce nom. Nous sommes heureux d'avoir un maître tel que M. Lavisse pour allié dans cette campagne. >

Venons maintenant aux critiques spéciales, aux griefs de divers ordres, qui ont été formulés contre le baccalauréat :

On a tout d'abord fait voir ses inconvénients sociaux: « Le baccalauréat, a-t-on dit (^), grossit outre mesure le nombre des élèves de l'enseignement secondaire. Il pousse les jeunes gens vers le fonctionnariat et les détourne des carrières directement productives, comme le commerce et l'industrie, ou du moins les empêche d'aborder ces carrières en temps utile (*). Il est une source de mécomptes pour les candidats et les familles. Il fait des déclassés, aussi bien parmi ceux qui ont réussi à le conquérir que parmi ceux, très nombreux, qui ont échoué à ses épreuves \^), Enfin une série d'autres griefs du même genre ont été articulés, mais je n'y insisterai pas, attendu C[u'ils s'appliquent uniquement aux pays ou le baccalauréat donne accès aux fonctions publiques.

(0 A IViiquôt»' fran^'Jiise ! MM. CImllley-Bert (I, 8fil) et BuisHon (438).

(2) A renquête : M. Masson, t. II, «511. " 11 est souvent la Beiile raison qui empêche Ie« élèves d'aborder j)lus rapidement les éeoles et les carrières auxquelles ils si» destinent **. ~ Rapport de la Chambre de eommeree de Cette, t. V. 58. " Par la suppression du baecalaur<îat... nous pensons que l'on évitera la perte d'années de travail stérile ; que les vocations se dessineront plus tôt et plus librement ; <iue le ^oût des carrière*» libérales sera moins surexcité ;... et comme résultat, que l'absence d'un diplôme qui semble actuellement la consécration d'aptitudes exceptionnelles relèvera aux yeux des familles et des jeunes gens les fonctions réellement productives de la société: le commerce, l'industrie, l'atçHculture. " — Rapport des Chambres de commerce de : Limo^'s, t. V, 107 ; Paris, 154. "* Que l'on supprime les baccalauréats qui faussent les études et dont l'obtention hypnotyse en quelque sorte les jeunes fç»*»s <*t !<"« empêche de choisir librement et en temps utile la carrière ver» laquelle ils se sentent attirés. **

(3) A l'enquête : M. Buisson, t. I, 4S8. D'après M. Buisson, la proportion des échecs au baccalauréat atteindrait une moyenne de 40 à OOoîo du nombre total des candidats. — M. Mallet, t. II, 6iil. Il faut supprimer le baccalauréat, " parce qu'il contribue à augmenter le nombre des déclassés, parce que nombre de malheureux ])rennent an sérieux la formule de leur parchemin, pour en jouir avec les droits et prérogatives qui y sont attachés et que les bacheliers jugent indignent d'eux et déshonorant presque tout métier. "

C'est là, en effet, un de ses grands torts: Dans plusieurs pays et notamment en France, le baccalauréat est dn>e7iu professiontiel. Ce n'est plus un brevet de culture secondaire, c'est un grade ouvrant l'accès des Facultés et des fonctions publiques. Or, comme tel, il a trouvé dans l'enquête parlementaire française nombre d'adversaires qui ne lui ont pas ménagé les critiques. De ces adversaires du baccalauréat, la plupart veulent le supprimer et mettre à sa place, à l'entrée des Facultés et des carrières, des examens constatant les aptitudes spéciales que réclame l'exercice des diverses professions (^). — « Comme tel, a-t-on dit, le baccalauréat est devenu par lui-même un but à atteindre au lieu d'être la simple constatation d'études bien faites (^J. Aussi est-il fréquemment l'objet d'une préparation artificielle que les candidats vont chercher dans certains établissements scolaires où on se préoccupe peu de l'intérêt des études. Le baccalauréat, c'est le triomphe du « manuel » et la prospérité des « boîtes à bachot ». Aussi la plupart des déposants, tout en admettant la nécessité d'une sanction terminale des études secondaires, veulentils enlever à cette sanction, baccalauréat ou certificat intérieur, son caractère actuel de passe-partout ouvrant toutes les carrières (^j.

Dans un premier système, le baccalauréat perdrait les prérogatives qui lui sont attribuées. Il deviendrait un titre nu, purement honorifique ou à peu près. Des examens spéciaux seraient institués à l'entrée des Facultés et des fonctions publiques. Pour se présenter à ces examens, il ne serait pas nécessaire d'être bachelier ; la possession du baccalauréat constituerait tout

(l) Happort général, p. 4.

{2} Ibidem, p. t>.

C'i) A renquôte : Ilmiotiuix, 1. 11, p. bt'.\. Léon Bourgeois, p. r.îii» : ** Tant que l'épn'UTe de fin iVéUidv» sceondHiri'M conlinut-ni h être rt'jçanl^c eoiniiip la ckf des carrières, le but véritable de renseignement secondaire qui est la formation fifénëraie de l'esprit sera perdu de vue et mille préoccupations étranjj^ères au bien de cet enseijçnement influeront sur son otfçnnisution, fausseront son caractère. **

au plus un élément d'appréciation, comme d'ailleurs la possession de tout autre diplôme (^J.

a Le grand défaut du baccalauréat, dit la commission de l'Enseignement elle-même ('), celui qui entraîne la plupart des inconvénients relevés par ses adversaires, c'est son caractère de < passepartout >. Au lieu de conférer au diplôme certaines prérogatives modestes, d'en faire par exemple un premier titre requis pour les fonctions dont l'exercice suppose une culture générale, mais n'ouvrant par lui-même et à lui seul aucune porte, on en a fait la clef de toutes les carrières. Cette conception fâcheuse a pour résultat, non seulement d'encombrer l'enseignement secondaire d'une clientèle trop nombreuse qui aurait pu.

(1) A l'enquête : Bouchard, t. I, p. 631. Certificat d'étude», déliTrë ou refusé d*aprè8 renaemble des notes obtenues pendant toute la durée dis étutlcs. Ce certiticat ourrirait toutes les carrières, sous réserve dVxamens dVntrée, spéciaux, comme le P. C. N. — Hanotaux, t. II. p. bb:i. Faire du baccalauréat simplement ** le premier grade de la licence es lettres ou es sciences. ^ Instituera rentrée des l'^acultés do droit et de médecine des examens spéciaux pour lesquels le baccalauréat ne serait pas exif^^ ** Il sera un élément d'appréciation, comme le diplôme des écoles professionnelles. ** — Potel, t. II, p. bWu Remplacer le baccalauréat par un certiticat qui serait simplement ** une attestation d'études, et qui, par lui-même, ne donnerait aucun droit. ** Etablir à l'entrée des airrières et des Facultés des examens pour lesquels le baccalauréat ne serait pas exigé. Il faudrait que ** le passé scolaire d'aucune personne ne pût peser sur elle. Celui t^ui Justifierait de connaissances suffisantes devrait être admis. ** — Tiss(>rand, t. II, p. tii9. Remplacer le baccalauréat par un certificat d'études intérieur basé sur rensemble des notes pendant toute la durée des études. Ce certificat n'ouvrirait par lui-même aucune porte ; il n'aurait de valeur que celle qui lui serait attribuée par l'opinion. Chaque établissement conserverait en conséquence la liberté absolue de ses programmes. Des examens seraient placés à l'entrée des carrières. — Idem, Rislcr, t. II, p. ti:;s. tirandeau, p. C*H. — Goblet, t. 11, p. G67. Certificat d'études indiquant les cours suivis par l'ëlcve. Examens de carrière ayant un programme assez hirge pour permettre au Jury " d'apprécier la valeur et l'instruction du cimdidat. ^ Léon Bourgeois, t. 11, p. 098. ** Il faudrait qu'il y eu simplement à la fin de chaque série d'études un certificat constatant qu'elles ont été laites et bien faites. Ou pourrait alors, sans autre souci, constituer l'enseignement si;condaire en vue de lui-même, l'organiser dans ses divers types de la manière qui paraîtrait la meilleure en soi. Quant k l'entrée des différentes carrières, on y devrait placer, en considérant aussi uniquement l'intérêt de ces carrières, les épreuves d'admission oo d'élimination qui seraient Jugées nécessaires pour en assurer le bon recrutcnnent. ** Le certificat d'études secondaires serait délivré par un Jury extérieur, le même pour les établissements publics et pour les établissements libres. Il n'aurait par lui-même aucune valeur légale. ** On pourrait décider qu'à l'entrée de telle carrière tel certificat d'études ft'it pris en valeur pour une cote de tant de points ; mais Je voudrais que le diplôme secondaire n'ouvrît par lui-même, en aucun cj\s, une carrière. ^

(2) Dans ses Proposithns et en réponse k la 3e Question k elle posée. Rapport général, p. 6«.

avec plus de fruit, tourner ses efforts vers l'agriculture, Tindustrie ou le commerce, mais de donner aux Facultés des étudiants qui, souvent, n'ont aucune des aptitudes requises pour les études qu'ils entreprennent, et dont parfois même la culture générale est loin d'être suffisante (*).

« Si on veut remédier à cet état de choses, et relever, en même temps que le niveau de l'examen, celui des études supérieures, il faut enlever au baccalauréat son caractère banal. Il faut que le diplôme n'ouvre par lui-même et nécessairement aucune porte ; que l'accès des P'acultés et des carrières, qui suppose comme première condition la qualité de bachelier, soit en outre subordonné à la preuve faite par le futur étudiant ou par le futur fonctionnaire des aptitudes spéciales nécessaires pour les études qu'il veut aborder, ou pour la carrière qu'il veut entreprendre. >

ct Le baccalauréat a surtout un grand défaut, dit M. Kibot ('), c'est qu'il ouvre et ferme toutes les portes. De là son caractère banal et le peu de garanties qu'il offre. Les F'acultés se plaignent

(1) Revue inUmaiionale de Vnmaifnemait, nutiiëro du 15 fëvrivr 1899 ; rapport présenté à lu FaruJtë de droit de ITnlvi'raité dv. Grenoble, par M. Robert Beudant : ** L*idée de faire accomplir aux faturs étudiants eu droit un atAgv d*une année dans les Facultés des lettres, a été inspirée par les plaintes réitérées des Facultés de droit sur la décadence des études secondaires. Cette décadence est incontestable. Les étudiants en droit, tels ciu'ils nou<i arrivent après avoir doublé le cap redouté du baccalauréat, iM>ut trop souvent hors d'état d'entrepntndre les études nouvelles vers IcMiuellcs ils se tournent. Pour apprendre à manier la langue juridique, il faudrait quMls eussent Thabitude d'écrire correctement le français, et nous avons maintes fois constaté dans les compositions une ignorance du français qui ne consiste pas seulement dans l'inélégance du style ; Torthographe mcnie est stOettc à caution. LVtude du droit romain est rendue impossible par l'ignorance de l'histoire romaine et du latin ; les erreurs chronologiques les plus grossières sont commises aux examens, et la lecture des textes juridiques dans la langue originale n'est plus possible. L'histoire du droit français est inaccessible i\ des élèves qui ne possèdent pas les éléments de notre histoire nationale. Le droit constitutionnel, le droit international public sont étudiés avec beaucoup de peine, faute de connaissances historiques suffisantes, et nous n'oserions pas reproduire ici les bévues monstrueus4>8 devant lesquelles l'examinateur reste abasourdi ; elles se produisent même à propos d'événements contemporains, dont l'étude appartient pourtant au programme delà classe de philosophie, la dernière faite avant l'entrée de nos élèves à la Faculté. Knfin, le mouvement général des U\éc» philosophiques est fort mal connu, et cette ignorance est un obstacle aux études de droit public général, d'économie politique et de droit pénal.

** Voilà le triste aveu que votre Commission n'a pas voulu ne point consigner dans ce rapport... **

(2) Rif. de l'eruf. sec, p. loi.

de n'être pas défendues contre l'intrusion de candidats mal préparés. Aussi ridée de remplacer le baccalauréat par des examens à l'entrée de chaque faculté et de chaque carrièrre a-t-elle fait beaucoup de chemin dans les meilleurs esprits. » Tel est aussi l'avis de M. Brunetiére (^), et celui de M. Emile Gebhart(^) quand il dit : < Nous commençons à payer (et ce n'est qu'un commencement) l'aveugle obstination avec laquelle nous maintenons cet énorme sophisme de l'éducation officielle : toutes les études organisées, ou plutôt désorganisées, en vue de l'examen qui s'impose, à la fin de deux classes, de deux précieuses années, comme la condition première de toutes les carrières libérales, qu'elles relèvent au non de l'Etat. »

« Par la plus déplorable des résolutions, dit à son tour M. Henry Michel (^j, le baccalauréat est devenu un diplôme ouvrant les portes de certaines cariières et conférant à tous ceux qui l'obtiennent une sorte le droit aux places et fonctions de l'Etat. Or, à l'origine, il devait être un simple examen de fins d'études, permettant de présumer que le candidat avait acquis une certaine moyenne de connaissances. » — Et il poursuit : <( De quoi se pldint-on surtout quand on fait le procès de l'enseignement classique ? De la quantité de déclassés qui en sortent. Par déclassés, il faut entendre les jeunes gens qui, ayant donné dix ou douze années de leur vie à des études dont ils n'ont pu ou voulu tirer tout le profit que d'autres, mieux doués ou plus laborieux, en retirent, sortent du lycée aussi impropres aux carrières où cette préparation est nécessaire, qu'aux carrières où elle est absolument inutile ; et, sous le mauvais prétexte qu'ils se sont frottés de grec et de latin, dégaignent le commerce, l'industrie, l'agriculture. Ils sont bacheliers, ou ils ont failli l'être, mais d'autant plus incapables de gagner leur vie, et de se rendre utiles à la société. C'est un des fléaux de notre temps et de notre pays, »

M. Guêrin dit de même : « Le titre de bachelier est quelque chose comme un titre professionnel, une clef qui ouvre, sans

(i; Revue (les deux Mondes du 1 juillet 18î>î».

(2J La crise de renseijfncincnt secondaire, Journal des IHbats du \) août 1808.

(3) yotea sur l'Ens. sec. p. 171 et 172.

aucune capacité spéciale, chose éminemment fâcheuse ! un grand nombre de carrières. L'encombrement des fonctions administratives et les abus de la bureaucratie, dont nous avons Tinnocente habitude de gémir, trouvent là leur principale cause. (^)uand on est une encyclopédie vivante, on doit naturellement se considérer comme propre à tout; mais être propre à tout, c'est, trop souvent hélas ! n'être propre à rien. Delà tant de déclassés qui, avec un meilleur système d'éducation, auraient fait des citoyens également utiles à eux-mêmes et à la société. On sort du collège bachelier entre dix-huit et vingt ans, voilà tout ; mais sans aucun rudiment de profession (^) ».

Kt M. Olivier lîenoist. avec la vivacité de style qui lui est propre, remarque pareillement : « Si, au baccalauréat, des refus trop nombreux avaient lieu, un discrédit en résulterait pour le système, ainsi qu'un inconvénient fort grave pour l'administration, qui ne trouverait plus assez de « mandarins » parmi les « lettrés > où elle les prend, et dont le nombre deviendrait insuffisant. La machine gouvernementale serait arrêtée. Toutes les précautions sont prises pour que cette machine puisse fonctionner indéfiniment, à quelque degré que s'abaisse le niveau des études » (*).

Ainsi la tendance « professionnelle » que le baccalauréat a prise en se déformant, a eu pour efl'et d'abaisser le niveau de cet examen et, par contrecoup, celui des études. Or cette remarque n'a pas été faite en France seulement: M. le recteur Finsler ^*J, rappelant la seconde thèse de Burckhardt, adoptée à l'unanimité par la réunion des maîtres secondaires suisses, « l'examen de maturité n'a pas à se préoccuper des études académiques qui le suivront » — thèse que lui-même approuve pleinement — fait observer qu'elle condamne une tendance représentée aussi dans les collèges suisses. La conséquence qui découle logicjuement du principe posé, est, pour M. Finsler, que le gymnase doit être le même pour tous les élèves, ceux-ci ne devant avoir à se

(1) Iai quexti'an du latin, p. 85.

(21 I/engeignemetit clansimteen France, p. 41.

(3) Op. cit. p. 864.

décider quant à leurs études spéciales qu'à la sortie du collège. Il en résulte que toute prescription ayant en vue une carrière spéciale, quelle qu'elle soit, est déplacée dans les programmes ou les règlements de l'enseignement secondaire. C'est ce que j'ai toujours dit et la remarque de M. Finsler est parfaitement juste : « Plus les universités obligent leurs élèves à se spécialiser, plus l'Etat doit veiller à ce que la spécialisation ne commence pas dès le collège. »

Le baccalauréat, avons-nous dit. a eu en France le tort de devenir < professionnel >, de se transformer en une clef ouvrant les carrières publiques. Or cette première déviation devait en entrainer une autre, plus grave encore : Non content d'ouvrir avec une facilité raisonnable l'accès des carrières spéciales, dont il n'aurait jamais dû s'occuper, le baccalauréat s'en fit le cerbère; cette nouvelle préocupation acheva de le désorganiser et pourtant on a essayé de la légitimer : « Il importe à la Société, a dit M. Henri Bernés (^), qu'à l'entrée des Universités, des preuves d'une culture générale élémentaire soient fournies par ceux qui recherchent, en vue des grandes fonctions sociales, un savoir plus spécialise, et qu'une première sélection, éliminant les incapables, protège les examens supérieurs contre un abaissement qui serait sans elle inévitable, et diminue l'affluence des candidats à certains emplois. » — «Il faudra toujours, ajoute M. Ch. Bigot (^), en ce siècle où l'encombrement est partout, trouver le moyen d'éliminer, aux environs de la dix-huitième année, un certain nombre de postulants aux services publics, aux écoles spéciales, à l'exercice de la médecine ou du droit ; et quand même on changerait le nom, le baccalauréat reparaîtrait bien vite sous une forme ou sous une autre >.

(1) Enquête française, Rapport de M. Berne» t. IV, p. 384.

(2) (Question» d'enseignement secondai re^^, 214.

- iS -

Distinguons, s'il vous plait : Que, dans certains pays, l'organisation des études spéciales et des administrations rende nécessaire un triage préalable général, c'est possible et il ne m'appartient pas d'en juger. Mais ce triage ne pourrait-il pas se faire aussi bien et môme mieux par des examens ad hoc, placés à l'entrée des écoles ou des carrières, sans qu'il faille pour cela détourner de son but, et par le fait désorganiser, la sanction propre aux études secondaires qui ne sauraient s'accommoder d'une tendance professionnelle quelconque ? La réponse est évidente et je ne suis pas seul à la donner :

« Pour obtenir des places, disait déjà Demolins (*), il faut passer des examens, que l'on rend de plus en plus difficiles, afin d'écarter la masse de candidats. Alors, un système s'impose, qui domine tout l'enseignement : le système du chauffage, le surmenage scolaire, l'entassement indigeste de notions apprises de mémoire, souvent par des procédés purement mnémotechniques. Il ne s'agit pas là de former des hommes préparés à affronter les difficultés de la vie, mais seulement des candidats en état d'affronter les hasards de l'examen.

« Or le moyen le plus sûr de préparer avec succès aux examens est le € chauffage >, puisqu'il faut l'appeler par son nom. Ce procédé, aussi barbare que le terme qui sert à le désigner, s'impose dès lors d'une façon impérieuse. Mais qu'est ce que le chauffage ? Le chauffage consiste à donner, dans le moins de temps possible, une connaissance superficielle, mais momentanément suffisante, des matières d'un examen. Ainsi le régime des examens ne développe pas l'habitude de la réflexion et du jugement. On absorbe à la hâte et tant bien que mal une masse énorme de matières: la mémoire seule fonctionne ('). Si ce système d'enseignement avait pour but d'inculquer des connaissances réelles et

(1) Supériorité de* Anglo-Saxons, p. 1, 5, \\ et H:i.

(S) L'auteur fait Ici la reniarqup suivante, dont la hardiesse, il faut bien le reeonnaitre, ne saurait diminuer l'exaetltude : ** T.es professeurs qui font pasM4>r les examens MTaient eux-mêmes bien en peine de répon<ire à beaueoup de questions du profçramme. HMls étaient mis en eonenrrenee avec les candidats qu'ils examinent, ils courraient fçrand risiiue d'être •* n*ftisës ".

- ié -

approfondies et de développer, par l'exercice, les facultés supérieures de l'esprit, le résultat en serait durable. Mais comme il consiste principalement en efforts de mémoire, son effet est tout de surface et ne pénètre pas l'intelligence : il passe comme la fraîcheur des souvenirs. D'ailleurs, il n'y a à cela aucun inconvénient, puisque le seul but de tout ce surmenage est de réussir à l'examen. Il suffit donc d'être, à un moment donnée en état de surmonter cette épreuve. Ce résultat obtenu, le reste n'est qu'accessoire, puisque la carrière est assurée.

« Dans ces conditions, le type d'école qui se dév^eloppe spontanément, en vue du « chauffage >, c'est le grand internat Là, tout est sacrifié au but suprême et unique, l'examen. Il semble que la vie du jeune homme finisse à ce terme, et on tâche de l'y amener par un surmenage de tous les instants i.

Ainsi donc il est avéré que la déformation infligée au baccalauréat pour en faire le gardien des positions lucratives a exercé sur lui et, par contrecoup, sur l'ensemble du régime scolaire, la plus déplorable influence. Mais au moins le but est-il atteint } M. Boutmy (') se le demande et arrive à une conclusion négative: « Le baccalauréat, dit-il, a-t-il en effet la vertu de diminuer l'encombrement dont la perspective épouvante les autorités qui disposent des places .'' Je n'en crois rien, car on brigue le baccalauréat, non pas tant pour devenir éligible à une carrière qu'on a en vue que pour entrer dans la classe sociale supérieure. Une fois entré, il ne viendra à aucun candidat l'idée de s'engager dans une profession non comprise parmi celles ou il a accès par son grade ; il s'en voudrait d'avoir pris tant de peine pour un titre dont il ne profite pas, il croirait déchoir s'il n'usait pas de son privilège, s'il revenait pour ainsi dire sur ses pas, jusqu'à l'une des carrières ouvertes aux non-bacheliers. Au fond, le baccalauréat tend à obscurcir dans les esprits cette vérité de simple bon sens qu'il n'y a de sot métier que celui dont on s'acquitte sottement, de profession inférieure que celle où l'on est au-dessous de sa tâche. Il accuse entre les carrières une division et une hiérarchie.

(j; Op. cit,, p. 22.

en grande partie artificielles, qui, dans la plupart des cas, s'effaceraient s'il n'existait pas ou s'il était autrement organisé.

« On voit comment le baccalauréat aboutit à augmenter la masse des candidats aux emplois publics. Si, pour chaque emploi, le nombre des postulants se multiplie, c'est qu'auparavant le nombre des gens pourvus d'une qualification générale acquise par mode ou par amour-propre s'est multiplié.

€ Ainsi conçu, le baccalauréat est une véritable plaie sociale : il augmente considérablement le nombre des déclassés, et il est cause qu'on multiple les emplois, sans absorber ni satisfaire la masse grossissante des postulants. J'ai dit que les facultés de médecine et de droit, les corporations, notaires, avocats, avoués, etc., et les grandes administrations publiques étaient les principaux débou> chés ouverts aux bacheliers. Si l'on consultait les autorités préposées à ces institutions, sur la valeur du baccalauréat et sur les raisons de le maintenir ou de le supprimer, elles accorderaient sans hésitation que ce grade n'est pas une garantie sérieuse d'intelligence, de savoir ou de culture. On n'est pas certain, ajouteraient-elles, qu'il n'élimine pas de bons éléments ; on l'est qu'il en laisse passer de très médiocres ; il ne nous en rend pas moins l'immense service de discjualifier un grand nombre de jeunes gens, capables ou non, peu importe, et de diviser ainsi l'immense multitude qui, autrement, nous circonviendrait, nous assiégerait, nous submergerait de son flot montant > {^).

Et c'est là, au point de vue social, tout ce qu'on peut dire en faveur du baccalauréat : (^) Il est une protection commode contre

(1) n y a (ftiirlquos mois, rhoinine le mieux placé en Suisse pour Juger sainement les rapports de l'en^ignement secondaire avec le» études supérieures me disait absolument la môme chose des lang^ucs mortes : ^ Elles n'ont ni Tutilité professionnelle ni la vertu éducative qu'on leur prête pour les besoins de la cause. Klles sont difficiles, ennuyeuses, eUes rebutent pas mal de jeunes c^ens : voilà leur inestimable avantage „.

(i) On ne saurait en effet prendre au sérieux des propositions comme celle-ci de M. Fouillée :

** Si le baccalauréat semble un examen trop facile, qu'on le rende plus difficile ; et si Ton trouve quMl y a encore trop de bacheliers, qu'on en limite le nombre et qu'on change Texamen en une sorte de concours : On pourrait, par exemple, déterminer le nombre des bacheliers proportionnellement au nombre des demandes, pats, dans char|ue série, réserver pour la

les concurrences inquiétantes. Il a pour lui le titre le plus considérable et la force la plus grande qu'il y ait au monde : la possession et l'habitude. Il est devenu une véritable institution sociale ; la législation se Test incorporé ; d'innombrables règlements en font mention et y attachent des droits ou des avantages, {^j. En outre — et ceci est un aveu qui a son prix — « le baccalauréat est aujourd'hui la dernière défense des études classiques contre le courant de l'utilitarisme et du spécialisme t (*). Pauvres études classiques, faut-il qu'elles soient impuissantes à se défendre ellesmêmes !

La conclusion des reproches faits au baccalauréat, du point de vue social, peut se formuler ainsi : Ql exame?i nest pas un bon critérium de la valeur civique des jeunes hommes ; c'est un moyen défectîu'ux de classement social,

M. Lavisse l'a dit : « Entre les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des bacheliers et le reste des hommes, imperceptible est la différence > (% — c Je suis l'ennemi convaincu du baccalauréat que je considère — passez le mot violent — comme un malfaiteur. Il provoque à la recherche d'une distinction sociale absolument vaine, car c'est bien peu de chose que d'être bachelier » (*).

De même M. Ribot: «Un homme, qui, à dix-huit ou vingt ans, n'a pas passé des examens, peut devenir, à trente ou quarante ans, par la pratique des affaires et par l'éducation qu'on se donne

ftn li*s indécis et fiiiiT ensuite, hii l'onuonrî», le tri;i)|^c de ceux qui peuvent eoinulétor le nombre rè^lenientuirC'n Un concoura, c'est-à-dire un triage eouiparatif, pour la calture fçênérale et la maturité du jugement, cho.ses essentiellement impossibleH à mesurer, et par conséquent à comparer ! — Faire des baclielierH dans la mesure où les carrières spéciales en réclament: est-il possible de tomber plus avant dans la spécialisation que M. Fouillée, avec beaucoup de raison, ne cesse de répudier ?

(1) Boutmy, Op. cit.^ p. G.

(2) Alfred Fouillée, membre de Tlnstitut, IjM étude» cUissimtes et Ui démocratie, 18î«8, p. IM.

A*) Revue de Piirls, loc. cit., p. 8D2.

(1) Déposition à TËnqucte, in Ribot, op. cit., p. 222.

à soi-même, capable d*aborder les tâches les plus difficiles. Il peut être égal et même supérieur à ceux qui ont fait des études régulières et ont subi avec éclat tous les examens. Un système qui classe les hommes à vingt ans, d'après les diplômes qu'ils ont obtenus, prive l'Etat du droit de choisir ceux qui se sont faits eux-mêmes, et que les professions libres ont mis hors de pair('}». — « Compris comme instrument de classification sociale, le baccalauréat est un des contreforts du décret de messidor sur les préséances. Il n'est plus une garantie de bonnes études, il est devenu une sorte d'institution sociale, un procédé artificiel qui tend à diviser la nation en deux castes, dont l'une peut prétendre à toutes les fonctions publiques et dont l'autre est formée des agriculteurs, des industriels, des commerçants, de tous ceux qui vivent de leur travail et en font vivre le pays » (*),

De même encore M. Boutmy : « Le baccalauréat n'est pas une sanction des études secondaires ; c'est une institution sociale et politique de grande conséquence, et les effets qu'il produit à ce titre dépassent de beaucoup en étendue et en gravité ses effets pédagogiques. Nous avons fait, il y a un siècle, une révolution pour abolir les castes et leurs privilèges ; or, nous ne prenons pas garde que le baccalauréat rétabUt l'équivalent de ce que nous avons supprimé ; il divise la nation en deux classes : Tune qui a des parchemins, l'autre qui n'en a pas, l'une qui a seule entrée dans les carrières libérales, l'autre qui est rejetée et confinée dans les anciennes professions roturières : commerce et industrie.

< Une telle organisation est en contradiction manifeste avec deux principes très solidement établis ; l'un économique et social, l'autre juridique et politique. Le premier de ces princip'îs, c'est que les capacités de tout ordre doivent être laissées aussi libres que possible de se déplacer et de se porter là où elles se croient appelées, où elles prévoient qu'elles rendront le plus de

(1) Voir, à ce sujet, lu» deux volumes de M. Mjix Leelerc, Hur l'Education et la socicté en Angleterre et la belle préftiee de M. Boutmy ("Armaud Colin et Cie).

(ï) Op. cit,, p. î>8.

services. Il ne faut pas moins que des raisons très graves et très péremptoires pour entraver cette circulation large et aisée de toutes les aptitudes. Le principe juridique et politique est celui de régale admissibilité de tous les citoyens aux places sans autres distinctions que celles des vertus et des talents.

« Même au seul point de vue du savoir et de la culture, le baccalauréat est un moyen d'appréciation très imparfait, mais, fut-il parfait, qu'il serait encore un principe très insuffisant de démarcation sociale, parce qu'il n'atteint pas tout l'homme, ni même le meilleur de l'homme. Je ne sais en vérité si le fait d'appartenir à une certaine famille ne constituerait pas un critérium moins faillible, un moyen de classement plus sûr, que le baccalauréat ; la transmission héréditaire des qualités du corps et de l'esprit, l'éducation et les exemples du foyer, la noble servitude d'un nom illustre, garantissaient une moyenne d'aptitudes physiques, morales, intellectuelles, plus qu'équivalentes à la moyenne de savoir et de talent que peut constater le meilleur juge dans un examen de quelques heures » (*).

<c Qu'on veuille bien considérer, dit M. Olivier Benoist, la situation actuelle d'un bachelier à son entrée dans la vie lorsque ses parents n'ont jamais eu de fortune ou lorsqu'il la perdent à ce moment. C'est à peine s'il écrit lisiblement ; et, de l'anglais ou de l'allemand, il sait tout juste assez pour avoir anonné à son examen le thème verbal qu'on lui a fait faire. Le malheureux, s'il n'obtient pas, par des protections, une place de douze cents francs comme graisseur dans une compagnie de chemin de fer, ou d'employé subalterne comme homme de peine dans un grand magasin, il est sans pain. S'il se présente chez un notaire pour faire des expéditions ou chez un banquier pour être commis aux écritures, il sera éconduit parce qu'il n'écrit même pas proprement ; comme employé de commerce on le prendrait peut-être, mais sans aucune rétribution ; dans les corps d'état où il faut un apprentissage, non seulement on ne lui donnera pas un sou à gagner, mais on lui demandera de payer son apprentissage » (*).

(i) Op. cit., p. IH, ly et 2i).

m Oit. cit., p. 31,

Enfin, M. Herzen, avec la franchise de style qui, chez lui, s*allie au bon sens, le remarque aussi.: « L'expérience a peu à peu convaincu la plupart des pédagogues d'une chose que les élèves et les parents, n'ayant pas à rompre avec la routine professionnelle, avaient depuis longtemps comprise : c'est que les examens ne donnent nullement la mesure exacte de la valeur absolue ou relative des candidats parce que le résultat de ces épreuves dépend d'une foule de circonstances étrangères au mérite réel des élèves, et cela d'autant plus que l'examen est plus encyclopédique et porte sur une période d'études plus longue » (^).

Après le point de vue social, le point de vite individuel^ et tout d'abord le côté morale éducatif l

c Le baccalauréat, dit M. Lavisse (^), est destructeur de l'esprit d'éducation. Il dispense le père de famille de réfléchir sur l'éducation de son fils, c'est-à-dire d'étudier les aptitudes de l'enfant, et de se proposer pour lui un avenir conforme à ces aptitudes : « Sois bachelier, d'abord, et nous verrons après. » Il interdit au père de contrôler cette éducation, même de s'y intéresser. Sur les études, s'il avait un mot à dire, la bouche lui serait fermée par : c C'est exigé pour le baccalauréat. » Or il a dit : » Sois d'abord bachelier, et nous verrons après. » Pendant, il n'a rien à voir.

€ Le baccalauréat dispense les maîtres eux-mêmes de toute réflexion, discussion, innovation. A quoi bon ? Les pères ont dit au chef de la maison : c Que mon fils soit bachelier! » Le chef de la maison a dit aux professeurs : « Il faut que vos élèves soient bacheliers. »

Kt il en résulte que c la grande majorité des élèves ne sont pas des candidats à la vie intellectuelle ; ce sont des candidats au baccalauréat. Triste régime, celui de ces pauvres enfants, qui

(i; Lœ. cit.

(2) Loc. cii.^ p. 897.

Inangeht sans faim, boivent sans soif^ et jamais ne digèrent. Leur éducation se termine par un pur dressage. Oh ! le vilain dressage ! Petits livres appris par cœur, salis par des doigts ennuyés ; mots incompris encombrant les mémoires distraites ; opinions d'autrui, absorbées sans être même assimilées, sur des chefs-d'œuvre qu'on n'a pas lus ; formules pour examens ; la morale et Dieu lui-même mis en face d'accolades, qui engendrent des sous-accolades » (^j.

« Sois d'abord bachelier, et nous verrons après. » Après on verra, neuf fois sur dix, un grand garçon, dressé aux façons et méthodes du candidat et à des mœurs de servage intellectuel » (*).

C'est qu'en effet, et quoi qu'on fasse, le baccalauréat envisagé comme examen « manque d'équité: Il est inégal et aléatoire. De bons élèves échouent tandis que de mauvais sont reçus.

« Aussi, pour se prémunir contre les chances mauvaises, les candidats considèrent comme nécessaire de se faire recommander à leurs examinateurs (*). Le caractère aléatoire du baccalauréat a des effets démoralisants.

« Tel qu'il est organisé, le baccalauréat favorise la fraude. L'encombrement est tel, dans certains centres d'examens, que toute surveillance sérieuse devient à peu près impossible » (*).

M. Lavisse en convient aussi : « Si j'ajoute, qu'une façon de mettre les chances de son côté est la fraude, qu'elle est très

(i; Ibidem, p. ÎK)1.

(2) Ibidem, p. 906.

(3) En(iuét« friinçaiso, Rapport, général, p. tî.

A ronquéti' : I^avisse, t. I, p. 40. Stibatier, p. 202. Soi^nobos, p. 227. Bcrk, t. Il, p. 9. Didon, p. 445. ** Le biiccalauréat me fait l'effet d'une écluse arrêtant les jeunes grc'ns n IVntrée des carrières :.. Malheureusement récluse fonctionne mal ; elle labse passer ce qu'il faudrait retenir, et elle retient souvent ce qu'il faudrait laisser passer. ^ — Polnearé, t. II. p. (Î75.

(4) A l'enquête: (Tebhart, t. I, p. G2. La l«'aculté des lettres de Paris fait composer sonvent plus de 5.000 eandidat4Bi par série de 600. Pour empêcher les fraudes, ** il faudrait presque un fçendannc derrière chaque candidat **. Croiset, t. I, p. 101. 8.000 candidats ont pris part aux épreuves du baccalauréat, k la borbonne, en 1898. babatier. t. I, 202. Voyez cependant : RspiniLS, t. I, p. 3î»9. Si on dresse une statistique générale pour toute la France, ** en divisant le nombre d'examens, pour la session la plus chargée, par le nombre de professeurs appelés jï y prendre part, je trouve que chaque professeur de Faculté examinerait en moyenne, à la tin de l'année scolaire, h peu près 98 élèves; ce n'est pas excessif*. — Ce dernier inconvénient: la surcharjçe, est propre au système français de l'examen par un jur>' étranger à 1 'école.

répandue et raffinée, très rarement surprise et punie, j'aurai le droit de conclure que le baccalauréat est démoralisateur » (').

Or M. le EK F^errière, de Genève, dans une conférence remarquable» a signalé — en opposition, précisément, avec les mœurs qu'engendre le baccalauréat — la parfaite honnêteté avec laquelle le jeune Anglo-saxon se comporte aux examens. Il n'aurait pas l'idée de tricher, ou, en tout cas, s'il le faisait, il n'oserait s'en vanter car il tomberait sous le mépris de ses camarades (').

Au reste, comme l'ont très bien fait ressortir un groupe de médecins vaudois ('**) un enfant qui a bien travaillé doit être loué parce qu'il a bien fait et non parce qu'il a fait mieux que ses concurrents. Or, c'est précisément là le résultat antiéducatif auquel aboutit fatalement un examen où il y a des « reçus » et des € refusés.»

A un point de vue plus élevé, les Instriutians ministérielles de M. Léon Bourgeois le disaient déjà en 189O: « La vraie fin que le maître, tout en s'attachant avec passion à sa tâche journalière, doit avoir constamment présente à l'esprit, c'est de donner, par la vertu d'un savoir dont la majeure partie se perdra, une culture qui demeure. Par delà les objets et les exercices quotidiens de la classe, c'est à l'esprit, c'est à l'âme même de ses élèves qu'il doit viser ; par delà les sanctions prochaines que fournissent à son enseignement examens et concours, sanctions si souvent hasardeuses et illusoires, c'est à la grande et décisive épreuve de la vie qu'il doit les préparer. >

Or, M. Boutmy le remarque fort justement (*) : « Ces conditions optiques, si je puis ainsi parler, de toute éducation morale, le baccalauréat les supprime. Kntre l'enfant et le profond horizon qu'il est si important d'ouvrir devant !ui, il dresse une barrière qui intercepte la vue, une porte basse et un guichet où il faut

tn Ibidem^ «NX».

(2) Journal de Genèoe, du 20 Juin 1898.

<3) Rapport cité ci-dessous, p. lBi>, h propos du HUrnienaj^tf.

(4; Op. cit., p. 4:; à 46.

passer et payer avant de rencontrer les routes divergentes de l'activité virile. Au lieu de dégager complètement et l'émouvant inconnu de la vie dont la contemplation fait au jeune homme une âme vaillante, et ces lointains attirants qui excitent et élèvent son imagination, et ces grands êtres de raison, patrie, sciences, arts, dignité de l'homme, office du citoyen, honneur professionnel, — sublimes figures voilées seulement par une distance que dimi- .nue graduellement le cours des années, — on appelle, on abaisse, on fixe étroitement son attention sur un objet purement arbitraire et artificiel, qui ne répond à rien dans la vie, sur un obstacle de steeple-chase en quelque sorte, ou, comme je l'ai dit, sur un gui- ■chet payant, sur un tourniquet, et, par ordre, il passe son temps à rassembler et à préparer sa monnaie. On lui fait perdre ainsi toutes les chances qu'il a d'apercevoir les grands objets impersonnels, de s'y intéresser, de s'y attacher, de les faire entrer dans ses perspectives d'avenir. On ne lui laisse de commerce qu'avec un idéal bas et intéressé, qui n'entretient en lui que des pensées égoïstes et occupe constamment son esprit, soit d'un calcul de chance, soit de petites recettes ou pratiques de nature à amener le succès. Dans cet ordre d'idées, les examens ou les concours d'entrée des différentes carrières, si étroits et positifs qu'ils paraissent, ne sont pas, comme le baccalauréat, démoralisateurs ; ils ouvrent du moins une échappée sur un certain type de vie utile, embrassant un ensemble de devoirs.

« Dans le baccalauréat, l'idéal et la réalité manquent à la fois ; tout est arbitraire, factice, banal, passager, sans aucun rapport avec l'idée positive et substantielle que les enfants peuvent se faire de la vie qui les attend. Ce qu'il met en perspective à la fin des études, c'est moins une fin qu'une barrière à franchir ou à tourner par force ou adresse ; et cette fin, sans cesse rappelée par la prévoyance inquiète et terre à terre des parents, est rendue plus mesquine encore par leurs commentaires. Nombre de pères de famille ne disent pas à leurs fils : c Deviens un homme », mais: « Sois un bachelier >, et il suffit que cette seconde formule entre et s'établisse dans l'esprit, pour en chasser ce je ne sais quoi de hardi, de téméraire, de généreux, de désintéressé, qu'il est si

naturel à l'enfant de ressentir, et si bienfaisant pour Thomme fait d'avoir ffessenti pendant la longue période de la formation morale, avant de subir le contact des intérêts positifs et des souillures de la vie. On ne peut suppléer par rien à une influence si nécessaire, si pénétrante, si hautement éducatrice ; on ne peut réparer par rien la faute d'en avoir privé notre jeunesse. Il est vain de dire que la majorité des jeunes gens ne regarde pas si loin ; il faut, du moins, leur en laisser la chance, ne dussent-ils qu'entrevoir, pressentir, deviner les grandes réalités dont chaque année les rapproche. Cela seul serait d'un prix inestimable et compenserait surabondamment le sacrifice d'un stimulant artificiel et corrupteur.

« L'action directe du baccalauréat sur l'avenir moral et inteU lectuel de l'enfant se manifeste avec non moins d'inconvénients sous une autre forme. vS'il est une vérité incontestable, c'est que le bénéfice de l'instruction secondaire ne se mesure pas à l'acquis dont d'adolescent peut justifier quand il sort du collège, mais à toute la suite des acquisitions postérieures que cette instruction l'a mis en état et en goût de faire pendant le reste de sa vie. Le total constaté à dix-huit ans, après huit ou dix ans d'école, est nécessairement peu considérable, instable, bientôt caduc et d'un prix pour ainsi dire infime, comparé au total qui pourra être obtenu pendant trente ou quarante années correspondant à la période de pleine maturité. Ce qui importe, c*est tout ce long travail postérieur et ses résultats ; ce qui doit compter dans la première éducation, c'est ce qui a pu préparer et disposer le jeune homme à considérer l'éducation de son esprit comme une œuvre simplement commencée et à poursuivre, comme une des fins constamment proposées à son activité virile. Or, tel qu'il est conçu et organisé, l'examen tend, plus ou moins, par un effet d'imagination auquel on ne prend pas assez garde, à désintéresser et à dessaisir la curiosité naturelle de l'esprit, à émousser les stimulants qui l'entretiennent et la renouvellent, et à diminuer, en fin de compte, la somme de culture générale de la majorité des individus.»

Triste résultat pour l'enseignement secondaire, dont le but est précisément de fournir cette < culture générale ». Mais, si l'on en

croit le directeur de Tlnstruction publique du canton de Neuchàtel — dont les écrits témoignent d'un sens pédagogique profond — le mal irait plus loin encore et atteindrait jusqu'à l'éducation : < Aujourd'hui, dit-il en effet, dans un rapport remarquable, on peut affirmer qu'à peu d'exceptions près, l'instruction étouffe l'éducation, et que la préoccupation dominante est de former des intelligences plutôt que des hommes. Ce défaut est en grande partie le résultat de l'organisation scolaire actuelle, avec ses études forcées, et surtout cette absence de liberté pour le maître, qui devait jusqu'ici viser l'examen pour se faire apprécier, et remplir un programme détaillé dont Tétendue et la précision exagérées ne laissait aucune place à l'éducation » (*) .

Des griefs d'ordres divers dirigés contre le baccalauréat, les plus importants à mes yeux, parce que, — moyennant certaines distinctions seulement, — ils valent dans tous les pays, ce sont \es, grùfs d ordre pédagogique : « On fait sa première communion, a dit un homme d'esprit, pour en finir avec la religion ; on se marie pour en finir avec l'amour; on passe son baccalauréat pour en finir avec les lettres. » Et, dit M. Boutmy, cette dernière critique ne s'est que trop» souvent vérifiée; trop souvent, et, pour un très grand nombre de jeunes gens, les études du collège ont défiguré et appauvri, par un déplorable effet d'optique, la conception qu'ils se forment de l'activité intellectuelle, au cours de toute la vie > (*j. C'est qu'en effet, cette confusion déplorable s'établit dès le collège : « Trop souvent, dit M. Bigot, l'enseignement et l'examen, qui devraient toujours se prêter la main et tendre au même but, deviennent, dans la pratique des antagonistes. Le professeur c|ui parle dans sa chaire n'a souci — et cela même est son honneur — que des intérêts de la science ; mais

(1) Rapport du Conseil d'Etat au Grand Conseil, concernant le projet de loi sur V Instruction publique {VJQO). p. 4G.

(2) Op. cit., p. 47.

rélève, d'autre part — et cela est une inévitable nécessité — tout en suivant ses leçons, songe sans cesse à Texamen qui se trouve au bout du cours et où l'important pour lui est de ne pas échouer. Le mauvais élève, qui n'a cessé de mécontenter son maître, se rit de celui-ci lorsqu'à la fin de l'année il a conquis son diplôme ; et de quoi l'approbation du maître sert-elle à l'élève qui a réussi à le mieux satisfaire, si, au bout de l'année, le diplôme fait défaut? » (»).

c Le grand tort du baccalauréat, a été de dispenser des bonnes études. 11 n'a empêché d'être de bons élèves aucun de ceux qui voulaient bien en prendre la peine, mais il a épargné ce souci à ceux qui ne demandaient qu'à s'en affranchir. Il s'est mis à la portée de la médiocrité et de la paresse. Il a offert le succès facile à tous ceux qui, après avoir perdu leur temps de dix ans à dix-sept, voulaient bien faire un petit effort suprême et donner un coup de collier à la dernière côte. Un nouveau genre d'humanités a été découvert, que jusque-là aucun siècle n'avait connu : à savoir la préparation du baccalauréat. Ces humanités nouvelles consistent, non plus dans la connaissance du grec, du français et du latin, dans le commerce des littératures classiques, dans le profit recueilli par l'intelligence à étudier patiemment la philosophie ou l'histoire, mais bien dans la possession de deux ou trois cents textes de versions latines dont les examinateurs ne sortent guère, dans l'assimilation plus ou moins indigeste d'une quarantaine de lieux communs dont l'un ou Tautre peut toujours trouver son placement en un sujet quelconque, dans un certain nombre de faits et de dates appris par cœur et permettant de répondre au moins par à peu près à un certain nombre de questions prévues,

c Une branche d'industrie nouvelle a surgi à côté du chef d'institution marchand de soupe qu'avaient peint les satiriques de la génération précédente, on a vu apparaître « l'entraîneur > aux examens du baccalauréat.

c Voici, en effet, comment cela se passe : Un fruit sec de rhétorique ou de philosophie est introduit, à tant par mois, dans ce

(i) Op. cit., p. 210.

que Targot des cl)llèges à appelé un « four à bachot ». Là, il est soumis à une discipline régulière et savante ; on lui corrige chaque jour Torthographe et les solécismes, on lui met dans la tête, par rations bien dosées, autant île questions et de réponses que sa mémoire est capable d'en retenir ; durant trois mois ou six mois on le surveille, on l'exerce on réchauffe, ne lui laissant jamais perdre de vue le résultat à obtenir, se gardant bien de provoquer en lui aucune curiosité inutile, lui apprenant tout juste ce qu'il a besoin de savoir.

« Enfin, le grand jour arrive : le candidat comparait devant ses juges. Il est reçu, tout juste avec autant de rouges et de noires qu'il en fallait pour ne pas échouer. Demain il aura hâte d'oublier tout ce qu'il avait fiévreusement retenu : qu'importe ! le voilà bachelier. C'est tout ce qu'il voulait, c'est tout ce que voulait sa famille, c'est tout ce que voulait son entraîneur.

« Rendre impossible la préparation hâtive et factice et, pour ainsi parler, le « forçage i en serre chaude des candidats, faire que la pratique consciencieuse des exercices classiques devienne la préparation et la seule préparation possible de l'examen, à cela doit tendre toute la réforme du baccalauréat > (').

€ Le baccalauréat, dit le Rapport général de l'Enquête française, imprime une mauvaise direction aux études. Il crée des périodes de fièvre et de surmenage intellectuel auxquelles ne survit aucune culture sérieuse. Son programme devient forcément le programme de l'enseignement. Les élèves négligent toutes les matières qui ne font pas l'objet d'épreuves à l'écrit ou à l'oral de l'examen ('j. Par suite, toute initiative pédagogique est entravée ; tout progrès est rendu impossible. >

Pour M. Lavisse, le baccalauréat est un c conservateur d'uniformité et par conséquent d'inertie ; il asservit et démoralise les études 1. En effet, « il est le directeur intellectuel de l'écolier.

(i; Ibidem, p. 2U à 218.

(2) A Tenquéte . M. Bouchard, t. I, 630. ^ Par une conséquence fatale, le programme de Texamen devient le programme de renseignement. C^est une entrave apportée à l'action éducatrice des professeurs."

Dès que celui-ci arrive aux classes supérieures, il consulte sort programme. L'élève de troisième sait que la partie de l'histoire et de la géographie qu'on lui enseigne ne figure pas sur le programme — par hasard, des choses ne s'y trouvent pas ; — il les néglige. Je prévois tout de suite l'objection : € Mais alors, s'il n'y avait pas du tout de programme, l'écolier n'étudierait rien. » Et je réponds : < Si des maîtres ne se croient pas capables d'intéresser leurs élèves à leur enseignement, sans l'appât de la récompense, ou bien ils ne sont pas de vrais maîtres, ou bien ils sont trop modestes et se calomnient.» Au temps où je faisais mes études, nous n'entendions jamais parler du baccalauréat ; il y avait dans les classes de mauvais élèves, comme il y en aura toujours, mais il y en avait de bons et qui travaillaient ferme. D'ailleurs, à la rescousse du sentiment du devoir auquel il faut d'abord et toujours faire appel, ira le sentiment de l'émulation, si actif dans les jeunes âmes. Et supposez un instant que le baccalauréat n'existe plus, que la sanction des bonnes études soit simplement une constatation des bonnes études, délivrée à la sortie du collège, pourquoi donc ne serait-elle pas recherchée ? Si le baccalauréat hypnotise l'écolier, c'est par l'importance qu'il a prise ; parce qu'il est plein de promesses énormes, aux trois quarts menteuses; parce qu'il a des exigences excessives, et enfin parce qu'il se présente comme une partie à jouer, difficile et hasardeuse, et qu'il faut gagner à tout prix. Dès lors, Técolier n'est plus un écolier, il est un candidat ; il appartient non plus à son maître, mais à un programme ; il apprend non pour savoir, mais pour répondre, un jour dit, à un questionnaire 3 (^).

M. Jules Lemaître a dit de même : < Présentement, le baccalauréat gène sans profit ceux qui le préparent, élèves et professeurs, et il accable et abrutit ceux qui le font passer.

€ Supprimez-le ; donnez, par suite, de l'aise et du jeux aux programmes ; et, du coup, l'enseignement deviendra plus pratique et plus efficace, le maître ayant recouvré sa liberté d'action. Car

(1) Becue de Paris, art. cit. p. 900 et article dans le Temps.

dominé voiis savez, tant vaut le maître, tant vaut renseignement. Ce qu'il faut avant tout, c'est agir sur les esprits, et rinstruction elle-même ne doit être considérée que comme un procédé essentiel d'éducation.

< Et ne craignez pas que les professeurs, délivrés du bacca* lauréat, soient tentés d'en prendre trop à leur aise. C'est plutôt la rigueur des programmes et la nécessité de préparer les élèves aux examens qui favorisent, sinon la paresse des maîtres, du moins leur insouciance et leur indifférence. Une liberté plus grande aurait pour effet, en les contraignant à plus d'initiative, de les intéresser davantage à leur œuvre.

« J'ai été cinq ans professeur de rhétorique. En dépit du baccalauréat et des programmes, je parlais de mille choses à mes élèves, et je crois avoir développé en eux la sensibilité esthétique et le sens moral. Mais enfin les programmes étaient là, et il fallait bien, de temps à autre, expliquer à ces enfants un peu de grec, quoique je sentisse clairement qu'ils n'en garderaient jamais rien, et quoique je fusse persuadé que la lecture, chaudement commentée, d'une simple traduction eût mieux valu pour eux. Bref, si le baccalauréat n'eût pesé sur nous, ma jeune bonne volonté et mon commencement d'expérience leur eussent été bien autrement profitables » (*).

Et, en efl'et, on peut se demander si le baccalauréat ne doit pas une partie de la faveur dont il jouit, malgré ses défauts, à son rôle de dernier rempart des études latines ? M. Benoist n'est pas éloigné de le croire : « Tant que l'élève, dit-il, verra qu'il a encore devant lui quatre, cinq ou six années qui le séparent du baccalauréat, on ne lui fera jamais étudier sérieusement le latin ni le grec. Il sait très bien aussi qu'aux approches du baccalauréat on modifiera radicalement les méthodes qu'on lui a imposées jusquelà et qu'on lui laissera entre les mains, sans aucune restriction, toutes les traductions possibles et imaginables. Il se réserve pour ce moment-là » (*).

(1) „ La réforme de reiisei^uement **, conférence du 6 juin 1898, à la Borbonne.

(2) Ij€ latin en trois ans^ p. 47.

Des opinions analogues se sont fait jour en Suisse : « Au point de vue pédagogique non plus, proclamait la commission déjà citée de la Société vaudoise de médecine, les examens ne remplissent pas leur but. Un de nos meilleurs maîtres disait : « Ce ne y sont pas les élèves qui subissent Texamen, c'est nous ; et pour

> que ma classe marche aussi bien que celle de mon collègue, je

> suis obligé de faire travailler mes élèves, de les pousser, de ^ leur faire répéter et répéter les choses jusqu'à ce qu'ils les sa- * chent absolument par cœur. Je sais fort bien que je les fatigue, :> que je les surmène, mais ce que je sais encore mieux, c'est

> que, si je ne le fais pas, c'est moi qui serai réprimandé après

> l'examen. >

< Voilà en effet les conséquences de l'examen : on s'empresse d'achever le programme, ce qui se fait à toute vapeur en entassant notion sur notion, connaissance sur connaissance dans le cerveau de l'enfant, puis lorsque ce programme a été rapidement parcouru, on commence la répétition. On en fait une, deux, trois, selon l'habileté du maître et la docilité des élèves. Les questions et les réponses sont apprises plus ou moins par cœur. Il en résulte un simple exercice de mémoire, sans que l'intelligence soit mise en jeu. A l'examen, les réponses sont excellentes, en général, mais, quelques semaines après, si on interroge les élèves, on ne trouve plus rien de net dans leur esprit. L'examen, qui devrait être un moyen, devient un but > {^}.

Cette critique ne s'adresse pas au baccalauréat en particulier, elle vise les examens en général, mais on reconnaîtra qu'elle touche juste, surtout pour le baccalauréat, le plus sérieux de tous les examens du degré secondaire.

Un professeur vaudois, homme de sens et d'expérience. M. Kd. Marrel, dit de même : c Je dois dénoncer une fois de plus l'institution des examens comme un des plus importants d'entre les facteurs qui empêchent et paralysent tout effort vers le mieux, vers un enseignement secondaire plus large, plus intellectuel et moins mécanisé. On a tout écrit contre l'abus de

0) Op. cit., p. 13

- Ai -

Texamen... et pourtant, si combattu qu'il soit, il persiste à jouer son rôle négatif et continue à fausser, du maître à l'écolier, la notion exacte du but de l'enseignement. — Aujourd'hui comme autrefois, les uns et les autres n'ont à cœur que d'arriver au résultat exigé par le programme d'examen. La portée éducative et intellectuelle de l'instruction disparaît totalement en regard de ces exigences qui consistent moins à montrer le développement harmonique de l'élève que sa faculté de mémoriser d'inconhérents extraits qu'il oubliera sitôt l'épreuve terminée » (*).

Parmi les défauts qui tendent à rendre illusoire la valeur pédagogique du baccalauréat, le premier à noter est le caractère chanceux de cette épreuve: « Les examens, disait déjà avec un profond bon sens F". M. L. Naville, en 1832, doivent être tels que le succès ou le non succès de l'élève ne puisse pas être considéré comme un accident heureux ou malheureux, et ce n'est même pas là le seul critère sur lequel il faut le juger (l'élève) » (*).

Or, il semble que ce principe, d'une justesse évidente, ne soit guère réalisé dans les examens de baccalauréat. T'avais fait cette remarque, étant écolier ; tous les collégiens la font, soyez-en sûr ; et parmi les pédagogues, ceux-là seuls paraissent en douter qui ferment les yeux pour ne pas voir. Les déposants à l'Enquête française ont dû en convenir : t Envisagé comme examen, le baccalauréat manque d'équité. Il est inégal et très aléatoire. Ue bons élèves échouent et de mauvais sont reçus. On voit souvent les mêmes candidats obtenir, sur les mêmes matières, des notes très différentes à deux sessions successives > (^j.

(1) „ La réforme de renseignement **, dan» la Suiue nnivertitaire de novembre 1899.

(2; De l'éducation jmblique, etc., par F. M. L. Naville, Ministre du saint Rvangile, membre de la Compafçnie des Pasteurs et Professeurs de Genève, de la Société suisse d^^tilité publique, de la Soelété de la Morale chrétienne, etc., ouvrage offert par Tauteur au P. Girard, p. 172.

(8) Rapport général ^ p. 6.

€ Dans la plupart des cas, a dit M. Jules Lemaître, le baccalauréat, littéraire ou scientifique, ne prouve rien. Le hasard y joue un trop grand rôle. Le baccalauréat prouve moins que ne feraient les notes données et les certificats d'études délivrés dans les lycées et, sous le contrôle paternel de TEtat, dans les établissements libres » (*).

C'est aussi l'opinion des médecins vaudois : « Au point de vue moral, disent-ils, l'examen et le prix ne se défendent pas. Le hasard y joue un trop grand rôle : tel qui n'a pas travaillé pendant l'année peut passer brillamment et vice-versa » (*J.

< On sait ce que sont les examens, dit excellemment M. le conseiller (Quartier-La Tente, on connaît les chances des candidats à puissante mémoire et à tempérament calme et les mauvaises chances des candidats nerveux et timides > (^).

c L'examen, reprend à son tour M. le professeur Herzen, ne saurait en aucun cas être le seul critérium du mérite des élèves, mais simplement, si on y tient, un supplément de critérium, et un supplément tout à fait secondaire et fort sujet à caution. L'usage qui existe encore dans quelques pays de s'en tenir à un seul sujet^ qui est souvent le seul qu'un bon élève ait oublié ou le seul qu'un mauvais élève ait jamais appris ; l'état émotionnel absolument anormal de la plupart des élèves, sauf de quelquesuns qui jouissent d'un « aplomb » ou d'un « toupet » à toute épreuve ; l'avantage évident offert à ceux qui jouissent d'une bonne mémoire au détriment de ceux qui l'ont moins bonne ; la manière plus ou moins claire, plus ou moins simple, plus ou moins aimable d'apostropher les élèves, qui peut tantôt les calmer et les encourager, tantôt les interloquer complètement et leur rendre impossible de se débrouiller ; tout cela suffit amplement pour faire de l'examen, une espèce de loterie pédagogique, ou plutôt une comédie dont tout le monde connaît le secret et à

(1) Dùc(wr« ciU.

(2) Rapport cité.

rS) Rapport cUt^ p. 47.

laquelle personne, dans son for intérieur, n'attache plus une grande valeur, mais à laquelle on tient par habitude, par inertie.

€ Si l'examen était juste, les « premiers > seraient admirés et estimés par leurs camarades, tandis qu'actuellement, les < veinards » de l'examen ne sont qu'enviés et souvent méprisés, quand ils ont trop effrontément < frouillé » sur plusieurs branches » (*}.

Voilà ce que le baccalauréat fait dire de lui, même dans les pays où les juges sont les maîtres eux-mêmes, par le fait seul qu'il est un examen terminal à programme défini (*). Là où le jury est c extérieur » à l'établissement, et par conséquent ne connait pas les candidats, le caractère chanceux de l'épreuve est encore bien plus marqué et les plaintes plus violentes :

« Il faut, dit M. Lavisse, tenir compte du hasard des questions que l'examinateur pèche dans la mer immense du programme. Ce n'est donc point sans raisons sérieuses que les candidats disent qu'ils ont eu ou n'ont pas eu de la chance. C'est une chance que d'être tombé sur telles questions et sur tels juges ; c'est une malchance que d'être tombé sur telles autres questions ou tels autres juges. De là, par une transition naturelle, l'idée qu'il faut apporter au jeu le plus grand nombre d'atouts possible.

Cl Dans tout le monde des candidats, dans leurs familles, l'opinion est établie que le « coup de piston » est nécessaire. Et les résultats de l'examen, où malheureusement, à chaque session, de bons élèves échouent et de mauvais réussissent, autorisent cette opinion malfaisante. Oui, malfaisante, car, habituer les jeunes gens à croire que l'examen de sortie du collège et d'entrée dans la vie est affaire de chance et de faveur, c'est trop les préparer aux mœurs d'une démocratie que les politiciens démoralisent par le perpétuel échange de services entre patrons et clients, qui s'est substitué à la justice > (").

(1) "Ce que valent le» i-xamens „ Educateur de» 1er et 15 mars 188'.».

(2) Je proposerai pluti loin un sy.stènie «rexanien terminal sanâ programme détint, et par consétiuent sana caractère dianeeux.

(3) " Contre le ljaccajaurt5at ^ licvue de Paria, 16 décembre 18i)8, p. U06 et iW,

Et, à l'appui du reproche d'injustice fait au baccalauréat on apporte des statistiques éloquentes :

a Des relevés insérés dans le remarquable exposé des motifs de M. Combes, il résulte que l'immense majorité des candidats reçus passe tout juste, et que, de ceux-ci, un grand nombre, — on n'en saurait douter, — sont admis par chance ou par grâce. A ne considérer que le baccalauréat classique, les épreuves de la première partie n'épargnent que 38 pour 100 des inscrits, et sur ces 38 pour 100, 50 pour 100 succombent encore aux épreuves de la seconde partie. Cela réduit à J9 pour 100 le nombre des candidats qui, finalement, passent. Ces hécatombes sont-elles dues à une judicieuse sévérité et indiquent-elles une moyenne élevée de talent et de savoir ? Hélàs! non. En effet, 32 pour 100 sur les 38 pour 100 de la première partie, et 12 pour 100 sur les 19 pour 100 de la seconde partie n'obtiennent même pas la note <« assez bien > et ne dépassent pas la mention < passable >, on devine à quel degré de médiocrité correspond ce dernier terme. Je me demande à quoi peut servir et ce que peut signifier un examen qiii donne de tels résultats. Je ne lui sais gré que d'une chose, c'est d'avoir mis en lumière et précisé par des chiffres un fait dont, à vrai dire, on n'a pas tenu grand compte jusqu'à ce jour. Ce fait, c'est que notre système d'instruction secondaire, le baccalauréat aidant, tend à multiplier, dans une mesure énorme, le nombre des dévoyés et des déclassés » (*).

i Sur 100 élèves, dit M. Ribot, qui suivent jusqu'au bout la filière, il y en a 32, c'est-à-dire près d'un tiers, qui n'arrivent pas à obtenir, même après un ou deux échecs, le diplôme de bachelier f '). Parmi les deux autres tiers, combien n'arrivent que par une préparation mécanique, par un effort de mémoire ! » (^).

Et ailleurs, reproduisant la déposition de M. Lavisse à l'Mnquéte : < Un autre inconvénient très sérieux de l'examen comme il est pratiqué, le voici : le résultat dépend en grande partie de la

il) Botitiny, Op. cit., p. a*.

(^) Statistique connu iiiiiq née par M. I/iard, tllri'ctour de renseiiçneiix'iit «iipérieiir.

(3) Op. cit., p. 4.

chance. Tous les examinateurs jugent en conscience, mais les uns sont très sévères, les autres très indulgents. Un candidat, refusé dans telle série, aurait été reçu dans telle autre, ou inversement. On peut être à peu près certain d'avance qu'une série où se trouve tel examinateur n'aura que 5 ou 6 admissibles sur 25, pendant qu'il y en aura 15 dans la série d'à côté. Aussi les candidats essayent-ils de se protéger contre la chance par tous les moyens. Le plus honnête est la recommandation ; ils croient tous que « le coup de piston est nécessaire ». Nous recevons des lettres, avant l'examen, où on nous assure que nous n'avons « qu'un mot à dire > pour assurer le succès, et après, si le succès est venu, l'on nous remercie de la bienveillance exceptionnelle des juges qu'on a fort bien remarquée. Or, vous pensez bien que, hors le cas où une lettre contient un fait précis et qui doit être, dans l'intérêt de la justice, communiqué aux examinateurs, nous ne prêtons aucune attention à ces suppliques. Mais le fait que les parents et les élèves croient à l'efficacité de ces procédés a sa gravité. Dois-je ajouter enfin qu'un trop grand nombre de candidats ont recours à la fraude } Certainement, l'examen, comme il est pratiqué, est démoralisateur >.

M. Lavisse cite même un exemple : « Au cours de la session d'examen d'octobre-novembre 1898, dit-il, au moment où j'allais entrer dans une salle où je devais siéger, quelqu'un m'arrêta et me dit : «Je suis professeur au lycée Condorcet; en juillet dernier, le meilleur élève de ma classe, le premier, a été refusé. Il se présente aujourd'hui dans la série que vous présidez. Je viens, non pas vous le recommander, mais appeler sur lui votre attention. » J'examinai le livret scolaire ; il était celui d'un élève de premier ordre. Que lui était-il donc arrivé en juillet ? Sa composition de philosophie avait été cotée 16, le minimum étant 20. Dans ces conditions, l'écart entre la note obtenue et la moyenne était trop grand, le livret scolaire n'avait pas été consulté. Tant qu'il y aura un examen et une c dignité de l'examen », ces erreurs se répéteront : un très bon élève aura pour une fois mal composé ; il aura eu mal à la tête, que sais-je ? Ou bien il aura été jugé sévèrement. Et il sera refusé. Le candidat dont je parle fut reçu en

novembre avec la mention très bien et des félicitations ; mais il avait été refusé en juillet, lui, le premier de sa classe, alors que certainement de médiocres élèves et peut-être de mauvais avaient été reçus. Si Ton faisait une enquête auprès des proviseurs sur les résultats de Texamen du baccalauréat, on constaterait certainement qu'ils sont souvent injustes et propres à démoraliser les écoliers > (^).

Enfin M. Gebhart n'est pas moins convainquant : « Ils ne sont pas contents, dit-il, les écoliers. Ils tombent comme capucins de cartes à ce fatal examen, que je n'ose plus désigner par son nom, car, plus j'ai essayé de lui faire du mal, plus il s'est regimbé, plus il est devenu homicide. Ils s'en prennent aux examinateurs, et ils ont bien tort. L'autre jour, ils ont porté leurs doléances à M. Sarcey, qui leur a répondu de bonne encre. Malheureusement, il y avait une erreur importante dans leur confidence : t Sur quarante candidats, disaient-ils, neuf seulement furent admissibles, » Or, ce n'est pas quarante, mais vingt-six qu'il fallait écrire. Et, le lendemain, c'était huit seulement sur vingt-sept, et le surlendemain, sept, sur vingt-six candidats ! » (').

Le second défaut du baccalauréat actuel — au point de vue pédagogique toujours — c'est la complication de son programme^ la multiplicité des branches qui y figurent, et comme conséquence, le rôle par trop prépondérant que la mémoire est appelée à jouer dans la préparation de cet examen,

< En ce qui concerne les programmes, dit le Rapport général sur l'enquête française (^), on s'accorde à reconnaître d'une manière à peu près unanime qu'ils ont un caractère trop encyclopédique et qu'ils contribuent puissamment à rendre l'examen

(1) Ibidem, p. 2!;u à iâ7.

(2) ^ La crise de l'en», sec. ** Journal des Débats du 9 août 1898. (8) Op. cit., p. SS,

aléatoire (*). Leurs auteurs semblent avoir perdu de vue que les études secondaires ont uniquement et essentiellement pour but la formation de l'esprit et la culture de Tintelligence. En introduisant dans les plans d'études une foule de matières qui sont plutôt du domaine de l'enseignement supérieur, telles que la philologie, la métrique, l'histoire littéraire, on oblige l'enfant à faire appel à sa mémoire, au lieu de recourir surtout à la raison et à la réflexion. Le baccalauréat, qui jadis était la conclusion naturelle des études et qui ne comportait aucune préparation spéciale, est devenu un examen que l'on prépare artificiellement et qui dénote des connaissances purement superficielles, extérieures en quelque sorte à l'esprit. L'accumulation même de ces connaissances mal digérées et vite oubliées inspire fréquemment aux élèves le dégoût de toute culture sérieuse et leur fait perdre toute espèce de curiosité scientifique (*j.

(1) A l'enquête: Picot, t. 1, p. 61. C4ebliart, p. m). BoUsier, p. 71. P. Leroy-Beaulieit. p. 118. Douinic, p. 176. Bruneticre, p. l84. Brouardel, p. 207. Garsonnet, p. 223. Glasson, p. ifVi. Darboux, p. SU. Lnchelier, p. 325. Boutroux, p. .^41. Havret, t. Il, p. 278. De Lapiiareiit, p. 289. Morcl, p. 473. Charost 477. Terrât, p. 659. — Rapport île la Société dVnstiiçnemeiit supérieur, t. IV, p. .145. — Berne», rapport, t. IV, p. 388. — Voir cependant : Autard, t. 1, p. 450. Jaurès, t. II, p. 3U: **Je ne crois pas que Tabondance des matières des programmes résulte d'une sorte de politesse réciproque des professeurs chargés de les rédiger ; je suis convaincu que le mourcnu^nt naturel et spontané des choses aboutit forcément à mettre en harmonie avec la complexité des connaissances acquises d'une époque la complexité de5) programmes oh se résument les études de la bourgeoisie.**

(2) A l'enquête : Brouardel, t. 1, p. 209. „ Le programme du baccalauréat est trop ency. clopédique. ÏAi Jeune homme a perdu toute espèce de curiosité scientifique : il est en quelque sorte dégoûté des sciences, il ne s'y intéresse plus... „ Darboux, t. I, p. 303. '^On a introduit successiTcment, dans le plan d'études, les sciences, l'histoire, les langues vivantes, la philosophie et, comme si ce n'était pas sulflsant, ou a fait encore de la philologie et de l'érudition à propos des langues mortes et vivantes. Il n'y a pas de cerveau qui puisse résister à une pareille accumalation de connaissances; elle est propre k dégoûter de toute étude; elle explique un fait qui nous alfligc beaucoup, c'est ce manque d'intérêt que les élèves manifestent... „ Lachelier, t. I, p. 324 et suivantes. — Rapport de la Société d'enseignement supérieur, t. IV, p. 345. „ Mais voici qui est plus grave: la véritable nature, l'esprit, l'espace de l'enseignement secondaire semblent avoir été étrangement méconnus... Et c'est ainsi qu'on a été fatalement conduit k enfler démesurément les pn^grammes, k leur donner ce caractère encyclopédique que tout le monde s'accorde k déplorer... L'enseignement secondaire a dévié peu k peu de son but... ; forcer les élèves k savoir un peu de tout, c'est leur interdire de rien savoir k fond, c'est rendre impossible cette éducation de la pensée qui consiste en une imprégnation lente et suppose, comme tout système d'habitude, que l'esprit a été maintenu longtemps dans la même direction. — Lippmann, t. II, p. 34. „ Les bacheliers qui font de la médecine ont l'horreur de tout c<' qui ressemble k un enseignement **.

« Il est donc de toute nécessité d'alléger les programmes des études secondaires, ce qui aurait pour conséquence d'alléger ceux de l'examen lui-même. Il faut également établir plus de concordance entre les programmes du baccalauréat et le plan d'études des hautes classes. Actuellement une partie seulement des matières qui sont étudiées dans les classes des lycées figurent au programme de l'examen ; d'où cette conséquence que, seules, elles font l'objet des préoccupations des élèves, et que les autres, dépourvues de sanction, sont forcément et systématiquement négligées. Pour remédier à cet état de choses, il faut rapprocher autant que possible du programme des études le programme du baccalauréat, de telle sorte que toutes les matières importantes qui sont étudiées dans les classes de rhétorique et de philosophie soient représentées à l'examen par une épreuve ou une interrogation. Un certain nombre de déposants proposent même de n'assigner au baccalauréat pour programme que le programme des études elles-mêmes (*).

€ Ce serait, dit-on, le moyen de supprimer les préparations artificielles et de ramener aux études l'esprit des jeunes gens qui s'en détourne pour se porter exclusivement vers le baccalauréat. Il serait bon, dans le même ordre d'idées, de simplifier le programme de l'examen, de le f réduire au minimum, en n'y traçant que quelques grandes lignes, au lieu de descendre dans le détail (*). L'examinateur aurait alors plus de latitude pour interroger l'élève, et chercherait d'avantage à se rendre compte de la culture générale de son esprit, ce qui est pour lui la seule chose intéressante à connaître. »

f L'élève, dit M. Ferneuil {% doit répondre sur une série de questions embrassant tout l'ensemble de ses études, depuis la huitième jusqu'à la rhétorique inclusivement, c'est-à-dire un espace de huit ans. Comment veut-on que la mémoire ne croule pas sous une pareille accumulation de connaissances ? Comment

(1) A lViU|U**tt».: Picot, 1. 1, p. 47. Gebhart, p. «3. Bninetière, p. 184. Bernés, t. IV, p. 399. '2) A IVnquête : Boissier, 1. 1, p. 71. (3) Op. cit., p. 262.

— So —

veut-on que l'esprit s'assimile un amas aussi indigeste de faits, de dates, de noms, de formules et d'idées ? »

Si l'on cherche d'où provient la surcharge infligée aux programmes du baccalauréat, on trouve les mêmes causes — multiples et très diverses — qui ont amené l'encombrement des programmes de l'enseignement secondaire en général ('). C'est d'abord, dans les pays où le baccalauréat est devenu * professionnel, » un motii d'ordre social, bien indiqué par M. Boutmy : i Une première conception fausse, dit-il, en entraîne une suite d'autres et toutes forment ensemble un cercle d'où l'on ne parvient plus à sortir. Le fait que le grade de bachelier procure un avancement marqué dans la hiérarchie sociale, éveille l'ambition d'une multitude de gens qui autrement ne s'en soucieraient pas. Naturellement, plus le nombre de ces candidats augmente, plus décroit la moyenne des capacités sur laquelle les examinateurs règlent involontairement la moyenne de leurs exigences. Le niveau de l'examen tend donc à s'abaisser, et il y a danger que les médiocrités ne le passent en foule. Pour arrêter ce flot montant, on n\i pas trouvé de moyen plus sûr que de le rendre plus étendu et plus varié. Le baccalauréat a été maintes fois et largement modifié depuis qu'il existe ; on l'a dédoublé, on l'a divisé en séries. A travers toutes ces transformations, son programme n'a changé que pour s'enrichir, jamais du moins la liste des matières n'a été raccourcie. Actuellement, le baccalauréat classique comprend treize épreuves portant sur dix ou douze matières, dont quatre langues et trois littératures, l'histoire, la géographie, la philosophie, les mathématiques, la physique, la chimie et l'histoire naturelle. Le programme du baccalauréat moderne est encore plus chargé. On a procédé comme si la dignité et la force probante d'un examen se mesuraient au nombre et à la diversité des sujets d'interrogation.

« Tous ces expédients ont été vains : le niveau de l'examen ne s'est pas relevé, au contraire, et, en vérité, cela était facile à prévoir.

(1) Voyez plus bas, p. 187 et suivantes,

« Posséder réellement cet ensemble de connaissances et les avoir toutes présentes à un moment donné supposerait une acuité, une mobilité d'intelligence, une puissance d'attention et de travail, qui excèdent infiniment ce dont est capable même une bonne tcte de dix-huit ans. Il y a là plus qu'il ne faut pour embarrasser les jeunes gens les mieux doués et rendre leur succès incertain, si peu (ju'on les pousse sur ces différents sujets. On ne veut pas s'exposer au danger de les voir échouer ; ce serait compromettre le recrutement des hautes carrières libérales, on se résigne donc à tenir l'examen très bas, ils sont assurés ainsi de le passer, mais beaucoup de jeunes gens que, pour l'honneur du grade, on devrait éliminer, le passent avec eux ».

Ou bien c'est une raison pédagogique, intention très louable mais préjugé singulier : c On tient, dit encore le même auteur, que le meilleur moyen de remédier à ce qu'il y a d'aléatoire dans les épreuves et d'aboutir à une bonne sélection, c'est de les multiplier et de les varier de laçon que le candidat qui s'est montré insuffisant sur l'une d'elles ait chance de couvrir son déficit par de meilleures réponses sur d'autres points. C'est méconnaître deux vérités très simples : la première est qu'un esprit ne montre jamais mieux sa valeur que dans les matières qu'il a étudiées avec grand soin et de tout son effort. On voit là ce qu'il peut faire quand il fait de son mieux, et jusqu'où il pénètre dans un sujet quand il s'y pousse à fond. Lorsqu'on le juge seulement d'après ses réponses sur des matières nombreuses et qu'il n'a pu aborder que superficiellement, — car, celles qu'il essayerait de creuser feraient tort aux autres, — on n'arrive pas à le bien apprécier, on ne connaît bien de lui que sa mémoire, sa présence d'esprit, ses qualités les plus extérieures et les plus spécieuses. On passe donc à côté du critérium précis et probant quand on lorce le candidat à êmietter son effort sur dix matières. »

Ou bien, enfin, c'est l'accroissement continu des connaissances humaines, qu'on a laissé influer plus qu'il ne l'aurait fallu sur le programme et le régime des études, c La liste des matières, dit encore M. Boutmy, s'est allongée pour faire place, soit à des sciences nouvelles qu'on ne croyait pas pouvoir tenir plus long-

temps en dehors d*un programme de culture libérale, soit à un ensemble de notions pratiques dont Tintroduction était réclamée par l'esprit positif de notre temps. L'idée qu'on a fini par se faire de l'éducation secondaire a cessé d'être homogène, elle embrasse, avec les humanités, un ensemble assez varié d'éléments scientifiques et même un commencement de préparation professionnelle > (^).

En fin de compte, par suite des défauts multiples que je viens de signaler, le baccalauréat en est arrivé à ne plus remplir du tout son rôle de sanction des études secondaires, a fie plus garantir ^ comme il devrait le faire, la culture générale des jeunes gens qui l'ont passé. Le reproche est grave et pourtant des auteurs considérables n'ont pas hésité à l'articuler : c Malgré ses apparences encyclopédiques, a écrit M. Boutmy, le baccalauréat actuel n'a pas la valeur et la signification d'un examen de culture générale. A la rigueur, le candidat pourrait éliminer autant de matières que notre système en supprime dans l'examen. En fait, il n'en élimine aucune, se partage entre toutes et, sur un très grand nombre, ne possède, en fin de compte, que des à peu près > (*j.

« Si l'on vient à peser ce produit de l'enseignement secondaire qu'on appelle un bachelier, s'écrie M. Guérin ("j, on est étonné de le trouver si léger. C'est hélas ! le cri public qu'il ne sait pas grand'chose et qu'il n'est propre à rien. Si cette affirmation partout répétée n'est pas sans exagération, on peut juger de l'arbre par le fruit. Un système d'éducation qui conduit un jeune homme jusqu'à dix-huit ou vingt ans sans laisser dans son esprit autre chose que des bribes de sciences diverses, mal liées, mal coordonnées et mal digérées, est assurément un système condamné, car il ne répond suffisamment à aucun des besoins auxquels une telle éducation doit satisfaire. >

M. Lavisse a fait des constatations analogues : « J'ai été bien souvent attristé par les réponses que je me suis entendu faire,

(l) Ov. cit., p. 31, 2fi à 28 et 60. ^2) Op. cit., p. îiô.

(3) Q|>. cit,, p. 7Ϋ.

dans l'examen du baccalauréat, à des questions sur les faits historiques les plus proches de nous et aussi les plus douloureux » (*)

Et la cause de ce déplorable état de choses, c'est le régime même de l'examen, l'encombrement de son programme, la brièveté de l'épreuve : « Un élève qui prépare un examen, disait déjà Demolins, est obligé, sous peine d'échouer, de se surcharger la mémoire de notions très générales, de manière à avoir une connaissance superficielle et momentanée des matières de l'examen. Dès lors, le livre par excellence pour cette préparation, c'est le manuel aussi allégé que possible. La seule faculté mise en mouvement^ c'est la mémoire, sans la réflexion. Kt le système d'instruction, c'est le chauffage. Et le résultat le plus net, pour le reste de la vie, c'est l'aptitude à ne parcourir que des surfaces sans en creuser une seule. Comme le dit si exactement M. Jules Lemaitre : « Un bachelier es lettres moyen, c'est-à dire un bon jeune homme, qui ne sait ni le latin, ni le grec, mais qui, en revanche, ne sait pas mieux les langues vivantes, ni la géographie ou les sciences naturelles, est un monstre, un prodige de néant » (*J.

« Tandis que l'essentiel devrait être, dans l'enseignement secondaire, l'acquisition et, dans la « maturité », la preuve d'un savoir sûr, d'une puissance indubitablement acquise, dit ]\t. P'insler, on tend vers tout autre chose : L'examen ne renseigne que sur la provision de connaissances emmagasinée par la mémoire des candidats y {^).

Et M. Lavisse reprend pour indiquer la seconde cause que j'ai signalée : « La rapidité d'un examen, où nous sommes supposés constater les résultats de plusieurs années d'études, est certainement scandaleuse. Nous ne pouvons pas examiner moins vite, et, en examinant si vite, nous ne pouvons pas bien examiner » (*J.

(1) Déposition à rcni|iiêtc. Ribot, Op. cit., ]\. 220.

{'/) L'éducation nouctUe, p. 60 et 61.

CA) Op. cit., p. 3(il.

(4) Revue de Vari», loc- cit. p. 905,

Après avoir énuméré, sans en omettre un seul, je crois, les griefs qu'on a fait valoir contre le baccalauréat, Timpartialité m'oblige à indiquer aussi les avantages qu'on lui reconnaît. Dans la grande enquête française, il faut en convenir, la majorité des témoignages reçus a été en faveur de son maintien, mais à la cofidition expresse quil soit débarrassé des inconvénients que tous lui reconnaissent. Se sont prononcés dans ce sens MM. Gréard (t. I, p. 12), Wallon 1^31^, Picot (46), Gebhart (61), Boissier (70), Bréal (77), Croiset (roo), P. Leroy-Beaulieu (148), Doûmic(i75), Brunetière (183), Brouardel (214), Rambaud (264), Fouillée (274), Glasson (281), Darboux (310), Léveillé (318), Mézières (322;, Boutroux(34i), Espinas (398), Pruvost (425), Fernet (433), Ducroc (516), Kortz (542), Blanchet (544), Gazeau (546), Bertagne (550), Dalimier (563;, F'ourteau (567), Dhonbre (572^, Déprez (574), Rousselot (58OJ, Frétillier (591), Poirier (II, [5), Prudham (30), Jaurès (38), Bedorez (79), Mangin (99), Régnier (1 17), H. Bernés (»35i» P^tit (ï45)' Chalamet (167), Faller (171), Belot (199), Lhomme (215), Rabaud (236), Pasquier (27OJ, Battiffol (275;, Avret {278), F'ournier (286), de Lapparent (289;, Houyvet (305), Laberthonnière (313), Vie (318), Oram (328), Gouraûd (333), Abel (340), Darlu (355), Blanchemain {382), de Montbrîsson (454), Dadolle (469), Morel (473), Charost (477), Maldidier ((496;, Terrât (558), Rocafort (6^9), Louis Passy, (654), Poincaré, (675), le ra|»port des recteurs des Académies de Dijon, t. III, p. 322. Aix, t. IV. p. 17. Bordeaux, p. 46. Grenoble, p. 135. Nancy, p. 210. Poitiers, p. 263, Rennes, p. 289. Toulouse, p. 307; le rapport du doyen de la Faculté des lettres de Montpellier, t. IV, p. 197 ; les professeurs des lycées de Paris, t. IV, p. 227 ; la Faculté des lettres de Paris, t. IV, p. 226; le rapport lait au nom de la Société d'enseignement supérieur, t. IV, p. 348; les résolutions de la Société pour l'étude des questions d'enseignement secondaire, t. IV, p. 352 ; le rapport fait au nom de la Société pour l'étude des cjuestions d'enseignement secondaire, par M. Henri Bernes (IV, 385); les rapports des Chambres de commerce: du Havre (V, 90), Lyon (114), Roanne (162).

De sorte que les c partisans du baccalauréat >, comme on les a appelés, ne sauraient être pris pour des partisans du statuquo.

— Si —

En outre, si on analyse les motifs de cette opinion, on s'aperçoit bientôt qu'elle est dictée, dans la plupart des cas, par des circonstances spéciales à la France, notamment par la difficulté de taire à l'enseignement libre, en dehors du système actuel, une part équitable mais qui ne puisse pas devenir excessive. Dès lors, ces témoignages ne constituent pas pour nous, en Suisse, une indication dont il faille tenir compte.

Les avantages reconnus au baccalauréat sont les suivants : c C'est pour beaucoup d'élèves, dit-on d'abord, un stimulant au travail et en même temps une cause d'émulation utile entre les divers établissements >. — Mais il est aisé de prévoir que ces résultats seraient obtenus d'une manière bien plus efficace encore par des examens échelonnés. Les élèves s'appliqueraient à un travail régulier plutôt qu'à une « chauffe * de quelques mois, et chaque maison d'éducation mettrait son point d'honneur à obtenir ce résultat, désirable en lui-même : le plus petit nombre possible de diplômes conquis par l'examen faisant fonction de « planche de salut >.

A la constatation que les candidats au baccalauréat ne travaillent qu'en vue de Texamen et négligent systématiquement tout ce qui n'est pas dans son programme, on répond : c Cela prouve que les programmes du baccalauréat doivent suivre de très près ceux des classes et n'omettre aucune matière essentielle de l'enseignement. > — En d'autres termes, le remède est dans un programme encore plus chargé que celui sous lequel nous gémissons déjà ; dans une récapitulation générale encore plus minutieuse et par conséquent plus funeste que celle actuellement nécessaire. Ce remède est pire que le mal, tandis qu'avec le système des examens échelonnés, rien n'est plus facile que de suivre de près le programme des classes, rien n'est plus naturel que d'examiner sur toutes les branches, et on y parvient sans produire de surcharge parce que le rapprochement des épreuves entre elles diminue la tâche incombant à chacune d'elles.

Sans le baccalauréat, disent quelques-uns (*), les élèves qui, déjà, travaillent peu, travailleraient moins encore. > — C'est

(1) MM. Eapinas (1, 898), Bertafirne (560), Bernés (II. 136).

possible, mais ces indolents ne seraient-ils pas tenus bien mieux en haleine par des < répétitions », c'est-à-dire des interrogations fréquentes, sanctionnées chaque fois par une note concourant au classement final ? Cela, sans parler des habitudes d'ordre et de régularité dans le travail, que le système engendrerait et auxquelles on ne saurait accorder trop d'importance. Le système des « répétitions > est en usage, par exemple, à l'Ecole polytechnique suisse où il donne des résultats excellents.

Le baccalauréat, ajoute-t-on enfin — mais, ici j'ai bien peur qu'on ne se paie de mots — agit efficacement comme régulateur des études ; c'est un moyen de progrès uniforme. Son action éducative se produit non seulement par rapport aux élèves, mais par rapport aux maîtres. Il a contribué puissamment en France, au renouvellement des études >. — Quelles preuves en donne-t-on ? : € J'ai constaté, dit M. Jaurès (*), que les professeurs qui s'attardaient dans une philosophie un peu immobile, qui ne se tenaient pas au courant des nouveaux travaux, étaient obligés de rejoindre leurs collègues plus avancés, par les exigences du baccalauréat ; j'ai constaté également que le baccalauréat, bien loin d'être un moyen d'uniformité dépressive, était au contraire un moyen de progrès uniformes, car il obligeait les professeurs de l'enseignement secondaire à se renouveler et à suivre le mouvement qui entraine les professeurs de l'enseignement supérieur... Ainsi il se produit une action éducative du baccalauréat, non seulement sur les élèves, mais sur les maîtres >. — A combien plus forte raison, cette action éducative ne se produira-t-elle pas lorsque l'enseignement, débarrassé du souci de l'examen final, pourra prendre toute l'envolée dont les maîtres seront susceptibles } C'est alors que professeurs et élèves liront les œuvres des maîtres de la science et se renouvelleront à leur contact. Dans cette fréquentation des universitaires, ils pourront alors chercher la source vive : aujourd'hui, du moins en France, ils y cherchent surtout l'indication des manies propres aux examinateurs et les phrases

(1) Enquête, t. II, p. 42.

- ïf --

qu'il peut être adroit de leur « servir > au bon moment (^). Le baccalauréat, ajoute M. Bernés (*), est « un régulateur excellent des études, un moyen, le seul dont disposé TEtat, pour les maintenir, même dans l'enseignement libre, à un certain niveau et dans une certaine direction. » — La question de l'enseignement libre mise à part, puisqu'elle n'existe pas pour nous, en Suisse, il me semble que l'argument tombe, La présence d'un délégué de l'Etat aux épreuves échelonnées sera en effet d'autant plus efficace, comme contrôle et comme stimulant, que ces épreuves seront plus nombreuses et plus rapprochées.

(^uand on dit que t bien loin d'amener, comme on Ta prétendu, l'abaissement du niveau des études, le baccalauréat en est au contraire le dernier rempart, et que le supprimer serait leur porter un coup funeste > ('y, cela doit s'entendre de la sanction dont les études ont besoin, de l'aveu de tout le monde, et non point de telle ou telle forme particulière que peut revêtir cette sanction. Nous savons en particulier que la forme spéciale d'un examen unique mérite tout le contraire de l'éloge qu'on vient de lire.

Enfin, dire en faveur du baccalauréat qu' < il est une barrière utile placée à l'entrée des F'acultés ou des fonctions publiques >, c'est avouer le caractère c professionnel » que nous avons déjà reconnu à cette institution et contre lequel nous avons suffisamment protesté.

Somme toute, les avantages qu'on peut reconnaître au baccalauréat sont ceux de toute sanction des études, quelle qu'elle soit. Ils n'appartiennent pas en propre à ce mode particulier de

(I) „ Les profrsscurs, dit M. Havret {EnquéU, II, 278), sMnflrénient h prévoir tous les sujets qni pourront bien être donnés (ti IVxamen). Dès lors, leur cours se chargée de notions indigestes, de détails minutieux... on sacrifie la formation humaine qui demeure k IVrudition qui passe : c'est du chaufl'<i|ce, ce n'est pas de la culture ; la mémoire joue le rôle principal, rintelligence risque de demeurer atrophiée. Mais enfin on a diminué l'aléa; on a tant vu et tant prévu que, le jour de l'examen, l'élève aura peut-être la chance de retrouver quelque chose de ce qui a été dit **.

{i) Enquête, t. II, p. 135.

(3; Fouillée (I, 275) ; Bertagne (560) : « La suppression de cet examen serait la ftn des lycées..." Faure, t. II, p. 21 : " Le jour oii vous supprimerez le baccalauréat, il n'y aura plus d'études ». Bernés, t. Il, p. 135.

sanction : l*examen final, qui n'a à son compte individuel que des inconvénients, quelques-uns graves ('). On ne se fait d'ailleurs pas faute de le reconnaître : « Là où le doyen de la Faculté exerce un contrôle efficace, prenant lui-même connaissance des livrets scolaires et veillant à ce qu'il en soit tenu compte, on ne rencontre point tant de plaintes de la part des candidats et des familles » (*]. Traduisez : Là où le système juste et logique du jugement basé sur les notes de classes se substitue à l'arbitraire et à l'aléa de l'examen final, tout marche à merveille. Cet aveu est précieux, bien que digne de M. de La Palisse, et il en est de même de cet autre, contenu au Rapport général A^ l'Enquête française (") : t En éclairant les juges par les mentions d'un livret scolaire très détaillé, on atténuerait sensiblement le caractère aléatoire du baccalauréat. >

Après avoir exposé les reproches faits au baccalauréat tel qu'il est — ou du moins tel qu'il était aux époques diverses où ces critiques furent formulées — je vais indiquer les modiûcations qu'on a proposé de lui faire subir, sans le supprimer.

Le premier groupe de modifications est relatif au programme de texamen. On a tout d'abord proposé d'y distinguer des matières obligatoires et d'autres facultatives: « II devrait être permis au candidat, dit M. Boutmy, d'ajouter au baccalauréat d'autres matières qui lui agréent et de se composer un examen complémentaire qui lui soit propre. Le baccalauréat cesserait donc d'être une sanction générale des études ; ce sont les études elles-mêmes qui régleraient la teneur de l'examen.

(1) Jusqu'à quel point M. le Dr Finsler (Qp. cit.^ p. 3GI) a-t-U raison quand il prétend qu' „ un acte solennel et sérieux, k la fin des études, exerce sur les élèves une heureuse influence ; qu'il n'e«t pas indifférent de leur donner rimpre^sion qu'en quittant l'école Us font un pan décisif; qu'il est Juste de les forcer k montrer, au moment de la quitter, ce que l'école leur a appris „. Ne serait ce point Injustement ce " but artiflciel , qu'on craint en Fnince, et puis l'examen terminal, toujours forcément bref, peut-il bien donner une idée d'acquisitions aussi impondérables, que la culture g^énérale pour un esprit, la maturité pour un caractère ? Troublant problème qu'il faudrait tout d'abord résoudre.

(2) Enquêt£^ Rapport du recteur de l'Académie de Dijon, t. III, p. 322.

(3) Page 10.

< Le programme de Tinstruction secondaire doit être rendu aussi indépendant que possible du baccalauréat ; pareillement, le plan d'études et le travail doivent pouvoir s'ordonner et se développer, sans égards aux nécessités et aux possibilités de Texamen.

€ D'après ces principes, voici comment le baccalauréat devrait être organisé :

€ Le baccalauréat serait divisé en deux parties : la première ne comprendrait que les éléments fondamentaux d'une culture libérale ; la seconde embrasserait les mêmes éléments plus approfondis ; elle s'étendrait en outre aux matières que l'élève aurait jugé bon d'ajouter à ce premier fond.

(. Ces matières facultatives donneraient des gages particulièrement significatifs de la valeur personne/le des candidats bien doués; cette valeur, en effet, ne peut mieux se montrer dans sa plénitude et à son maximum que dans les branches d'études (}ue le jeune homme a choisies selon ses prédilections, et où l'on peut supposer qu'il a dépensé tout ce qu'il possède de curiosité intelligente, d'ardeur à chercher, de puissance d'attention pour comprendre et pour retenir (*). *

Dans sa déposition devant la Commission d'enquête, le même académicien entre plus avant dans les détails de son plan : t Le baccalauréat, dit-il (*), serait double, je veux dire qu'il comporterait deux examens distincts. Le premier examen consisterait en épreuves portant sur les six principales matières enseignées dans les classes. Le second examen porterait sur les matières enseignées dans les cours.

« D'abord les matières classiques mieux étudiées, possédées plus complètement, puis les matières spéciales choisies et représentées par le candidat suivant ses prédilections. Chacune do ces matières donnerait lieu à un examen individuel et ces examens pourraient être divisés et échelonnés à la volonté de l'impétrant. Ce seraient des épreuves sérieuses, car le candidat ayant déjà été

(1) Op. cit. p. lit et 33.

(2) In Ri bot, Op. cit., p. irJO à 238. Enquête, t. 1. p. 2IU.

interrogé la plupart du temps sur chacune de ces matières, sur celles au moins qui constituent l'enseignement classique, il ne passerait que par sa volonté un nouvel examen et il ne devrait le vouloir que s*il est en état de s'y faire remarquer. Ce second examen dégagerait les bacheliers vraiment capables de la foule de ceux que l'assiduité et la régularité auraient suffi pour faire réussir au premier examen. II donnerait une tête et une élite au baccalauréat. »

Dans les mêmes circonstances, M. Léon Bourgeois, ancien ministre de l'instruction publique, a dit : « J'admettrai que le certificat d'études secondaires fût extrêmement varié, en ce sens qu'un certain nombre de matières étant facultatives, il suffit à l'enfant de justifier d'une note suffisante dans les cinq ou six matières obligatoires pour être reconnu apte à recevoir le certificat. »

« Les certificats d'études secondaires, lisons-nous au Rapport général de l'enquête française, lequel résume, comme on sait, les opinions qui se firent jour dans cette gigantesque consultation, pourraient être très variés. Il suffirait pour cela que l'examen portât, non seulement sur certaines matières obligatoires, les mêmes pour tous les candidats, mais en outre sur un certain nombre de matières facultatives, dont chaque candidat aurait l'option. Ainsi conçu, le baccalauréat deviendrait une preuve de fortes études et permettrait de se rendre compte des aptitudes spéciales que peuvent posséder les bacheliers. >

Et ailleurs : c Un certain nombre de personnes entendues à l'enquête voudraient que l'on introduisît dans les programmes du baccalauréat, à côté de matières dont la connaissance serait obligatoire pour tous les candidats, d'autres matières facultatives entre lesquelles ils pourraient choisir. Ce serait un moyen de diversifier les études secondaires et de favoriser les aptitudes spéciales qui, plus tôt, pourraient se faire jour » (*).

(l) Page 23.

(^) A l'enquête : Boutiny, t. I, p, 219. Manœuvrier, p. 462. Morel, t. II, p. 473. T^n Bouriçeois, p. 704.

Pour moi, je suis contraire à ce système et je me rallie à Topinion d'un certain nombre de déposants, pour qui « un programme contenant des matières facultatives ne saurait convenir à renseignement secondaire. Cet enseignement a pour objet de donner une culture générale. Toute matière dont la connaissance n'est pas nécessaire à l'élève pour la formation de l'esprit, et qui peut être rendue facultative, ne rentre pas dans son cadre > (*).

Une autre modification, portant également sur le programme de l'examen et à laquelle, par exemple, on ne peut que souscrire, c esi son allégement général: n \\ conviendrait, dit fort bien M. (Quartier-La Tente, de mettre dans le programme de l'examen des matières dont la connaissance témoigne d'une éducation générale, qui ne puissent être préparées au dernier moment. Il faudrait décharger l'examen de tout ce qui est un appel exclusif à la mémoire, attendu que dans ces conditions l'examen n'est plus qu'une loterie, et qu'il est impossible de se faire une opinion sur les candidats » (*).

M. Finsler est du même avis. Pour lui, l'examen de « maturité » ne doit pas s'étendre au programme entier du gymnase ; il doit se proposer de mettre en relief avant tout la ^ puissance > acquise par les candidats.

On est même allé jusqu'à demander la suppression de tout programme défini : « En ce qui touche la surcharge des programmes et leur existence même, a dit devant la Commission d'enquête

(1) Rayjwrt général, p. 29. A ri'nqucte : Boutronx, t. 1, p. 331. '^LVnscifçnciiient clnssiquc doit réaliser rhoimnc duns ce qu'il a du plus essentiel et de plus parfait. C'est là un ty))« bien dëflni, auquel on ne peut ajouter ni retrancher sans TaltértT. A généraliser la faculté d^option, on exposera les élèves à apprendre des choses dMniportance médiocre et à néf(li(çer les indispensables. „

C'est, en d'autres termes, l'Idée que j'ai prise comme point de départ invariable.

(2) Bapport cité, p. 51.

M. Berthelot, membre de l'Institut, je ne puis que reproduire un avis que j'ai toujours soutenu, c'est celui de leur suppression complète ; mais cet avis n'a point prévalu jusqu'ici.

« Si j'ai soutenu qu'il ne devrait pas y avoir de programmes, c'est qu'ils ne me paraissent pas constituer Ja preuve ni d'une capacité, ni d'un développement intellectuel spécial de la part des candidats : ils prouvent s'îulement leur mémoire, et une mémoire souvent soumise à une préparation artificielle, qui ne laisse que peu de traces après l'examen. On devrait se borner à dire : telle année on enseignera l'histoire ancienne ; telle autre, l'histoire romaine ; telle autre, on expliquera les œuvres de Virgile ou de Cicéron; telle autre, l'arithmétique, etc.

« Le professeur serait ainsi libre d'enseigner, sous la forme et dans la mesure qui lui conviendraient, les éléments de l'histoire, ou de l'arithmétique, ou ceux de l'interprétation des auteurs anciens ; la réalité et la bonté de son enseignement étant soumises au contrôle, bien entendu, tant des proviseurs que des inspecteurs, chargés de s'assurer s'il fait réellement travailler ses élèves et quel est le fruit qu'ils tirent de leur travail.

« A mon avis, le but que doit se proposer le professeur, ce n'est pas d'enseigner un à un tous les articles d'un programme, détaillé point par point, mais c'est donner à ses élèves une connaissance générale suffisante du sujet et surtout d'exciter les esprits des entants, en éveillant leur curiosité et en leur communiquant le goût des choses qu'il enseigne, ainsi que le désir de les étudier par eux-mêmes > Q),

Je suis absolument de l'avis de ces Messieurs. Pour moi, l'examen terminal de l'enseignement secondaire — à supposer qu'il en faille un — doit se proposer uniquement de vérifier si cet enseignement a atteint son double but: maturation du jugement, culture générale de l'intelligence. Or, si ce but est atteint, l'élève

(1) In Kibot, Op. cit. p. luô.

est mis, à la fin de ses classes, dans un certain état de puissance intellectuelle ; il est rendu capable de certains travaux. Donc, pour moi comme pour M. Finsler, c'est cet état qu'il faut constater, cette puissance qu'il s'agit d'éprouver, et pour y parvenir, il faut faire faire à l'élève, à titre d'essai, les travaux dont il est censé capable. Je voudrais donc que l'examen de c maturité » — dénomination expressive que je préfère beaucoup à celle, très vague, de « baccalauréat (*) > — ne comprit aucune interrogation sur des points définis du programme des études, mais seulement ce que M. Fouillée appelle des t exercices actifs >, c'est-à-dire des dissertations, orales ou écrites, sur des sujets très généraux. Les sujets de ces dissertations, ou compositions, seraient choisis de telle sorte que, pour les traiter convenablement, il fallût connaître les matières du programme d'études, non point dans leur détail, qui importe peu, mais dans leur ensemble, leurs traits généraux et leur connexité, connaissance dans laquelle réside précisément la < culture générale »; — de telle sorte que l'esprit critique, auquel se reconnaît un « jugement mûr », eût l'occasion de s'y affirmer. Ces dissertations, littéraires ou scientifiques, se feraient ou de vive voix, après un instant de recueillement, ou par écrit, sous la surveillance d'un membre du jury, avec Taide de certains ouvrages permis ou sans aucune aide, selon les cas. Avec ce système, plus de préparation hâtive et spécialisante, plus de mémorisation servile, plus de programmes surchargés, plus de < chances » à courir. Le sujet examiné ne serait plus le collégien de la veille avec ce qu'il a appris, mais l'homme de demain dans ce qu'il pourra produire.

En corrélation, jusqu'à un certain point, avec le système, à mon avis défectueux, des branches facultatives, on a proposé une modification de la /i?r;;/^ ^// diplôme de bachelier: « Il est une

{K) Je réserverais co nom nu premier des trois )çradei) nendémiqiie^, comme c'est le cas, par exemple, aux Universités de Genève et de NeuehAtel.

(ihose, a dit M. Boutmy (*), à laquelle j'attache le plus grand prix: c'est la forme du diplôme. Le diplôme ne serait pas ici un simple parchemin sur lequel on inscrit qu'un tel est bachelier, sans dire comment ni pourquoi, sans spécifier les matières sur lesquelles il a ou n'a pas répondu. Le parchemin serait indicateur en ceci d'abord que, sur chacune des six matières comprenant l'enseignement classique, l'élève devrait avoir fait preuve de savoir et qu'aucune bonne note ne servirait à en atténuer une mauvaise. En regard de chaque matière serait placée la note y afférente : voilà pour la première partie du diplôme. La seconde, à qui Jon ferait une place sur le même parchemin, comprendrait les matières classiques d'abord, puis les matières spéciales. La aussi, les notes individuelles suivraient les sujets d'élection présentés par le candidat et feraient ressortir l'acquis et les mérites particuliers de chacun.

« Le diplôme ne serait plus le procès-verbal d'un essai sommaire décelant la quantité d'or et d'argent contenue dans un mélange : ce serait le procès-verbal d'une analyse complète qualitative et quantitative qui permettrait de juger la valeur générale et les valeurs spéciales de chaque candidat >.

De même, la Commission française de l'enseignement, a proposé de diviser en deux catégories les matières qui figurent au programme du baccalauréat, les unes, considérées comme essentielles, faisant l'objet d'épreuves communes et obligatoires pour tous les candidats, les autres, ayant un caractère spécial, et étant facultatives, les candidats pourraient choisir entre elles. Le diplôme porterait l'indication des matières spéciales sur lesquelles chaque candidat aurait subi l'examen et des notes obtenues par lui sur ces matières. De la sorte, le baccalauréat prouverait, non seulement la culture générale, mais les aptitudes spéciales. L'accès des Facultés serait subordonné à la condition d'avoir obtenu sur un certain nombre de matières à option, variables suivant les carrières à poursuivre, des notes sufilsantes.

(1) Dëpo8ition, in Ribot, Op. cit. p. 237.

Faute d*avoir obtenu ces notes, le bachelier qui aspirerait à une carrière libérale serait admis à compléter par des études spéciales devant la Faculté des lettres ou celle des sciences, la culture générale dont son diplôme est l'indice ; et ce n'est que muni à la fois du certificat sanctionnant ces études complémentaires et du diplôme de bachelier, qu'il verrait s'ouvrir devant lui les portes des Facultés.

Tel est le système qui a obtenu l'assentiment général dans la Commission. 11 présente, croit-on, l'avantage de diversifier le diplôme, sans porter atteinte à la culture générale qui reste le but essentiel des études secondaires. Le diplôme d'études secondaires supérieures (ou baccalauréat) cesse d'être un parchemin sans portée précise pour devenir un titre détaillé, susceptible de prouver les aptitudes spéciales des candidats. Ceux-ci restent libres, en subissant l'examen sur un plus grand nombre de matières à option, de s'ouvrir plusieurs carrières, s'ils le jugent à propos.

On arrive ainsi, pense-t-on, sans instituer à l'entrée des Facultés des examens spéciaux qui se superposeraient au diplôme sanctionnant les études secondaires, à éviter la plupart des inconvénients de l'état de choses actuel (^). Je ne suis pas de cet avis. Pour moi, ce système est mauvais ; je dirai mieux : il est subversif, parcequ'il introduit dans l'enseignement secondaire deux choses qui n'y doivent point trouver place : la spécialisation et le souci utilitaire de la carrière à venir.

Parmi les modifications proposées au régime actuel du baccalauréat, il en est qui portent sur le mode de P examen lui-même. M. Fouillée a demandé, tout d'abord, que celui-ci fût réduit aux branches principales de l'enseignement, les branches accessoires en étant exclues. L'idée n'est pas mauvaise, à la condition seulement qu'on tombe d'accord sur la distinction à faire. M, Fouillée indique, pour cela, un critérium dont l'emploi revient à peu de choses près au système que je viens de proposer: « Est accessoire, dit-il,

(1) Rapport général, p. 69 et 70.

tout ce qui peut s'apprendre dans un manuel ; est fondamental ce qui ne le peut. Or ce n'est pas dans un manuel que vous apprendrez à écrire en français ; ce n'est pas non plus dans un manuel que vous apprendrez la philosophie, en ses parties vraiment importantes : vous montreriez immédiatement le bout de l'oreille. Surtout, ce n'est pas dans un manuel que vous apprendrez à composer des dissertations philosophiques. Aux examens, on devrait faire bon marché de cette masse d'interrogations auxquelles la réponse est toute prête, consignée dans un petit in-i8 à 2 francs. Kn revanche, il faudrait se montrer sévère pour tout ce qui est œuvre personnelle de l'élève, pour tout ce qui constate une bonne ou mauvaise éducation intellectuelle, littéraire et philosophique. > (^)

< Quant à l'examen oral, pour être autre chose qu'une série fortuite de questions s'adressant à la mémoire, il devrait durer plus longtemps et porter surtout, lui aussi, sur les matières dont la connaissance ne saurait être improvisée > (*). C'est parfait, seulement il faut remarquer que, si l'enseignement secondaire est ce qu'il doit être : critique et philosophique en toutes ses parties, aucune des connaissances qu'il renferme ne saurait être improvisée,

M. Fouillée se rapproche enfin de mon système autant qu'il est possible en demandant qu'une composition de philosophie soit exigée dans tous les baccalauréats, comme garantie d'études classiques complètes. Cette mesure est, dit-il, le grand moyen d'exclure les préparations mécaniques (^j. C'est parfaitement vrai, mais c'est vrai de toutes les dissertations ; pas seulement de celles qui portent sur la philosophie proprement dite.

Parmi les questions que soulève en France la modification du baccalauréat, l'une des plus graves est celle-ci : Le jury sera-t-iL

(i; L'enneignemeni au point dé vue national^ p. 350.

(2) Les études classiques et la démocratie^ p. 193.

(3) Les études classiques^ p. 198.

comme actuellement c'est le cas, composé de professeurs n interrogeant pas leurs propres élèves^ ou sera-t-il pris, au contraire, parmi les projesseurs de chaque établissement} — Si on admet le jury « extérieur », sera-t-il composé de professeurs de l'enseignement supérieur, ou de professeurs de l'enseignement secondaire ?

En faveur Au jury ^intérieur »,dit le Rapport généralAe l'Enquête, on invoque les inconvénients du système actuel ; mauvaise préparation des élèves qui se préoccupent exclusivement de l'examen et négligent tout ce qui, dans le programme des classes, ne fait pas à l'examen l'objet d'une épreuve ou d'une interrogation ; aléa du baccalauréat, que familles et candidats cherchent à corriger par la pratique démoralisante des recommandations ; incompétence du jury de Faculté, composé la plupart du temps de spécialistes. Tous ces inconvénients du baccalauréat disparaîtraient, pense-t-on, si on confiait l'examen des élèves à leurs propres professeurs (*).

a Les études secondaires, dit M. Lavisse, devraient être jugées par des maîtres de l'enseignement secondaire, qui sauront ce qu'est un écolier. Les informations sur les candidats, plus complètes, pourront être étudiées à loisir. Leurs maîtres, cjui sont leurs naturels avocats, seront admis à plaider leur cause. Ainsi, pour les maîtres, une liberté plus grande, une faculté d'initiative ; pour les élèves, une meilleure justice ; les uns exemptés absolument du hasard de la loterie, les autres largement protégés contre ce hasard (^).

ft Si l'on invoque l'idée de jugement, impliquant celle de justice, ajoute M. Marrel, on conviendra que maîtres et directeurs sont assurément mieux placés que toutes les Commissions d'examen pour décider avec impartialité et compétence des conditions dans lesquelles leurs élèves se présentent. — V^oyez plutôt ce qui se passe en Allemagne et dans la Suisse allemande, on n'y remarque à aucun degré que les études soient inférieures, ou que les élèves soient l'objet d'une mansuétude abusive : au contraire »('^).

(l) Page 67.

f2) Hevue de Paris^ Joe. cit., p. DOl).

(3) Loc. cit.

« Si TEtat, dit encore M. Finsler, s'imagine ne pouvoir contrôler les résultats obtenus par ses écoles, qu'à l'aide d'un examen de maturité, c'est qu'il se décerne à lui-même un certificat de pauvreté. C'est le cas spécialement dans notre petit pays, où tout le monde se connaît. D'ailleurs, si « farce > il y a, ne pourrait-elle pas être aussi bien du côté de la c maturité > que du côté des certificats délivrés par les écoles .? » — «Il faut que l'examen de maturité soit fait par les maîtres eux-mêmes ; il faut qu'ils aient voix au chapitre dans l'appréciation de ses résultats »(').

M. Ferneuil se rallie à ce système, tant pour le certificat d'enseignement secondaire supérieur, que pour les épreuves du premier degré (*).

En sens contraire, on fait remarquer que le système de l'examen intérieur se heurte en France à l'impossibilité de traiter équitablement les élèves de l'enseignement libre auxquels on ne pourrait, sans soulever les protestations de l'opinion, attribuer un jury diflférent de celui qui fonctionnerait pour les élèves des établissements publics. On ajoute que le droit de procéder à l'examen intérieur ne pourrait même pas être reconnu à tous les établissements publics, sans qu'il en résulte à bref délai l'abaissement du niveau des études.

Le système de l'examen intérieur placerait, en outre, le personnel enseignant dans une situation très fausse, non seulement vis-à-vis des élèves et de leurs familles, mais vis-à-vis de l'Administration elle-même, l'indulgence ou la sévérité des examinateurs pouvant avoir pour résultat de déplacer la clientèle des divers établissements.

On fait remarquer enfin que, dans tous leurs congrès comme dans les enquêtes où on a reçu leurs témoignages, les professeurs de l'enseignement secondaire se sont, à une très grosse majorité, prononcés contre l'application en France de ce système.

(1) Op, cit., p. 360 et 363.

(2) Op. cit., p. 264.

S'inspirant de ces considérations, la Commission de l'Enseignement s'est prononcée en faveur d\\njurj^ extérieur^ composé de professeurs n'interrogeant pas leurs propres élèves (^).

Les partisans du maintien de l'état de choses actuel invoquent les garanties d'indépendamce et d'impartialité que présente le jury de Faculté ('). Aucun parti ne suspecte l'équité de ses jugements. Il n'en serait pas de même avec un jury d'enseignement secondaire dont les décisions seraient inévitablement contestées ('). D'autre part, enlever à l'enseignement supérieur l'examen du baccalauréat serait supprimer l'influence et le contrôle que les professeurs des Facultés exercent indirectement sur l'orientation de l'enseignement secondaire. Ce serait briser le lien qui unit actuellement les deux ordres d'enseignement (*).

Ni les études, ni la pratique de l'examen n'y gagneraient (*).

(\) Rapport général^ p. 07.

(2) A l'enquête : Rapport du recteur de l*Âcadémle de Dyon, t. 111, p. 322. ^ D'ailleurs, par une bonne fortune, peut-être unique en France, au milieu de tant d'attatiues dont le baccalauréat est Tobjet, du moins Timpartialité des Jujçes n'a jamais été mise en cause, et oc berait une raison, entre bien d'autres, de ne toucher qu'avec une extrême prudence à l'état de choses actuel. „ Rapport du recteur de l'Académie de Nancy, t. IV, p. 2io. „ En ce qui concerne le iury, je croln meilleur qu'il soit composé de professeurs de Faculté, c'est-kdire d'hommes d'une impartialité reconnue et dont la décision n'est pas contestée. » — Péchenard, t. XI, p, 263. Houyvet, p. 305. Blanchemain, p. 383.

(3) A l'enquête : Péchenard, t. II, \t. 233. ^ Mais si le jury venait si être composé de membres de l'enseignement secondaire officiel, je crois qu'il faudrait que l'enseignement libre y fût représenté, qu'il fût admis à participer k l'examen de ses propres élèves, et que le président du jnr>' n'eût pas le droit de veto \ sans qnoi l'enseignement libre pourrait craindre avec raison que »?% élèves ne fussent livrés k des adversaires. „ ~ Baunard, t. Il, p. yô9. ^ Je suis bien obligé de dire, dussiez-vous m*accus4;r de tHire un procès de tendance, qu'il n'est pas une de nos maisons d'enseignement secondaire libre qui ne regarde justement cet examen de leurs élèves subi devant les professeurs de la maison concurrente comme n'offrant pas des garanties suffisantes d'égalité et d'impartialité. „ — BattiffoJ, t. II, p. 276. "* Puis, au cas où le jury ne serait plus recruté dans les Fiicultés, nous demanderions que la liste des membres du jury fût publiée quelques semaines avant l'ouverture de la session : prenec les membres où vous voudrez, k condition qu'ils soient du métier et au-dessus de tonte partialité : mais que les pères de famille ou tuteurs dos candidats, s'ils se réunissent au nombre de quarante, par exemple, aient le droit de récuser de la liste tel nom qu'il leur aura paru impérieux de récuser. „

(4) A l'enquête : Espimis, 1. 1, p. .3118. Darlu, t. II, p. 356. — Rapport du recteur de l'Académie de Poitiers, t. IV, p. 864.

(5) A l'enquête : Wallon, t. I, p. 32. Terrât, t. II, p. 568. „ Nous estimons que, pour juger sainement, ii n't-st ptis mauvais d'être ]iliu'é k une certaine distance, k une certaine hauteur. Le professeur qui a donné l'enseignement court le risque de ne voir que les détails qui l'ont frappé . . . I^e professeur de Faculté, qui n'est plus mêlé immédiatement k ces études d'enseignement secondaire, les voit de plus loin." Je suis absolument de cet avis (G).

Les Facultés elles-mêmes, en perdant le baccalauréat, perdraient quelque chose de la considération dont elles jouissent (').

Cette opinion n*a cependant pas prévalu dans Tenquête. La plupart des déposants sont favorables à l'introduction dans le jury de professeurs de l'enseignement secondaire en exercice ou en retraite. Les uns proposent un jury purement secondaire, ou dont le président seul appartiendrait à l'enseignement supérieur('). Les autres veulent un jury composé, suivant certaines proportions, de professeurs de l'enseignement supérieur et de professeurs de l'enseignement secondaire (';. Ce jury secondaire serait intérieur ou extérieur, suivant qu'on maintiendrait ou non le baccalauréat.

€ Il vaut mieux, dit M. Fouillée, laisser aux Facultés les examens qui confèrent le baccalauréat ; on pourra seulement leur adjoindre des professeurs de l'enseignement secondaire, docteurs ou agrégés ; mais l'organisation devra être telle qu'ils n'interrogent pas leurs propres élèves ni même ceux de leur lycée. Le mieux serait de choisir des professeurs récemment mis à la retraite, des docteurs ou agrégés n'ayant d'autre occupation que celle des examens. Au ministre et au Conseil supérieur il appartiendrait de veiller à ce que les épreuves fussent sérieuses et suffisament sévères > (*).

€ Nombre de publicistes dit M. Henry Michel {% voudraient

(1) A IVnqut'te : R»p|iort du recteur de rAcAdémie de Dijon, t. 111, p. 322. « Tel est d'abord en Franee TëtHt des eaprits i^ue W» Facultés perdraient sûrement si rexaiiien ne se passait pins devant elles ; et en vérité les maîtres de renseignement supérieur peuvent bien faire à renseignement secondaire le sacrifice de cimi à six semaines par an tout an «plus, une portion de leur traitement étant d'ailleurs affectée à ce service* Et c'est, quoi qu'où dise, l'intérêt général. „

U) A l'enquête : Lavisse, t. 1, p. 41. Brunetière, p. j84. Rambaud, p. 2l>5. Foncin, p. 318. Déprex, p. 675, Rousselot, p. 680. Frétiller, p. 6V)1. Joubert t. 11, p. 63. Bédores, p. 79. Maugin, p. WK Bernes, p. 135. Chalamet, p. Uî7. Belot, p. 198. Leeomte, Malet, p. Ml. Poincaré, p. 676. I^n Bourgeois, p. 701. — Rapport du recteur de l'Académie de Bordeaux, t. IV, p. 46. — Résolutions de la bociété poiur l'étude des/iuestions d'enseignement secondaire, t. IV. p. 363. Rapport de M. Henri Bernes, t. IV, p. 3S»2.

(3) A l'enquête : Croiset, t. 1. p. lo3. Darboux, p. 310. Boutroux, p. 342. Pruvost, p. 426. Fernet. p. 433. Kortz, p. 542. Gazeau,p. 646. Dalimier, p. 663. Fourteau, p. 667. Poirier, t. II, p. 16. Favre, p. 21. Rabaud, p. 236. Mathieu, p. 241. Blondel, p. 444. Maldidier, p. 496.— Rapport des recteurs des Académies de : Aix, t. IV, p. 18. Rennes, p. 289. - Rapport de la Société d'enseignement supérieur, t. IV, p. 348.

{4) Jje» études clasëUmcH, p. loij.

(6; Ifotei tur l'euseignenient incondaire (1902), p. 267.

voir la collation du baccalauréat confiée aux professeurs de Tert* seignement secondaire. Le jour où le diplôme de bachelier aura perdu ce qu'on pourrait appeler sa valeur sociale, et n'aura plus qu'une valeur scolaire, ce jour-là, il est bien évident que les professeurs des lycées et des collèges en seront les dispensateurs naturels. D'ici là, cette réforme, en apparence si simple, est grosse de difficultés et de périls. Jugez-en.

« On se plaint que l'intrigue et les influences ont trop de part dans les examens actuels ? On a grandement raison de se plaindre. On ne se plaindra jamais assez. Pourtant, ce sont des professeurs de faculté qui siègent au jury. En outre, le jury n'est pas permanent et fixe. Il varie selon les sessions, selon les jours, selon les séries. Un candidat ne connaît ses juges que quarante-huit heures avant de se présenter devant eux, quand il les connaît. Encore, se produit-il des échanges entre collègues, très propres à déconcerter la diplomatie des familles. Et c'est à ce jury indépendant par situation, planant au-dessus de la tête des élèves, inconnu d'eux le plus souvent, que l'on voudrait substituer le professeur de lycée, dont l'avenir est en grande partie livré à l'arbitraire administratif ; qui se trouvera soumis, qu'elle que soit son indépendance de caractère, à mille influences locales, que les familles harcèleront, du premier au dernier jour de l'année ? Supposez que, malgré ces conditions désastreuses, il ne se produise ni scandale ni abus. La calomnie n'en aura pas moins beau jeu. Toute admission, tout échec soulèvera les protestations qui aujourd'hui n'en accueillent que quelques-uns, le plus souvent à tort. »

€ Les diplômes, dit encore M. Ribot, ne peuvent pas être délivrés par les établissements eux-mêmes, sans un contrôle de l'filtat. La présence d'un délégué du Ministre serait-elle une garantie suffisante ? Ce système donnerait de bons résultats dans quelques lycées où les études sont fortes et où les professeurs se montrent sévères. Partout ailleurs le baccalauréat tendrait à devenir une formalité, comme les examens de passage. L'enquête approfondie à laquelle s'est livrée la Commission lui a montré que les professeurs de l'enseignement secondaire sont à peu près d'accord pour refuser le présent dangereux qu'on veut leur faire. »

IVt. Ferneuil donne la même note : < Nous aurions peut être préféré, dit-il, faire passer les examens par les professeurs mêmes de rélève, comme cela se pratique en Allemagne pour les épreuves finales de la Realschule dites Abiturienten- Examen. Ce système présente l'incontestable avantage de soumettre l'élève à l'interrogation de professeurs qui l'ont vu à l'œuvre pendant l'année et sont par conséquent plus à même d'apprécier sa véritable valeur, en tenant compte non seulement du résultat de l'examen, mais de l'ensemble du travail de l'année.

« Mais ces avantages sont bien compensés par l'inconvénient de donner prise aux soupçons de favoritisme et de partialité contre les professeurs » (^)

« Avant la loi de 1850, a dit M. Poincarré, lorsque les examens du baccalauréat se passaient dans les lycées et collèges, de nombreux mécontentements — si les renseignements que j'ai recueillis sont exacts — étaient provoqués par les faveurs et les passe-droits que cette pratique permettait.

« A tel point que M. de Salvandy fut forcé de mettre fin à cet état de choses.

« Je serais porté, en face de toutes ces difficultés, à admettre de préférence une combinaison transactionnelle.

c Je n'hésiterais pas à introduire dans les jurys d'examen des agrégés, des professeurs d'enseignement secondaire, sous la présidence d'un membre de l'enseignement supérieur. Ce serait, à mes yeux, une occasion entre mille de les rapprocher, comme j'en exprimais tout à l'heure le désir.

< Je ne verrais même pas d'inconvénients à ce que le lycée ou le collège pût être représenté, auprès de ce jury, par un professeur délégué qui serait à même de confirmer le témoinage des maîtres des élèv^es, de commenter le livret scolaire, de forcer les membres du jury à le consulter et à en tenir compte. » (')

Pour moi, c'est avec beaucoup de chagrin que je constate en France de telles défiances. Je me refuse à les croire fondées, et en tous cas je ne crois pas que rien de pareil existe chez nous.

(1) Op. cit., p. 217.

(2) Dépotition, in Kibot. 25».

En conséquence, j'écarte du débat tout argument tiré de la partialité éventuelle des maîtres. Il en reste d'autres encore : < Les familles, dit M. Ribot, ne s'accomoderaient pas d'un régime qui abandonnerait à chaque établissement le soin de délivrer des diplômes n'ayant qu'une valeur incertaine et toute morale. En Angleterre même on a senti la nécessité d'organiser, sous le contrôle des Universités, des examens de fin d'études. > (*). Là, en effet, est le nœud de la question : pour que les professeurs puissent devenir, comme la logique le demande, les examinateurs du baccalauréat, il faut que ce grade ait la valeur purement « morale » qu'il n'aurait jamais dû dépasser ; il faut qu'il perde son caractère « professionnel. »

En faveur du second système, on allègue que l'aléa du baccalauréat tient en grande partie à la composition actuelle du jury. Beaucoup de professeurs des P'acultés n'ont jamais passé par l'enseignement secondaire et sont des spécialistes qui, en interrogeant au baccalauréat, ne se rendent pas bien compte de l'esprit de l'enseignement secondaire ni de la force moyenne de ses élèves.

Ces professeurs spécialistes, dit-on, sont de médiocres juges des études secondaires. Ils sont trop souvent portés à considérer certaines connaissances comme essentielles, à raison de l'importance personnelle qu'ils y attachent, et à renfermer leurs interrogations dans le cercle des études spéciales auxquelles ils se sont consacrés. En dehors de leur spécialité, souvent ils sont incompétents. Fussent-ils même compétents sur le fond, s'ils n'ont jamais dirigé une classe, ils ne peuvent se rendre compte de la force moyenne des études et du degré de rigueur ou d'indulgence qu'il convient d'apporter dans l'examen des candidats (•). .

(1) Op. eii., p. l(H>.

(2) A renquêto : Séaillefi, t. 1, p. 2f(î9. Lecomte, t. 11, p. .H7:{. '^J'ai fait partie de nom* breiuieii commiftsioiis d*exainen et J*ai reinarquë, avec bien d*atitre8, quMl n'y a rien de plus danfçereux qu'an examinateur obligé d'interroger des eandidatn 8ur des matières qu'il pus. aède k peine lui-même ; C'est ce qui arrive souvent a\'ec i'organisjition actuelle.^ — Henri Bernés, rapport, t. IV, p. 'idO. — * Combien surtout, n'ayant jamais dirigé une classe, et fuasent-ils dix fois compétents sur le fond, se rendent mal compte de l'esprit dans lequel tel exercice est compris dans les classes et doit être corrigé k l'examen, de la graviti3 relative de tel ou tel ordre de fautes. "

Les Facultés elles-mêmes se plaignent d'ailleurs du supplément de travail considérable que leur donnent les examens du baccalauréat et demandent à être déchargées de cette tâche rebutante.

Enfin, pour le baccalauréat de l'enseignement moderne, un jury d'enseignement secondaire fonctionne à la satisfaction de tous (^).

c Les professeurs des universités, a dit M. Lavisse devant la Commission d'enquête, ne sont pas de bons juges pour l'examen du baccalauréat. M. Wallon pense que tous les professeurs sont compétents, parce qu'ils ont tous passé par l'enseignement secondaire. C'était exact autrefois, cela ne l'est plus aujourd'hui. Beaucoup de jeunes gens sont entrés directement dans l'enseignesupérieur et ils ne savent pas ce qu'est un collégien, ce qu'on peut lui demander, comment il faut le lui demander.

c Le professeur d'enseignement supérieur doit être, par définition, un spécialiste ; il est, par cela même, impropre à la fonction d'examinateur pour le baccalauréat > (*).

Ce dernier argument m'étonne, dans la bouche de M. Lavisse, qui d'ordinaire raisonne si juste. Cela revient en effet à prétendre que les professeurs de l'enseignement supérieur sont dénués de culture générale et de maturité d'esprit, au point de n'être plus capables de reconnaître si un jeune homme possède ou non ces deux prérogatives. Ecartons cet argument ; il en restera assez d'autres pour établir que les seuls bons juges de la « maturité > sont les maîtres eux-mêmes.

M. Boutmy, par exemple, a parfaitement raison quand il remarque que c le baccalauréat, devant être un examen d'ensemble sur la culture du candidat, pourrait se passer avec plus d'avantages et de lumières dans l'établissement où le jeune homme a fait ses études. Là, en effet, se trouvent réunis tous les documents

(1) Rapport général, p. fi8. — A Tenquête : DarbouK, t. I, p. 310. — Rapport du recteur de rAcadëmie de Dijon, t. III, p. 822. — V. cependant en sens contraire : Rapport du recteur de rAcadëmie de Poitiers, t. IV, p. 264.

(2) In Ribot, Op. cit., p. 228.

et renseignements qui peuvent éclairer à fond les juges et leur fournir, mieux encore que l'examen, une connaissance complète de Timpétrant » (*).

Comme le fait bien remarquer le Rapport général sur l'Enquête française, il est incontestable qu'un jury secondaire connaîtrait mieux les programmes et jugerait plus sûrement les élèves. Lui confier l'examen du baccalauréat aurait, d'autre part, l'avantage de décharger les Facultés de la partie la plus ingrate et la plus absorbante de leur tâche.

On pourrait cependant laisser à l'Enseignement supérieur la direction de l'examen, en confiant à un professeur de Faculté la présidence du jury. On pourrait aussi associer dans le jury professeurs de Faculté et professeurs d'enseignement secondaire. Ces solutions transactionnelles présenteraient certains avantages. Elles maintiendraient au jury nouveau le renom d'indépendance et d'impartialité que possède le jury actuel (*). Tout en assurant la concordance des études et des sanctions, quant aux méthodes et quant à l'esprit, elles laisseraient à l'enseignement supérieur sa part d'influence et le rapprocheraient de l'enseignement secondaire (*).

Quant à l'assimilation des professeurs en retraite aux professeurs en exercice au point de vue de l'aptitude à faire partie des jurys d'examen, ce serait, dit-on, un moyen d'assurer aux professeurs les plus méritants une honorable fin de carrière, en même

H) Op. ciZ., p. 13. — Arguments analogues chez M. M. F'erneull (Op. cit., 2K4J et LangloU (:>73).

(2) A l'enquête: Rambaud, t. 1, p. 266. Jury d'enseignement ffcondaire présidé par un professeur de Faculté, celui-ci, plus spécialement responsable des examens, ayant une certaine tlxité, une certaine permanence dans la fonction présidentielle, et investi du droit de pénétrer dans les établii<8enients d'enseignement public, et même dans les établissements d'enseignement libre, s'il en est sollicité. „ A cette dernière disposition Je yots un avantage : c'est que, depuis que les Facultés font passer les examens de baccalauréat, c'est-à-dire depuis bientôt un siècle, elles se sont acquis une réputation d'impartialité qui n'est contestée par personne. On ne les a jamais attaquée» sur ce point. J'estime donc que ce renom d'impartialité, par la présidence conférée à un membre de l'enseignement supérieur, passerait aux nouveaux jurys. **

(3) A l'enquête : Poincaré, 1. 11, p. 676. Léon Bourgeois, p. 701.

temps que d'abaisser pour eux Tâge de la retraite (*). D'autre part, des jurys composés en partie ou en totalité d'anciens professeurs échapperaient davantage aux soupçons de dépendance et de partialité.

On objecte, en sens contraire, que des professeurs qui ont cessé d'enseigner ne tardent pas à perdre de vue les progrès pédagogiques et qu'un semblable jury condamnerait fatalement les études à l'immobilité.

Après avoir entendu tous ces avis, passablement discordants, la Commission de l'Enseignement a décidé, en ce qui concerne le jury de l'examen du deuxième degré ('j, qu'il devra être composé en majorité de professeurs de Faculté, auxquels pourront être adjoints des professeurs agrégés de l'enseignement secondaire, en activité ou non.

En ce qui concerne l'examen du premier degré ('j, la Commission s'est prononcée en faveur d'un jury d'enseignement secondaire, présidé par un professeur de Faculté (*).

Pour moi, s'il faut un examen terminal, je suis partisan du système suisse, dans lequel les professeurs de collège examinent eux-mêmes leurs élèves, en faisant entrer en ligne de compte, dans une mesure que le progrès des idées rend chaque jour plus large, les résultats obtenus durant toute la scolarité. Ce mode de faire répond seul à la notion de l'enseignement secondaire qui m'a servi de point de départ.

(1) A renquêt€ : Albert Petit, t. 11, p. 146. De Montbrison, p. 454.

(2) Correspondant au second examen du baccjilauréat suisse, là oit il est scindé.

(3) Premier examen, chei nous.

(4^ Rapport général^ p. 68. — " 11 ne convient'pas, en effet, de relâcher encore plus le lien qui rattache l'enseignement secondaire h. renseignement supérieur? M. Jaurès a particulièrement insisté sur ce point dans sa déposition. L'argument n'est pas sans valeur. *" ^Ribot, l c. 101).

Pour terminer, disons quelques mots de deux modifications d'ordre secondaire sur l'opportunité desquelles les avis diffèrent. C'est d'abord le partage de C examen en deux sessions espacées. M. Ferneuil n'en est pas partisan : « Le baccalauréat scindé en deux épreuves se succédant à un an d'intervalle, dit-il, sacrifie les hautes études de l'enseignement secondaire aux préoccupations de l'examen, de fabriquer des bacheliers, mais non des hommes sérieusement instruits. Il fallait tenter une réforme plus décisive et partager le baccalauréat en deux épreuves séparées par un intervalle de quatre ans, dont la première aurait lieu à la fin de la division de grammaire et la seconde à la fin de la division supérieure. Les élèves arriveraient ainsi tout naturellement au baccalauréat en suivant le cours régulier de leurs classes et sans cette fièvre de l'examen qui s'empare d'eux à partir de la rhétorique. Dans ces conditions, le baccalauréat redeviendrait ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, un simple certificat d'études, une sanction sérieuse de l'enseignement secondaire. »(•)

Il reconnaît cependant que c le baccalauréat scindé permet aux élèves de suivre leur année de philosophie avec un peu plus de liberté d'esprit, puisqu'ils sont dégagés des soucis de la version latine et du discours latin. L'épreuve, portant sur les questions philosophiques, devient alors plus sérieuse ; l'examinateur a le droit de ne plus se contenter de réponses empruntées à un manuel, où Teffort personnel de l'élève n'entre pour rien, et il y aurait injustice à méconnaître l'heureuse influence du baccalauréat scindé à ce point de vue. » Or cette liberté d'esprit, ce sérieux que gagne l'épreuve, sont des avantages de prime importance et c'est pourquoi la scission du baccalauréat — que nous possédons depuis longtemps à Fribourg et dans d'autres collèges de Suisse — me semble un premier pas vers l'idéal du genre : les examens échelonnés remplaçant tout à fait l'épreuve terminale.

(1) Op. cit., p. 2ti5.

C'est, en second lieu, la question très débattue des baccalattréats de types divers, M. Ribot semble en être partisan : c N'ayons plus dit-il, qu'un seul examen de fin d'études pour les élèves de l'enseignement classique et de l'enseignement moderne. Il portera sur un certain nombre de matières obligatoires et communes à tous les candidats. Mais, tout en gardant cette unité fondamentale, l'examen pourra se diversifier suivant la vocation et les études futures de ceux qui le subissent. Le diplôme n'ouvrira l'entrée de telle ou telle Faculté qu'autant qu'il portera une mention spéciale. Celle-ci ne sera accordée qu'aux candidats ayant répondu d'une manière satisfaisante sur certaines matières déterminées. On ne montrera pas les mêmes exigences à l'égard d'un candidat qui veut entrer à la Faculté des lettres qu'à l'égard de celui qui désire être admis à l'Ecole de droit ou à la Faculté de médecine. L'examen final s'assouplira de manière à serrer de plus près la réalité. II n'y aura plus un type banal, mais autant de types que d'études et de vocations diverses. > (V

Je ne suis absolument pas de cet avis : L'enseignement secondaire, on ne saurait trop le répéter, doit former des hommes et non des spécialistes. Or, en tant qu'hommes, le médecin, l'avocat, l'ingénieur, ont besoin de la même formation s'ils veulent être plus tard au même niveau social. Donc, un seul enseignement secondaire et un seul baccalauréat.

C'est ce qu'avait fort bien compris M. Ch. Bigot quand il disait (') : € Il ne faudrait pas qu'il y eût deux baccalauréats distincts, l'un littéraire, l'autre scientifique ; l'un, où il n'est guère demandé au candidat que de ne pas être absolument nul sur la partie scientifique des épreuves, l'autre, où il ne lui est guère demandé que de ne pas être absolument nul sur la partie littéraire des épreuves. Les deux enseignements, ne se séparant jamais comme importance dans le cours des études, ne

(i; Op. cit., p. 105. Voir la d<5poMition d^ M. K. Bouliiiy et le rapport fait en 18tô, au nom de la Faculté des lettres de Paris, par M. A Ciolset. L'énûnent professeur, frappé de Pinsuflisauee des candidats k la licence es leltns, proposait d*ajonter pour ces candidats une ou deux épreuves au baccalauréat es lettres. Ce qu^on peut faire pour la Faculté des lettres, dit M. Ribot, on peut évidemment le faire aussi pour les autres Faculté*.

(2) Op. cit., p. 93.

seraient pas séparés non plus comme importance au jour de l'examen. Il faudrait pour réussir avoir donné son attention également à Tun et à l'autre. Je sais bien que les esprits également doués pour les sciences et pour les lettres seront toujours rares ; il y aura toujours des élèves qui auront mieux profité d'une instruction que d'une autre ; mais cela même ne se voit-il pas dès aujourd'hui parmi les élèves ou de l'enseignement littéraire ou de l'enseignement scientifique ?

« Que font alors les juges ? Ils compensent dans leur équité, les mérites et les faiblesses des uns et des autres; ainsi continuerontils à faire. On excusera les uns de n'avoir profité qu'à demi de l'éducation scientifique, et les autres de n'avoir profité qu'à demi de l'éducation littéraire ; ils n'en obtiendront pas moins, ceux-ci comme ceux-là, le diplôme qu'ils souhaitent quand ils l'auront mérité.

« Le baccalauréat unique dont je parle aurait encore cet avantage, précieux entre tous, de ne plus forcer les parents à choisir trop tôt pour leur enfant une carrière, et de ne plus forcer les enfants aussi à subir trop tôt une direction souvent imprudente et quelquefois fatale. Jusqu'à la fin de l'enseignement secondaire, que le jeune homme dût ensuite adopter une profession ou une autre, il n'aurait pas à opter entre deux ordres d'études. Il pourrait mieux voir où le portent ses aptitudes et ses goûts, et son choix, plus libre, serait aussi souvent meilleur. Le plus grand malheur d'une vie, c'est une profession que l'on exerce médiocrement, comme on l'exerce sans plaisir, parce qu'on n'était pas fait pour elle. Alors c'est l'existence entière qui est manquée. »

Frary disait de même : < Je veux un baccalauréat unique, car le baccalauréat es sciences, qui fait double emploi avec les examens d'admission aux écoles, n'a point de raison d'être, j (*)

Et M. Henry Michel aussi applaudit au projet qui supprime la distinction entre un baccalauréat es lettres, un baccalauréat es siences, et un baccalauréat es sciences restreint. La suppression, ou la transformation totale de ces derniers examens, dit-il, était

(1) La quetUoH du latin, p. i9ft,

— 8o — depuis longtemps réclamée par les corps compétents. (*)

Non contents de modifier le baccalauréat, comme il a été dit, de nombreux pédagogues veulent le supprimer en le remplaçant par un autre mode de sanction.

On a, tout d'abord, posé ce principe, à mon avis parfaitement juste et conforme à l'esprit de l'enseignement secondaire, que tout bon élève ^ par le seul fait d'avoir bien fait ses études, est digne de recevoir le diplôme de bachelier^ le jour ou il les termine. Exiger de lui un examen terminal qui ne prouvera rien de plus, et qui prouvera même moins, que ses succès échelonnés, est une pratique de tous points condamnable. M. Herzen Ta dit : c On ne tient pas suffisatnment compte de la moyenne annuelle qui représente la véritable valeur des élèves, et on attache trop d'importance à l'examen, qui ne représente en aucune façon cette valeur. » (^]

Pour arriver au résultat désiré, on pourra d'abord diminuer les exigences do l'examen au point de rendre superflue toute préparation spéciale. C'est ce qu'a proposé M. Boutmy : c Le baccalauréat réduit en surface, dit-il, remettrait les choses dans leur perspective normale, Ce serait un examen facile, en ce sens que tout élève qui a travaillé honnêtement serait certain de le passer. Il ne serait donc plus le but des études ; il en serait plutôt le résultat naturel et qui va de soi > (^).

M. Bigot est du même avis : c Cet examen dit-il, qui devrait n'être que la constatation des études, devrait être le plus facile de tous les examens, celui auquel le jeune homme n'aurait pas à songer une heure seulement avant de l'aborder, car depuis dix années il n'a fait rien autre que s'y préparer. Aucun élève ayant suivi avec profit, nous ne disons pas toutes ses classes, mais seulement la rhétorique et la philosophie, ne devrait être refusé une fois seulement au baccalauréat > (*). Et il complète sa pensée

(l) Op, cit., p. 276.

{i) lie V enseignement secondaire dans la Suisss romande, p. 0.

r.\) Oit. cit.. 11. 4H.

Cl) Op. cit., p. S13.

en disant que seuls devraient être refusés au baccalauréat les candidats qui n'étaient capables de suivre ni une rhétorique ni une philosophie et à qui c'eût été rendre service que de leur en interdire l'accès.

M. Fouillée indique bien la marche à suivre pour donner à Texamen le degré voulu de facilité. « Il faut, dit-il, le ramener à sa vraie destination, qui est de sanctionner des études sérieuses et complètes. Autrefois, on ne se préoccupait point comme au* jourd'hui du baccalauréat, auquel on était sûr d'arriver tout naturellement après un cours régulier d'études. Pourquoi ? Parce que l'épreuve était moins encyclopédique, plus proprement littéraire et moins pseudo-scientifique. Il faut revenir à ce type d'examen et, par là, diminuer la part de la chance et des surprises. La chance ne s'exerce que sur les programmes trop étendus, et principalement à l'examen oral.» (^)

Mais on est allé plus loin et on a proposé de dispenser de tout examen les élèves qui ont fait leurs preuves au cours de leurs classes. Cela semble assez logique : ainsi que l'a très judicieusement observé M. Herzen, puisque dans certains endroits, on a exclu des examens les élèves ayant une moyenne trop basse, il aurait fallu compléter la mesure en décrétant que les élèves qui ont une moyenne élevée seront promus ipso facto, sans examen, c Du moment qu'on ne veut pas offrir aux mauvais élèves, aux c sabots >, la chance d'être promus, grâce aux mille hasards d'un examen, pourquoi exposer les bons élèves à la malechance de n'être pas promus, grâce à ces mêmes hasards ? » (*)

D'autant plus que, dans le cas indiqué, l'exemption de l'examen présenterait de sérieux avantages : Comme on l'a remarqué dans l'enquête française, < il se peut concevoir que les meilleurs élèves de chaque établissement soient dispensés par le jury de tout ou partie des épreuves de l'examen, soit sur le vu de leur livret scolaire, soit sur la proposition du directeur et des professeurs de rétablissement. Cette faveur aurait l'avantage d'être un

(\) L'emeiffftement au point de vue national, p. 349. {2) * Ce que THlent ]e» examensn « Jsklucateur^ loc. cit.

Stimulant puissant au travail des élèves, et de soustraire les meilleurs d'entre eux au souci obsédant de Texamen et à la surchauffe qu'il engendre. > [\

Dans cet ordre d'idées, on a proposé d'abord de corriger Tépreuve terminale (unique ou double) du baccalauréat par une série A' examens échelonnés le long des classes, c Les professeurs, disait déjà Naville, doivent user de quelque moyen propre à constater, à plusieurs reprises, les progrès de leurs disciples, et les résultats qu'ils ont ainsi obtenus modifieront quelquefois le jugement que l'on serait tenté de former sur eux d'après l'examen. >(') AI. Fouillée reprend la même idée lorsqu'il dit : « La réforme la plus désirable du baccalauréat, selon nous, consisterait à le compléter par des examens de passage faits à l'intérieur des établissements de l'Ktat. Ces examens de passage dispenseraient les élèves ayant obtenu les meilleures notes de certaines épreuves du baccalauréat ; tout au moins, ils leur assureraient pour ces épreuves un quotient déjà élevé, si bien que les bons élèves seraient certains d'être reçus. Les mauvais, au contraire, arriveraient devant la F" acuité avec des quotients faibles ou nuls ; ils seraient soumis à un examen sévère pour les parties signalées à l'attention de la Faculté. Ils pourraient néanmoins se racheter par un effort sérieux fait dans la dernière année. La simplification de Texamen pour les bons élèves permettrait de le rendre plus complet et plus minutieux pour les mauvais. >

Voilà pour les établissements de l'Etat. Quant aux instituts libres, « qui empêche d'admettre des examens de passage dans les grands établissements privés, avec le contrôle d'un délégué de l'Etat, comme la chose a lieu en Allemagne } »

Restent enfin les jeunes gens instruits dans leur famille. Ceuxlà, dit M. Fouillée, seraient libres de venir subir des examens de

(1) Rapport général, p. 71 (2; Op. cit., p. 173.

passage dans les lycées ou collèges, en concourant avec les élèves de l'Université, et d'acquérir ainsi un certain quotient. Dans le cas contraire, ils seraient libres d'arriver complètement inconnus devant les Facultés, avec le livret scolaire délivré par leur professeur ; mais alors ils subiraient un examen plus long et plus général. »

Et il ajoute : c Cette organisation laisserait évidemment beaucoup moins de place aux hasards et aux surprises que l'organisation actuelle ; elle diminuerait chez les élèves le culte immoral de la chance. Elle offrirait une prime non plus aux préparations hâtives et mécaniques, mais aux préparations lentes, vraiment littéraires ou scientifiques. Le seul fait d'avoir été un bon élève pendant un certain nombre d'années constituerait un droit positif au jour de l'épreuve universitaire. Le baccalauréat redeviendrait le terme naturel et presque inévitable des bonnes études classiques, au lieu de rester cette loterie où la paresse gagne, si souvent le bon numéro. » (*j

Mais on est allé plus loin en imaginant, non plus seulement de corriger, mais bien de remplacer l'épreuve finale par des épreuves échelonnées. Dès 1872, Michel Bréal, prenant texte du fait qu'en 1865, à Paris, au baccalauréat es lettres, sur deux mille cinq cents examinés, plus de quatorze cents avaient été refusés, disait : tOn a laissé franchir tous les degrés de l'enseignement à une foule d'incapables, jusqu'à ce qu'ils se trouvent arrêtés devant la grille qui est placée au bout. Naturellement les récriminations se dirigent contre ce grade fatal, qui ne veut pas se laisser tourner ni prendre d'assaut. » Et il ajoutait : c Ne sont-ce pas là les symptômes d'un état de choses vicieux } Ne serait-il pas plus naturel et plus sage de poser les barrières à chaque degré des classes, au lieu de laisser les élèves avancer librement jusqu'à la porte de clôture, que plus de la moitié d'entre eux ne parvient pas à franchir ?

(1) L* Enseignement au point de vue nationtU^ p. 352 ii 355,

Il n'y aura pas de bonne loi sur le baccalauréat aussi longtemps que l'examen de passage ne sera pas une réalité. > (^j

Depuis lors, cette idée a fait du chemin ; on s*est occupé de sa réalisation pratique et, dès l'abord; les avis se sont partagés sur l'intervalle qui doit séparer les examens de passage successifs.

Pour les uns, timides encore, l'épreuve terminale se décompose seulement en deux, séparées par plusieurs années d'études ou terminant les deux dernières : « On passera sans doute, dit M. Herzen, par une phrase intermédiaire, où il y aura encore deux examens de passage, l'un entre la section inférieure du gymnase (dite Collège) et la section supérieure de cet établissement, l'autre à la sortie de cette dernière ; tous deux, d'ailleurs, rendus tant soit peu valables par la computation des moyennes annuelles.» (^}

M. Combes, alors ministre de l'Instruction publique de France, a proposé une réforme d'après laquelle le baccalauréat est supprimé et remplacé par les deux examens de passage qui terminent la rhétorique et la philosophie. M. Boutmy se déclare partisan de cette inovation : c II faut, dit-il rendre cette justice au projet du ministre qu'il réduit au minimum le plus grave des défauts et des dangers du baccalauréat actuel : l'action énervante et désorganisatrice de l'examen sur les études. » (^)

Mais ce n'est là encore, dans la pensée des réformateurs, qu'un acheminement vers l'idéal. Il faut qu'en définitive tous les examens disparaissent pour laisser la place à des répétitions pures et simples : « Alors, ajoute M. Herzen, on aura des élèves qui étudieront pour comprendre et pour savoir, non pour réciter tel jour à telle heure ; et qui s'appliqueront toute l'année au lieu de

(i; ilurXquts mots sur l'instruction publique en France (I872f), p. 2^)7.

(2) Educateur des 1 et 16 mars 1881>.

(3) Op, vit., p. 8.

« bûcher » pendant les quelques semaines qui précédent Tépreuve de récitation ; leur ambition consistera à passer avqc la meilleure moyenne. » (*)

Un pas de plus, et Tépreuve terminale unique se décompose en autant de sessions qu'il y a de classes : c'est le système des exaPHcns annuels. A Tenquéte française, on a proposé que chacun d'eux n'eût pour programme que le programme de la classe même à la fin de laquelle il serait placé. Ces examens annuels, subis devant un jury extérieur, ne seraient pas seulement des < examens de passage >, mais des c examens partiels constituant le baccalauréat par leur ensemble et leur réunion » (*), C'est en eftet l'intervalle d'une année qui a réuni en France la majorité des suffrages,

c L'idéal, a dit M. Poincaré, serait que le baccalauréat ne fût plus qu'un examen de sortie, succédant à une série d'examens de passage. » (')

< Il faut souhaiter, dit pareillement M. Henry Michel, que le baccalauréat redevienne ce qu'il était à l'origine, et ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être, le dernier des examens de passage.»(*)

Et à ceux qui s'eflfrayent du surcroît d'effort que ces épreuves annuelles pourraient imposer aux élèves, M. Gréard répond, très justement à mon avis, qu'en réalité, elles n'exigeront rien de plus que le travail régulier de tous les jours, a Pour les meilleurs, en effet, les notes et les places obtenues dans le cours de l'année décideront, sans qu'il soit nécessaire de recourir aux formalités d'un examen spécial. Ceux qui ne se seront signalés que par leur

(1) Lot. cit.

(2) A rciiquOte : Favre, t. I, p. 11. Uirodon, ji. 307. ** Etablir un riiseliçnfiiit'nt cIh-s- «liiue k deux deg^rif». Comme sanction du deuxième degré, maintenir le baccalauréat avec jury extérieur : comme sanction du ))n*mier degré, itiHtitucr un certificat d'études intérieur. ^ Chambre de commerce de Dieppe, V. 72.

(3) Déposition, in Rlbot, op. cit., p. 200. (1) Op. cit., p. 2m.

inaptitude ou leur mollesse auront également prononcé d'avance sur leur sort. L'examen de passage se fera ainsi très simplement: la mesure qui interviendra en fin d'année ne sera que la consécration des résultats patiemment constatés. Et cette sanction n'aura pas seulement pour effet d'assurer dans chaque classe l'homogénéité des intelligences et des volontés, au grand avantage de la direction générale de l'enseignement ; elle introduira dans notre système d'éducation une condition supérieure de moralité. Ceux-là seuls arriveront aux grades destinés à couronner les études classiques, qui fourniront à la société le gage d'une intelligence éclairée et d'une volonté forte. » (*)

« Mis réellement en pratique, les examens de passage, dit M. Bigot, exerceraient pour la valeur de l'enseignement secondaire et pour ses résultats l'influence la plus considérable. Je dirai plus: si on ne permettait à un élève d'avancer d'une classe qu'à la condition d'avoir véritablement profité de la classe qu'il termine, tout examen final serait superflu, A l'entrée de l'enseignement supérieur ou des services administratifs, il ne sortirait de nos lycées que de bons élèves : le meilleur de tous les diplômes serait le certificat d'études. L'élève ainsi chaque année serait soutenu dans son travail par la menace d'un examen, et, ne pouvant réussir dans cet examen qu'à la condition de s'être appliqué à sa besogne journalière, il mettrait plus de zèle à l'accomplir. Aujourd'hui, au contraire, chaque nouveau mois d'octobre le fait avancer d'une classe comme il le fait vieillir d'un an. Du moment où il a fait sa sixième, il est sûr également de faire sa rhétorique et sa philosophie. Il sera bon ou mauvais élève partout, c'est la seule différence. > (^)

Enfin M. P'erneuil, parlant de l'enseignement spécial, y relevait avec plaisir une disposition analogue : < A la fin de la première année scolaire, les élèves subissent un examen sur toutes les matières des cours qu'ils viennent de suivre, afin de constater qu'ils

(1) Cet. Gréanl, Vice-Rccteur du rAcadémiv de Paris, Membre de i*Acadëiiiic franvAlse, Edncation et Ifuitntctioti, Etiseignement secondaire, I, p. 33 et 34.

{i) op. cit., p. 212 et 913.

^ont en état de profiter de ceux qui vont commencer. L*avis motivé des professeurs chargés de cet examen est consigné dans un procès-verbal signé par eux fît transmis au recteur. Les élèves sont rangés par ordre de mérite. Dans la composition de cette liste, on tient compte du travail de l'année entière, La liste des places obtenues par chaque élève dans les compositions hebdomadaires est donc prise en considération ; le chiffre représentant Tensemble des places obtenues durant l'année est même affecté d'un coefficient triple de celui qu'on attribuera aux examens de fin de cours. Les élèves qui ne répondent pas d'une manière satisfaisante sont admis à subir un nouvel examen à la rentrée des classes. Mais, s'ils ne réussissent pas dans cette seconde épreuve, ils doivent, dans leur intérêt propre autant que dans celui des études, recommencer le cours de Tannée précédente. A la fin de chacune des années consacrées à l'enseignement spécial, on procède à un examen et à un classement semblables des élèves, t — Et il ajoutait : < C'est là sans contredit une des dispositions les meilleures et les plus pratiques de l'organisation de l'enseignement spécial, car les examens de passage offrent seuls une garantie efficace contre l'abaissement du niveau des études, en maintenant dans chaque classe un certain équilibre entre la force respective des élèves > (^). — Cette remarque s'applique évidemment à tout enseignement quel qu'il soit.

Mais l'intervalle d'un an a paru trop long, la somme des matières qui s'accumule pendant ce temps trop considérable, et, pour s'écarter encore davantage de l'épreuve unique, on a préconisé le système des examens semestriels : c Les examens, a dit le Prof. D' A. Lang, alors recteur de l'Université de Zurich, devraient (à l'Université) être organisés sur un pied de beaucoup plus grande liberté. Il faut concéder à tout étudiant le droit de subir, à la fin d'un semestre, un examen sur n'importe quelle

(1) op. cit., p. 194 et j96.

liranche, pourvu qu'il en ait suivi les cours et participé aux exercices correspondants, et ces examens doivent lui être comptés sans autre formalité. De plus, l'étudiant doit avoir le droit de présenter comme note définitive d'examen terminal, la moyenne des notes qu'il aura obtenues en suivant régulièrement un système d'examens échelonnés. Par ce procédé, on encouragerait l'application à l'étude et le travail soutenu (la continuité dans l'effort) et on donnerait aux parents l'occasion de se tenir mieux au courant de la marche des études de leur fils ou de leur fille. > (';.

M. Lang, en effet, est convaincu qu'un examen de fin d'études unique, étendu, embrassant des sujets nombreux ne présente en soi aucun avantage, qu'il tourmente le candidat inutilement, l'agite, et produit, l'expérience le montre, une distribution beaucoup trop inégale, du travail de l'esprit sur la période des études. Et il ne reconnaît que fort peu la valeur au dernier t coup de collier » que cet examen exige. Par contre, les examens échelonnés facultatifs dont il fait l'essai depuis bientôt dix ans lui ont donné de bons résultats et il a constaté que les notes obtenues aux examens de fin d'études concordent presque uniformément avec les notes obtenues aux épreuves partielles. Enfin M. Lang admet que l'examen pour le brevet de l'enseignement supérieur et même celui du doctorat, pourraient se faire ainsi « par étapes». Or, si ce mode de faire est admissible dans les études universitaires, qui doivent donner des connaissances spéciales, à combien plus iorte raison le sera-t-il dans l'enseignement secondaire, qui a rempli toute sa tâche lorsqu'il a muni ses élèves d'une « culture générale > pour qui toute prétention spécialiste est une faute, d'une t culture > qui ne s'apprécie pas à la dose de connaissances que l'esprit peut posséder à un instant donné.

(l) A. Lang, **(J('ber dit* Stclliing iintl Auffçabe der rniversitAt in anserni demokrAHschen Htaate **, Jlericht ueber die VerhamUuntfeu der zurchtrischm Srhulsynotîe von i^8, p. 112, 137 à l^J.

Allant plus loin encore, la Commission médicale vaudoisë approuve le système des épreuves trimestrielles. Elle remarque que des inspections fréquentes stimuleront le maître, empêcheront le favoritisme (que l'examen est loin d'exclure) et permettront beaucoup mieux que l'examen de juger le maître et sa méthode ; enfin elle ajoute ': c La Commission scolaire de Lausanne a déjà fait un pas dans ce sens en supprimant les examens annuels dans l'école supérieure communale et en les remplaçant par des répétitions trimestrielles. Maîtres et élèves se louent beaucoup de cette mesure ; espérons que bientôt les examens seront entièrement supprimés dans toutes nos écoles et que nous aurons à en constater les heureux effets hygiéniques. > ('}

Eniin, le minimum de l'intervalle auquel on a cru pouvoir s'arrêter, est la durée d'«« mois : t Les examens, dit encore la Commission vaudoisë, exprimant cette fois son propre désir, pourraient être avantageusement remplacés par des examens ou répétitions mensuels avec interrogation. Celles-ci obligent l'élève à se tenir au courant par un travail régulier sans exiger de lui un effort excessif et momentané. Aussi bien que les examens elles donnent une idée d'ensemble. La somme des notes obtenues ainsi pendant l'année fournira un résultat définitif bien plus juste et bien plus complet que l'unique note de l'examen. >

La série d'opinions que nous venons de parcourir montre que les éducateurs suisses sont, en général, portés à réduire, plus que les français, l'intervalle et par conséquent le temps de préparation qui doit séparer les épreuves successives. En d'autres termes, l'opinion éclairée s'écarte davantage chez nous du système traditionnel de l'épreuve terminale unique à laquelle s'appliquent avec le plus de force les critiques précédemment formulées. Nous nous rallions de plus en plus à l'idée, exprimée au commence-

(1) Rtxppm-t déjà cité.

trient de ce chapitre, qu'un examen d'enseignement secondaire doit pouvoir se passer sans préparation autre que les études elles-mêmes.

La conséquence de ce progrès accompli par Topinion est, comme Ta très bien remarqué M. Herzen, c qu'on voit se produire partout, contre les examens, un mouvement d'autant plus accentué qu'ils sont plus encyclopédiques et d'une portée pratique plus grande pour la carrière à venir des candidats (*) ; que partout on cherche à faire contre-poids à leurs résultats illusoires au moyen d'un correctif moins exposé à être influencé par des circonstances étrangères au mérite réel des candidats, voire même à substituer entièrement aux examens le correctif en question, la moyenne annuelle^ parce qu'on reconnaît de plus en plus qu'elle est le seul critérium raisonnable et sûr du mérite des élèves, dont elle est tout simplement l'expression spontanée et naturelle. > M. le Recteur Finsler est du même avis : Pour lui, les notes obtenues au cours des études doivent, à tout le moins, contribuer pour la majeure partie à l'établissement de la note finale mentionnée au diplôme {').

Mais le système de la moyenne des notes a rencontré aussi des objections. M. Herzen en fait justice avec beaucoup de bon î^ens : « Il y a des gens, dit-il, qui soutiennent qu'on ne saurait se fier entièrement et exclusivement à la moyenne annuelle parce qu'elle est trop exposée à être influencée par les sympathies et les antipathies personnelles du maître ; et dire qu'il y a des instituteurs qui soutiennent cette thèse ! Je soutiens, moi, qu'elle est calomnieuse, et qu'il est indigne de mettre ainsi en suspicion la bonne foi et l'honnêteté du corps enseignant. Je comprends à la rigueur qu'un maître se laisse momentanément entraîner à être injuste dans l'appréciation relative de plusieurs élèves ; que.

(1) Cf. ,). Ratinié, La réforme de l'instrucUan (1968), chap. III. («; Op.cft., p. 362.

séance tenante, il mette un point trop élevé à l'un et trop bas à l'autre, au risque de faire pencher injustement la balance de Texamen ; mais que, systématiquement, il persiste pendant toute Tannée scolaire à mettre de mauvais points à un bon élève et de bons points à un mauvais, cela n*est pas possible; il serait d'ailleurs bientôt démasqué et cruellement puni par le mépris de ses élèves et de ses collègues. Il y a quelques années, une mesure dans ce sens a été adoptée à Lausanne même : celle de ne pas admettre aux examens de promotion les élèves qui ont une moyenne annuelle insuffisante (5 sur 10) ; excellente mesure, que tout le monde approuve et qui n'a qu'un seul défaut, celui d'être une demi-mesure ; eh bien, est-il arrivé une seule fois qu'un élève ait eu à souffrir injustement ? Non : cela n'est jamais arrivé, et cela n'arrivera jamais. Pourquoi donc, si on accorde à une mauvaise moyenne une efficacité négative décisive, n'accorde-t-on à une bonne moyenne aucune efficacité positive ? Pourquoi croire que les maîtres qui n'abusent pas des moyennes contre la promotion de leurs élèves en abuseront pour leur promotion ? Personne n'y croit au fond; c'est un de ces arguments que l'on invente, quand on est à bout d'arguments.

« Une autre objection, plus sérieuse, est celle-ci : la moyenne annuelle est, dit-on, exposée à l'influence des fraudes si nombreuses et si variées, pratiquées par une bonne partie des élèves. par les plus mauvais, naturellement, au détriment de leurs camarades, souvent plus forts en réalité, mais honnêtes, et qui se trouvent ainsi refoulés et devancés par les moins scupuleux. On oublie seulement que les mêmes fraudes se pratiquent sur une échelle plus vaste encore aux examens qu'en classe, et cela, de nouveau, en proportion directe avec l'importance pratique ou légale de l'examen dont il s'agit ; il n'est d'ailleurs pas impossible, par difficile même, d'éviter ce danger : les travaux écrits laits en classe, ainsi que les devoirs écrits qui se font à la maison, sont notoirement ceux qui se prêtent le plus aux fraudes de toute sorte ; quoi de plus simple que de réduire au minimum les travaux et les devoirs écrits, et de ne jamais les prendre pour base delà moyenne, mais seulement pour base d'un interrogatoire qui

fera ressortir le véritable mérite de Télève, que celui-ci ait ou n'ait pas eu recours à une fraude quelconque ?

« Il n'y a, à l'adoption de la moyenne annuelle, comme vrai critérium du mérite des élèves, aucune objection qui ait la moindre valeur ; c'est cette moyenne, par conséquent, qui devrait décider de la promotion à l'exclusion de l'examen, ou du moins de préférence à l'examen ; le moins qu'on puisse faire dans ce sens, c'est d'accorder à la moyenne annuelle une valeur égale à celle de l'examen ; de cette manière on contente et ceux qui voient tous les inconvénients des examens, et ceux qui croient qu'ils ont pourtant du bon, parce qu'ils obligent même les meilleurs élèves à répéter encore une fois les cours de l'année et les mauvais à les répéter une fois au moins ; c'est le système qui est en vigueur dans les établissements d'instruction publique de Lausanne. > (')

Le principe de la sanction par la moyenne des notes étant adopté, le moyen le plus simple de le mettre en pratique est l'établissement d'un livret scolaire^ accompagnant l'élève tout le long de ses classes et enregistrant au fur et à mesure les notes obtenues par lui dans toutes les branches de l'enseignement.

Comme l'a fort bien dit M. Ribot(*), « le meilleur certificat d'études n'est-ce pas ce livret scolaire dont l'usage, encore facultatif, commence à se généraliser ? Le mot a été dit par un des représentants les plus autorisés de l'enseignement catholique (*), et il n'a soulevé aucune protostation. > Si même on n'arrive pas tout de suite à supprimer l'épreuve terminale, il faut du moins < rendre l'application du livret assez générale pour qu'en fait

(i; ELlucoUur^ loc. cit.

(2; &g. cit., p. 103.

(3) M. l'abbc Morel, directeur de Técole Saint-Si}çUluTt, a fait rcraarfiuer " qu'avec Tusage ffénéral et sérieux du livret seulaire le baccalauréat n'aurait que iieu d'inconvénienta ^. Pour remplir tout i>on oflice, le livret doit porter les notes, les places, les examens de passage et devenir „ un véritable certificat d'études **. Enquête, t. II, p. 473.

l'examen de fin d'études, au lieu d'être une épreuve isolée, soit comme la vérification des notes obtenues par le candidat de ses professeurs. Il ne faudrait pas beaucoup de temps aux universités pour déterminer le degré de confiance qu'elles peuvent accorder à ces certificats d'études, d'après leur origine. > (*)

Il ne serait d'ailleurs pas nécessaire que le livret portât les notes obtenues dans les basses classes. Il serait même plus juste de laisser aux jeunes gens le temps de prendre connaissance de l'importance de leurs études. Comme l'a proposé M. Henry Michel, « il suffirait qu'on y consignât les places et les notes avec le nombre des élèves de la classe, pendant les trois dernières années des études. Le livret scolaire ferait connaître le candidat à l'examinateur. Il diminuerait certainement le rôle du hasard dans l'examen. On ne verrait plus, comme on le voit quelquefois — pas très souvent, mais quelquefois — le meilleur élève d'une classe refusé, alors que les plus médiocres de ses camarades sont reçus. > (')

La question du livret scolaire a été discutée longuement dans la grande Enquête française (*). Pour enlever au baccalauréat dans la mesure du possible son caractère aléatoire, on a proposé de tenir plus grand compte des antécédents scolaires, du dossier de chaque élève. Les meilleurs élèves, ceux qui constituent la tête de la classe, seraient dispensés de tout ou partie des épreuves de l'examen (*), comme cela se fait dans le système allemand.

(1) Ribot, Ibidem.

(»; op. cit., p. 276.

<3) Rapport général, p. .30 à 32 et 72.

(4) Arenquête: Lavissc, t. I, p. il. Hjwton Paris, p. 79. Croiset, p. 103. Combes, p. 130. 8eiipiobos. p. 228. Séallles, p. 269. Dnrlraux, p. 310. Dispenser .de rexatncn oral les élèves qui joindraient à un bon livret des compositions suffisantes.— Levei lié p. 318. Blanchet, p. B4-1. Gazeau. p. 646. Déprez, p. 676. Dispenser des épreuves les élèves qui, pendant les deux ou trois dernières années, auraient obtenu une moyenne déterminée. ' — Bousselot, p. 6«», Favre, t. II, p. 22. Régnier, p. 118. — Rapport du recteur de l'Académie do Bordeaux, t IV, p. 46. L'Etat devrait pouvoir conférer le baccalauréat k tout élève qui aurait, en rhétorique ou en philosophie, obtenu des notes supérieures k la moyenne. » Cela se faisait pour le certificat de grammaire k la fin de la quatrième et personne ne protestait **.

Cette dispense leur serait accordée par le jury sur le vu des notes contenues à leur livret scolaire et sur la proposition du chef de rétablissement avec Tagrément du corps des professeurs.

Ce serait un moyen d'enlever au baccalauréat son caractère aléatoire dans les cas où ce caractère peut se manifester de la manière la plus fâcheuse ; ce serait en outre un puissant stimulant au travail des élèves. On arriverait à « reconstituer de vraies têtes de classes > comme il en existait autrefois, car les meilleurs élèves ne seraient plus détournés des études désintéressées par la terreur de Texamen et par la nécessité d'une préparation étroite et minutieuse (^). Sans rien compromettre, on allégerait enfin la tâche des examinateurs (*/

L'opinion générale est que ce livret rend, dès maintenant par sa combinaison avec l'épreuve finale, de très réels services en renseignant les examinateurs sur le passé scolaire des élèves, ce qui permet de corriger les hasards de l'examen. (^).

Plusieurs des déposants voudraient même qu'il fût obligatoire pour tous les établissements et pour tous les candidats (*j.

En faveur du maintien de son caractère facultatif, on fait remarquer, il est vrai, que le rendre obligatoire serait [contraindre

(U A renquête : Kcynier. t. II, p. 118.

(2) A Tenquète : LcvelUé, t. I. p. 318.

(3) V. cependant k Tenquêtc : Rapport du doyen de la Faculté des tsciences^ de Grenoble, t. IV, p. 128. „ Quant aux certificats d*études, on sait ce quUls valent. De tels certificats existent, en effet, même pour renseignement secondaire : ce sont les livrets sitolaires. Or, ces llTrets sont toujours et nécessairement bons. Un établissement d Vnseigrncment qui les donnerait mauvais serait abandonné par les familles et considéré lui-même comme mauvais par TAdministration. Ils sont donc, presfiue tous, sans signification et sans valeur. ** V. dans le même sens un article de M. Teissier, doyen honoraire de la Faculté des Lettres de Caen, dans la revue internationale de rfinseignement (1898).

(4; A l'enquête : âcignobos, t. 1, p. 82«, ** L*institution est excellente en elle-même, mais elle a deux défauts. D'abord, elle n'est pas assez générale ; le livret scolaire no devrait pas être facultatif, mais obligatoire ; puîstiue le baccalauréat est destiné ii constater «(u'on a fait des études d'enseignement secondaire, c'est bien le moins qu'on 8«icke dans qu'elles conditions le candidat les a faites.'^ — Léon Bourgeois, t. II, p. 702. '* J'établirais le livret scolaire obligatoire pour les établissements libres comme pour ceux de l'Etat. Je suis d'avis que le droit de l'Ëtat va Jusi(u'à s'assurer que dans tous les établissements d'enseignement — mêmes les établissements libres — on se conforme à un certain nombre de règles générale^ iiuc je considère comme nécessaires au bien du pays. **

les candidats à faire connaître leur origine, ce que certains poiii'raient considérer comme dangereux pour leurs intérêts et abusif sous un régime de liberté d'enseignement. D*autre part, il est des élèves pour lesquels la présentation du livret serait plutôt préjudiciable, et il semble juste de leur laisser courir, s'ils le préfèrent, les chances de Texamen (').

En tout cas, on est tombé d'accord que ce (jue Ton pourrait faire sans inconvénient, ce serait autoriser les candidats de l'enseignement libre comme de l'enseignement public à « remettre un livret scolaire aussi complet que possible » (*). et exiger qu'il en fût tenu plus de compte à l'examen ("}. Certaines dépositions semblent, en effet, établir que parfois les examinateurs pressés par le temps sont dans l'impossibilité de consulter les livrets des candidats, et que, d'autres fois, ils s'abstiennent systématiquement d'en tenir compte, préférant se fier aux impressions qui résultent pour eux des épreuves mêmes de l'examen (*). Cette pratique méconnaît d'une manière regrettable l'utilité du livret scolaire, qui devrait être la pierre angulaire de l'examen (^),

(i) A IVnquête: Henri Bernes, rapport, t. IV, p. iOO, " Contraindre chatiue candidat k présenter un livret, c'est l'obliger U dire .son origine. Pcnt-t'tre ponr ménager dans lenr excès même certaines susceptibilités, vant-il mieux le laisser libre de n'en rien faire. * — Raband, t. II, p. 2Sr». " II peut se trouver des élèves pour lesqnels la consultation du livret ne serait d'aucune utilité ou même serait préjudiciable. Il est préférable pour ceux-ci de ne pas produire d'eux-mêmes une marque de défaveur k leur égard.

Remarquons que les obiections formulées dans les trots notes qui précèdent perdent toute valeur si le candidat prend la sanction de m>s études dans la maison même oit il les a faites, comme c'est en Suisse le cas très général — ou qu'elles se rapportent exclusivement aux ronditions spéciales de renseignement public français.

(5) A l'enquête : Rambaud, t. I, p. 204. — Rapport de la Société d'enseignement supérieur, t. IV, p. 348.

(3) A l'enquête : Croiset, t. 1, p. li>0. Seignobos, p. 22G. Mézlères, p. 325. Espinns p. 4(K). Gaiean, p. &1G. Dalimier, p. 5tM Fourteau, p. Ml. Freitillier, p. 691. Poirier t. II, p. 15. Mathieu, p. 244. BatifTol, p. 27fi. Lat>erthonnière, p. 314. Couraud, p. 333. Blondel, |i. 444. Morel, p. 473. ~ Rapport de la Société d'enseignement supérieur, t, IV, p. 34H. — V. cependant : Fouillée, t, I, p. 274. " Tenir compte des livrets scolain>s au moment de décider si l'élève doit être reçu ou refusé, mais n'accorder aucun droit aux notes de ces livrets. — Terrât, t. II, p. bon. Ne considérer le livret scolaire que comme un adjuvant en cas de doute.

ii) A l'enquête : Seignobos, t. I, p. 22i>. Batiffoi, t. II, p. 275. Couraud. p. 333.

(6) A l'enquête : Oaxeau, t. I, p. 54^1.

tette solution séduisante a soulevé cependant de sérieuses objections (*).

Elle se heurte plus ou moins, a-t-on dit, aux mêmes difficultés que le système du certificat d'études intérieur, dont la dispense d*examen ne serait, au fond, qu'une atténuation ('j. Elle donnerait lieu aux mêmes soupçons, aux mêmes attaques. Elle créerait, d'autre part, aux chefs d'établissement comme aux professeurs une situation intolérable en les exposant d'une manière continue aux intrigues et aux sollicitations des familles ("). Elle présenterait enfin le grave inconvénient d'instituer deux classes de bacheliers, les privilégiés et les autres, de favoriser les fraudes et peut-être, dans une certaine mesure, de diminuer la valeur du diplôme (*).

Je ne partage pas ces craintes, mais j'avoue que la combinaison du livret et de l'examen final, la neutralisation plus ou moins complète du second par le premier, me semble une solution boiteuse. Je l'ai déjà dit : le certificat d'études, quelle qu'en soit la forme, doit à mon avis fournir à lui seul tous les éléments de la promotion définitive.

Somme toute, dit le Rapport général, <( la Commission a décidé de maintenir le livret scolaire qui rend de grands services, diminue l'aléa du baccalauréat, et est favorablement vu par le corps enseignant, aussi bien dans les clablissemenls libres que dans les lycées et collèges de l'Etat.

(1) A l'cnqiiéte : (4réar(J, t. I, p. 12. Wallon, p. 34. Fouill^\ p. 271. UortAj^o, p. 65o. Maniçin, t. II, p. KN). Bernôs, p. 13ti. Clmlaiiu't, p. 1(>7. RAbaiid, p. S.Ha. — Résolution de la BockHé pour IVtudr des questions d'ensei^nenirnt secondain*, t. IV, p. 363. Bernes, rapport, t. IV. p. 4fM).

Kt\ A Penqur'tp: Henri Bernés, t. II, p. I3<i. " .T^ajonterai enfin qir>\ tout système qni, soit snr le vu des livn^t^, soit par d^eision des professeurs de la elassi*, ferait dispenser de Texamen une ])artie des élèves de nos établissements, s'appliqueraient eneore îi mon avis, quoique atténuées, les nbjeetions que Je viens dVxprimer (contre le système de IVxamen intérieur). „

^3) A l'enquête: Bertaipie, t. 1, p. 56o. De même, Fouillée, Les ètutîen classiqueê^ p. 193

{\) A Penquête : «réard, t. 1, p. 12. Bernés, t. IV, p. \m, ** Toute dispense aurait rinconvénieift, en soustrayant à IVxamen les meilleurs eandidats, dVn abaisser forcément le niveau. «

En ce qui concerne le caractère du livret scolaire, une discussion est engagée sur le point de savoir si sa production doit être obligatoire ou rester facultative.

On a fait remarquer que donner un caractère obligatoire au livret scolaire serait le meilleur moyen pour décider les examinateurs à en tenir compte. Une institution facultative est presque toujours sans portée réelle. Si, d'ailleurs, le livret scolaire rend de grands services en éclairant le jury sur les antécédents des candidats et en lui permettant d'établir plus d'équité dans l'examen, pourquoi ne pas fournir aux examinateurs, dans tous les cas, les renseignements précieux qu'il contient ?

En faveur du maintien du caractère facultif du livret scolaire, on a fait remarquer que rendre obligatoire sa production serait contraindre les candidats à faire connaître leur origine, ce qui, dans certains cas, pourrait froisser des susceptibilités légitimes et paraître contraire au principe de la liberté de l'enseignement.

A une faible majorité la Commission a décidé de laisser au livret scolaire son caractère facultatif. Elle a pensé que, l'Etat organisant l'inspection des études dans tous les établissements d'enseignement secondaire, publics ou privés, il suffirait, pour qu'il fût possible aux jurys d'examen d'apprécier à leur juste valeur les livrets scolaires, qu'un doyen de Faculté fût, dans chaque ressort académique, délégué à certaines époques pour en contrôler dans chaque établissement la sincérité.

l'n autre moyen de baser la sanction des études secondaires uniquement sur les résultats obtenus au cours des classes, — mais cette fois sans que l'Etat aît à descendre dans le détail de ces résultats, ni par conséquent à s'ingérer dans la vie intérieure des établissements d'instruction, — consiste dans la création de certificats {f études, délivrés par chaque collège à ses propres élèves et recevant de l'Etat la consécration officielle sans autre formalité.

C'est ce qu'avait proposé M. Lavisse: «Je propose, disait-il, que des attestations d'études soient décernées de droit, sans examen.

aux meilleurs élèves des lycées et collèges, après délibération du conseil des professeurs, approuvée par l'autorité académique. Les autres élèves seront examinés par un jury » (^). C'est exactement ce que je demande depuis tantôt vingt ans.

Dans sa déposition à TEnquête, l'illustre accadémicien entre dans plus de détails sur son projet: « On pourrait dit-il, supprimer totalement l'examen du baccalauréat. Les établissements publics ou libres délivreraient, à la sortie, des certificats d'études qui vaudraient ce qu'ils vaudraient. On objectera : La plupart des élèves ne travailleront pas. Mais les bons maîtres, qui enseignent bien, obtiendront toujours que leurs élèves travaillent. Puis les élèves qui ne travaillent que par force ne m'intéressent guère ; le travail contraint ne profite pas beaucoup. Et voici une chose que l'on oublie toujours: pour forcer une collection d'élèves médiocres à médiocrement travailler, on empêche les meilleurs de bien travailler.

u Au total, la déperdition est très supérieure au profit.

« D'ailleurs, il restera toujours des sanctions aux études et des châtiments pour les paresseux. Les paresseux n'entreront pas dans les grandes écoles, qui sont protégées par leurs concours à l'entrée. Dans les facultés des universités, ils seront arrêtés par le premier examen qu'ils rencontreront > f*). Il a parfaitement raison et M. Finsler a fait à l'objection identiquement la même réponse {%

€ Dans tous les temps et dans tous les pays où l'instruction a été comptée pour quelque chose, dit de même M. Ribot, on a considéré la preuve de capacité qui résulte de l'examen comme insuffisante à elle seule. On a toujours exigé une autre preuve plus réelle et plus décisive, résultant d'un cours complet d'études dans lequel les élèves ont été examinés d'année en année. L'épreuve du baccalauréat se trouve, de la sorte, être le complément et pour ainsi dire le support de toutes les autres.

(ï) Revue de Paris, loc. cit., p. 9(W.

(2) In Ribot, Op. cit., p, m.

(3) Loc. cit.

c ¥m faisant du baccalauréat un examen qui se suffit à luimême, qui ne se lie d'aucune manière à la vie scolaire du candidat, on l'a livré à de telles incertitudes qu'on a fini par revenir à ridée du certificat d'études » (').

Va m. Herzen représente, en appuyant cette manière de voir, une opinion très répandue dans notre pays : * Je sais, dit-il, que nombre de mes collègues dans l'enseignement pensent comme moi et considèrent les examens comme destinés à disparaître peu à peu tout à fait, de façon que les certificats d'examens soient remplacés par des certificats ^etiides^ — ces derniers représentant réellement ce que l'élèv^e a compris et appris, tandis que les premiers indiquent tout au plus ce qu'il a réussi à se fourrer dans la mémoire pour l'heure fatale, — ou à se faire souffler par un camarade > ('),

Après avoir rendu, comme nous venons de le faire, l'opinion d'auteurs pris individuellement, voyons ce qui a été dit sur le sujet en question dans la grande enquête française : Un certain nombre de déposants, dit le Rapport général^ y ont proposé de transformer le baccalauréat, examen extérieur, en un certificat d'études délivré par un jury intérieur composé des professeurs mêmes de l'établissement, sous le contrôle et la surveillance de l'Ktat 0.

Kn faveur du système de l'examen intérieur, on invoque l'exemple des pays voisins de la F*rance; notamment de la Prusse. Kn Prusse, l'examen de fin d'études, ou « examen de maturité » a lieu au gymnase où les candidats ont fait leurs études, devant les professeurs de la classe dite c prima >, et sous la présidence

(I) Op. cit., nw.

(i) L' Educateur, article cité.

13) A renqiK'tc: Bvrthclot, t. 1, 88; Gaston- Paris, p. 90; Monod, p. 122 : Corn bex, p. 131; IVrrot, p. Ui; A. LtToy-Bi»aulieii, p. 167; Sabatler, p. «ï3 ; Seigiiobos, p. 227; Erm-st Dupuy, p. 251; Foncin, p. 318; BuiMsoii, p. 410 ; Maneuvrier, p. 452 ; Dreyfus-Brissac, p. 612 ; iieek, t. II p. H; Joubert, p. 63; Bossert, p. tU ; Max-Lcelere, p. 88; Blonilel, p. 411; Gautier, p. (U)3. — Rapport du recteur de 1* Académie de Caeii, t. IV, p. 7(î. — Kapport de la Chambre de commerce de PhUippevillc, t. V, p. 167. — V. é|^lement : Beaussire, Ui Liberté d'enseignematt et VUnivenité ious la tromème République (1884). — . Oouniot, des InHitutionë d'enteignement public en France, (1864). — Raunlc^ la Réforme de Vinntruction nationale (1888;.

— lOO —

d*un représentant de TEtat investi d'un droit de « veta, > contre les décisions du jury. Cet examen n*est, au fond, que le dernier des examens de passage imposés chaque année aux élèves du gymnase, examens rigoureusement éliminatoires et qui ne laissent arrivé à la « prima » que des éléments de choix. Les t extranei >, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas suivi les classes supérieures des gymnases (ce qu'on appellerait en France les élèves de l'enseignement libre), sont admis à subir l'examen de maturité au siège d'un gymnase, mais ils sont interrogés à part (*).

A la même enquête, on a fait remarquer qu'un système analogue fonctionne en Alsace, dans. le Grand-Duché de Bade, en Hollande, et dans la plupart des pays d'Europe {%

En France même, dans les lycées de jeunes filles, a-t-on dit, l'examen de 3® année est subi devant un jury intérieur présidé par l'inspecteur d'Académie du département (^).

L'adoption d'un semblable système ferait disparaître, pense-t-on, la plupart des vices du baccalauréat; tout d'abord son caractère aléatoire. Les candidats seraient examinés par leurs propres professeurs, c'est-à-dire par des juges qui connaîtraient leur valeur et sauraient s'ils méritent ou non le diplôme (^).

Pour la délivrance du certificat d'études secondaires, on tiendrait grand compte du dossier scolaire de l'élève, de l'ensemble de ses notes, et des résultats constatés à l'occasion desj examens de passage par lui subis. Sur le vu de ce dossier, le candidat pourrait être dispensé par le jury de tout ou partie des épreuves {^).

(1) A l'enquête : Dreyfus-Hriiwac, t. 1, p. 6<h».

(2) A IViKiiiète : Kabatier. t, I, p. ïiO. Bcek, t. II, p. î». ** C'est la wule réforiiii' intrw- (luitc par les AUeuiaudii en Alsiiee (lUt n'ait paa «uulevc de réuistancrs, (itti ait êUS pleinement appronvëe. ^

(3) A ren<iuêt« : Joiibert, t. 11, p. 5-1.

(4) A l'enquête: Combes, t. I, p. 131. " Vous savez que, dans mon système, et eonformëment à eette vue de l'esprit qui fait du baeealaurt^^t un eert.ifieat d'études ««eonclaires, le aoavel examen devrait être donné dans l'intérieur des lyeées par les professeurs de l'établissement. Ces professeurs sont tout indiqués pour délivrer ce eertiHeat d'études, ear ee sont les seuls qui eonnaissent la valeur de l'élève et qui saehent s'il mérite ou non le diplôme. **

(5) A l'euqnête : Gaston PfU-is, 1. 1, p. 7'J. Combes, p. 13U.

— lOI —

Les examens de passage, sérieusement organisés, assureraient la régularité des études et le maintien de leur niveau élevé. Ces examens, s'ilsétaient éliminatoire?, débarrasseraient l'enseignement secondaire d'un excès de clientèle qui l'encombre sans profit. Il y aurait, d'autre part, moins d'échecs à la fin des études que sous le régime du baccalauréat (').

Kn ce qui concerne l'enseignement libre, on a observé enfin qu'on pourrait maintenir le jury d'Etat, tel qu'il fonctionne actuellement pour le baccalauréat (^), ou même concéder le droit de conférer le certificat d'études intérieur aux établissements qui accepteraient le contrôle de l'Etat et se soumettraient à certaines conditions de personnel, de programme et d'inspection ('*)

Malgré ses avantages, cependant, le système du certificat d'études avec jury intérieur a rencontré dans l'enquête un grand

(1) A l*eiuiiit>te : (4n.ston PAris, t. I, p. HiK **■ Ces exaini'iis île pastMiKe mnt dans nos institations, mais il ne i»ont guère appliqués et il y aurait un trÙ8 grand avantage à ce ([u'k ehaque cImmm*, à partir de la iinatriènie ou de la troisième, les élcveM qui m* trouvent, d'une fa^on notoire, ne pas avoir les dispositions nécessaires pour ce genre spécial d'eiist'tignenicnt, renseignement secondaire classique, que ces élèves l'abandonnassent et se tournassent vers il 'antres enseignements. Les examens de passage devraient être fort sévèri'S, de fa^on k ne laisser arriver dans la dernière classe que les élèves qui auraient véritablement montré des aptitudes pour ce genre d'études. "* — Babatier, t. I, p. 203. " Il faut rendre les examens de passage sérieux... Pour cela, il faudrait les faire passer devant l'inspecteur de l'Académie ou son représtnitant. qui auraient un droit de ** veto ** au nom de l'Etat. On débarrasserait du coup les classes de ces non-valeurs qui les paralysent, les surchargent. Voyex les résultats : A Berlin, la statistique montre que la proportion des n^vus au certiflcat de maturité est de 92 010. C'est qu'on ne laisse arriver dans ce qu'on appelle la ** prima '', ou classe de philosophie, que des élèves bien capables de suivre cette classe. Savez-vous quelle est la proportion des revus en France k la première épreuve ? îJU olo d'après les chiffres de M. Croiset. ** — Voyez cependant : Comlies, t. I, p. 131. Les examens de passage ne devraient pas être éliminatoires et entraîner le redoublement de la classe, encore moins l'expulsion. ** L'élève passe son exaunen de lin d'année, il reçoit une note et c'est cette note qui porte coup pour lui à l'examen Unal de rhétorique et de philosophie. **

(2; A l'enquête : Seignobos, t. 1, p. 228. Combes, p. 132.

(3) A l'enquête : (taston Paris, t. 1, p. 90. Monod. p. 12». Sabatier, p. 2U3. Buisson, p. itd. Jury pris dans i'établisiiement, aussi bien pour l'enseignement libre que pour renseignement public, et présidé par un professeur de Faculté ayant droit de ** veto **. — BosMTt, t. II, p. Ul. Blondel, p. lil. Certilicat délivré par un jury intérieur pour les établissements publics, par une '' Commission mixte ** pour les autres établissements. — Rapport du recteur de l'Académie de Caen, t. IV, p. 76. Jury intérieur pour les grands lycées; jury d'Etat pour les petits établissements publics et pour l'enseignement libre. — Rapport général, p. i3 à 15.

nombre d'adversaires (*). Voici, d'après le Rapport général toujours, les objections qui lui ont été faites (*) : i . — La collation des grades, a-t-on dit d'abord, est un des droits essentiels de l'Etat ; il ne saurait être question de l'en dessaisir (^). Si l'Etat consentait à accorder aux établissements libres comme aux établissements publics le droit de conférer le certificat d'études intérieur, ce ne pourrait être qu'à la condition, de leur part, de se soumettre au contrôle du Gouvernement, par exemple en acceptant la direction des examens par un de ses représentants, et l'inspection régulière des classes par les inspecteurs officiels. Or, indépendamment de ce fait qu'une semblable solution aurait pour résultat de donner dans une certaine mesure à l'enseignement libre, sous la condition d'une surveillance assez illusoire, la consécration de

(1) A reiiiiiu'tt' : Wiillon. t. 1, p. 32. Picot, p. Kî. BoiH8U>r, p. 70. Kn^nl, ji. 77 Croi-sot, p. 102. 1*. Leroy- UcHU lieu. p. 118. RHiiihaiid, 2U1. Fouillée, p. mi. Ulasson, p. 280. PruTo^ft, p. 126. KortE, p. 542. Blancliet. p, 64i. BéUores. t. II, p. 1\). Mangin, p. ICK). Bcniôs. p. \'M\. IVtit, p. ilô. FhIR'x, p. 171. Bflot, p. 1!)8. pHiHtuier, p. 270. Fournler de Flaix, p. 418. Uadolle, p. 40». Mnidîdier, p. \\\i.. Ternit, p. 650. Roeafurt» p. 040. Poiiicaré, p. «75. — UapportN de» reeteurs des ÂeHd«^inie8 de Dijon, t. 111, p. :122. Montpellier, t. IV, p. loo. Poitier», p. 2(>â. Keiiiie», p. 280. — Réponse du directeur de ri<k'ole de droit d'Alger, t. IV, p. 21. — Observation» dei» supérieurs d'établiHiM;nientM secondaires libre.** du dioecse de Lyon, t. IV, p. 18:t. — Santisiggi, t. IV, p. tài\. Duniéril, p. .'(00. (4érai, p. SOi). — RésolutiouK de la Koeiété pour l'étude des qucHtions d'enseignement secondaire, t. \W p. 'AfiA. — Rapport de M. Henri Bernes, t. IV, ]), 302 et suivantes.

(2; Rapport ginrral, p. 16 à 2îf.

['M A remiuête : Poinctiré, t. H, p. iub. — Exposé des motifs du projet de loi relatif à la liberté de l'enseignement su|»érieur, présenté par Jules Ferry, ("Reeueil des lois et règlements sur l'enseignement supérieur, par de Beauchanip, t. ///. p. ^80): **■ Pais plus qu'aucun des Gouvernements qui l'ont précédé, le Gouvernement républicain ne doit abdiquer son droit'de haute direction tie la jeunesse française. L'Etat libre et démocratique que nous avons fondé n'a pas besoin, pour exercer cette légitime suprématie, du monopole de l'enseignement : mais il doit conserver avec un soin jaloux le droit d4' collation des grades, si just«nient «lualitlë, par le rapporteur du projet do loi de 187r> à la Chambre des Députés, d«: fonction publique au premier chef, et de véritable magistratun*. " — Rapport de M. ttpuller (de Beauchamp, recueil, etc., p. 415. "* Les examens ne sont pas seulement des formalités que l'on impose à ceux qui veulent obtenir l'entrée d'une carrière; ils sont aussi le moyen dont dispose l'Etat pour maintenir et pour élever progn'ssivement le niveau de l'enseignement, auquel corresponil d'une manière si exacte le niveau moral de la nation. C'estfpour cette raison d'ordre supérieur que l'Etat doit rester maître des examens et de la collation des grades ffui les couronne. Les examens sont le contrôle de l'enseignement, et cel contrôle est nécessaire pour fain* équilil>re à la liberté, au point de vue de l'abaissement et du relè%'ement des études. "* — Rapport de M. Jules Simon ^de Beauchamp, p. 1420). ** L'Etat a seul qualité pour conférer les grades, puisiiuc chei nous les grades ouvrent la carrière des ^onctions publiques. **

TKtat ('), il est peu vraisemblable que la plupart des établissements libres consentent actuellement à soumettre au contrôle officiel leur personnel, leurs programmes et leurs méthodes d'enseignement (*).

2. — Il ne saurait être question de faire examiner les élèves de l'enseignement libre par un jury intérieur composé de professeurs d'un établissement d'enseignement secondaire public ("). Cette solution, à laquelle d'ailleurs personne ne semble s'être arrêté dans l'enquête, serait non seulement la violation flagrante de la liberté de l'enseignement, mais encore, pour l'Université, € la solution la plus embarrassante et la moins digne > (*) (^uand à instituer, comme on le propose ('^), un double régime d'examen, intérieur pour les élèves de l'enseignement public, extérieur pour les élèves de l'enseignement libre, on n'y saurait songer davantage. Ce serait contraire au principe consacré par la loi de 1850.

Sans doute, l'Etat n'a pas entendu abdiquer, en 1850, le droit « d'organiser son enseignement dans les conditions qu'il jugera les plus propres à développer l'esprit et le cœur de la jeunesse > (*"') ; il reste maître de ses méthodes et de ses programmes ; mais, en instituant pour ses établissements une sanction d'études qui ne serait pas accessible aux établissements concurrents, il

(1) Rapport du recteur de rAcadëtnic de CHen, à IVuquête : t. V, p. 7»». " Que prolinsent, en effet, quelques-uns de8 advermires du baet'Hlauréat actuel ? D^nutorifter les IprandH établiMenients libres qui 9(* soumettront a une inspM'tion d'Etat, à délivrer un eertiflcat d'ëtndes ë<iuivalent du baccalauréat. Or, que demandent les établissements libres? Justement cette visite des Inspecteurs de TKtat qui les mettra sur le uu'me Ipied que les «^tabllsMements publics, qui fera d^eux autant de petits Btanislas et qui, faisant illusion aux familles, achèvera de vider nos maisonn. ** — Rapport du rreteur de TAcadémie île Poitiers, t. IV, p. 2fi.S.

(2) A l'enquête: Henri Bernés, t. //, p. i:w et t. IV, p. 307.

Cl) A Tenquête : Bannard, t. II, p. 350. "* .le suis bien oblifpé de dire, dussiex-vous m*aceuser de faire un procès de tendance, quMl n'est pas une de nos maisons d'enaei^nement secondaire lilire qui ne regarde juste^ment cet examen de leurs élèves subi devant les profeMieurs de la maison concurrente comme n'offrant pas des g^aranties suffisantes d'éfralité et d'impartialité. " — Rapport du recteur de l'Académie de Montpellier, t. IV, p. lîH>.

{A) A l'enquête : Henri Bernés, t. IV, p. uni.

(ft) A l'enquête : Coml>e!«, t. I, p. I.Sl.

(iV A l'enquête : Combes, t. I, p. lai.

Créerait un privilège au profit de ses propres élèves, pljicerait les élèves de renseignement libre dans une condition inégale et moins favorable, en un mot, porterait atteinte indirectement au principe de la liberté de l'enseignement consacré par la loi (*).

Cest ainsi, en tout cas, que les représentants de l'enseignement libre entendus à l'enquête ont envisagé la situation qui résulterait pour eux d'un double régime d'examens (^), (^)uelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir sur la liberté de l'enseignement, il ne faut pas, suivant l'expression d'un des déposants, < la prendre de biais ni ruser avec elle (^j. »

L'existence d'un double régime d'examens serait, dans la pratique, une source intarissable de discordes et de conflits. La suspicion serait jetée, suivant la proportion des candidats reçus

CD A renquèti» : Bn^al, t. I. p. 77. Bernés, t. H, p. 13r.. — ItéponM' du directeur de IVeole de droit d'Alg^er, t. IV, p. 24. ** Enfin le sçstèine «le l'examen intérieur porte atteinte an principe de la lllierté de IVniMM^nenient ; .sans doute il nVst pas poMsible de confért»r aux membres de renseigrnenient libre et aux institution» priv*^» le drtdt de délivrer les diplômes de fin d'études, mais ne 84*rait-ce pas mettre leurs élèves dans une eondltion dMnéfçalité et méconnaître b* principe de la liberté de l'enseijçnement t|ue de les oblif^er à demander leurs diplômes h un jury étranjçer ? ** Rapport des Re«*teurs des Académies de : Montpellier, t. IV, i». 19«. Poitiers, p. 2ii:).

(8) A renquéte: Obervations des supérieurs d'établissements secondaires libres de Lyon, t. IV, p. 1H4. •* N'est-il pas évident par exemple, et pour ne pjis discuter d'autre hypotlùtse, que le certificat de fin d'études délivré par un jury de professeurs de rétablissement dans les Lycées de l'Rtat, et par un Jury de professeurs de ITulversité pour les élèves de l'enseifl^nement libre, constituerait un privilèfic<' h notre détriment ?... **

(3) A l'enquête : Lavisse, t. /, p. 40. " Il faut donc h tout prix porter remWc au mal du baccalauréat. La recherebe du remède présente des diflllcultés, dont la principale est celle-ci: il ne faut pas que l'Etat abandonne son droit de conférer les fçrades, et, d'autre part, on ne doit pas prendre de biais la liberté de l'enseignement ni rus«»r avec elle. ** — Poincaré. t. Il, p. 075. ** Il est d'autant plus malaisé de trouver une solution satisfaisante, qu'on ne peut pas écarter de l'examen de ce problème déjii fort délicat en Ini-méme, la question de l'ensiMgnement libre. Or je suis de ceux qui respectent tout à fait cette liberté d'enseifpnement ; je me refuse même à ruser avec elle et à lui porter atteinte par voie détournée. ** — Observations lies supérieurs des établissements d'enseipiement secondain* libre de Lyon, t. IV, p. 184. ** S'il est vrai, comme nous en avons la ferme conviction, que l'exclusion du droit commun pouf les sanctions scolaires doit être ftitale k nos établissements nous souhaiterions que le coup qui nous menace nous fût porté liroit, à la française, par le moyen d'une loi qui dt^larerait franchement la Iil>eité supprimée ou amoindrie. ^ — Rapport du recteur de l'Académie de Montpellier, t. IV^ p. 197. ** En vérité, je m'étonne qu'on ferme les yeux pour ne pas voir ce qui e»t évident, h savoir que le préambule nécessaire de Is mesure dont il s'agit, ce serait le retrait de la loi de 1850, la suppression de la lilierté dVnseignement. Veut-on aller jusque-là ? Si oui, on peut essayer avec quelques chances de succès la transformation proposée ; sinon on fera mieux de s'en tenir aux ^ statu quo **« en se contentant d'améliorations de détail... **.

— los —

de part et d'autre, soit sur le jury d*Etat fonctionnant pour renseignement libre, soit sur le jury intérieur des établissements publics (*).

En Allemagne, où presque toutes les écoles d'enseignement secondaire relèvent de l'Etat et des communes, les jurys intérieurs ne sont pas à l'abri des soupçons de partialité. En Italie, en Espagne, en Autriche-Hongrie, en Hollande, on a dû modifier la composition du jury pour l'examen des élèves de l'enseignement libre (»).

Nulle part, sous un semblable régime, les difficultés nées de la concurrence ne seraient plus grandes qu'en France ; nulle part le problème ne serait plus difficile à résoudre.

L'Etat aurait beau décréter l'équivalence des diplômes délivrés par les deux jurys, l'opinion ne tarderait pas à établir entre eux une différence de valeur ; et il n'est pas démontré que son jugement serait favorable au certificat intérieur. Le diplôme de l'enseignement libre, délivré par un jury extérieur, deviendrait peutêtre le seul véritable baccalauréat, le seul considéré comme sérieux et, comme tel, recherché, l'autre, c délivré à huit clos par des professeurs examinant leurs propres élèves >, étant considéré comme plus ou moins entaché de complaisance (^). L'Etat aurait ainsi, sans le vouloir, accordé une prime à l'enseignement libre.

(l) A l'enquête: Henri Beriièfi, t. II, p. 13G et t. IV, p. 307. ** Si 1a proportion deg cnnilidats reçuB était plus faillie h IVxatnen intérieur, ce seraient l)ientôt de» récriminations «l*un côté, des menaces de dé8<*rtion de l'autre, parfois un triomphe sans modestie, un prtttexte saisi pour d'habiles réclames, hi elle était plus forte, quels doutes, dans la presse, jetés sur l'éqnité des Jurys! Quels efforts pour discréditer l'examen le plus facile en apparence et la valeur de son diplôme ! ** — Rapport du recteur de l'Académie de Poitiers, t. IV, p. 864. ** Un examen différent pour couronnement d'études similaires tendrait à créer de nouveaux prennes de division dans une société qui n'en renferme déjà que trop "*

(i) A l'enquête: Henri Bernés, rapport, t. IV, p. 3%. •* En Italie, c'est un professeur libre qu'on adjoint au Jnr>', pour les candidats instruits dans leur famille ou élèves de renseignement libre. Kn Espagne, pour ces mêmes candidats, on compose un Jury mi-partie, et non seulement la moitié des Jugen, mais les présidents doivent être étrangers à l'enseignement public. En Autriche-Hongrie, en Hollande, les Jeunes gens qui ne sortent pas du gj'mnase ont le choix entre un Jury gymnasial qu'ils désignent et une commission spéciale nonmiée à cette effet. **

(3) A l'enquête : Mangin, t. II, p. l(K). Belot, p. liw. — Rapport du recteur de l'Académie de Montpellier, t. IV. p. li)7. On arriverait à ce résultat que ** pour le public

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3. — Envisagé en lui-même — a-t-on ajouté — abstraction faite des difficultés qui tiennent à la liberté de l'enseignement, le système du certificat d'études intérieur soulève des objections d'ordre pédagogique.

Actuellement le niveau du baccalauréat est sensiblement le même dans toute la France, et on peut sans inconvénient accorder au diplôme les mêmes prérogatives, quelle que soit la Faculté devant laquelle il a été conquis. Avec le système du certificat d'études intérieur, cette présomption de valeur uniforme serait forcément contraire à la réalité (^). Le niveau des études est ordinairement plus élevé dans un grand lycée de Paris que dans un collège de province. La priorité du rang qui, dans le premier de ces établissements, dénote un réel mérite, peut n'impliquer, dans l'autre, qu'une excellence toute relative (*). L'état reconnaîtrait cependant au certificat d'études intérieur la même valeur légale, quelle que fût son origine, et lui conférerait en tous les cas les mêmes prérogatives. L'abaissement du niveau des études en résulterait à bref délai ("). Les jeunes gens et les familles,

incompétent, c'ost-à-dirt* pour la iirrande majorité de lu nation, les élèves des maisons congréffanistes seront seuls de vrais bacheliers, tandis que leurs camarades des lycées et collèges ne seront que des bacheliers de complaisance **. — Rapport du recteur de r Académie de Rennes, t. IV, p. 289. 81 on conteste la valeur du baccalauréat, ** quelle valeur nttacherait-on à des certificats délivrés par des Jur>'8 opérant k huis clos et composés de professeurs examinant leurs propres élèves V ** — Henri Bernés, t. IV, p. 397. ** L*Ktat pourrait bien, sur les deux parchemins, inscrire la même formule. Ceux qui les obtiendraient diraient leur oriffine. Et peut-être, pour une partie notable de Topinion, rexameu de renseignement libre qui, seul du système traditionnel, aurait gardé les formes extérieures, la solennité, la publicité, les exigences de grades imposées aux membres du jury, passerait pour être le seul véritable baccalauréat. "

(1) A Tenquête: Gréard, t. I, p. 13, Bréal, p. 78. „ Quant i\ donner à chaque établissement libre ou d^Etat le droit de faire des bacheliers, c'est une possibilité que, dans les circonstances actuelles, je ne conçois pas. C'est comme si un pays qui aurait une monnaie reçue partout sans contestation y renonçait tout à coup et donnait il chaque département, à chaque ville ou m(^me h chaque particulier le droit de frapper des pièces d'or, des pièces de cinq francs et des pièces de vingt sous. Ces pièces-là ne seraient pas reçues. Il faudrait aussitôt se mettre en quête de quelque autre chose pour remplacer raticlenne monnaie d'Etat. ** — Pruvost, t. I, p. 42b. — Réponse du directeur de l'Ecole de droit d'Alger, t. IV, p. 24.

(2) A l'enquête: Dadolle, t. II, p. 4<{9. Terrât, p. 50)0. — Observations des supérieurs des établissements secondaires libres de Lyon, t. IV, p. 183.

(S; A l'enquête : Gréard, t. I. p. 18. Glasson, p. 280. Bédorex, t. II, p. 79. Fallex. p. 171. Pasquier, p. 270. — Réponse du directeur de l'Ecole de droit d'Alger, t. IV, p. ti.

désireux avant tout de s'assurer la possession du diplôme, s'adresseraient de préférence aux établissements où il semblerait plus facile de l'obtenir. Les autres établissements verraient fondre leur clientèle (*j, ou seraient obligés, s'ils voulaient la maintenir, de pratiquer la même indulgence excessive. Au bout de peu de temps, la difficulté ne serait plus d'accorder le certificat d'études, mais de le refuser (').

4. — D'autre part, une des conditions essentielles pour le bon fonctionnement de ce système est (l'exemple de l'Allemagne le prouve) l'existence d'examens de passage arrêtant au seuil de de chaque classe les élèves insuffisamment préparés. Or, malgré circulaires et règlements, la pratique de l'examen de passage n'a jamais pu entrer dans les mœurs françaises (^j. Les examens de passage sont, chaque année, l'occasion de luttes entre les établissements universitaires et les familles des élèves, luttes qui se terminent souvent au désavantage des établissements. Les mêmes causes agiraient plus fortement encore pour fausser l'examen final et en abaisser le niveau.

5, — Les professeurs de l'enseignement secondaire, futurs examinateurs dans le système de l'examen intérieur, ne semblent pas^ enfin, très enthousiastes à la pensée du présent qu'on veut leur faire : et cela se conçoit {*). On les placerait entre leur conscience et le souci de leur considération personnelle, du calme

il) A Tenquéte : G<fral, t. IV, p. nw. ** Malheur aux (établissements qui se montreraient trop rigoureux dans la délivrance de ces certificats; pareils k des machines pneumaticiues, ils feraient lu vide chez eux. **

{S) A renquète: Glasson, t. I, p. 280. L'homme, 1. 11, p. 2lb. Pasriuier, p. :;70. ** D'un autre côté, comment maîtres et proviseurs pourraient-ils se condamner, en reftisant le certificat, k traîner pendant deux ans et plus des queux de classes? Ce serait rhéroïsme surhumain. Conclusion : dans peu d 'années les études des lycées seraient en décadence. **

t3) A l'enquête: Gebliart, t. 1. p. 65. Gaston Paris, p. 80. Lcveillé, p. 318. Korts, p. 548. Bédorez, t. II, p. 79. Bertrand, p. 540. —Rapport du doyen de Ja Faculté des Sciences de Grenoble, t. IV, p. 128. ** Les examens de passade n'ont Jamais été sérieux et ils ne ]»euvent pas l'être. Nous ne sommes pas en mesure de refuser du monde... ** — Rapport du recteur de l'Académie de Poitiers, t. IV, p. 264.

(4) A l'enquête : Bréal, t. I, p. 78. ** Nos professeurs de renseignement secondaire n'en veulent à aucun prix ; ils ne se sentent pas assez forts, assez indépendants. Les professeurs de Faculté le peuvent parce qu'ils sont inamovibles et parce que la chose est établie depuis un dcmi-siêcle ; mais \ei professeiurs des Lycées ne se sentent pas de force k résister

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de leur vie. Si, comme il n'en faut pas douter, ils savaient résister aux influences dont on ne manquerait pas de les assaillir, aux flatteries, aux prévenances, aux menaces peut-être, que de soupçons et de colères ils accumuleraient sur leurs têtes ! Leur saurait-on toujours gré de leur équité, lorsque la sévérité de leurs jugements risquerait de nuire à des collègues, sinon à rétablissement même où ils professeraient? Leur serait-il possible, d'ailleurs, de juger en toute sécurité de conscience des élèves qu'ils connaîtraient et dont ils pourraient, presque à coup sûr, deviner les réponses ?

Ces inconvénients du système de Texamen intérieur se manifestent même en Allemagne, sensiblement atténués, il est vrai, par le caractère traditionnel de l'examen, le prestige de la stabilité du personnel enseignant, le caractère rigoureux des examens de passage, l'absence de concurrence entre les divers gymnases, et, par-dessus tout, le monopole à peu près absolu dont jouit, en fait, l'enseignement de l'Etat (*).

aux réclamations et aux dénonciations qui se produiraient. ** — Henri Bernés, t. 11, p. I3*i et Rapport au nom de la Société pour l'étude des ([uestions d'enseignement secondaire, t. IV, p. 3ÎKJ. ** Comment échapper à toute prévention, comment se soustraire k tout scrupule intime, quand à Texamen oral, par exemple, il saurait presque à coup sAr quelle réponse, bonne ou mauvaise, provoquerait telle ou telle question ? La tâche deviendrait inacceptable quand tout«8 les ruses déjà mises en œuvre auprès des Facultés le seraient pour agir sur lui, plus rapproché de toutes façons des familles, plus enveloppé par elles : quand tonte Tannée il se sentirait entouré de prévenances intéressées, d 'influences !«ourdcment menaçantes, et de soupçons aussi, de surveillances jalouses ; quand les jugements rendus par lui dans l'intégrité de sa conscienci*. ris(iueraicnt de nuire à la maison on il professe, au corps dont il est membre, h sa considération personnelle, au calme de sa vie. ** — Rocafort, t. II, p. 649. ** Un certiilcat d'études donné par nous, ^professeurs, garantirait davantage des hasards de l'examen, mais que d'autres inconvénients à la place : les sympathies et les antipathies inévitables entre élèves et professeurs ; les sollicitations des mères éplorées ; le désir naturel de nous débarrasser de vétérans insnjiportables par une faveur qui ne serait préjudiciable k personne l Je tais d'autres raisons susceptibles de faire capituler la conscience de quelques professeurs. "* — Rapport du recteur de rAcadémie de Dijon, t. m, p. 322.

(1) A l'enquête : Henri Bernés, t. IV, p. 39ti et le rapport de M. Pigeonneau mentionné dans cette déposition. — Bréal, t. I, p, 77. ^ J'ai toi^ours douté qu'un pareil système pût être introduit en France. La situation actuelle du pays rend mes doutes plus forts que jamais. Il faut voir comment ont été éttiblis les examens de maturité qui se passent en Allemagne ; ils ont pris naissance en Prusse. Ils ont été établis k une époque oii la nation n'avait, pour ainsi dire, pas de vie ])olitique, où la souveraineté de r£tat, en cette matière, ne soulevait aucune objection. Le représentant de l'Ëtat se voyait partout accueilli avec déférence ; on ne réclamait pas contre ses décisions. On considérait même sa venue comme une faveur. Il était donc facile d'instituer ce genre d'examen. ^

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6. - Enfin, on remarque que l'expérience de Texamen intérieur a été faite en France, au commencement du siècle, et semble avoir donné des résultats fâcheux. De 1815 à 1848, le droit de faire passer les examens du baccalauréat appartenait non seulement aux facultés, mais, dans les chefs-lieux académiques où il n'y avait pas de faculté des lettres, à des Commissions lycéales composées à l'origine du proviseur, du censeur et d'un certain nombre de professeurs du Collège royal établi au chef-lieu. Les candidats étaient tenus de produire un certificat constatant qu'ils avaient suivi régulièrement les cours des deux classes de rhétorique et de philosophie dans un établissement public ou dans une école secondaire autorisée par l'Etat.

Or cet état de choses, qui se rapproche beaucoup du régime que l'on propose d'instituer, semble avoir été pour l'Université, pendant toute sa durée, une source d'inconvénients et d'ennuis (').

L'exigence d'un certificat d'études (qui n'était aucunement destiné d'ailleurs à constater la capacité, mais seulement la présence du candidat pendant deux ans dans les écoles de l'Etat) se rattachait au monopole universitaire et avait pour but de le défendre. Elle disparut avec lui, non sans avoir, à maintes reprises, subi des tempéraments et nécessité de la part de l'Etat des prohibitions qui n'étaient pas toujours respectées.

(^uant aux Commissions lycéales d'examen, elles furent supprimées en 1847 par un des Ministres les plus dévoués à l'Université, M. de Salvandy. Des abus s'étaient produits. Un arrêté du Conseil royal en date du 8 septembre 1829, confirmé par une autre décision, en 1843, interdit aux membres de ces commissions de donner des répétitions aux candidats qu'ils devaient examiner. Une Commission lycéale fut même dissoute, en 1 846, pour contravention à cette prohibition. En 1840, un autre ministre, Victor Cousin, avait fait sortir des Commissions lycéales le 'proviseur et

U) A l'i-nquOti* ; UoiKHiur, t. J. p. 70. " Faut-il rt'iivoyiT It* ImecHlaiiréat aux |»rotVsM'ur>< <lc IViiflcii^neiiient JM'coDdairt' i-t le faire pasMT dans les lycée» et eoilège» ? — CV»t un syMtème que j^ai vu fonctionner en 1817, et je ]>ui8 vous dire qu'il provoquait alors beaucoup lie iiiécontentenieiitâ... Beaucoup d'abun furent signalén, et le Ministre de Tlnstruetion publique. M. de Salvandy» décida que désormais les professeurs «le ^^ acuité feraient seuls pajMier les examens ; cette mesure fut parfaitement accueillie de tout le monde... **.

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le censeur, suspects d'attachement à l'établissement dont ils devaient juger les élèves, et par suite d'indulgence à Tégard de ceux-ci.

Lors de Tenqucte universitaire de 1885, des survivants de cette époque, et qui avaient fait partie des commissions lycéales, vinrent témoigner a que les membres de ces Commissions étaient dans une situation absolument fausse > et que c malheureusement de véritables scandales n'étaient pas rares (*J. » On peut croire, sans trop de témérité, que les mêmes dangers se présenteraient encore aujourd'hui, aggravés peut-être par la concurrence de l'enseignement libre.

Que propose-t-on pour les prévenir ? Le « veto » d'un délégué de l'Ktat présidant le jury intérieur. — Combien trouverait-on d'hommes assez indépendants pour résister à toutes les pressions, assez sûrs d'eux-mêmes pour s'opposer à l'avis unanime d'un jury, assez universels pour laire en toute matière et avec connaissance de cause usage de leur « veto > ? Où prendrait-on les très nombreux présidents capables de jouer ce rôle et qui consentiraient à en accepter la lourde responsabilité } ('j.

Telles sont as objections faites en France. Il importe de les examiner attentivement : Les objections mentionnées sous les numéros i, et 2 se rapportant exclusivement aux conditions spéciales de l'enseignement chez nos voiijins d'outre-Jura, je ne

(i) A IViiquc'te : Henri Berne**, rapport.!. IV. p. \h\yi.

la) A l'enquête: BeruèH, t. IV, p. 398. MHltlidier, t. II, p. 4l)(). "* .Je dois signaler aussi k ee propos une grave erreur de la Commission sénatoriale. Elle n*a, dans son projet, tenu Compte ni des réalités ni des possibilités. \m rôle qu'elle veut faire Jouer au président de la Commission pour l'ol)tention du eertitieat d'études dans les lycées et eoUègcs est un rùle impossible. Le président du jury au baecalauréat ne tient de sa fonction ^ aucune intluence particulière sur l'issue des épreuves, ni par conséquent sur leur degré de diflirulté' Il proclame les résultats et signe des paperasses, mai*<, titre à part, c'est un examinateur comme les autres. Quoi qu'on fasse, il conservera ce rôle purement honorifique si le projet de la Commission sénatoriale est adopté. Jamais il ne voudra ni ne pourra contrôler efficacement .ses collègues en relevant ou en abaissant les notes qu'ils auraient donné<ts, et son droit théorique de ** veto " ne constituera qu'une garantie illusoire. "

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les note que pour mémoire et nous n'avons, je crois, pas plus intérêt à les discuter que compétence pour les trancher dans un sens ou dans l'autre.

L'objection numéro 3 tombe en partie dès que le baccalauréat perdant, comme nous le demandons, son caractère « professionnel >, ses € prérogatives » disparaissent. Pour la Suisse, où elles n'ont jamais existé, la difficulté s'évanouit donc d'elle-même. Reste la question, purement pédagogique, du niveau de l'examen, lié à celui qu'atteignent les études elles-mêmes dans les différents collèges. Tant que le baccalauréat sera, par la suite d'une conception fausse, heureusement condamnée, on l'a vu, par tous les vrais éducateurs, un examen d'érudition, on pourra parler en effet du niveau de cette barrière. Mais le jour où, revenant à la notion juste de l'enseignement secondaire, on se proposera uniquement, dans les épreuves qui devront le sanctionner, de mettre hors de doute l'acquisition par les élèves d'une culture générale moyenne et d'une maturité suffisante du raisonnement, ce jour-là, les différences inévitables que pourront présenter entre eux les collèges divers ne pèseront plus rien dans la balance devenue volontairement moins c sensible >. Or ce changement de point de vue, nous le demandons, non point pour les besoins de la cause présente, mais parcequ'il nous semble indispensable pour ramener l'enseignement secondaire dans sa véritable voie. C'est pour l'avoir quittée, qui sait, peut-être pour n'en avoir jamais pris nettement conscience, qu'il est arrivé à la crise aiguc» où nous le voyons se débattre à l'heure qu'il est.

L'objection 4 n'en n'est pas une : S'il faut des examens de passage, qu'on en établisse ; l'intérêt de l'enseignement lui-même le demande, me semble-t-il, non moins catégoriquement que le souci de l'éducation du caractère et celui de l'hygiène, même en dehors de toute relation avec l'épreuve officielle, unique ou multiple.

Sous le chiffre 5, l'enquête française nous dévoile un état d'esprit, un ordre de préoccupations, que nous avons déjà rencontrés au cours de cette étude. Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que rien de pareil n'existe chez nous. Je répète que

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