‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 16 sur 49 · A. Fouillée · texte numérisé non relu

A. Fouillée

démontrée par d’amères déceptions, on s’aveugle néanmoins aujourd’hui comme à l’époque de la Constituante. A en juger par ce qui fait le sujet à peu près habituel des séances de la Chambre depuis ces trois ou quatre dernières années, la majorité actuelle des représentants de la France, ne semble avoir qu’un objectif : satisfaire ses haines antireligieuses. On a repris, avec un peu plus le façons dans les procédés, jusqu’à présent du moins, le vieux dicton des jacobins de la Révolution : « Tremble, meurs, ou pe: comme moi. » On ne meurt pas encore, mais si on ne veut pas conformer absolument son genre de vie et sa manière de penser aux prescriptions de l'Etat, on souffre, on subit mille vexations sous une forme ou sous une autre, jusqu’à ce qu'on soit contraint, prince ou roturiers, d’émigrer, d'abandonner le sol natal. Une République qui agit ainsi est tout à fait étransère aux mœurs de la liberté. Et, puisque, aussi longtemps que la vérité sera immuable, les mêmes causes produiront les mêmes effets, il faudra, pour ramener les choses dans l’ordre, pour permettre à la logique de reprendre son cours naturel, un de ces coups de foudre dont l'hist-’ : -< fournit tant d'exemples et dont parle Emile Auger uans Contagion: « Conscience, devoirs, famille, faites litière de tout ce qu’on respecte ! Il vient un jour où les vérités bafouér. s’affirment par des coups de tonnerre. »

Je voulais, dans cette chronique, dire quelques mots des écoles littéraires qui ont vu le jour en France pendant le XIX° siècle, de celles surtout qui cherchent à prévaloir aujourd’hui, et qui sont tellement nombreuses et de tendances diverses, qu'on pourrait presque appli-

quer à notre époque ce que Vauquelin de la Fresnaye disait de la sienne :

« Car depuis quarante ans déjà, cinq ou six fois « La façon a changé de parler en francois. »

C'était aussi mon intention de toucher, en passant, aux choses du pays, de parler d’un événement, je vous le donne à deviner, celui de la fondation, au commencement de l’année 1904, d’une bibliothèque, oui! d’une vraie bibliothèque publique, à Waterloo, dans le comté de Shefford, et cela grâce à l'initiative, au zèle intelligent de Mme de Varennes, aidée du précieux concours du Journal de Françoise, événement qui peut être le point de départ d’un très bon mouvement dans notre vie littéraire. Aux yeux de Cicéron, « une bibliothèque au milieu d’un jardin » complète le bonheur de la vie humaine. Aussi. ‘er vous assure que des citoyens qui sont contents, :: u, ceux de cette petite ville de Waterloo. J'ajoute ;:'ii est tout à fait désirable que l’exemple que nous ont donné ces deux femmes soit suivi par toutes les grandes et petites villes de la province. Ah ! si les hommes voulaient seulement s’en mêler. N'oublions point, toutefois, que les bibliothèques publiques ne seront bienfaisantes qu’à condition de n'être composées que de livres qui ne pèchent point sous le rapport de la morale et qui ne contiennent pas trop de paradoxes. Autrement, mieux vaut cent fois, mille fois n’en pas avoir. Maïs, ces deux écueils évités, nous retirerons certainement grand profit de la diffusion du savoir par le moyen des bibliothèques publiques, et, bien avant l'arrivée de la fin des temps, nous serons tous, hommes et femmes,

des personnes très instruites et distinguées, ce qui sera charmant.

Je voulais aussi mentionner les succès qu’a remportés à Paris M. Chapman avec ses Aspirations, qui l'ont porté tellement haut qu’il brille maintenant même parmi les étoiles du firmament littéraire de la mère-patrie. Aurons-nous jamais pareille chance, nous, pauvres lumignons que nous sommes ! En attendant, que M. Chapman veuille bien accepter les félicitations de ses compatriotes, qui se réjouissent des lauriers qu'il a recueillis, en faisant honneur à son pays.

Et puis, nous avons eu, au mois de mars dernier, Gouttelettes, par M. Pamphile Le May. Voilà déjà longtemps que notre vieux barde n'avait plus chanté. Je commençais à croire qu'il boudait les muses, et j'avais pensé à lui en faire des reproches dans une de mes prochaines chroniques. Aussi bien, pouvait-on craindre que ces déesses elles-mêmes, malgré la beauté de nos paysages et la grandeur mélancolique de nos montagnes, finiraient par déserter complètement nos climats rigoureux pour des cieux plus doux. Il n’en est rien, et jugez de mon plaisir. Gouttelettes ! est-ce assez gentil, ce titrelà ! Vous pensez tout de suite à quelque chose de délicat, de délicieux, de délectable ; la lecture de ce petit volume est, en effet, un régal littéraire que ne manqueront pas de se donner ceux qui savent goûter les plaisirs intellectuels.

Enfin, the last but not the least, nous venons d’avoir Jean Talon, par l'honorable M. Chapais, le vrai chroniqueur, le chroniqueur en titre de la Revue. L'inten-

dant Talon est une des figures les plus méritantes et les plus sympathiques de notre histoire. Le livre de M. Cha Pais élait attendu avec une impatience qu’expliquent notre patriotisme et le talent bien connu de l’auteur : cet ouvrage ne contribuera Pas peu à augmenter notre richesse littéraire.

Il faut que je m'’arrête, Le cadre de ma chronique est rempli. D'ailleurs, le jour, qui va bientôt paraître, me défend de Poursuivre, comme dans les Mille et une Nuits, et je suis obligé de remettre à une autre causerie l’occasion de « communiquer de l'abondance de mon petit trésor au cher prochain. »

(Décembre 1904)

Voilà un péril à côté duquel le « péril jaune » perd beaucoup de son intérêt. Au moins celui-ci se présente avec une certaine idée de grandeur qui honore plutôt l'humanité, tandis que le premier blesse la dignité humaine, déconsidère l'individu, conduit un peuple à la déchéance morale et politique.

Tel semble être le sort de la France en ce moment. Après avoir longtemps travaillé dans l'ombre à la destruction de ces principes d'ordre et de vertus qui font vivre une nation, la franc-maçonnerie en est venue, dans ce pays, vu l'impunité qui marque chacun de ses actes, à rejeter le masque dont elle s'était couverte jusqu'ici, suivant le précepte que M. Jean Macé, fondateur de la Ligue de l'Enseignement, donnait à ses adeptes : qu'il ne fallait pas hésiter à mentir jusqu’à ce qu'ils fussent assez forts pour lever la tête.

Aujourd’hui, c tte puissance occulte, dont le but avoué et constant est de détruire toute religion positive quelconque et particulièrement la religion catholique, sem-

{. Ainsi appelé par comparaison au « péril jaune », dont on parlait beaucoup dans le temps. Aujourd'hui. je dirais « virus maçonnique » ; de péril, il n’y 8 guère de danger, du moins dans notre pays, mais le virus existe.

ble se donner la mission de surveiller, de contrôler même les actes du gouvernement.

Dès l'ouverture du convent annuel tenu en septembre de cette année (1904), le Grand-Orient de France s’est cmpressé de témoigner au chef du gouvernement la profonde satisfaction qu'il éprouvait pour la docilité avec laquelle il avait exécuté les ordres des loges.

« L'assemblée générale du Grand-Orient de France adresse à M. Combes, président du Conseil, le témoignage de ses chaleureuses sympathies et de son entière confiance. Elle l’engage à mener jusqu’au bout la lutte qu'il a courageusement entreprise pour défendre la République contre le cléricalisme, et pour faire aboutir les réformes publiques, militaires, fiscales et sociales. Elle lui demande de faire discuter simultanément, à la session de janvier, la Séparation des Eglises et de l'Etat et la caisse des retraites ouvrières. »

Et M. Combes, serviteur des loges, et, de plus, esclave, puisqu'il est lui-même franc-maçon, s’est empressé de répondre à cette adresse par le télégramme suivant :

« En me renouvelant l'expression de sa sympathie et de sa confiance, l'assemblée générale du Grand-Orient de France avive et fortifie plus solidement que jamais les sentiments d’affection qui m'attachent à elle, Diteslui bien, je vous prie, que je ne tromperai pas son attente, que je m’appliquerai de toutes mes forces à réaliser aussi rapidement que faire se pourra les réformes démocratiques indiquées dans l'adresse qu’elle a chargé son président, ainsi que ke président du Conseil de l'Ordre, de me faire parvenir. »

Aurait-on, dans les siècles passés, jamais cru possible

une pareille humiliation dans ce noble et grand pays de France !

Il est indéniable qu’au moment actuel, la République et la franc-maçonnerie se confondent, et cette confusion est dans le programme de ceux qui se pre-lament les seuls vrais républicains.

Depuis quatre ou cinq ans, la Revue CANADIENNE a tenu ses lecteurs au courant des agissements des loges maçonniques en France et de l’abime où elles la conduisaient. On a pu y suivre la filière de la législation persécutrice de ces dix dernières années surtout, dans les délibérations et les résolutions successives des convents. Les mots d'ordre venus des loges expliquent les actes du gouvernement.

« Le Grand-Orient, déclarait dans son discours le président du convent de 1893, le Grand-Orient, avant les pouvoirs publics, décidait que l’enseignement devait être gratuit, laïque et obligatoire : le Grand-Orient a eu le bonheur de voir la législation profane adopter les idées qu'il avait proclamées » !,

« C’est la franc-maçonnerie qui a fait passer dans la législation de la troisième République les lois militaires et scolaires »°. Il semble que l'Etat, maintenant, en France, soit la franc-maçonnerie, Le Grand-Orient se considère même indépendant de l'Etat, au-dessus de la justice de son pays ; ou, plutôt, à ses yeux, la loi première est celle que dicte la franc-maçonnerie : le serment qui oblige est d’abord celui que l’adepte a prêté à la loge. Après cela, il n’a plus qu’à obéir ; il ne s’ap-

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