‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 19 sur 49 · PALAIS RESTAURÉ A PALENQUÉ · texte numérisé non relu

PALAIS RESTAURÉ A PALENQUÉ

peuvent en faire Parlie, mais aussi toutes les personnes qui aiment entendre parler sur ces matières. Le fait d'être membre de cette Association n'oblige personne à présenter des travaux, mais donne droit à certains privilèges, tel que celui d'assister aux séances, de voter dans les délibérations du congrès, de prendre part aux fêtes qui pourront être données en l'honneur des congressistes, et de recevoir gratuitement le volume qui sera

publié après la tenue du congrès et qui renfermera les Questions d'Hier et d'Au jourd'hui. 10

mémoires qui auront été lus aux séances. Les dames peuvent faire partie de ce congrès.

Un des américanistes qui a le plus contribué aux progrès des études du Congrès, est M. le duc de Loubat, de Paris. Non content de fonder des prix et d’instituer des chaires, il subventionne largement des voyageurs qu'il envoie photographier et mouler les grandes ruines du Mexique et de l'Amérique centrale : il n’hésite pas à faire reproduire ensuite à très grands frais, au profit de nos musées, les morceaux les plus importants de la sculpture indienne, et met entre les mains de tous ceux qui s'intéressent sérieusement aux civilisations éteintes du Nouveau Monde, des exemplaires des Codex mexicains qu’il édite luxueusement en « fac simile » coloriés. Je n'ai pas besoin d'ajouter que M. le duc de Loubat a été un des premiers à se faire inscrire comme membre du prochain congrès. C’est avec plaisir que je cite son nom, non seulement à cause de son mérite personnel comme homme de science, mais parce qu'il est le plus fervent des Américanistes et que son exemple est suggestif. Je ne serais pas du tout surpris maintenant s’il venait à la pensée de quelqu'un, parmi nos riches compatriotes, qui aimerait à donner à son patriotisme une bien douce satisfaction, de doter notre université d’une chaire d'enseignement d'archéologie préhistorique américaine. Il n’y a pas, en Europe, une seule capitale de quelque importance où des cours semblables ne soient donnés ; aux Etats-Unis, ils existent dans chaque université.

Le Congrès international des Américanistes a été fondé en France en 1875, et a tenu sa première session, cette même année, dans la ville de Nancy, sous la présidence de feu M. le baron de Dumast et la direction de

M. Lucien Adam. Le Congrès a siégé depuis tous les deux ans dans les principales villes d'Europe et d'Amé-

EN NO Se Eee us QU 6!

va

RUINES D'UNE PORTE À LABNA (Yucatan)

rique : Luxembourg, Bruxelles, Turin, Berlin, Paris, Huelva, Stockholm, Mexico, New-

Madrid, Copenhague,

York et Stuttgart, et, à toutes ces étapes, il n’a jamais manqué de susciter le plus vif intérêt. Le Congrès ne peut se réunir deux fois de suite dans une même ville ; il a siégé deux fois à Paris, mais après une période de dix ans (1890 et 1900). A la fin de chaque session, il convient de l'endroit où devra se tenir la session suivante, et choisit un certain nombre de personnes chargées de constituer dans le lieu désigné un comité d'organisation. C'est ainsi qu’à la dernière session, celle de Stuttgart, Québec a été choisi pour continuer, en 1906, la chaîne des congrès américanistes bisannuels.

La session qui sera tenue dans la capitale provinciale est donc la quinzième depuis la fondation du Congrès à Nancy. Jusqu'à quel point réussira-t-elle à nous faire ‘ naître l'Amérique préhistorique, à résoudre les questions dont elle va s’occuper ? c’est ce que nous saurons bientôt. Mais voici l’aube qui blanchit, au bord du ciel

étoilé, et je remets à une prochaine chronique l’occasion d'entretenir les lecteurs de la Revue des travaux du congrès !,

1. Un compte rendu des séances du congrès a été publié dans la Revue du mois de novembre de la même année.

(Décembre 1907)

Que d’antiquités !... Après les antiquités américaines, les antiquités orientales : de l'Egypte, de la Palestine, de la Chaldée... A quoi bon fouiller tout ce passé ? Les antiquités américaines, encore, peuvent bien avoir pour nous, habitants de cette partie du monde, un certain intérêt ; il serait assez Curieux, par exemple, de connattre la date du peuplement initial de notre continent. Mais que nous importe de savoir quand et comment ont été fondés les premiers empires des bords du Nil et de l'Euphrate ! Quel profit pouvons-nous retirer de toutes ces découvertes archéologiques sur des siècles jusqu'ici inconnus dans l’histoire de l'humanité ? Parlez-nous donc plutôt de choses actuelles, pratiques, d’une utilité immédiate, à nous, contemporains du XX° siècle, hommes de progrès avant tout et dont les regards sont tournés vers l’avenir.

Voilà peut-être quelques-unes des réflexions qu'a dû se faire plus d’un lecteur de la Revue Canadienne durant ces derniers mois. J'avoue que les études que j'ai données à notre périodique depuis près d’une année ne sont pas d’un intérêt général, si on les envisage au simple point de vue de curiosités scientifiques. Notre pays, ie le sais, en est encore à sa phase de développement.

Les questions d'ordre matériel sont pour nous d’importance vitale. Cependant, si nous n’avons pas encore atteint l’âge de maturité, nous ne sommes plus dans la période de l'enfance, et il ne nous siérait nullement de nous désintéresser du mouvement scientifique qui préoc- Cupe aujourd’hui le monde entier, C’est ce que nos autorités en matière d'éducation ont d’ailleurs parfaitement compris, et on ne peut trop les louer de leurs efforts à se créer les ressources nécessaires pour l'avancement de l'instruction en général et la fondation de nouvelles chaïires d'enseignement dans nos écoles supérieures.

L'étude de la préhistoire, c’est l'étude même de nos lointains ancêtres, auxquels un lien de profonde sympathie doit nous rattacher. Ils forment la longue chaîne des générations humaines, dont nous sommes un anneau. Ils ont connu de la vie, comme nous, les joies, les espérances, les illusions et les tristesses. Nous leur devons d’abord l'existence, c’est un fait certain, puis les Premiers progrès matériels, et partie de la civilisation dont nous sommes maintenant si fiers. Or il suffit de posséder quelques notions sur l’état de ces populations primitives pour savoir au prix de quels tâtonnements, de quels labeurs, de quels pénibles essais, elles sont parvenues à nous ouvrir la voie, à jeter les jalons de ce progrès laatériel et de cette civilisation dont nous nous glorifions aujourd’hui au point de nous en attribuer presque tout le mérite. Ayons donc de nous-même l'opinion qui convient, et ne pensons jamais avec indifférence aux générations qui nous ont précédés, quel que soit

leur degré d’antiquité. Voilà une première leçon que l'on peut retirer de la connaissance des temps anciens étudiés à la lumière des dernières découvertes archéologiques. Mais ces découvertes, jointes aux études ethnographiques contemporaines, pour être étrangères à nos préoccupations de progrès matériel, ne nous fournissent pas moins d’autres enseignements de la plus haute importance et d’une application immédiate.

Quelquefois, on entend répéter que le sentiment religieux chez l’homme est tantôt l'effet de l’éducation, tantôt celui de l’exemple, quand il ne résulte pas des fonctions particulières de l'appareil nerveux. Il n'y a pas encore bien des années que des voyageurs, des savants même, disaient qu'il existait, parmi les peuples non civilisés, des tribus entières qui n'avaient aucune notion religieuse. D'autres, mais qui n'avaient point voyagé, répétaient les mêmes erreurs, et cela avec tant d’assurance que ceux qui n'étaient pas en position de pouvoir contrôler les faits, finissaient par ne savoir que penser. Eh bien ! aujourd’hui, grâce aux études préhistoriques, archéologiques et ethnographiques du dernier demi-siècle, nous avons la preuve que toutes ces assertions, lancées à la suite des observations superficielles des uns, de l’ignorance ou de la mauvaise foi des autres, sont contraires aux faits ; que le sentiment religieux chez l’homme n’est point accidentel, mais que l'humanité, de son essence, est spiritualiste. « La prétention de ceux qui admettent des peuples dénués de toute espèce de religion a élé régulièrement démentie, chaque fois qu’on a

Pu vérifier, avec quelque sûreté de méthode, les faits sur lesquels on les voulait fonder »:. Le Dahomey, pour ne citer qu'un exemple, était un de ces Pays que l’on disait athée. Les Campagnes de 1892-93 nous ont enfin appris que « les Dahoméens croient à un Dieu unique, créateur de toutes choses... » Un missionnaire, après un séjour de quinze années en Afrique, déclarait, en 1896, devant la Société antiesclavagiste, qu'après avoir vu lui-même, et interrogé dans leur langue, les Sauvages de huit races différentes n'ayant jamais eu de contact avec les Européens, il avait trouvé Dieu Partout, mais qu’à la notion de Dieu se mêlaient de grossières erreurs et d'absurdes croyances.

« Oui, si grossière que soit leur race, écrit un savant ethnographe?, les hommes élèvent leur idée vers un Protecteur, et cette élévation est, dans sa forme, monothéiste et non polythéiste : l’Etre auquel s’adresse le

sauvage, aux momeuts de besoin ou de désespoir, peut porter le nom d’un faucon, d’une araignée ou d’une sauterelle ; mais nous Pouvons être bien sûrs que celui qui les prie, ne pense guère à ces animaux à l'heure du péril, mais au Protecteur surnaturel et invisible. »

Nous sommes donc, à l'heure présente, en possession d'une démonstration scientifique, universelle, que l’a-

RP

1. M. Lang, « Mythes, Cultes et Religions », p. 160, 161, 361,

2. M. Réville (professeur au Collège de France) « Peuples non civ. », 25 et 295.

« Partout où existe un

artout où b

théisme collectif n'existe nulle part sur la terre, c’est-à. dire que l'humanité est spiritualiste, croyance qui a pour corollaire cette conséquence non moins importante, que l'homme n’est point d'origine animale, doctrine aujourd’hui bien discréditée, mais qui faillit prendre pied dans la science sérieuse il ÿ à à peine un quart de siècle.

L'étude de l'archéologie préhistorique non seulement nous apprend que l'humanité est spirilualiste, mais qu’elle a toujours cru à une vie future, à l’immortalité de l’âme.

On connaît maintenant le mode de sépulture des peuples des époques primilives. Dans l’ancien comme dans le nouveau continent, les stations funéraires des populations des premiers âges attestent, au point de ne laisser subsister aucun doute, qu'elles ne considéraient point le trépas comme le terme final de l'existence. Elles ont toujours pris un soin particulier de leurs morts, leur rendant des hommages funèbres, déposant près d’eux leurs armes et leurs outils, des provisions alimentaires en vue des besoins des défunts dans la nouvelle existence qui tommençait pour eux. En résumé, chez les peuples civilisés comme chez les non civilisés, la sollicitude conslante qu’à toutes les époques l’on a porté aux morts, les attentions que l’on a prodiguées à leurs dépouilles, témoignent de la plus vive préoccupation de l’autre vie, et sont la preuve la plus éclatante, pour ainsi dire scientifique, de la croyance à l'existence de l'âme. « Voilà le credo universel qui se chante depuis l’origine des âges. Voilà une affirmation solennelle et permanente qui se

réclame, on peut le dire, de l'unanimité incontestable des témoignages humains, répétant d’une voix vibrante, dans tous les idiomes et sur toutes les plages, ce mot qui élève et console : « Je crois à l'âme » !, La bête, encore un coup, ne connaît pas le cercueil, et l’on ne trouve nulle part chez elle le moindre indice d’une idée religieuse, « Les croyants à l’homme Pithécoïde, disait, il y a près de vingt ans, M. de Quatrefages, en parlant de l'homme quaternaire, doivent se résigner à le chercher ailleurs que chez les seules races fossiles que nous connaissons et à recourir encore à l'inconnu. Il en est qui n'acceptent pas sans murmure cette nécessité et qui protestent au nom de la Philosophie. Laissons-les dire, contents d’avoir pour nous l'expérience et l’observation » ?.

La croyance de l'humanité à un Etre supérieur et à l'existence future est donc une vérité que la science positive et expérimentale nous fait pou ainsi dire toucher du doigt et qu'il ne convient plus de remettre en question, puisqu'elle n’est pas susceptible d'évoluer au gré des caprices ou des motifs intéressés des Philosophes de nos jours.

L'étude des temps anciens et les découvertes archéologiques actuelles servent encore à rectifier nos idées sur

1. Fernand Nicolay, « Histoire des Croyances, Superstitions, Mœurs, Usages et Coutumes. » Vol. 11, p. 207.

Larrey, l'illustre chirurgien en chef de la Grande Armée, au milieu d’une émouvante leçon d'anatomie, disait à ses élèves : « Vous êtes jeunes et pleins de vie. Eh bien ! n'oubliez pas que l'âme est immortelle ! »

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