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la valeur de la gloire humaine et sur la portée véritable de nos agitations ici-bas, Je ne parle pas de ceux d'en. tre nous qui ont la naïveté de se croire indispensables à leurs contemporains ; pour ceux-là, le moment de leur départ de ce monde est celui où l'on cesse de prononcer leurs noms, si toutefois, en dehors de leurs proches, on pensait encore à eux à cette heure-là. Pour les hommes qui ont rempli notre planète du bruit de leur personnalité, s’imaginant qu'ils vivraient éternellement dans la mémoire des générations futures, même pour ceux-là, comme dit l’auteur de l'Imitation, en parlant des maîtres et des docteurs qu'il avait connus : « Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on n’en parle plus. »
« Que de fois, dit un archéologue, poursuivant un oiseau ou un insecte à travers les forêts qui couvrent aujourd’hui les champs qu'ensemençaient les Mayas (population aborigène du Yucatan), le hasard m'a mis à l'improviste en présence d’un des édifices élevés par ce peuple mystérieux ! Que d’heures mélancoliques passées à errer à travers ces ruines, à contempler ces murailles croulantes, ces œuvres magnifiques d’hommes dont le monde moderne sait à peine le nom et l’histoire ! Et pourtant, ces pierres ouvragées, couvertes de dessins bizarres, fantastiques, capricieux en apparence, où des plantes, des fleurs, des objets matériels s’enroulent autour de guerriers à la Pose orgueilleuse ou humblement agenouillés en vaincus, racontent les faits des siècles écoulés. Ces bas-reliefs sont une écriture, ces palais sont des livres de granit. O vanité | celui qui a donné l'ordre d'élever ces murailles, d'inscrire sur chaque pierre son nom et ses hauts faits, a dû se croire immor-
tel. Et voilà qu'aujourd'hui des voyageurs égarés, appartenant à des races d'hommes dont il n’a pas même soupçonné l'existence, contemplent indécis son œuvre gigantesque qui parlait jadis et qui est devenue muette, »
« Est-ce donc là, 6 néant des choses humaines, la destinée ultime des villes et des empires ? s’écrie un voyageur en présence des ruines des constructions gigantesques d’Anaradjapura (l’ancienne capitale de Ceylan), qui viennent d’être découvertes. Que reste-t-il de la cité géante dont les murs mesuraient cent kilomètres de circuit ? Un nom sonore, et quelques monuments rongés, pendant un nombre incalculable d'années, par la force imperceptible, mais continue, de la végétation équatoriale, Elle brilla d’une splendeur inouïe, mais sa gloire s’est dissipée comme un songe. Un jour elle fut anéantie, nul ne sait comment ni en quelle année, Parmi les habitants qui se pressaient dans son enceinte immense et dont le sort est resté à jamais inconnu, nul n'a dit comment la ville et le peuple qui la fonda s’endormirent sous l’aile de la mort et disparurent de la face de la terre. Nos grandes cités modernes sont-elles destinées à disparaître de même sans laisser de traces ? Nous qui nous vantons d’être à l'apogée de la civilisation, serions-nous, en effet, des peuples chétifs et impuissants ? Comment en pourrait-on douter si l’on songe qu’en com- Paraison de l’ancienne capitale de Ceylan, nos Babylones modernes ne sont que des villages ? Quelle déprimante mélancolie, quel immense découragement inspirent ces monuments de civilisations éteintes | A quoi servent les plus gigantesques efforts humains, s'ils doivent fatale. ment aboutir à l'oubli Et combien sont vaines les
gloires de ce monde, s’il n’y a la compensation d’une autre immortalité. »
Enfin, les études archéologiques rendent témoignage à la véracité des Livres saints, base et raison de notre foi.
« C’est un fait bien digne de remarque, dit le Dr Bickell, que les deux grandes découvertes historiques de notre époque, (le déchiffrement des écritures égyptienne et assyrienne), se donnent en quelque sorte la main pour défendre également l'origine mosaïque du Pentateuque. »
« On considérait naguère, dit le Dr Neteler, l’époque où écrivit le prophète Isaïe comme une époque mythique ; mais l’épigraphie assyrienne l’a fait entrer pleinement dans le cadre des temps historiques. Peu après la découverte des vieux documents orientaux, il semblait qu'il existait des contradictions insolubles entre les récits assyriens et les récits bibliques, mais il n’en était rien. Ces Assyriens, qui paraissaient ressusciter pour faire encore une fois le siège de Jérusalem et renverser le canon de l’Ancien Testament, témoignent, au contraire, en faveur des faits qu'on refusait de croire sur l’autorité des écrivains hébreux. Les données bibliques et les données assyriennes se confirment réciproquement. »
La chute originelle, le déluge et autres faits importants contenus dans la Genèse sur les premiers âges de l'humanité, avaient évidemment laissé un vif souvenir dans l’esnrit des Babyloniens. Voici, par exemple, comment un antique cylindre babylonien reproduit la scène
de la tentation. On y voit un arbre dont les rameaux s'étendent horizontalement et d'où pendent deux gros.
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fruits. Deux personnages, un homme et une femme, sont assis, face à face, de chaque côté de l'arbre, la main
tendue vers les fruits ; le serpent, c'est-à-dire le démon sous Ja figure symbolique du serpent, est là, qui se tient debout, derrière la femme. La représentation est complète, vivante, et peut servir d'illustration au récit biblique ; le serpent, c’est évident, y joue le même rôle que dans la Bible ; seulement, les peuples polythéistes de la vallée Euphratique avaient perdu le sens spirituel exprimé par ce signe sensible, le grand fait moral de la déchéance par le Mauvais usage que nos Premiers parents firent de leur libre arbitre.
Un vase peint, d’origine phénicienne, découvert dans une ancienne sépulture de l’île de Chypre et remontant au VII siècle avant notre ère, reproduit la même figure, moins l’homme et la femme, c’est-à-dire un arbre aux rameaux duquel pendent, de chaque côté, deux grosses grappes de fruits, et un serpent qui s’avance par ondulation et se dresse Pour en saisir un avec sa gueule. Presque toujours, c’est l'arbre seul qui est représenté sur les monuments de tous genres, bas-reliefs, peintures, parfois sur des tombeaux. Chez les Assyriens, cette plante mystérieuse était l'objet d’un culte qui allait jusqu’à l'adoration. Elle est gardée par des génies célestes — les chérubins de l'Eden, sans doute.
Il est vrai qu'on n’a pas découvert, jusqu’à présent, le texte formel de l’histoire du Premier péché: mais si l'on considère le parallélisme des traditions chaldéennes et hébraïques sur ce point comme sur tant d’autres, il est difficile de se méprendre quant à la haute signification de l'arbre sacré si souvent représenté sur les monuments assyro-babyloniens, et de ne pas y reconnaître l'arbre de vie paradisiaque et celui de la science du bien et du mal,
Nous possédons cependant quelques fragments d’un vieux poème chaldéen antérieur à Moïse, découvert en 1872 dans les ruines de l'antique Sippara, où il est expressément fait mention d’une plante de vie qui fut dérobée à Gilgamès, le héros mythique de cette épopée, par un serpent, et dont la conséquence est que Gilgamès ne pourra désormais échapper à la mort. La première partie de ce poème traite de la création. Sur la troisième tablette, fort mutilée d’ailleurs, on lit les lignes suivantes qui ne peuvent se rapporter qu’au serpent tentateur, suivant quelques assyriologues :