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Grand est leur péché. Ils s’exaltèrent eux-mémes

139. A Marduk, leur rédempteur, il (le dieu Sar) abandonna leur sort .

« Ils s’exaltèrent eux-mêmes », dit le poète chaldéen, qui se fait l’écho des plus anciennes traditions Nous lisons dans la Genèse (II, 22) : « Voici, dit Yahveh Elohim, l'homme est devenu comme l’un de nous pour la Connaissance du bien et du mal. » L’analogie, on le voit, om ms

gend of the Serpent Tempter », dans le « Babylonian and Oriental Record », t. IV,

1890, p. 254. M. Th. G. Pinches, « A Babylonian Duplicate of Tablets I and II of the Creation Series ». H. Sayce, « The Higher Cri. ticism », p. 104. Traduction de M. Vigouroux.

est des plus frippantes entre les deux récits, lesquels font également allusion à un rédempteur.

D'ailleurs le contenu entier de la Bible se lie inséparablement au récit de la chute. La chute est la raison d'être de la Rédemption et des préparations messianiques. « Retranchez, dit le cardinal Meignen, comme une fable, l’histoire de la faute originelle, le reste de la Bible devient incompréhensible ; la raison de la foi du peuple hébreu, de ses rites expiatoires, de ses espérances, de ses prophéties, de la venue du Messie, de l’ancienne et de la nouvelle loi, nous échappe ; la nuit se fait aussitôt. » Pareillement, sans la chute, point d'explication qui satisfasse l'esprit sur i’origine du mal ici-bas.

C'est encore dans cette même épopée que nous lisons, dans la onzième tablette, la version chaldéenne du déluge, qui a suscité tant d'intérêt au moment de sa découverte, à cause des étonnantes conformités qu’elle offre avec le récit de Moïse. Les hommes qui périrent dans cette catastrophe, y est-il dit : « retournèrent à la boue, d'où ils avaient été tirés. » Yahveh Elohîm avait formé l’homme du « limon de la terre » (Gen. 41, 7) 1. Une inscription égyptienne provenant du tombeau de Séti Ier, parle également d’une destruction des hommes à cause de leur méchanceté, suivie d’un sacrifice expiatoire et d'une promesse de la divinité de ne plus détruire le genre humain.

Il est évident pour tout esprit sérieux et réfléchi que ces traditions ne peuvent avoir qu’une origine commune, d'où ressort la preuve manifeste que les événements dont

1. Pour plus de détails sur ce vieux poème chaldéen, voir mon article : « Bibliothèques assyriennes », publié dans la « Revue Canadienne », livraison du mois de novembre 1906.

elles sont l'écho sont des réalités historiques. Prétendre que ces traditions toutes semblables quant au fond, se seraient ainsi produites, sans causes déterminantes, dans l'imagination de peuples si divers, éloignés les uns des autres, sans relations historiques appréciables, serait contraire au sens commun. Une similitude d'effets demande une similitude de causes. Si ces traditions sont défigurées chez les nations Païennes par des fables m}thologiques et les erreurs d'un panthéisme grossier, elles n’en témoignent que mieux de la véracité des Livres Saints et de l’assistance divine chez leurs auteurs.

Quant à la manière dont Moïse a appris la connaissance matérielle des faits contenus dans le Pentateuque, cela importe peu au point de vue de la doctrine ; la solution de ce problème pourrait seule satisfaire la curiosité de l'esprit.

« Nous admettons volontiers que Moïse, en composant son livre, dit un auteur ecclésiastique !, s’est servi de documents écrits avant lui et conservés dans les familles patriarcales. Les différences de style qui se trouvent dans les premiers chapitres nous offrent des indices frappants, qui nous permettent de regarder ces chapitres comme des compositions de diverses époques et de divers auteurs... Ces premiers chapitres de la Genèse peuvent être même regardés comme des monuments antérieurs à Moïse. Le style et les archaïsmes qui s’y trouvent nous montrent suffisamment que ce sont des fragments réunis dans le Pentateuque par le législateur des Hébreux... Cette théorie ne nous empêche pas toutefois de regarder Moïse comme l'auteur des premiers chapi-

ns 1. L'abbé Favre d'Envieu, & Les Origines de la Terre et de l'Homme. »

tres de la Genèse. Il les a choisis, comme il a écrit les autres, sous l'inspiration divine. Moïse est le garant de leur canonicité. Il reconnut dans ces documents une origine sacrée ; il les recueillit et il les mit en tête de son livre. Nous pouvons donc toujours répéteï, à l’égard de ces pages inspirées, ce mot de saint Irénée : « Les écrits « de Moïse ont été dictés par le Christ. » Le récit de la Genèse fait foi pour nous, quelle que soit la source où Moïse ait puisé ses renseignements. La signature de Moïse authentique, pour ainsi dire, tous les documents anciens qu'il a intercalés dans son œuvre. Il s’est servi de ces documents avec choix, suivant l'inspiration de

l'esprit de Dieu » 1.

Voilà encore pourquoi la Bible tout entière, l'Ancien

comme le Nouveau Testament, écrite par des auteurs de

1. Quoique la Bible donne parfois des aperçus qui, dans nombre de cas, n’ont pas été étrangers au progrès des sciences modernes, ce serait pourtant se méprendre étrangement que d’y chercher un enseignement scientifique quelconque. Le but des écrivains sacrés n’est nullement d'exposer aux hommes des théories scientifiques quelles qu'elles soient. Moïse n’a voulu être ni géologue, ni chimiste, ni astronome, ni physicien, dans la Genèse, mais historien de la Religion. Ce serait encore se tromper que de voir dans l’Ancien Testament une histoire du « monde » ou des « peuples » ; il n’est et ne peut être que l’histoire de la Rédemption, et les faits historiques qu'il contient, de’ même que les allusions aux phénomènes dont s'occupe la science proprement dite, ne sont mentionnés qu’en vue de la Rédemption et qu’autant que le demandent les fins de la Religion. Déjà, saint Augustin répondait aux chrétiens de son temps qui voulaient chercher des données astronomiques dans l'Ecriture sainte : « La Bible n’a pas été écrite pour enseigner aux hommes « comment va le ciel », mais pour leur apprendre « comment on va au ciel ». Le fait est qne la plupart des objections qu’on soulève de nos jours contre la Bible ne sont que d'anciennes objections cent fois réfutées ; seulement, on les présente aujourd'hui sous une forme et une terminologie nouvelles.

différents tempéraments, étrangers pour la plupart à la science et à la philosophie, séparés dans le temps par de longs intervalles, contient un corps de doctrines qui ne se contredisent jamais : le Christianisme, commencé avec la révélation primitive, développé par la révélation mosaïque, perfectionné et complété par la révélation chrétienne. Tous les écrivains sacrés sont d'accord entre eux et avec eux-mêmes. Partout ailleurs, on ne rencontre, même dans les plus grands génies, que des parcelles de vérités mêlées à bien des erreurs, et encore on les prend souvent à se contredire les uns les autres. Rien de tel chez les auteurs inspirés, et c’est là un fait éminemment divin.

Lors de la vie terrestre du Sauveur, il y avait déjà des pharisiens, des scribes, des savants, qui, ne pouvant souffrir que les peuples le proclamassent Roi, envoyé de Dieu pour sauver l'humanité, cherchaient à leur imposer silence et à le perdre dans leur esprit. « Je vous dis, leur répondait Jésus, que s'ils se taisaient, les pierres parleraient. » La race des pharisiens et des faux docteurs de nos jours, moins excusable que celle des temps anciens, après dix-neuf siècles de civilisation chrétienne, n'en hait pas moins le Christ et ne cherche pas moins à détruire sa royauté dans les âmes : et lorsque les adeptes d’une prétendue science s'efforcent de lui enlever le caractère divin que les peuples modernes lui reconnaissent encore, au moment où le camp entier des scribes rationalistes poussait de bruyantes clameurs, croyant avoir démontré la fausseté des divines Ecritures, les pierres parlaient, proclamant que le récit de Moïse est confirmé par tous les vestiges conservés sur les monuiienis les plus anciens du monde ; Dieu faisait revivre

les Egyptiens et les Chaldéens, qui témoignent de l'authenticité du Pentateuque, cet écrit fondamental de la Révélation divine.

Si l'on ne veut pas croire aux Livres saints sur leurs propres mérites, croyons au moins aux attestations des découvertes contemporaines.

Il y a quelque vingt-cinq ans, j'ai connu un jeune homme à l'imagination vive, possédant peu de science, mais avide de savoir et ne négligeant aucune occasion d'apprendre. Un jour, avisant un lot de livres qu’un bouquiniste venait de recevoir, il acheta deux petits volumes intitulés : L'Homme préhistorique et Histoire de la Terre, qu’il lut avec curiosité, mais sans y comprendre autre chose sinon que l’on y faisait de l’homme le terme d’une longue évolution animale, et que l'on y parlait de la Bible d’une façon peu respectueuse, Un peu plus tard, encore sous l’effet de cette lecture, il remarqua dans la vitrine d’un de nos libraires les plus en vue un livre d’un format ordinaire et portant en titre : Nos Ancêtres, qu'il se procura également. Il s'agissait encore ici de l’histoire de l’homme et de son « précurseur », et l'auteur de cet ouvrage y développait la théorie darwinienne sur l'origine de notre espèce. Quelque temps après, comme il examinait les rayons d’une de nos bibliothèques publiques, ses yeux tciubèrent sur un octavo de près de 900 pages, brillamment illustré, sur le premier feuillet duquel se détachait en gros caractères la rubrique suivante : La Création de l'Homme et les premiers Ages de l'Humanité. Il lut encore cet où-

vrage, au format imposant et à l'apparence scientifique, croyant bien y trouver un exposé impartial et raisonné des questions dont le titre faisait connaître la nature. Hélas ! il tombait de Charybde en Scylla : l’auteur de cet ouvrage était un évolutionniste extrémiste, et il exposait ses théories avec une véhémence de langage antireligieuse à inquiéter l'étudiant le mieux disposé’. Ces lectures ne détruisirent point chez ce jeune homme ses croyances chréliennes ; tout au plus pouvaient-elles créer chez lui une impression quelque peu troublante. Néanmoins, mécontent de ne pouvoir distinguer quelle part de vérités et d'erreurs contenaient ces divers ouvrages, il résolut d’en apprendre davantage sur ces sciences, et il étudia la géologie, la paléontologie, l'archéologie préhistorique, l’ethnographie, etc, acquérant avec le temps sur ces différentes branches du savoir, dont il est impossible d’ailleurs de connaître le dernier mot, des notions incomplètes, si l’on veut, mais suffisantes pour lui permettre de s'orienter dans le dédale d'opinions contradictoires émises sur toutes ces questions d'origine. De longues années de lectures et d’études lui fournirent la preuve que la science, mais la science sérieuse, désintéressée et qui ne tient compte que des faits, ne contredit point les matières de la foi, mais apporte au contraire une éclatante confirmation du récit de la Genèse et de la Bible tout entière, Ce jeune homme, que j'ai si bien connu, le lecteur l’a déjà peut-être deviné, n’est

1. Personnellement, j'ai en haute estime la mémoire de Darwin, savant de bonne foi et croyant en Dieu. Si les temps et une science plus sûre d'elle-même n'ont point sanctionné ses théories sur le transformisme, théories émises d'ailleurs à titre d’hypothèses, nul ne peut contester que l’auteur de l’ « Origine des Espèces » ne fêt un savant impartial et un honnète homme,

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autre que moi-même. Et que l’on me permette de donner maintenant un conseil à mes jeunes compatriotes dont les connaissances ne sauraient leur faire discerner tous les sophismes qui peuvent frapper leurs oreilles, ou que certains auteurs se plaisent à semer dans leurs écrits, à l'encontre de la véracité ou de l'authenticité de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ce conseil pourra s'adresser aussi à tous ceux qui n'ont ni les moyens ni les loisirs d'acquérir le savoir nécessaire pour peser les assertions de ces adeptes de sciences faites de suppositions, de conjectures ou d’affirmations scuvent démenties par les “écouvertes dn lendemain. Ce sera d’abord de ne pas accepter sans restriction, malgré leurs étiquettes, comme des livres de bonne foi et de vraie science, tous les imprimés qui leur tombent sous la main, puis de continuer à croire tout simplement ce qu'on leur a enseigné de leurs Croyances religieuses, sans se laisser troubler ni déconcerter le moins du monde par ce qu'ils Peuvent entendre dire ou lire, assurés qu'ils sont de trouver, dans la vérité qu'ils possèdent, le repos de l’esprit en même temps que la satisfaction de l’âme. Du reste, « plus l’homme de science, dit Jules Soury, (Les Limites de la biologie), sera savant, plus il aura conscience de son ignorance et de son néant ; plus il trouvera digne de lui de s'incliner très bas sur les dalles de la vieille église où ont prié ses pères. »

Je m'arrête sur cette pensée consolante, et je termine ici ma chronique. Voici, d’ailleurs, l'horizon qui se colore d’un bandeau rougeâlre et qui m’annonce que le jour va bientôt paraître.

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Plus le champ de la science s'élargit, plus les démonstrations de l'existence éternelle d'une Intelligence créatrice deviennent nombreuses et irrécusables.

Géologues, mathématiciens, astronomes, naturalistes, tous ont apporté leur pierre à ce grand temple de la science, temple élevé à Dieu lui-même. (William Herschel).

La science ! quel effet ce vocable produit de nos jours chez nombre de gens ! Ce mot revient fréquemment dans le langage courant ; il étonne, il fascine, se donne des airs importants, prend un ton assuré, se croit de force à résoudre toute question. Ceux qui s’en servent le plus ne connaissent souvent de la chose que le nom, mais cela suffit pour les gonfler d’une vaine supériorité, et ils s'en vont dédaigneux du passé et des saintes et réconfortantes croyances d’autrefois. C'est une divinité qui, suivant Haeckel, Berthelot, Renan, Spencer et autres qui usent et abusent de la science, devait régénérer le monde, amener sur Ja terre une ère de félicité inconnue jusqu'ici, un universel et véritable âge d’or.

Que dis-je ? — « Pour expliquer les crimes qui se multiplient, la frénésie de jouissance, l'inquiétude sans

but qui possèdent tant de nos contemporains, la Science, pauvre folle infatuée d'elle-même, bat les buissons çà et là, bâtit cent systèmes, cent châteaux de sable qu'elle n'édifie que pour les renverser la minute d'après et pour courir à de nouvelles illusions. Des philosophes se hissent sur des piédestaux branlants et affirment que l'homme n’est qu'une mécanique instable mue par des forces aveugles et que le bonheur consiste à satisfaire ses passions jusqu’à la satiété »

Oubliant, ou feignant d'oublier son véritable domaine, celui de l'étude des faits positifs, des vérités expérimentales, on fait dire à la Science tant de choses qui lui sont étrangères, l'on met à son compte tant d’assertions gratuites, tant d’hypothèses aventureuses, irréalisables, mais dont les prétentieuses énonciations égarent les multitudes, dont elles flattent les passions du jour ; on l'invoque à l'appui de tant de promesses qu'elle n’a jamais faites et qu’elle ne saurait formuler, que l'on se croirait déjà à ces temps dont parle l’Apôtre et qu'il qualifie de « périlleux » :

« Alors l’apostasie deviendra commune dans le mon:de ; l'esprit d'erreur et de mensonge se répandra partout ; impatients de la vérité, les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, ils se donneront une multitude de maîtres et s’attacheront à des fables, les décorant du nom de science » ?.

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