‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 22 sur 49 · Adolphe Retté. — Le Règne de la Bête · texte numérisé non relu

Adolphe Retté. — Le Règne de la Bête

2. « Depuis trente ans, c'est un bouleversement général de la physiologie, de la physique, de la chimie. Comment l'intolérance peut-elle se frayer place au milieu de semblables transformations ? Plus que jamais, la vérité du jour devient l'erreur du lendemain. Et pourtant il en est ainsi. Plus la science évolue, plus des es-

COURANTS DE DOCTINES 171

Malgré tout le respect que j'ai pour Darwin, quel autre nom peut-on donner aujourd’hui à ses doctrines sur le transformisme :, du moins telles que proposées par certains des disciples du grand naturaliste anglais, doctrines que la science, la science sérieuse, véritable, qui ne se paie pas de mots mais de faits, n’a point sanctionnées ! Darwin, honnête homme au fond, déiste et croyant en la création, du moins à une création initiale ?, n’avait émis ses théories qu'à titre d'hypothèses : mais quelques transformistes, croyant pouvoir remplacer Dieu par l’Evolution, espérant trouver là l’arme fatale qui allait enfin donner le coup de grâce à ce Christianisme qui s'’obstine à ne pas mourir et à cette absurde Bible qui contient, disent-ils, l'incroyable erreur d'attribuer à un être qu’elle appelle Dieu la création de tout ce qui existe, même celle de l’homme, eurent vite fait d’exagérer, de travestir même la doctrine du maître, se servant de son autorité pour exposer leurs propres rêveries, mêlées d'imputations injurieuses à l'adresse des croyants ou du Livre sacré, fondement de leur foi. Malgré les affirmations tranchantes des rares tenants actuels du Darwinisme, cette doctrine, qui n’a pu soutenir la critique impartiale basée sur l'expérience et les faits, est aujourd’hui bien démodée, 1] ÿ a peu d'années, disait en 190% M. de Lapparent, de l'Académie des Sciences, les doc-

prits acharnés à leurs convictions construisent sur ses assises flotantes des conceptions dont ils garantissent l'éternelle immu-

tabilité. » (Dr Ch. Fiessinger, Erreurs sociales et maladies morales, 1909).

1. Le transformisme est la théorie générale de la formation des espèces par les seules forces de la nature.

2. « Si Darwin a un côté faible, c'est qu'il attribue au Créateur la première apparition de la vie, » (Büchner).

trines darwinistes paraissaient en pleine faveur. En ce moment, c'est à qui les désertera pour revenir à des conceptions voisines de celles de Lamarck, et qui ne diffé. rent guère que par des nuances de l’ancienne notion des créations successives !.

Il n’est pas du tout exact de dire que la « doctrine darwinienne soit devenue, en Europe, la base presque générale des enseignements scientifiques » (La Presse, 27 février 1908). L’Angleterre honore la mémoire de Darwin, mais elle ne croit plus à ses théories touchant l'origine et le développement des espèces, et je puis ajouter que nulle université anglaise aujourd’hui ne s’inspire des hypothèses de l’auteur de la Descendance si-

1. M. le professeur Hartmann résume dans les termes suivants l'influence que le Darwinisme a exercée dans le monde savant depuis la publication du livre célèbre, en 1859, De l'Origine des espèces par voie de sélection naturelle : « En 1860, dit-il, les adversaires du Darwinisme sont tout-puissants ; en 1870, la théorie commence à s'implanter dans tous les pays cultivés ; en 1880 la gloire du Darwinisme atteint son zénith, c'est le soleil qui éclaire les savants dans leurs recherches ; en 1850 des doutes commencent à se faire jour sur la valeur scientifique du système : Puis une opposition formidabie vient à naître, elle se développe et elle résonne bientôt dans le monde comme un chœur immense : on ne réclame rien moins que la tête du Darwinisme, et depuis le commencement de ce siècle il devient de plus en plus évident que les jours du Darwinisme sont comptés. »

« À en croire certaine Ecole, l'Homme serait descendu du Singe purement et simplement.

« Cette idée simpliste fut tout d’abord acceptée sans discussion par les transformistes. Une certaine évolution expliquait tout, et la Science avait parlé. Mais la science, on l’a dit bien souvent, n'est d'aucun parti, et, depuis trente ans, quoique désireux de rester fidèles aux doctrines du maître, les disciples ont évolué, eux aussi.

« Bref, cette hypothèse grandiose qui devait tout expliquer n'a pu tenir ses promesses, et pour la trouver exposée dans ses

mienne de l’homme. « La voix du professeur Haeckel, dit le grand physicien anglais, Sir Oliver Lodge, est aujourd’hui la voix qui crie dans le désert, non celle d’un pionnier ou d’un avant-garde : c’est un porte-drapeau courageux et indomptable qui pousse un cri de désespoir, tandis que ses camarades battent en retraite et prennent une nouvelle direction menant vers des doctrines plus idéalistes » 1, Haeckel, biologiste allemand, professeur de zoologie à l’Université d'Iéna, est le plus audacieux des apôtres du transformisme. Que la doctrine darwinisle ait cours dans quelques universités des Etats- Unis, je le crois facilement ; toutefois pour une université américaine qui enseigne le darwinisme, dix le condamnent et le rejettent. Que M. David Starr Jordan, président de l’Université de Stanford, proclame que la doctrine darwiniste est « une des certitudes de la science », dix autres chefs de semblables établissements n’hésitent pas à déclarer que telle certitude n’est nullement prouvée. Qu’un professeur d’une université canadienne enseigne que « la structure de l’homme ne laisse aucun doute qu’il est parti d’un singe », cela prouve qu'il ya professeurs et professeurs comme il y a philosophes et

grandes lignes, nous sommes obligés à l'heure actuelle de la lire dans des auteurs qui nous la donnent de seconde main, et encore faut-il choisir. Tous les « jeunes » n’en sont plus ; au courant des doctrines nouvelles, ils dédaignent les rengaines de l'évolutionnisme que « les vieux » exposent toujours dans des ouvrages où l’on affirme que les singes sont nos ex-parents et qu'on 4 trouvé la monère, germe de toute vie organique. » (L'abbé Th. Moreux, directeur de l'Observatoire de Bourges, dans Qui sommes-nous ? Paris, 1911).

1. La vie et la matière, par Sir Oliver Lodge. Traduit de l’anrs par Maxell, p. 53, Paris, Biblioth. phil. contemp. Alcan, édit.

philosophes, et que la remarque que faisait M. Virchow, médecin, l’un des fondateurs et le président de la Société anthropologique allemande, a encore sa raison d'être : « Quant au transformisme, je puis le dire, on a rarement vu un si grand problème traité aussi légèrement, pour ne pas dire aussi follement ». Cela fait voir encore la justesse de la déclaration de Sir William Turner, physiologiste anglais, dans un discours prononcé à Toronto, en 1897, à une séance du congrès de l’Association Britannique pour l'avancement des sciences, lorsqu'il disait : « Depuis un quart de siècle on s'efforce de faire ressortir toutes les ressemblances qui existent entre l’homme et les animaux, spécialement les anthropoides, en négligeant toujours les différences ».

Il ne faut pas croire cependant que tout soit faux dans le système de Darwin, et qu’il faille rejeter en bloc toutes les idées du célèbre transformiste.

L'évolution, par exemple, existe certainement dans la ne.ure; l'univers et notre terre elle-même résultent d'une longue série de transfonaations:. I] y a évolution dans l'apparition des espèces en ce sens que chaque période géologique a marqué autant de degrés dans l’échelle progressive de l’ensemble des êtres, allant toujours du moins parfait au plus parfait. Mais la science est incapable de nous forzrnir aucune preuve positive vraiment déterminante de l’évolution de l'espèce. De nos jours, comme aux époques préhistoriques les plus éloignées, nous ne constatons aucune trace de l'évolution, c’est-àdire aucune espèce, ni chez les végétaux, ni chez les ani-

1. À remarquer toutefois que l’évolution n'explique que les développements, qu’elle ne dit rien et ne peut rien dire des commencements. À

maux, en voie de formation ; les espèces quaternaires dont on retrouve encore aujourd'hui des représentants n'ont pas subi de modifications organiques qui autorisent l’idée et nous permettent de croire à une transformation du type spécifique. Il n’y a pas même aujourd'hui de vérité scientifique plus nettement et plus solidement établie que celle de la fixité des espèces. Le passage d’une forme à une autre, avoue le professeur Perrier (Le Transformisme, Paris, 1888, P. 355), n’a jamais été obtenu par l'expérience ni observé dans la nature. Pour l’homme, par exemple, dès qu'il paraît, nous voyons un homme absolument semblable, tant pour le corps que pour l'intelligence, à celui que nous montrent les races actuelles, et il n’y a pas d'apparence qu'il en soit autrement aussi longtemps qu'il existera sur la terre. Jamais, à aucune des époques qui ont marqué ses origines, on ne peut vérifier chez lui le fait d’un organisme en voie de se déprendre de l’animalité. En somme, l'évolutionnisme ne peut, dans toute la série des âges géologiques, nous fournir la moindre preuve du passage d'une espèce à une autre, et parmi les restes retrouvés des singes fossiles, aucun ne peut servir comme intermédiaire entre l'animal et l’homme.

Les causes modificatrices invoquées par Darwin : la sélection naturelle, la lutte pour l'existence, l’accumulation par l’hérédité, l'influence des milieux, sont aujourd'hui définitivement reconnues insuffisantes pour prouver l’évolution. Ce sont des « mots vagues qui ne donnent qu’une ombre d'explication », dit le professeur Oskar Hertwig, recteur de l’Université de Berlin. Ces différents agents ont certainement un pouvoir modificateur réel ; l'observation nous montre dans la nature une

tendance à la variation; mais créer des organes qui n'existent pas, c'est autre chose, et les temps géologiques, préhistoriques et actuels, ne nous fournissent aucun exemple d'une telle transformation. « Des variétés d'une même espèce peuvent se produire, non pas des espèces distinctes. A un moment, toujours, un fossé infranchissable creuse la frontière » !, Aussi, depuis la période glaciaire, n’observons-nous dans les espèces que des modifications accidentelles. Sans doute l’évolution n'était pas impossible à Dieu dans l’œuvre de la création ; il pouvait aussi bien employer ce mode d’action que tout autre ; seulement, dans ce cas, il lui aurait fallu intervenir constamment et directement pour diriger les forces aveugles invoquées par Darwin et suppléer à l’insuffisance de leur énergie.

Je croirais aussi volontiers à l’évolution qu’à toute autre théorie pour expliquer la nature, la création de l’homme exceptée, si seulement la science, la science sérieuse, qui ne tire ses conclusions que d’après l’observation directe des faits, eût prouvé qu'elle était vraie ou du moins vraisemblable. Je n'aurais pas même de scrupule à accepter l’origine simienne du corps humain, en ce sens que Dieu aurait pu se servir dans la création de l’homme du corps d’un singe comme de tout autre animal, si elle avait chance d’être conforme aux faits. Comme l’homme n’a maintenant du singe que quelques traits de ressemblance extérieure, comme les facultés dont il est doué, son âme enfin, en font un être non supérieur mais un être à part dans l'échelle de la création, qui la couronne et qui l’explique?, je dirais qu'il était

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