Jacques Lamine, L'Homme d'après Haeckel
sciemment trompé le public en faisant subir à ces images, empruntées à d’autres ouvrages, des défigurations intentionnelles. Et d’abord il indique les publications dans lesquelles ces images ont été prises et ce sont, suivant lui, les ouvrages des professeurs Hubrecht, von Beneden, Selemca et His. Puis il décrit les procédés de défiguration employés par son confrère. Ainsi, le professeur Haeckel aurait habilement maquillé ces dessins pour transformer en embryons d'animaux supérieurs (Herrentiere) des embryons de l’homme. en supprimant tels ou tels organes gênants pour sa thèse ou en déformant à son gré la tête et l'épine dorsale. Le docteur Bass se réserve d’ailleurs de faire la pleine lumière sur ces tricheries du professeur Haeckel en mettant en face les originaux des images en question et leurs défigurations. »
C'est ce même homme qui, pris sur le fait de malhonnêteté scientifique, viendra nous dire, de son ton tranchant et avec tout le mépris qu’il éprouve pour les savants spiritualistes : « La croyance à l’immortalité de l’âme humaine est un dogme qui se trouve en contradition irrémédiable avec les données expérimentales les plus certaines de la science moderne ». Ou encore : « La lutte entre les adversaires et les partisans du libre arbitre s’est terminée aujourd’hui, après plus de deux mille ans, au profit des premiers... » Essayez de raisonner avec un homme qui nie l'évidence, qui traite d'illusion, au nom de la science du XIX° siècle, une vérité que la conscience humaine proclame de la façon la plus universelle et la plus irrésistible |
Les idées du professeur d'histoire naturelle d'Iéna, de même que celles du professeur du McGill, laisseront
indifférents les esprits avertis, mais elles sont de nature à fausser le jugement des jeunes gens et des personnes d'une science incomplète.
En général, les savants malérialistes font preuve d’une ignorance singulière en fait de religion. Ont-ils peur qu'elle soit vraie ? comme dirait Pascal. En tout cas, ils ignorent ou agissent comme s'ils ignoraient et la révélation et l'esprit et la doctrine du catholicisme. Je cite, de préférence, M. le Dr Paul Topinard qui de tout le camp matérialiste est peut-être ce qu'il y a de mieux et de plus honnète :
« Autant nous avons parlé de la Science, lit-on à la page 951, (Science et Foi, Dr Paul Topinard), autant nous avons été réservés sur la Foi. Science et Foi sont deux termes qui s’excluent. La Science, c’est ouvrir les yeux le plus largement possible, chercher et finalement savoir ; la Foi, c’est fermer systématiquement les yeux et croire... La Foi est Personnelle, subjective, elle relève de la sensibilité et de l'imagination, telles que l’hérédité et l'éducation les ont constituées chez chacun, ou bien elle n’est qu’un acte d’obéissance aveugle... » Il y a là autant d'erreurs que de mots. « Fermer systémati-
quement les yeux » n’a jamais été et ne sera jamais le crilérium de la foi. « L'assentiment de Ja foi n’est nullement un mouvement aveugle de l’âme » (Concile du Vatican). La foi suppose l'exercice Prélable, utile et nécessaire de la raison, laquelle démontre la vérité de la foi. Notre assentiment aux choses révélées dépend de la certitude acquise du motif qui nous fait adhérer, et cette certitude est le fruit d’une opération rationnelle.
[n’y a pas un chrétien éclairé, Pas un catholique ins.
truit, qui ignore ce fait fondamental de sa foi et qui croit aveuglément.
Une autre cause de conflits entre la science et la reli. gion, c’est que l’on mel parfois au compte de la science des assertions qui lui sont étrangères el qu'elle ne peut pas contrôler. « Les premiers hommes, dit Herbert Spencer, étaient des sauvages à peine sortis de l’animalité, des brutes violentes, féroces, très peu différentes des bêtes fauves, sans conscience ni cœur, » On dirait vrai. ment, au portrait qu'il nous en donne, que Spencer a vu les premiers hommes, qu'il les a connus et étudiés à loisir. Il a seulement oublié de nous dire sur quel point du globe cela se passait. Pures fantaisies ! jeux d'imagination ! que toutes ces asserlions arbitraires. Spencer ne s’est pas même demandé si l’état sauvage n'aurait pas été plutôt une déchéance qu'un début pour l'humanité.
«€ L'esprit scientifique, dit M. Fouillée, de l’Institut. est la prudence, la volontaire suspension du jugement, la lenteur voulue de raisonnement ; il a en horreur cette exubérance prodigieuse d’aflirmation, dont tant d'esprits nous donnent aujourd’hui le spectacle. Combien de savants égarés hors de leur science (surtout en Allemägne) qui n’ont pas plus de rigueur que les poètes et les prophètes ! Rappelez-vous toutes les divagations à la mode sur la sélection naturelle de l'humanité, sur la lutte pour la vie, sur le transformisme, etc. En les entendant, l’humble logicien, habitué à réfléchir sur les méthodes et sur les règles du raisonnement, ne peut s'empêcher de sourire. Il songe avec Socrate que, s’il ne sait rien, il sait du moins, lui, qu’il ne sait rien et ne prétend pas personnifier Ja science. O liberté, que
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de crimes commis en ton nom ! O science, que d’ignorances, que d'erreurs, que d’absurdités débitées en ton nom !»!.
Mais, ont-ils oblenu quelque chose, ont-ils réussi dans l'orgueilleuse tâche qu'ils s'étaient assignée, « celle de l'explication exclusivement posi'ive de loute chose, dans un monde aujourd'hui sans mystère — celle du renversement sans retour de la notion du miracle et du surnaturel ? » suivant les expressions de M. Berthelot.
Ecoutons la réponse du successeur mème de M. Berthelot au siège de secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, M. de Lapparent : « Après cent ans d'eflorts pour lout expliquer en dehors et à l'encontre de nos croyances théistes el spiritualistes, la science, libre de préjugés, dégagée de tout apriorisme el fidèle à sa méthode de calme observation, en est arrivée à des propositions dont l'énoncé diffère à peine de celui de nos vieux dogmes... Ne craignons donc pas de le déclarer hautement‘: cette fin de siècle est bonne pour les hommes de croyance et surtout pour les catholiques. La puissance qui devait les exterminer a grandi sans doute, mais la lumière qu’elle à fait luire n’a pas eu d'autre eliet que d’accentuer l’extrème complication de tous les problèmes. D'ailleurs, il faut qu'on le sache, ce n’est Pas contre nous que la science a tourné ses armes ; et les plus meurtris sont ceux dont elle n'a pas voulu servir les passions haineuses. L'application des procédés de la science pure a suffi pour condamner nombre des affirmations de nos adv rsaires. Seuls nos principes à nous
restent debout, en face d’un monde qui peut s’obstiner PER RERRRRE
f Revue bieue, 11 nov. 1903 Questions d'Hier et d'Aujourd'hui. 1
à les méconnaitre, muis qui ne lrouvera ni la vérité ni le salut en dehors de leur application, »
Que la science doive le plus clair de son bien aux sa. vants Spiritualistes, que ceux-ci soient par le fait mème plus complètement dans le sens et dans l'esprit de la science que ceux qui ont le malheur de ne pas posséder la foi, c'est un fait démontré par les découvertes et les résultats scientifiques de tous les siècles. Voici, sur la matière, un tableau que l'on peut signaler aux esprits prévenus,
En 1905, le docteur Dennert, protestant allemand, a fait un résumé des Opinions religieuses de 300 savants choisis parmi les plus renommés de ceux qui se sont il- Instrés pendant les quatre derniers siècles dans les scien- "e$ naturelles. botanique, physique, astronomie, biologie, physiologie, géologie, anatomie, ete. Ce résumé contient, entre autres, les renseignements suivants, Du XV au XVII siècle, sur 35 noms cités, il compte 5 in- Croyants où indifférents, 11 de croyance non connue. 39 croyants qu: admettent l'existence de Dieu, de l’âme el de la révélation. Nous lemarquons, parmi les plus illustres : Herschell, Linné, Werner, Boerhave, Bradley. Au XIX° siècle, le nombre des Savants est beaucoup plus considérable. Le docteur Dennert relève les noms de 153 savants remarquables : sur ce nombre, 124 sont croYanis, 27 n’ont pas d'opinion philosophique bien connue, et 12 seulement sont incroyants. Sur les 300 savants cités par le docteur, nous Comptons donc 242 croyants, spiritualistes convaincus, répudiant absolument le matérialisme, proclamant bien haut l'accord entre la foi el la science, et n'ayant jamais Conslalé que le résultat
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COURANTS DE DOCTRINFS 195
de leurs travaux contredisait aucune des vérités révé. lées.
Nombre de savants ont été en même temps des catholiques fervents. Cette Constalation devrait suffire pour réfuter la thèse qui oppose la science à la foi !.
Disons aussi que les savants chrétiens sont les moins crédules des savants et les moins disposés à se laisser abuser par les apparences,
La Presse, dans son édition du 27 février 1909, signalait à l'attention publique le fait que le darwinisme, par Sa manière agréable de détruire l'âme humaine et ses responsabilités, faisait des progrès rapides dans notre pays. « Le lendemain de la conférence de M. McBride — écrivait ce journal — nous avons été étonné de l'effet produit à Montréal sur ceux qui aiment à tirer de là vie tout ce qu'il y a de jouissances possibles, Dans la rue, dans les hôtels, dans les cercles, même dans les salons, à tout moment, il s'élève des Conversations pro-
ne mme
1. « Parmi les constellations scientifiques du XIXe siècle, quels sont, se demande Je Soleil de Paris du 8 janvier 1911, les noms qui brillent du plus vif éclat ? La mémoire Populaire en retient quatre : Ampère, Cauchy, Le Verrier et Pasteur. Par suite d'une singulière rencontre, il se trouve que ces quatre savants de premier ordre professèrent nos croyances religieuses. Les sectaires de la libre-»ensée n'ont jamais pu se consoler de ce phénomène. Quel humiliant démenti Pasteur, Ampère, Cauchy, Le Verrier n'infligent-ils pis aux primaires qui traitent l'Eglise de « puissance obsCcurantiste ! »
» Nos ennemis, ajoute ce même journal, de chance ! Au début du XXe siècle, que scientifique de l'Europe ? C'est ene docteur Branly, l'inventeur de Ja té
On ne peut trop le proclamer :
n'ont vraiment pas l'est le plus grand nom ore un savant catholique : le légraphie sans fil. »
« La science catholique conssus de toutes les tentatives s du matérialisme et de Ia libre-
temporaine trône aujourd'hui au-de avortées, au-dessus des sarcasme pensée, »
vocantes où les esprits honnêtes et sérieux ne sont pas toujours prêts à répondre à une conclusion effrontément positive. »
I faut rassurer ceux qui auraient pu se laisser ébranler par le ton affirmatif et l’apparät bruyamment scientifique de ces poseurs.
Les doctrines darwinistes, aujourd’hui passées vieux jeu en Angleterr”, généralement déconsidérées en Europe par tous les anthropologistes de renom et dont l’autorité s’impose, sont des théories relativement nouvelles pour la masse de notre population et qui éveillent d’autant, par le fait même de leur nouveauté, la curiosité et l'intérêt. Depuis la cession de notre pays à l’Angleterre, nous avons dû forcément négliger la culture des sciences. Il nous a fallu vivre d’abord, et consacrer le meilleur de notre temps et de notre énergie à l’acquisition de biens d’une absolue et immédiate nécessité. Peu Parmi nous ont pu donner une attention suivie à ces études d'archéologie préhistorique et d’histoire naturelle qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont suscité dans le monde savant une polémique dont les échos, quoique affaiblis, ne sont pas encore éteints. Nos jeunes gens et notre public en général ne sont donc guère préparés à juger de la valeur réelle qu'ont aujourd’hui ces vocables : darwinisme, évolutionnisme, transformisme, etc., et à faire la part du vrai et du faux que renferment ces doctrines si graves, à cause des conclusions que l’on en tire au point de vue de l'orientation de la vie. Les mœurs, la religion, auraient peu à craindre de tous les sophismes ainsi débités au nom de la science, des pires hostilités même, si celles-ci ne trouvaient une alliée docile dans l'ignorance du grand nombre. Il ne faut donc
pas s'étonner que les leçons du professeur de zoologie au MeGill, si toutefois elles sont celles d’un transformiste matérialiste — ce que j'ignore — aient produit dans le public une émotion facile à comprendre, car le fruit direct du transformisme des savants de l’école de Haeckel est de détruire toute croyance en la spiritualité de l’homme et en la survivance après la mort. L'homme se trouverait ainsi rangé dans la catégorie des animaux, dont il serait l’aboutissant, n'ayant plus, comme l'animal, qu'à se repaître, sans s'occuper des chimères d’une autre vie. Inutile pour lui, dans ces conditions, de se surveiller, de dominer ses impulsions, de supporter avec patience les épreuves de la vie en vue d’une récompense future, de régler ses appétits, de maîtriser ses instincts. On se plaît à citer les progrès matériels étonnants que nous avons accomplis. En effet, c’est merveille de voir comme notre pays se développe, et si l’homme ne vivait que de pain, nous pourrions assurément envisager l’ave. nir avec la plus grande confiance. Mais il ne faut pas confondre le progrès matériel avec la véritable civilisation, progrès beaucoup plus important, qui a pour objet le perfectionnement moral de l’homme, qui ne va pas sans de fortes convictions religieuses. Or, sommes. nous, Sous ce rapport, les dignes fils de nos pères, dont la foi, les efforts héroïques, le dévouement, l'esprit d’abnégation, nous ont fait si glorieuse et si enviable la part d'héritage national dont nous jouissons aujourd'hui ? La génération présente est, en général, plus instruite que celles qui l'ont précédée. En est-elle mieux éclairée sur ses véritables intérêts, et sinon plus, du moins aussi religieuse, aussi morale, aussi sensible à l'honneur ? La
jeunesse actuelle semble-t-elle avoir une compréhension vraiment intelligente de la vie, poursuivre un idéal qui nous rassure quant à la conservation de « notre langue, notre religion, nos institutions, nos lois ? » La loyauté des relations, la probité proverbiale de nos aïeux, tant dans leurs rapports personnels que dans les affaires, sont-elles encore aujourd’hui les traits caractéristiques de notre train de vie? Qui osera répondre affirmativement à ces questions ? Peut-on considérer sans inquiétude l'excès croissant de malversations de toutes sortes, de meurtres, de suicides, de scènes honteuses d’ivrognerie, dont nous lisons chaque jour les détails dans les gazettes du pays, accompagnés d’une si fréquente et si triste répétition de noms français ? Il faut chercher ailleurs que dans les effets démoralisants des doctrines darwinistes, en tant qu’il peut être ici question de causes externes, l'explication de ces débordements passionnels qui désolent les familles, déshonorent notre pays et affligent la religion que nous professons. En effet « trop de choses énervantes, amollissantes, démoralisatrices… ont, hélas ! droit de cité, aujourd’hui, chez nous, menaçant — si l'autorité continue à fermer bénévolement les yeux et n’y met promptement bon ordre — de léguer au pays une génération futile, lâche, et peut-être irrémédiablement abâtardie, avachie. Le peuple de géants que nous fûmes, que sera-t-il dans trente ans ? Un peuple de nains, un peuple de pygmées sans doute, fruit véreux du théâtre malsain, du roman passionnel, de la cigarette délétère, de la boisson corrosive et des scopes abrutissants... Les crimes de lèse-majesté de tout temps furent punis de mort. Les crimes de lèse-nation se mul-
tiplient au grand jour chez nous, et l’on se fait comme une sorte de gloire d’y applaudir et d'y contribuer »!.
Tout ceci est de la dernière gravité, et il est évident qu'il faut un réveil.
Et puis, comme pour ajouter à ces causes aitristantes de déchéance, les journaux ne nous parlent-ils pas maintenant de Canadiens français francs-maçons ? Personnellement, je ne connais pas un de mes compatriotes qui soit franc-maçon ; mais certains journaux persistent à dire qu’il y en a. Que faut-il croire de ces propos, invraisemblables de prime-abord 2 ? Car nous ne pouvons guère nous figurer un Canadien français, généralement si franc, si loyal, si ouvert de caractère, qui a quelque souci de sa dignité personnelle, le respect de sa nationalité, faire partie d’une loge maçonnique. Un Canadien français franc-maçon, dont l’âme ne peut vibrer à l’unisson de celles de ses Parents, de ses amis, qui ne peut s’épancher librement au milieu des siens à certains jours
!. Extrait d’un article qu Passe-Temps, intitulé : « Où allonsnous ? » et cité dans La Vérité du 18 décembre 1909. 2. La brochure Lemieux et les incidents
derniers temps répond trop bien, hélas !
collaborateur.
qu'elle soulève en ces à la question de notre
(Revue Canadienne. — Note de la Rédaction).
Au sujet de cet incident Lemieux et du procès qui s’en est suivi, un Anglais de Montréal, haut placé, franc-macon et protestant, s’exprimait ainsi, suivant ce qu'ont affirmé les journaux du temps :
« Si j'eusse fait partie du jury dans la cause de Larose contre Lemieux, vous eussiez vu un Anglais protestant voter pour l’acquittement, même contre l'avis de ses collègues canadiens. si ceux-ci ne fussent pas arrivés à s’accorder
« Lemieux et ses compagnons ont été Courageux, et leur attentat sans gravité contre Larose, bien que contraire à la loi. n'est rien en comparaison des attentats préparés et perpétrés par
de l’année où la religion a une si grande part dans les
réjouissances familiales ou nationales, non, cela ne se conçoit pas. Je m'explique qu’en certains pays d'Europe où les populations sont encore plus ou moins asservies, où, pratiquement, on ne connaît de la liberté que le nom, des individus se rencontrent, s'unissent, s’engagent par serment à poursuivre, dans telle et telle circonslance, une action commune, à exercer la même pression sur un parti politique quelconque, en vue d’obtenir l’abolition de criants abus ou une plus grande somme de liberté ; mais que dans ce grand et libre Canada, un des nôtres devienne franc-maçon, la chose est vraivent incompréhensible, hormis que, par une perversion ‘jugement ou faiblesse de caractère, il ait cédé à quelque influence étrangère, de même origine sans doute que celle qui depuis un certain nombre d’années s’efforce de répandre dans notre paisible population des théories sociales aussi décevantes que funestes,
Parmi les émigrés que la vieille Europe a déversés sur notre continent depuis ces vingt à trente dernières années, il s’est trouvé nombre d'individus peu désirables. Dans notre province, par exemple, à côté de braves et
les membres de 1’ « Eman . ‘tion », qui sont un déshonneur pour la franc-maçonnerie, q vilissent et compromettent.
« Ce sont de sales types que ces gens-là : je ne crains pas de le dire.
« Et je suis d’avis, je le répète depuis longtemps, que nous ne devrions jamais admettre un Canadien français dans nos loges anglaises. Ces apostats de leur religion et ces renégats de leur race, sont des êtres si méprisables qu’ils pourront nous trahir nous aussi. »
Les Anglais sont les premiers à mépriser ceux d'entre nous qui oublient leurs devoirs jusqu'à devenir francs-maçons, et c'est justice.
(Note de l'auteur).
honnêtes Français, que nous sommes toujours heureux d'accueillir comme on le ferait de vieux parents respectés et aimés, il nous est arrivé de tristes spécimens de la France contemporaine, formés à la morale des écoles laïques, et qui osent prôner ici sous des flux de paroles et d’habiles sophismes, les doctrines abêtissantes du matérialisme et du socialisme. Non satisfaits de l’œuvre de ruine et de déchéance qu'ils ont infligée à leur propre pays depuis plus d’un quart de siècle, on dirait qu'ils voient avec irritation la position enviable et quasi miraculeuse (M. Barrès la qualifie de « miracle canadien ») que nous nous sommes faite, sans leur aide, depuis l’abandon de la colonie par la France. Respectés de nos concitoyens anglais, jouissant de la paix, nous grandissons, pleins d'espoir dans l’avenir. Au lieu d'être, aujourd’hui, grâce à l’action bienfaisante que notre clergé n’a pas cessé d'exercer sur notre existence nationale depuis l’époque de la cession du Canada à l'Angleterre, le peuple le plus heureux et le plus vraiment libre du monde, que serions-nous devenus si nous avions été atteints de cette infirmité mentale, de ce crétinisme intellectuel qu’on appelle l’anticléricalisme ? Privés de ces éléments qui font la force et la grandeur des nations, nous serions sans influence, méprisés de ceux qui nous entourent, et en voie de nous éteindre, comme paraît l'être le peuple français à l'heure actuelle.
Le P. de Ravignan disait que le plus grand service que l'autorité catholique pouvait rendre à la liberté de penser, c'était de lui éviter la folie. Et ceci s'applique non seulement à ce qui est du domaine de la science. mais à tout ce qui compose le commerce habituel de la vie. Prenez deux hommes d’un savoir ordinaire ; l’un est prati-
quant et connaît sa religion, l’autre a le malheur de l'avoir abandonnée ou de ne l'avoir jamais connue. Ecoutez ces deux hommes parler sur un sujet d'intérêt général ou particulier, sur des questions du jour, de travail, de salaire, enfin sur toute matière d'intérêt public ou religieux. Vous ne tarderez pas à vous apercevoir combien l’homme, ignorant si vous voulez, mais religieux, émet des idées justes, sages et pondérées, tandis que l’autre, bien souvent, tient un langage incohérent, ou s'exprime avec une impatience, une aigreur d'esprit, qui vous fait voir immédiatement le manque d'équilibre intellectuel de cet homme.
Dans un même milieu et toutes autres conditions restant égales, l'homme de foi sincère sera toujours supérieur par la hauteur de sa pensée, la droiture de ses intentions, l'énergie de sa volonté, la sûreté de son commerce, à celui qui n’a point la foi!.
Mais c’est surtout dans la discussion des questions sociales q.. agitent aujourd’hui le monde, que vous remarquez chez l'individu dont l'esprit et l’imagination ne trouvent point dans ja religion un contrepoids, cette confusion, ce manque de liaison dans les idées sur des théories dont l’applicétion est plus ou moins problématique ou manifestement irréalisable, et qui sont ici la Source de tous les sophismes que nous entendons si sou-
vent répéter, et qui préparent d’amères déceptions aux malheureux qui en seront les victimes.
1. Non seulement l'Evangile est le code incomparable de la loi qui nous rend aptes à la vie éternelle, mais ses préceptes sont, en ce monde, les lecons de la plus haute sagesse pratique et du plus éclatant bon sens, ainsi que l'expérience personnelle nous
le prouve tous les jours. (René des Chenais. — Vie de Jésus- Christ).
On écrivait, il y a une dizaine d'années, « que les travailleurs de tous les pays du monde enviaient la condition de nos ouvriers », et on avait raison de le proclamer. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que nos ouvriers sont religieux, respectueux de la loi. Voilà précisément la raison qui fait qu'ils comprennent leurs véritables intérêts, qu'ils ne se laissent pas surprendre par la piperie des mots et qu'ils ne sont pas encore près de devenir les dupes des visionnaires et des démagogues qui, ici comme en Europe, ne demanderaient pas mieux que de les exploiter. On disait encore à l'honneur de nos ouvriers, qu’ils avaient bien aussi leurs malentendus, leurs grèves, leurs conflits, mais que les théories révolutionnaires, socialistes, collectivistes, leur étaient étrangères, incompréhensibles même, que leurs efforts tendaient à obtenir des réformes dans le domaine des choses réalisables : relèvement des salaires, diminution des heures de travail, adoption de toute mesure, de tout règlement ayant pour but l'amélioration morale et matérielle de leur condition. C'était dire qu'ils pensaient juste et parlaient raison. Et aujourd’hui ? Eh bien | aujourd'hui, à part quelques têtes exaltées ayant subi l’influence des déclamateurs étrangers qui sont venus s'établir au milieu de nous en ces derniers temps, et qui sont une menace pour l’avenir de notre pays, je crois que le bon esprit, le sens pratique et le sentimeut de dignité et de justice qui distinguent la grande masse, j'oserais dire la presque totalité, de mes compatriotes de la classe ouvrière, feront qu'ils mériteront encore longtemps les éloges que je citais il ÿ à un instant, d'autant plus qu’ils n'ont eu, jusqu'ici, qu'à se féliciter de la sympathie et de la protection dont ils ont été l’objet de la part de nos
gouvernants, qui s'efforcent par de bonnes lois d’améliorer, autant que cela leur est humainement possible, la condition des travailleurs .
Que nos ouvriers n’oublient pas que sans la religion, leurs misères matérielles s’aggravent et se compliquent de leurs souffrances morales. Qu'ils se rendent compte également que leur bien-être ne se trouve pas dans une formule. La question qui les intéresse, et qui varie d’ailleurs avec les lieux, les climats, les habitudes, etc., consiste en une série de difficultés à vaincre, de problèmes
1. S'il y a « progrès matériel » et « civilisation », il y a également « questions sociales » et « socialisme ». Ces deux appellations, quoique ayant une relation étroite, ne doivent pas être confondues quant à leur sens propre. Les questions sociales embrassent un vaste champ d’études d'ordre économique, tandis que le socialisme est une doctrine, se rattachant si l'on veut aux questions sociales en tant qu'elle prétend réformer la société en mettant le travail et les richesses en commun et les gens au même niveau, mais une doctrine particulière à certains pays d'Europe. L'expérience a déjà prouvé tout ce qu'elle renferme de chimérique. Refuser à l’homme le droit de propriété, c’est se mettre en contradiction avec le sentiment inné, agir exactement à « ütrepied des lois naturelles. Pour rendre cette doctrine praticable, il faudrait d’abord changer, refaire la nature humaine, « prétention téméraire jusqu'au délire », dit M. Emile Faguct. « Si nous sommes incapables de changer notre nature, ajoute M. E. Lamy dans Quelques Œuvres et quelques ouvriers, force est donc que la société soit conforme aux lois de celte nature ; Or la grande loi de la nature humaine est l'inégalité. L'inégalité existe dans la force physique, dans l'intelligence, dans les besoins, dans la chance même, toutes différences auxquelles nul pouvoir humain ne saurait porter la moindre atténuation. Le travail, qui sans cesse cherche et met en valeur les richesses de notre globe et les trésors plus précieux encore contenus dans un cerveau humain, est sollicité Presque toujours par le désir d’acquérir la fortune, la gloire ou la puissance, trois formes de l'inégalité. Que ces stimulants disparaissent, écrasés par le niveau d'une situation assurée et semblable pour tous, ce n’est plus le travail, c’est la Paresse qui transformerait l’univers, et l’éga-
qui ne peuvent recevoir de solution immédiate, définilive et complète, mais qui doivent être résolus un à un, par étapes progressives de tous les jours. J'ai lu, il n'y à pas encore longtemps, et cela attentivement, depuis la première jusqu’à la dernière page, la volumineuse Histoire du mouvement social en France, 1852-1910, par Georges Weill, et je me suis convaincu que notre législation ouvrière, plus récente, est aussi parfaite dans ses dispositions générales et au point de vue des exigences particulières de notre Pays, que celle de la plu-
lité, maintenue Par artifice dans le monde de plus en plus appauvri, deviendrait mortelle à cet intérêt général au nom duquel on l'aurait établi. » Ce serait enfin, pour employer les termes mémes de Léon XIII : « la perturbation dans tous les rangs de la société, une odicuse et insupportable servilude pour tous les citoyens, la porte ouverte à toutes les jalousies, à tous les mécontentements, à toutes les discordes ; le talent et l'habileté privés de leurs stiraulants, et, résultat nécessaire, les richesses taries dans leur source, enfin, à la place de cette égalité tant rêvée, l'égalité dans le dénüment, dans l'indigence et la misère, » Le socialisme, entendu dans son sens radical et révolutionnaire, Compromet donc les véritables intérêts des ouvriers eux-mêmes, de ceux qui possèdent aussi bien que de ceux qui ne possèdent pas. Appliqué, il engendrerait aussitôt la misère, l'indigence, le mécontentement, l'anarchie universelle, la destruction de la famille, puisqu'il prêche les unions libres, les enfants devenant la chose de l'Etat. Dans ces conditions, naturellement, il se présente comme l'adversaire de la religion, du moins de la religion catholique. C’est ce Qui ressort des discours, des livres, des journaux et des congrès de l'immense majorité des socialistes. Jules Guesde, chef socialiste, disait déjà en 1878 : « La religion, les socialistes la condamnent et font Profession d’athéisme. « (Histoire du Mouvement social en France, 1852-1910, P. 224). La lutte même contre l'influence de l'Eglise semble être la préparation nécessaire de la Propagande socialiste Au mois de janvier dernier, 1913, un des principaux organes du parti socialiste belge l’avouait en ces termes : « Tant que les ouvriers seront catholiques, ils ne viendront pas à nous ; la première condition pour que notre Propagande soit efficace est qu'elle soit précédée d’une bonne
part des pays d'Europe, et qu'elle repose mème sur des garanties plus sûres. Sous ce rapport nos ouvriers n’ont que faire d’aller chercher des inspirations, soit en France ou dans d’autres contrées du Continent. Ils sont aussi, proportionnellement au coût de la vie, mieux payés aux Etats-Unis et au Canada qu'en Europe. Si le coût de la vie aux Etats-Unis et au Canada mème, pays qui exportent une partie considérable des denrées alimentaires consommées en Europe, est plus élevé que dans les pays importateurs, allez en demander le secret aux fai-
propagande, non seulcin:nt anticléricale, mais encore antireligieuse. » — « Que le socialisme allemand, écrit le P. Husslein, dans l’America, soit au moins aussi profondément ennemi de toute religion révélée qu'il l’est ailleurs, c’est évident par toute sa littérature. On y prétend, comme dans notre propre pays, que la religion cst une affaire privée, tandis que la presse socialiste continue sans interruption ses attaques contre elle et particulièrement contre l'Eglise de Jésus-Christ qu'elle injurie et calomnie avec une haine satanique. Nous savons de quelle école rationaliste sont tous ses chefs. Son premier objet est d'enlever aux parents le droit de faire instruire leurs enfants dans une école catholique. Rien n'est proclamé avec plus de force et d’insistance même dans le programme d'Erfurt. Or ceci ne signifie rien autre chose que l'abolition de la liberté religieuse. »
Telle semble être la nature des doctrines sociales propagées depuis quelques années aux Etats-Unis et au Canada par cerlains émigrés arrivés ici l'esprit nourri d'idées subversives et di haïine, à en juger par leurs déclarations agressives, leurs violences de langage, par la si inintelligente et si malencontreuse manifestation organisée à Montréal, par exemple, à l'occasion de l’exécution par le gouvernement espagnol de ce misérable fauteur d'émeutes et d’assassinats qui avait nom Ferrer, manifestation à laquelle, dit-on, peu de nos ouvriers ont pris part, je le crois facilement, mais des plus regrettables tout de même au point de vue du bon renom à l'étranger de notre grande métropole commerciale et de sa classe ouvrière. Le fait est que ces étrangers commencent à en user trop largement le 4er mai de chaqne année de ïa liberté qu'ils trouvent au pays en même temps que le travail. Ils devraient comprendre, s’ils avaient du
COURANTS DF DOCTRINXES 207
seurs de monopoles, de « lrusis », que tout ciloyen honnète, tout législateur Consciencieux, doit combattre,
M'adressant à tous mes compatriotes et en particulier à la jeunesse de mon Pays, je leur dirai avec un des hommes les plus éminents de nolre histoire, feu M. Étienne Parent : « Quel que soit Je sort que nous réserve l'avenir, sachons nous en rendre dignes, s’il doit être bon ; et s’il doit être Mauvais, faisons en sorte de ne pas l'avoir mérité. Te] est le devoir de chaque géné. ralion, de chaque individu. Et ce devoir nous le rem- ———
lact, que ces Parades socialistes répugnent à l'immense majorité de ceux qui leur donnent l'hospitalité. La question sociale ne se présente pas jei SOUS les mêmes aspects qu'elle offre an prolétariat de la vieille Europe. Rien ne peut justifier ici l’anta- “onisme que l'on cherche à établir entre le travail et Je capital, uand l'un et l'autre sont faits pour s'entendre, Ces ouvriers ‘trangers qui sont venus s'établir à Montréal ne devraient pas s'employer à prêcher des doctrines qui ne peuvent que froisser les sentiments de ceux avec qui ils sont admis en contact. Ces appels à l'Internationalisme, ce déploiement du drapeau rouge, ces Clameurs contre une Oppression qui n'existe pas chez nous, sont de nature ie le répète, à blesser profondément Je sens honnéic de notre Population ouvrière. Mais je n'ai pas l'intention de faire ici une thèse sur Je socialisme, considéré dans le sens Courant du mot. Qu'il me suffise de dire que l'idéal d’un socialiste anglais est tout autre que celui des Socialistes du continent. Cet idéal est exposé dans un livre que vient de publier M] Ramsay MacDonald, Je Secrétaire général du « Labour Party ». intitulé Socialism and Government (Independent Labour Party, 1909). M. MacDonald ne voit pas mé de changer £rand'chose à la forme du luel dans le cas où
Prenne fait et c
Mille n'aura rie
Saire pour assurer le respect de la femme ct l'éducation des enfants. I] Conviendra même de réprimer les abus du divorce (p. 149). La religion n'est l'objet d'aucune hostilité : au contraire,
plirons en entretenant dans nos cœurs le feu sacré d'une noble émulation, qui nous fera nous maintenir en tout el dans tous les temps au niveau des populations qui nous entourent, »
Ce devoir, puis-je ajouter, nous le remplirons encore d'autant mieux que nous saurons rester fidèles à la foi de nos ancêtres, et que nous saurons, comme eux, puiser la force dans la prière que nous ont appris à balbutier nos mères.
les Eglises, entretenues par des souscriptions volontaires, reste. ront des centres précieux de vie morale (p. 137). Les nationulités et les frontières historiques seront conservées. Ce serait une calamité d'une gravité indescriptible, si jamais les héritages nutionaux élaient submergés sous le flot d'une vie cosmopolite, sans caractère et sans originalité (p. 133). Voilà des conceptions jrolitico-religieuses discutables et l'on sent que l'auteur du Socialisin and Government est un homme sincère dans ses convictions. M. MacDonald cependant ne passe pas précisément pour un modéré parmi les membres du Labour Party ; mais il est loin, bien loin, de partager les idées des socialistes marxistes français «t autres idéologues, dont il flétrit les violences et raille les utopies
ste.
nuliune nüsans polisin OS, l0- Dien A :
uto-
(Janvier 1911)
(Traduit de l'anglais)
Nous lisons dans l’une des dernières livraisons de la National Review — périodique anglais très répandu et d'une grande autorité — un article tout à fait d’actualité, sous ce titre : Is the new woman helping woman — La nouvelle femme (la féministe moderne) aide-t-elle vérilablement la femme? Cet article est signé d’un nom féminin — Heatrix Tracy. Mais ce qui en constitue l'originalité et la valeur, c’est que l’auteur parle d’expérience et ne se permet d’autres conclusions que ceiles que les faits lui ont fournies. A ce point de vue, il éveille particulièrement l'attention, et nous voudrions en donner la traduction à nos lecteurs :
« Le mouvement du féminisme moderne date à peine d'un siècle. La présente génération se rappelle avoir entendu la femme réclamer pour la première fois la liberté et l'égalité des sexes, et le droit de prendre part aux travaux et aux luttes de l’homme. Elle a réussi, jusqu’à
un certain point, à obtenir ce qu'elle demandait, et D LG Ne 1. Juin 1910.
s’est affranchie de plusieurs des contraintes que lui imposait son sexe, et qu’elle attribuait, elle, à la jalousie et à l'injustice de l’homme.
« Aujourd’hui, après une très courte expérience, les Lienfaits résultant de l'abolition des distinctions entre les derx sexes ne semblent plus aussi réels qu’ils paraissaient devoir l'être. L'idéal de la femme émancipée, en se réalisant, a perdu beaucoup de son charme. La femme de nos jours remplit plusieurs fonctions autrefois réservées à l’homme. Elle est bravement sortie des retranchements du foyer. Elle est devenue médecin, avocat, marchaide, commis, agent, officier public. Dans plasieurs pays, mème, elle a conquis le droit de vote et, politiquement, est l’égale de l’homme. Mais tous comptes faits, qu'’a-t-elle gagné au change ?
« L'égalité des sexes 1, c’est là une idée qui est venue à plus d’une intellectuelle, à chaque génération, dans tous les pays du monde. Cette idée cependant n'avait guère rencontré d’assentiment chez les peuples de langue anglaise avant tout récemment, alors qu’un certain nombre de femmes d’une mentalité anormale se sont prises soudain à désirer un champ plus vaste pour y exercer leurs talents. Sur ces entrefaites survint une nouvelle
époque industrielle ?, et, plus que jamais, l’on vit les femmes se donner aux occupations rétribuées. Les filles
1. Il ne faut pas la confondre avec l'égalité morale des sexes, principe chrétien par excellence.
(Note du traducteur).
(Note du traducteur).
d'Eve rêvant d'émancipation évoluèrent. Un mouvement pour l’affranchissement du sexe fut résolu. Ses protagonistes élaient sans doute animées des meilleures intentions dans leur dessein d'améliorer le sort de la femme, mais elles réglèrent leurs principes selon les ambilions de leurs visées particulières, et conscientes de leur force elles revêtirent de brillantes couleurs tout l'ensemble de leurs aspirations.
« La nouvelle femme entreprit donc de créer un régime perfectionné pour ses sœurs, mais elle le façonna à la mesure de ses propres conceptions. Il fallait d’abord, pensait-elle, mettre à la charge de l’homme tous les griefs de la femme. 1] était égoïste, jaloux, despote et étroit d'esprit. C’est Pourquoi il prétendait garder son rôle de protecteur naturel et de refuge de la femme. Mais, là-dessus, notre émancipatrice ne tenta pas de le réformer, Au licu de chercher à rendre plus acceptable l'existence de la femme en la basant sur l’ancien ordre des choses, elle releva l’homme de ses responsabilités, sans amender ses méthodes. La féministe moderne exi- £ea l'indépendance Pour loutes les femmes, oubliant que sa propre et magnifique suffisance était exceptionnelle et ne représentait Pas le niveau ordinaire des personnes de son sexe. Elle considérait avec mépris une existence er. L'ancienne femme —- qui,
ut besoin qu’on lui apprît à mieux apprécier les avantages dont elle jouissait déjà
et à faire servir les sentiments chevaleresques de l’homme à la poursuite de l'idéal de sa vie — prêta l'oreille à ce langage nouveau, ne voyant plus de différence entre ses gentilles aptitudes et l'énergie plutôt virile de celle qui voulait lo conduire. Les brebis emboîlèrent le pas à
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la lionne : elles cherchent maintenant à se dégager du fourré dans lequel elles ont été entraînées.
« D'une manière générale, on peut dire que la civilisation date du jour où la femme fut tirée de l’esclavage’. Aux temps préhistoriques, les travaux manuels retombaient sur les femmes. Aujourd’hui encore, parmi les Sauvages, il est entendu que les femmes doivent, seules, non seulement se charger du soin des enfants, mais encore supporter le poids des ouvrages pénibles nécessités par les circonstances de la vie. On pourrait presque juger du progrès d’un peuple par le degré de considération qu'il porte,à la femme. Jusqu'à l’époque de l'apparition de la féministe moderne, la marche progressive de la civilisation a été en raison de l’allégement des fardeaux de la femme. Le mouvement de la nouvelle femme a été un mouvement de recul. Il porta la femme, dont le rôle est de s'occuper surtout des générations à venir, à entreprendre la lutte pour sa propre existence. On a parlé beaucoup de la dignité de la femme. Sous prétexte que sa position devait être améliorée, on devait, disait-on, lui rendre accessibles tous les emplois. Mais voilà que, après une courte expérience, des doutes s’élèvent ? La dignité de la femme a-t-elle gagné ou perdu à cette concurrence générale avec l’homme ? Doit-elle se féliciter, au point de vue de son bien-être, de cet agrandissement de sa sphère d’action qui lui permet d’attein-
1. Ce fut l'œuvre du Christianisme. Au lieu d'être un objet, une chose, comme elle était aux temps du Paganisme, la femme, dans le Christianisme, est une Personne humaine, une créature morale autonome. Pour le Christ, dit saint Paul, il n'y a ni Juif, ni Gentil, ni Grec, ni Barbare, ni femme, ni homme, nous sommes tous un en lui.
(Note du traducteur).
EE, et CN dr GS Se ns, DL
dre à l’indépendance économique ? En industrie, en édu-
cation, en politique, le mouvement de la nouvelle femme
a-t-il été avantageux à la femme ?
« J'ai voulu me renseigner ! personnellement sur ces points par une étude directe des faits. En Australie, en 1909, je commençai mon enquête en travaillant une partie de l’année comme ouvrière, Je connus ainsi par expérience tou les emplois ouverts aux femmes. Entre autre, occupations, je servis comme domestique, comme employée de manufacture, comme fille de table dans un café et comme commis dans un magasin. La vie industrielle en Australie est plus facile qu’en Europe, tant pour les hommes que pour les femmes ; aussi, je pus poursuivre mon enquête dans des circonstances favorables. Je travaillai et vécus ainsi parmi des femmes qui jouissent du privilège inestimable — ou plutôt qui le subissent ! — d’être l'égale de l’homme. Avec elles et comme elles, je dus faire face à toutes les difficultés que l’homme obligé de 8agner Sa vie doit surmonter, et cela dans la position désavantageuse créée à la femme par ses incapacités mentales et physiques. J’ai donc vu pleinement ce qu'était cette indépendance absolue des barrières qu’imposent à la femme la différence des sexes et la domination de l’homme, cette indépendance tant désirée par les plus intellectuelles et les mieux pourvues de mes sœurs.
« En Australie, les femmes employées dans les industries ont droit de vote, bien que la plupart s’épuisent trop dans la lutte qui leur permet de gagner le pain de chaque jour pour prendre un véritable intérêt aux ques-