Revue des Deux-Mondes, 13 octobre 4910, p
a arcs de. OU), à OO UE ADR, A
sans attenter à la liberté des personnes et sans confis quer leurs propriétés.
Naturellement, l'expulsion des moines n’était qu’un article du programme des nouveaux terroristes. Il fallait éloigner les populations de la religion du Christ, humilier et asservir l'Eglise, effacer dans les familles, dans les écoles, dans les lois, dans les institutions, tout vestige de religion ’. Il fallait dépouiller l'Eglise. Aussi les révolutionnaires portugais, sans tarder, ont-ils décrété, de leur autorité privée, la séparation de l'Eglise et de l'Etat ?, supprimé l'ambassade portugaise au Vatican, introduit la loi du divorce, l’agent le plus dissolvant de la vie morale de l'individu et de la stabilité de la
4. TN suffirait, pour démontrer l'intervention des loges, de signaler les premiers actes du nouveau régime. Au nom de la liberté, on massacre des prêtres, dont un lazariste français, le P. Frague, coupable seulement d’avoir été le conseiller spirituel de la famille royale. Au nom de la liberté, on expulse les moines. Au nom de la liberté, on violente les religieuses. Il n'y a qu'une voix dans la presse pour signaler l'allure nettement anticléricale de la république portugaise. La séparation de l'Eglise et de l'Etat, la suppression de toutes les congrégations, l’enseignement laïque, le divorce : voilà les points essentiels du programme des hommes du jour. Ceux-ci sont, d’ailleurs, tous des maçons notoires. La secte a depuis longtemps jeté des racines profondes en Portugal, où elle compte, à l'heure actuelle, environ 270 loges. — Le Correspondant, % oct. 1910.
2. Au sujet de la loi projetée de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, une dépêche de source maçonnique, et que reproduisaient imperturbablement quelques journaux catholiques canadiens, se lisait comme suit : « Les cléricaux accusent le gouvernement de tenter de détruire au Portugal les coutumes religieuses. Le ministre de la justice a nié, prétendant que la nouvelle loi à seulement pour but d'assurer la liberté de conscience et de donner aux prêtres le droit de se marier, s'ils le désirent... » Cela se passe de commentaires !
société !. Mais l'Eglise tient à l’indissolubilité du mariage. Il n’en faut pas plus aux Naquet de tous les pays. Périsse la patrie plutôt qu’un seul de leurs principes ! Comme complément, on annonce une loi établissant la crémation des cadavres, une autre sécularisant les cimetières, une autre abolissant le serment religieux, et enfin une dernière pour la sécularisation des écoles. En d'autres termes, le Portugal, sous les sectaires qui le Bouvernent, sera le second pays chrétien qui se rendra coupable du crime abominable et cruel, qui consiste à élever les générations en dehors de la morale chrétienne, à effacer dans !’âme des enfants l’image du Christ, de son Evangile et de son Eglise.
On a dit que l’école laissait à désirer, que le système d'enseignement était défectueux, que la moitié, sinon plus, de la population était illettrée, qu’enfin il fallait des réformes. Cela peut être, et je le crois sans peine, lorsque je vois l'anarchie administrative dans laquelle est plongé, depuis de longues années, ce malheureux pays. Il semble d’ailleurs que la facilité avec laquelle on a fait avaler aux masses populaires, en plein XX° siècle, les prétendus souterrains, les forteresses imaginaires, les cachettes d’armes et de trésors, etc., l’établit malheureusement beaucoup trop. Tout cela était caché, disait-on, sous les monastères et les couvents, et le peuple l’a cru !
D'autre part, sans parler des gloires littéraires d’un passé lointain, il existe actuellement ur» littérature portugaise, qui vit de sa propre vie, et qui compte des écri-
vains dont les œuvres accusent une très haute culture. Le
1. « Loi meurtrière de la vie familiale et de la vie religieuse — loi d’anarchie et de désordre ». Paul Bourget, Le Divorce.
Si donc il y a encore au Portugal trop d'illettrés, que le nouveau gouvernement assure à tous les citoyens les bienfaits de l'instruction, personne ne s’y opposera. L'instruction est bonne en elle-même. Sans doute, les statistiques le démontrent, la moralité d’un peuple n’est pas en proportion du degré de son instruction. Sans doute, ce n’est pas chez les peuples les moins cultivés qu'il se commet le plus de crimes et d’injustices, et l’on trouve souvent beaucoup plus d’honnêteté et de bonne foi parmi les ignorants que parmi les gens instruits. Mais je reste quand même partisan décidé de la plus haute culture intellectuelle possible, dans ce siècle surtout où la lutte est si ardente pour l'avancement et le progrès. L'augmentation de la criminalité chez les peuples les plus policés ne doit pas être imputée à l’instruction elle-même, mais à la manière dont on la dispense. La culture de l'esprit, si elle ne repose pas sur de fortes convictions morales, est impuissante à réprimer les passions, et à fortifier dans le bien. « Les prétendus Bouvernements républicains — écrit M. Flammarion, le célèbre astronome — font fausse route en supprimant systématiquement l’idée de Dieu dans leurs manuels d'éducation. Il serait difficile d'être plus sot que nos modernes professeurs d’athéisme… Il n’y a pas d’éducation possible sans conscience, et il n’y a pas de conscience sans un idéal divin. On a semé la graine du matérialisme depuis vingt ans surtout, et l’on récolte aujourd'hui une moisson d’apaches et d’anarchistes ».
De plus, le monopole de l’enseignement par l'Etat n'est pas un moyen infaillible de répandre complètement l'instruction. On l'expérimentera au Portugal comme ailleurs. En France, l'échec, sous ce rapport, a été si
complet, que les plus chauds partisans du régime ac. tuel, Cécouragés par le résultat obtenu, sont forcés d'avouer que « l’école est déserte, que la République est en train de se préparer des générations d'illettrés ». Le Portugal ne peut donc qu’accentuer sa décadence en se donnant à l’enseignement laïque, soi-disant neutre en fait de religion. Il y perdra sa grandeur morale, et, au lieu des héroïques et fiers patriotes qui ont fait grand jadis ce petit pays, on ne verra bientôt plus chez lui que des politiciens avides d’honneurs et de richesses mais ignorants de l’âme nationale. Les théoriciens de la révolution ont en général la vue courte. Ils manquent de sens politique et font des gouvernants maladroits. Issus des loges maçonniques, ils sont tenus de faire triompher les principes des loges, et, nous le savons, ces principes sont contraires aux principes chrétiens. Bien qu'ils soient souvent exprimés en termes séduisants, leur application mène au déchaînement des passions, au pur naturalisme, au règne de la bête. Si jamais — ce qu'à Dieu ne plaise ! — l'idéal du Grand-Orient devait prévaloir dans le gouvernement du monde, c’en serait fait de la dignité et de la liberté humaines, comme aussi des vertus qui élèvent et honorent les hommes. Bénissons la Providence, nous, Canadiens français, de la destinée qu’elle nous assigne. La liberté a émigré avec les Anglais dans toutes les colonies qu'ils ont fondées, et le Canada en a largement et heureusement bénéficié. La déclaration que faisait récemment à ce propos Mgr l'archevêque de Montréal est aussi juste que patriotique : « Nous avons nos troubles et nos combats — di. sait Sa Grandeur — nous aussi, mais nous sommes absolument libres, et nous prions le Tout-Puissant de pou-
voir encare vivre longtemps à l'abri des plis glorieux du drapeau britannique ». « Prions — ajoutait Monseigneur — pour les persécutés des autres pays, car sûrement nous sommes p:ivilégiés ici au Canada, et nous possédons plus de libertés qu'aucun autre peuple ».
La terre canadienne ne semble pas propre du reste à l'éclosion de l’athéisme. On ne rencontre guère parmi nous d'esprits sceptiques. Et c’est fort heureux. Nous avons moins à craindre ainsi le crétinisme intellectuel et la déchéance morale ; car les plus grands savants, les patriotes les plus intègres et les bienfaiteurs les plus insignes de l’humanité ont toujours été des hommes croyants et religieux. C’est pourquoi aussi l’on ne voit pas au Canada, pas plus d’ailleurs qu’en Angleterre et aux Etats-Unis ?, le gouvernement consacrer de grands efforts « à priver le peuple de toute foi religieuse, et par là même de toute règle morale, au risque d'être réduit plus tard, en face des passions par lui déchaînées, à redoubler peut-être en vain les contraintes matérielles de la répression » ?.
De fait, nous nous sommes bien trouvés jusqu'ici d'être restés étrangers à toutes ces conceptions abêtissantes du matérialisme, du socialisme, de l’anticléricalisme %, et autres « ismes » si en faveur auprès des gouvernements de nos jours sur l’ancien continent. Nous
1. « Dans cet heureux pays qui est le nôtre, liberté et religion sont des alliés naturels et marchent en avant la main dans la main. » — Théodore Roosevelt, président des Etats-Unis, à Mgr Ireland, à l’occasion de la pose de la première pierre de la cathé:drale de Saint-Paul, le 2 juin 1907.