‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 33 sur 49 · L'abbé Klein, L'Amérique de Demain · texte numérisé non relu

L'abbé Klein, L'Amérique de Demain

3. J'engage ceux de mes compatriotes qui désireraient être complètement renseignés sur le sujet, à lire L'Anticléricalisme,

234 QUESTIONS D'HIFR ET D'AUJOURD'AUI

voulons faire du Canada un pays prospère et glorieux. Nous avons devant nous un avenir :hargé de promesses. Avant qu’un demi-siècle ne se soit écoulé, nous étonnerons le monde par notre progrès et le prodigieux accroissement de notre population, Ne nous écartons pas, dans l’œuvre de notre formation nationale, des principes qui nous ont toujours guidés.

Premiers possesseurs du sol, et ses meilleurs défenseurs en deux circonstances mémorables (1775 et 1812), nous entendons contribuer largement à la grandeur de notre patrie. Mais pour y réussir, nous sommes résolus à garder intact l'héritage de foi religieuse et de vertus morales que nous ont légué nos pères. Il faut nous défendre contre les idées subversives du vieux monde, contre celles en particulier dont la France surtout semble souffrir. Il n’y a aucun rapport entre notre mentalité et la mentalité actuelle d’un grand nombre de Français. Il faut rester ce que nous sommes, ce qu'ont été nos ancêtres : des croyants pratiques, loyaux au Christ et à son Eglise.

Il y a à peine quelques semaines, quelqu'un qui nous veut du bien, après avoir démontré qu'une nation ne devient grande que par l'honnêteté, par les vertus morales et surtout par la profondeur de l'esprit religieux, sauvegarde de la conscience morale et de toutes les institutions solides, ajoutait :

« Si le peuple canadien-français veut durer, résister

vigoureusement aux vices qui s’attaquent à tout ce a RS

par M. Emile Faguet, 1 vol., Paris. C’est un livre que l'on a qualifié « d’acte de courage, de patriotisme et de raison ». L’auteur a écrit fermement convaincu que « l’anticléricalisme a fait un mal énorme à la France, et qu'il continuera à lui en faire un qui est difficilement calculable. »

A PROPOS DES ÉVÉNEMENTS pt PORTUGAL 35

qui est fort, il faut qu'il garde les vertus qui consacrent la pudeur de l'adolescence, la virilité du jeune homme, la fécondité des familles, la gravité des mères, la vénérabilité des vieillards »,

Trop heureux, le Portugal, si, au lendemain des évé. nements qui nous ont inspiré ces réflexions, il pouvait se ressaisir et mieux orienter ses destinées — que ce soit sous la République ou sous la monarchie, peu importe ! — dans le sens de ses plus pures traditions chré. tiennes. Dans ious les Cas, comme la France et comme l'Espagne, il donne au monde une leçon de choses qui doit inspirer aux penseurs des réflexions sérieuses 1.

1. Cette leçon de choses, le Bouvernement du Portugal contiue à nous la donner, à savoir, que le maçonnisme y produit ce

Russie que dans la République portugaise... Le &ouvernement

vir ses desseins ou Sagner à la République le respect du monde civilisé, »

Aussi, en septembre 1911, Le Temps, de Paris, avertissait lo £ouvernement du Portugal, que s’il voulait assurer la sécurité

du régime, d’avoir à « £arantir son autonomie matérielle et mo-

rale contre les menées des carbonari qui, jusqu'ici, avaient exercé sur la marche des affaires une néfaste influence. La coexistence d’un gouvernement légal et d'un gouvernement occulte est inconciliable, avec le rétablissement de l'ordre et de la prospérité. »

Au mois d'octobre 1912, les cardinaux américains ayant adres sé aux évêques portugais une lettre de sympathie dans les épreuves douloureuses qu'ils subissaient, ils reçurent une réponse d'où nous extrayons ce qui suit :

« Bon nombre d'églises ont été détruites, spoliécs, profanées tous les palais épiscopaux sont confisqués et aussi un grand nom bre de presbytères ; en outre, les curés en grand nombre sont ‘xpulsés, exilés, d'autres se trouvent en prison pour être tra duits prochainement devant les tribunaux militaires ; le clerc: spécialement des grandes villes est persécuté, exposé aux op vrobres et parfois insulté et frappé. La majeure partie des séminaires sont fermés et supprimés, ceux qui subsistent encore sont réduits à la plus cruelle pénurie et bientôt ils seront vides, car l'avenir est obscur pour ceux qui veulent entrer dans la carrière ecclésiastique et d'autre part les séminaristes sont soumis à l'obligation du service militaire. Aussi les paroisses sont-elles dépourvues de prêtres et beaucoup de fidèles se trouvent sans secours spirituels. Les confréries sous séquestre ne peuvent plus remplir les obligations pieuses, le port de la soutane est prohibé, l'enseignement du catéchisme est considéré comme un délit et les membres du clergé ont à lutter avec les plus graves difficultés pour se procurer de quoi vivre. Quelques prêtres sont même dans la plus profonde indigence et souffrent de la faim. »

Au cours du mois de janvier 1913, La Gazette de Francfort, dans un article sur la situation du Portugal, écrivait : « Les erises ministérielles sont pour le Portugal un mal chronique. Rien d'étonnant, aucun des cabinets qui se sont partagé le pouvoir n'ayant l'autorité nécessaire au rétablissement de l'ordre et de la paix. On n’exagère point en disant que le Portugal se trouve actuellement dans une situation voisine de l'anarchie. La quinzaine qui vient de s’écouler en a apporté des preuves nouvelles. »

Suit une énumération de désordres, d’attentats criminels contre les personnes et d’acquittements scandaleux. « On eût compris. à la rigueur, dit la célèbre Gazette, que des faits semblables se fussent produits sous le gouvernement provisoire, mais nous voici à la troisième année d'existence régulière d’une République dont les représentants à l'étranger assurent presque tous les jours que la « situation est normale ». Normale, une situation qui, au point

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de vue financier, est celle qu'a révélée le récent rapport du ministre des finances ! Normale, une situation qui, au cours des douze derniers mois, à contraint 90.000 Portugais à s'exputrier !... »

Enfin, le 12 avril 1913, la duchesse de Bedford, Lady Adeline publiait dans le Times une lettre qui nous montre que la persécution au Portugal y bat toujours son plein. Il s'agit d'une visite qu'elle a faite aux prisonniers politiques de Lisbonne, et à lire les détails qu'elle donne sur les souffrances et les traitements barbares que l'on inflige à ces malheureux, on ne se croirait certainement pas en pays civilisé. Cette lettre, trop longue pour être citée ici en entier, a été reproduite dans Le Devoir du 30 avril 1913, où les lecteurs curieux de savoir exactement tout ce qu'elle rapporte, peuvent la lire. Les extraits suivants que j'en donne suffisent pour dépeindre la situation et faire voir le prétendu esprit de justice et de tolérance dont, au dire de certains, seraient animés les maitres actuels de ce pays.

« Le système d'espionnage pratiqué d’un bout à l’autre du Portugal s'étend comme un filet dans les mailles duquel nombre de personnes sans méfiance sont prises sans s’en douter. Une parole dite au hasard chez un coiffeur suffit à faire arrêter un médecin bien connu et jouissant de la considération publique ; pour s'être vanté d'avoir servi sous trois Rois, un sergent de police a été condamné à perpétuité : un prêtre âgé et impotent a été arraché, ainsi que son sacristain, de son pauvre presbytère sans l'ombre d’une accusation : un comte ayant offert à ses invités, à un diner, de petits drapeaux monarchistes destinés à orner les boutonnières, a été arrêté pour cette légère imprudence, et bien que huit mois se soient écoulés depuis, il n’a pas encore été jugé. Plusieurs prisonniers attendent des juges depuis deux ans ; un petit nombre ont été condamnés à six ou sept ans à la « Pénitenciaria » (prison centrale pour forçats) ; ils seront ensuite déportés aux colonies pénitentiaires pour le reste de leur vie. Ces derniers n'ont cependant Pas encore été écroués à la redoutable prison, celle-ci étant déjà comble. Entassés tous ensemble dans des pièces exiguës et des corridors étroits, on lit sur leur figure une inexprimable angoisse qu'on ne peut jamais oublier une fois qu'on l’a vue. Sans exercice aucun, sans occupation d'aucune sorte, les heures sans fin passent avec lenteur. Ne pouvant compter que de temps en temps sur leurs amis pour un livre ou un journal, ils n’ont que peu de chose pour distraire leurs pensées de l'injustice inhumaine du traitement qui leur est infligé. Tandis que je traversais la cour en m'en allant, des douzaines de visages sombres et tristes se pressaient contre les barreaux ;

c'est avec un serrement de cœur que je compris que ma visite leur avait apporté au passage un rayon d'espoir.

« Même les consolations de la religion sont refusées aux prisonniers. Il est de notoriété que la République a aboli tout signe de foi chrétienne dans ses institutions, et en conséquence la chapelle a été dépouillée et fermée. Le peuple du Portugal est incontestablement opposé à ces mesures violentes en ce qui concerne l'Eglise et l'Etat ; il en est ainsi notamment pour une partie considérable de républicains modérés. Des extrémistes qui, par comparaison, ne sont qu’une poignée, entourent le premier ministre actuel et lui dictent la politique de terrorisme qui paralyse le pays entier.

« Mais certainement la voix de l'Angleterre, se faisant entendre par l'organe de sa presse toute-puissante, s’élèvera au nom de la justice et de l'humanité. Est-ce que notre ancienne et honorable alliance avec le Portugal va servir d'égide à une société secrète d'hommes qui traitent avec un souverain mépris les principes qui gouvernent toutes les nations civilisées ? »

Enfin, M. Francis McCullagh, le correspondant ordinaire des grands journaux anglais et américains, et particulièrement au fait de la question portugaise pour être allé l’étudier sur les lieux, constate l’état critique où se trouve le pays, malgré les démentis effrontés de ses Sgouvernants, « le mensonge, dit-il, étant devenu une habitude dans la bouche des ministres de la République. »

« En face de n'importe quelle accusation qu'on lui a faite, la politique des gouvernants a été jusqu'ici toujours la même ct d'une simplicité incroyable : prononcer aussitôt un mensonge aussi grand que la cathédrale de Saint-Paul à Londres. Laissant leurs adversaires abasourdis de tant d’audace et d’impudence. ils changent aussitôt de sujet et donnent le change... Si vous critiquez leur manière d'agir contre l'Eglise, ils vous répondront qu'ils ne font que satisfaire les désirs de 90 pour 100 des évéques et du clergé. Les accuse-t-on au contraire de maltraiter les prisonniers, ils vous diront aussitôt que ces accusations ont presque causé un soulèvement d'indignation parmi ces condamnés gros et dodus de la Penitenciaria. »

Le Portugal, ajoute-t-il, souffre de la crise religieuse, de la crise politique et de la crise économique, à tel point qu'une catastrophe prochaine est inévitable.

(L'article de M. McCullagh, publié dans les journaux anglais du mois de septembre 1913, a été reproduit dans Le Devoir, de Montréal, du # octobre suivant.)

« Le Dieu éternel, le Dieu immense, sachant tout, Pouvant tout, a passé devant moi. J'ai suivi çà et là ses traces parmi les choses de la création ; et dans toutes ses œuvres, même dans les plus petites, les plus imperceptibles, quelle force ! quelle sagesse ! quelle indéfinissable perfection ! »

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