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LINNÉE

Que nous sommes déjà loin du temps où le darwinisme se donnait des airs de triomphe. Vingt ans après la publication de l'Origine des espèces par voie de sélection naturelle, en 1859, les théories du célèbre naturaliste anglais paraissaient entrées dans le domaine des vérités scientifiques. Ce fut, pour le système, son époque de gloire, qui dura quelque dix ans, règne bien éphémère pour une découverte appelée, croyait-on, à révolutionner l’histoire naturelle et les principes de la science de la vie. A la fin du siècle, le darwinisme avait tellement perdu de son Prestige qu’il devenait évident que ses jours étaient comptés. Aujourd'hui, ils semblent finis, bien finis. L'hypothèse darwiniste n'a plus pour la défendre que quelques rares adeptes, deux

ou trois arriérés, dont le plus bruyant est Haeckel, vieil entèté allemand, qui nierait plutôt l'existence du soleil que

d'admettre la fau

sseté de plus en plus démontrée de ses

idées sur le transformisme. « C’est la voix qui crie dans 1: désert », suivant l'expression de sir Oliver Lodge.

En effet, une étude plus approfondie des règnes de la nature a fait voir la fragilité de la base sur laquelle repose l’œuvre entière de Darwin. Pasteur, en réduisant à néant la légende de la génération spontanée, a porté à la doctrine évolutioniste un coup dont elle ne s’est pas relevée. Non pas que la génératinn spontanée fût pour Darwin un facteur indispensable dans l'élaboration de son système. L’illustre savant anglais, déiste, de bonne foi scientifique, ne pouvant se l’expliquer, était bien disposé à attribuer à l'intervention divine l'apparition de la vie sur la terre. Mais, pour plusieurs de ses disciples moins honnêtes, décidés à se passer du miracle dans l’œuvre de la création, la génération spontanée, sans l'intervention divine, devenait d’une nécessité absolue. C'était, pour eux, le seul moyen de se tirer d’une situation embarrassante.

Les soixante années d’études entomologiques de M. J.- H. Fabre ! ne sont pas assurément de nature à faire revi-

1. Fabre (J.-Henri), né à Saint-Léons (Aveyron) en 1823, a consacré soixante années de sa vie à observer les insectes, à étudier leurs mœurs, à surprendre, si l’on ose dire, leurs secrets. Voici la liste de ses principaux ouvrages : la Science élémentaire, lectures courantes (1862-1865) ; Histoire de la bâche, récits sur la vie des plantes (1866) ; Notions préliminaires de physique (1867- 1870) ; le Livre d'histoires, récits scientifiques de l'oncle Paul à ses neveux (1868) ; les Ravageurs, récits de l'oncle Paul sur les insectes nuisibles (1870) ; Astronomie élémentaire (1872) ; les Auxiliaires, récits sur les animaux utiles (1873) ; Lectures scientifiques : Zoologie (1873) ; Botannique (1874) ; les Serviteurs, récits sur les animaux domestiques (1875) ; la Plante (1875) ; l’'Industrie (1875) ; Cours complet d'enseignement littéraire et scientifique (1876) ; Souvenirs entomologiques (1879-1899). Ses descriptions, outre leur grande valeur scientifique, ont un

vre les hypothèses darwinistes. M. Fabre a résumé en dix volumes (Souvenirs Entomologiques), véritable monument scientifique, ses nombreuses et patientes recherches, et les conclusions qui en découlent vont toutes à l'encontre des principes exposés dans le retentissant ouvrage de Darwin sur l’origine des espèces. Bien que M. Fabre n'ait étudié qu'un recoin très modeste de l'histoire naturelle, bien que ses souvenirs ne renferment point en la matière de corps de doctrines, qu'on y trouve que des études éparses sur les mœurs d'insectes, les faits qu'il a recueillis, les expériences qu'il a notées, lui font rejeter toutes les causes que le darwinisme invoque pour expliquer la formation des espèces. « Les faits tels que je les obse ‘ve, dit-il, m’éloignent des théories de Darwin ». Le petit monde qu'il a pendant si longtemps et si patiemment étudié ne lui a Pas apporté la moindre preuve que les conditions du climat, du milieu et du régime puissent influer sur la formation de l'espèce. Sous ce rapport, ces influences, dont les transformistes font si grand cas, sont de nul effet. « Elles sont commodes, dit M. Fabre, pour faire varier l'animal au gré de nos théories ; Mais rien de plus vain que cette explication démentie par les faits ». Que ces influences produisent des variations sur la taille, le pelage, la coloration, accessoires extérieurs de l'animal, donnant ainsi naissance à des races nouvelles, il le reconnait volontiers, comme tous les naturalistes d’ailleurs. Ces va-

frand mérite littéraire. Ecrites e

n une langue simple, colorée, exempte de termes barbares, elles sont d'une lecture facile et

attachante, elles intéressent, émeuvent, enchantent comme un poème. Aussi Victor Hugo appelait M. Fabre l’ « Homère des insectes », tant il goûtait la lecture de ses livres.

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