‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 35 sur 49 · Î A OV · texte numérisé non relu

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riations ne changent point la nature des organes, soumis à des règles que rien ne fait fléchir. Jamais la charpente de la bête n’est modifiée par les conditions changeantes de la vie, qui n’atteignent tout au plus que la surface des êtres. De même si « le vert-de-gris des siècles altère les médailles en les recouvrant d’une pntine, il ne peut rien substituer à la légende première ». Ce n’est donc pas le milieu qui fait l'animal, c’est l’animal qui est fait pour le milieu, et il le prouve par plusieurs exemples !.

La théorie évolutionniste veut que l'usage et le nonusage, la fonction, soit une cause de transformation de l'organe et de l'espèce. M. Fabre n'a rien vu qui puisse justifier cette assertion. Contrairement à un si grend nombre de transformistes, lesquels, visant souvent un autre but que celui de la science, argumentent avant de s'assurer du fait, M. Fabre ne s’en tient qu’à la réalité

1. Je citerai celui du Problème des Scolies, insectes Hyménoptères ressemblant aux Guépes.

« Sous un autre aspect, dit-il, le darwinisme a des démélés avec les Scolies et leur proie. Dans le tas de terreau que j'exploite pour écrire cette histoire, vivent ensemble trois genres de larves appartenant au groupe des Scarabéiens : la Cétoine, l’Oryc-

- te, le Scarabée pentodon. Leur structure interne est à peu près

pareille, leur nourriture est la même et consiste en matières végétales décomposées ; leurs mœurs sont identiques : vie souterraine dans les galeries de mine fréquemment renouvelées, grossier cocon ovoïde en matériaux terreux. Milieu, régime, industrie, structure interne, tout est semblable, et cependant l’une des trois larves, celle de la Cétoine, fait avec ses commensales une disparate des plus singulières : seule parmi les Scarabéiens, mieux que cela, seule dans l'immense série des insectes, elle progresse sur le dos.

« Si les différences ne portaient que sur quelques maigres détails de structure, minutieux domaine du classificateur, sans hésiter on passerait outre ; mais un animal qui se renverse pour marcher le ventre en l'air et n’adopte jamais d'autre manière

des choses. « Voyez d'abord, vous argumenterez après ». C'est ainsi qu'il a vu que l'organe ne dépend pas de la fonction, ni la fonction de l'organe.

Il en est de même

S est « à l'effigie d’un

prototype immuable ». Les modifications qui peuvent

de locomotion, Quoique ayant des pattes rite certainement un examen. Comm sa bizarre méthode ambulatoire » p marcher à rebours des autr

, de bonnes pattes, 16.

ent la bête at-elle acquis

Ourquoi s’est-elle avisée de ?

» Se renforce, se sillonne is, se hérisse de &rappins ou de cils ; et, graduelle-

ment, par adaptation à son milieu, la bête arrive à perdre la

survenir sont de surface. L’animalité entière, y compris l’homme, ne provient pas d’un être unique, d’où seraient issus tous les êtres vivants dont on connaît l'existence. « Le transformiste, dit encore M. Fabre, affirme dans le passé; il affirme dans l’avenir: mais le moins possible, il nous parle du présent. Des trois termes de la dur’+, un seul lui échappe, celui-là seul qui est affranchi des fantaisies de l'hypothèse ». Ce serait par trop compromettant pour la théorie de parler du présent, d'explorer le domaine des faits actuels, de voir, en un mot, la nature telle qu’elle est.

La leciure attentive des dix volumes de Souvenirs du savant entomologiste laissent l'esprit dans la conviction que les idées transformistes ne sont que le résultat d’une théorie arbitraire, nuisible au progrès de la science.

Du reste, si M. Fabre ne croit pas à la transformation des espèces, il admet volontiers que celles-ci ont apparu

quoi les larves de l'Orycte et du Scarabée dans l'humus, pourquoi la larve de l’Anoxie dans le sable, pourquoi la lave du Hanneton dans la terre de nos cultures n’ont-elles pas acquis, elles aussi, l'aptitude à marcher sur le dos ? Dans leurs galeries elles suivent la méthode des ramoneurs, tout aussi bien que le fait la larve de Cétoine ; pour progresser, elles s’aident rudement de l'échine, sans être encore parvenues à cheminer le ventre en l'air. Auraient-elles négligé de s’accommoder aux exigences du milieu ? Si l’évolution et le milieu sont cause de la marche renversée de l’une, j'ai le droit, à moins de me payer de mots, d’en exiger autant des autres, lorsque leur organisation est si voisine et le genre de vie identique.

« Je tiens en médiocre estime des théories qui, de deux cas similaires, ne peuvent interpréter l’un sans être en contradiction avec l’autre.

« Elles me font sourire quand elles tournent à la puérilité. Exemple : pourquoi le tigre a-t-il le pelage fauve avec des raies noires ? Affaire de milieu, répond un maître en transformisme. Embusqué dans les forêts de bambous, où l’illumination dorée du soleil est découpée par les bandes d'ombre du feuillage, l’ani-

dans le temps à des époques différentes. Quant à leur origine, il faut la chercher, ajoute-t-il, dans l'Intelligence qui régit le monde. « Plus je vois, plus j'observe, et plus cette intelligence rayonne derrière le mystère des choses ».

L'étude des mœurs et des instincts de la bête livrée À son œuvre a encore fait voir à M. Fabre autre chose que la condamnation du darwinisme. L'insecte, géomètre et architecte, travaille merveilleusement, mais il est ignorant de sa science. Ses actes, tout instinctifs, sont fatalement liés l’un à l’autre. Qu’une difficulté insignifiante, qu'un léger accident change les conditions normales dans lesquelles il agit, le voilà impuissant, incapable d'’acquérir le moindre perfectionnement par l'expérience. Ses moyens d'action sont toujours les mêmes: il n'innove

jamais. L'instinct, chez lui, est inné, impulsif, invaria-

ble, inconscient, borné. Ses actes sont d’une fixité ab-

mal, pour mieux se dissimuler, a pris la teinte de son milieu. Les rayons du soleil ont donné le fauve du pelage ; les bandes d'ombre en ont donné les traits noirs.

« Et voilà. Qui n’admettra pas l'explication sera bien difficile. Si c'était là causerie de table après boire, entre la poire et le fromage, volontiers je ferais chorus : mais, hélas |! trois fois hélas ! cela se débite sans rire, magistralement, solennellement, comme le dernier mot de la science. Toussenel, en son temps, proposait aux naturalistes une insidieuse question. Pourquoi, leur disait-il, les canards ont-ils une petite plume frisée sur le croupion ? Nul que je sache ne répondit au malin questionneur, le transformisme n'étant pas encore là...

« Assez d’enfantillages. La larve de Cétoine marche sur le dos parce qu’elle a toujours marché ainsi. Le milieu ne fait pas l'animal ; c'est l’animal qui est fait pour le milieu. A cette philosophie naïve tout à fait vieux jeu, j'en adjoins une autre que Socrate formulait ainsi : « Ce que je sais le mieux, c’est que je ne sais rien. » Ù

solue. L'insecte ne discerne « que dans le cycle de son art », et là se borne toute la part d'intelligence que M. Fabre lui concède, tandis qu'il lui nie la raison. En un

mot, il existe un abîme infranchissable entre l'instinct de la bête et l'esprit humoin 1.

1. M. Fabre a maintenant son Monument dans la cour d’honneur de l'Ecole normale d'Avignon, dont il a été un des éièves les plus illustres. L'inauguration de ce monument a éte faite au mois d'août dernier (1913 » et a donné lieu à des grandes réjouissances.

« La vie d'Henri Fabre, écrit à ce sujet M. André Mévil dans L'Illustration, si noblement remplie, s'achève ans le silence et la solitude que viennent uniquement troubler les hommages tar. difs de la plus douce gloire. Seul parfois

jours de l’illustre savant.

» Je ne connais Pas, parmi nos contemporains, une figure plus

belle et plus Pure que la sienne. Elle mérite d'être vénérée autant qu’rdmirée. »

Ceux qui ont eu la bonne fortune d'assister à la mémorable soirée tenue le 6 mai 1912 à l'Université Laval, n'en perdront assurément jamais le souvenir. À ce moment se trouvait réuni dans la salle des promotions du vaste édifice un groupe nombreux et représentatif de l’ancienne mère-patrie comme notre pays n’en avait jamais vu depuis qu'il appartient à l'Angleterre. Une foule, émue et vibrante, remplissait la salle. N’aurionsnous eu que les trois académiciens : que nous voyions, ce soir-là, devant nous, en habit officiel, et qui firent entendre à nos oreilles charmées et d’une façon si harmonieuse le doux parler de France, que notre plaisir et notre admiration auraient encore été grands. De leur côté, les distingués visiteurs semblaient heureux de notre accueil si spontané et si sympathique. On aurait dit une fête de famille, toute de bonheur, où les enfants, après une longue absence, retrouvaient des parents aimés et depuis longtemps attendus.

Inutile d'ajouter que c’est de la délégation chargée de représenter la France aux fêtes de Champlain, aux Etats- Unis, que je veux parler ici. Amenés sur les frontières de notre pays dans l’accomplissement de leur mission, les délégués n’eurent qu’à obéir à l'appel du cœur pour se

rendre au milieu de nous et s’assurer de ce qu'étaient en NE ERERES

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