‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 38 sur 49 · Numéro du 15 janvier · texte numérisé non relu

Numéro du 15 janvier

ce, malgré son incompétence en la matière, d’une manière absolue. Mais cette mainmise sur l’école n'est qu'un filet de cet immense réseau administratif qui enserre le pays, de cette centralisation formidable qui gène, paralyse l’action individuelle. Aujourd'hui, l'Etat, par la réunion de tous les Pouvoirs, absorbe et dirige tout. Le département, la commune, sont tenus en tutelle, aussi bien que l'individu. Il intervient dans tous les intérêts locaux à la place de l'individu et de l'association, multipliant les lois, les prescriptions, qui règlent tous «s actes des particuliers, On dirait que les individus sont faits pour le B8ouvernement et non le Bouvernement

autoritaire sous Louis XIV, tyrannique sous la Révolution, et insupportable aujourd’hui sous l'étiquette républicaine.

« À force de voir l'Etat maître dans le département et la commune, on s’est si bien accoutumé à l'abus qu'il semble la règle : l'isolement où les citoyens sont tenus et qui leur fait une autre nature les met hors d'état de comprendre quelle puissance la liberté donne aux indi-

vidus et aux peuples ; l'habitude d’être conduits, réglementés, contraints en

cordent depuis trois quarts de siècle à ne débattre guère que les droits de la presse et de la réunion. Des libertés de parole, des libertés d'académie, des libertés de critique semblent nous passionner, et nous laissons aux mains de l'Etat les libertés d'action ; toutes les prises efficaces et permanentes sur les hommes !.

Autrefois, au moyen âge, la vie provinciale et communale était intense, et créait partout des œuvres diverses, des institutions indépendantes, des hommes qui s’intéressaient à toutes les affaires locales et savaient les faire prospérer. Nombre de services publics, que l'Etat aujourd'hui administre tant bien que mal et à si grands frais, étaient alors régis par des associations privées et ne coûtaient rien au gouvernement.

C'est le système qui, depuis des siècles, a prévalu et

1. Etienne Lamy, Au service des idées et des lettres, p. 346.

Mgr l'archevêque Ireland, dans un sermon prononcé dans la cathédrale de Saint-Paul, le 23 décembre 1906, a parlé de la situation religieuse en France. Après avoir déploré le fait bien lamentable de voir un parti en ce pays qui s'est voué à la destruction de la religion et du Christianisme sous toutes ses formes, il a ajouté : « Je connais la France depuis la Manche jusqu'à la Méditerranée. Les foules ne sont pas aptes à la vie politique, car elles sont gouvernées depuis trop longtemps. Elles ne comprennent pas l’art de gouverner, et elles n’ont pas non plus l'ambition de gagner de victoire politique. Depuis un siècle et demi, la France est gouvernée par Paris. Etablissez, ce soir, à Paris, un nouveau régime, monarchique ou républicain, et demain les provinces s'éveilleront monarchiques ou républicaines. Ce n'est pas de si Lôt que l'on en arrivera en France à décentraliser le pouvoir, à faire comprendre aux citoyens leur indépendance per:onnelle pour obtenir, par le suffrage universel, une véritable expression de la volonté nationale ».

Avec une pointe d’exagération, puisque le mal signalé par l'archevêque de Saint-Paul n'est pas si particulier à la France, il y a dans cette observation l'indication d'un grave problème, trop long pour être étudié ici.

se pratique encore en Angleterre, et Gladstone attribuait le développement merveilleux de la race anglosaxonne à ses libertés locales et individuelles, qui a fait de chaque Anglais un homme ayant l'intelligence des intérêts généraux du Pays et capable de se conduire luimême.

Enfin, il peut arriver que le gouvernement du jour, tout arbitraire qu’it est, convienne après tout aux Fran- Çais, et qu'ils en soient contents ; ils n’ont jamais été si fiers que sous la de ination du grand empereur. Mais l'impression, peut-être mal fondée, que nous, Américains, subissons en présence d’un pareil système administratif, est celle d’un despotisme intolérable, lequel, à la longue, ne peut que porter atteinte aux énergies d’un pays et l’acheminer vers la décadence.

Mais il y a ici quelque chose de plus grave à noter : c'est l'influence néfaste, l'empire hon que la franc-maçonnerie est par hommes publics et les choses de notre ancienne mèrepatrie. Non seulement auprès des croyants, mais de lous ceux qui ont conservé en même lemps que leur qualité d'hommes libres le respect de leur personne, cette ingérence compromet le bon renom de la France et lui enlève de son prestige.

Cette association malfaisante, qui n'agit que dans l'ombre par l’ascendant qu'elle semble avoir acquis en France, forme un Etat dans l'Etat. Les loges se sont souvent glorifiées d’avoir imposé leurs volontés au gouvernement. S'occupant des affaires publiques, elles organisent dans leurs convents des manifest ques, suscitent des candidatures.

que, plus d’une fois, elles ont c

teux et tyrannique venue à exercer sur les

ations politi- Il est même notoire ompté des représentants

parmi l:s ministres, et influencé la législation du pays, et, en effet, les événements ont démontré depuis plus d'un quart de siècle que les « tristes artisans de politique qui s’acharnent à l’œuvre calamiteuse de l’abaissement national en France » (Gebhart), étaient tout entiers au service d'une secte doctrinaire. La diffusion de ses doctrines anticléricales semble avoir été leur première et principale occupation, le but même de la secte étant de déchristianiser le monde !. C'est Lemaître, je pense, qui a dit :

« Ces messieurs ne songent qu’à notre spirituel et ils ne s'occupent que de notre âme. Plus un homme d'Etat s'occupe de nous procurer le salut éternel gratuit, laïque et obligatoire », plus il est loué par les écrivains de la secte et moins aussi il s'occupe de ce qui regarde d’abord et uniquement un gouvernement.

« Pour un gouvernement comme pour un particulier, il faut nécessairement négliger ses propres affaires, quand on veut trop s'occuper de celles des autres.

« C’est justement d'ailleurs ce que veut la secte : ré-

1. Je fais une exception, toutefois, pour le dernier ministère, présidé par M. Poincaré, Ce ministère, sans être exempt de tout blâme, était le meilleur que la France avait eu depuis longtemps. D'ailleurs, lorsque je parle des sectaires qui ont gouverné la France depuis trente ans, je ne veux pas dire que tous les hommes qui ont fait partie des différents ministères qui se sont succédé pendant ce temps, étaient mus par ces sentiments anticatholiques et antipatriotiques, le catholicisme et la grandeur de la France étant deux choses inféodées l’une à l’autre. Il s'est rencontré quelquefois, je le sais, de nobles et généreuses exceptions. M. Médine, certainement, était un honnête homme, ct n'avait rien de fanatique. I] ne voulait point de la « politique de secte et de haine ». Mais il a fini par succomber sous l'influence combinée de la juiverie, de la franc-maçonnerie et du radicalisme.

pandre ses mensonges, ruiner la France, travailler au profit des étrangers et des ennemis ».

Grâce à elle, la vie publique n’a été depuis trente ans, Pour les honnêtes gens, qu'une longue suite d'épreuves, pendant lesquelles ils ont enduré toutes les souffrances

euse, la déchristi

riotisme.

que cette puissance occulte, pour mieux parvenir à ses fins, vise avant tout à s'emparer de l’école, de l'âme des enfants, pour la façonner à son idéal de démoralisation et de désorganisation nationale, C'est exactement ce qui s’est passé en France. Il fallait débarrasser l’école des vieux maîtres d'autrefois, qui, étrangers à la politique, se dévouaient consciencieusement à leur grande et haute mission. Il fallait expurger les livres et les Manuels de toute trace de christianisme, former des âmes Mmatérialisées chez qui l’idée de Dieu et du devoir n'existe pas '. C’est fait aujourd’hui. Et l'on voit fleurir l'anarchie à l’école. Les journaux se font l'écho du tumuite bruyant des instituteurs en révolte, Les théories révolutionnaires et antipatriotiques gangrènent le corps enseignant, pendant que dans l’armée mon- SE

.- Mais des

tions cri

t bientôt, si une réac-

, la France sera rayée

Urope ». (Dr Ch. Fiessinger. Erreurs sociales et

te sans cesse le nombre des insoumis, des déserteurs ! et, croyez-le ou ne le croyez pas, le nombre des illettrés, malgré l’école obligatoire ?.

Elle lui aura coûté cher, la laïcisation !

Aussi bien, leur succès commence-t-il à les épouvanter eux-mèmes. La société anarchique qui s’annonce et menace de tout emporter, mettant leur propre salut en péril, leur fait désirer de faire machine en arrière. D’ailleurs, la conscience publique est fatiguée de toutes ces violences anticléricales. Les classes supérieures reviennent aux traditions nationales et à la pratique de la religion. Le respect humain est définitivement vaincu, et l'on ne craint plus de se dire catholique. Le voltairianisme et l’anticléricalisme persécuteurs y sont considérés comme bêtes.

« Chose grave. La jeunesse intellectuelle qui, il y a vingt ans, dit Agathon dans l’Opinion, radical, semblait

acquise aux doctrines anticléricales, incline aujourd’hui vers le catholicisme ».

« La laideur, la basse lâcheté et surtout l’effrayante bêtise de l’esprit jacobin ont détourné cette génération

1. Les statistiques portent à 76,793 le nombre des déserteurs et des insoumis pour l’année 1911, soit 13,000 de plus qu'en 1909.

2. « En 1880, écrit M. le comte de Mun, pour défendre l'école obligatoire, Jules Ferry disait : « Il y a dix pour cent d'enfants « des générations nouvelles qui ne reçoivent aucune instruction : « c'est un scandale pour un pays civilisé ». Un quart de siècle plus tard, en pleine moisson de laïcité, il y en avait quinze pour cent, et le ministre, en avouant cette prodigieuse déception, ajoutait que, pour être vrai. il faudrait compter tous ceux qui, déclarés instruits, savent à peine signer leur nom. Ce n’est plus alors quinze, c'est trente pour cent qu'il faut dire. Ceci est la lumière promise à la place de l'obscurantisme : le ministre qui St cet aveu est M. Briand ». (Le Gaulois, 22 nov. 1910).

de l'indifférence en matière de foi. De jeunes revues couvrent ma table : je n'en vois pas une qui se pique d'’anticléricalisme. Notre regard sur les politiciens radicaux est celui des jeunes Spartiates sur les ilotes ivres, et le moins religieux d'entre nous se détourne avec dégoût de leurs excès » 1.

Au dernier banquet des « Catholiques des beaux-arts », M. René Bazin, qui présidait cette fête, a cité les lignes suivantes de M. Marcel Sembat, député socialiste, mais un de ceux, dit-il, qui ne vont pas la visière toute baissée :

« Le sentiment religieux est en grande faveur dans les cercles poétiques et les jeunes revues littéraires. Surtout, et ceci est un symptôme très significatif et un indice révélateur, surtout la libre-pensée n’excite plus dans ces milieux aucun enthousiasme. Osons dire plus : il y a des jeunes gens distingués, des artistes tout frémissants de vie, tourmentés de l’œuvre prochaine, auxquels l’irréligion inspire une véritable horreur... Quand ce vent religieux souffle en littérature, c'est qu'il souffle aussi dans tous les domaines de la pensée et de la vie sociale », C’est cela, ou à peu près, ajoute M. Bazin. Dans ce pays, qu'on a tout fait pour abêtir et pour salir, un miracle, — est-ce que tous les printemps n'en sont pas un ? — à préparé une élite puissante, décidée, enthousiaste, de catholiques, de quoi revivifier toute la France. On peut déjà prévoir une renaissance religieuse, que verront s'épanouir les plus jeunes d’entre vous »,

Cette renaissance religieuse ne se fait Pas remarquer

seulement dans le monde littéraire et artistique : le ne

1. M. Francois Mauriac, dans la Revue hebdomadaire, 6 avril 1912, p. 61.

monde savant en subit également la profonde influence. « Voilà qu'aujourd'hui, écrit M. Edmond Leo, les savants véritables : philosophes et médecins, tous les observateurs minutieux et pénétrants abandonnent les retranchements effrités et ruinés du matérialisme déprimant, remontent vers la lumière et s’acheminent vers les hauteurs où la philosophie catholique, reine et mattresse, trône resplendissante d’un éclat divin et humain. Je dis humain aussi, car au cours des siècles elle s’est asimilé toute la substance solide de Platon et d'Aristote ».

D'ailleurs, au siècle dernier, aussi bien que dans tous les siècles, les savants chrétiens, et en France surtout les savants catholiques, ont fait bonne justice de ce ridicule sophisme que la foi et la poursuite de la science étaient choses inconciliables.

La situation est donc certainement devenue meilleure et encourageante. Je l’ai constaté moi-même avec bonheur lors de mon séjour dans ce pays le printemps dernier, tant par ce que j'ai pu voir personnellement que par les témoignages de personnes bien renseignées. La poussée antireligieuse qui, depuis si longtemps, exerçait un empire puissant sur les âmes, est tenue en échec par cet élan général vers Dieu et vers l'Eglise, et l’on se plaît à espérer que la patrie française sera encore une fois restaurée et relevée. Le jour où la conscience des jeunes générations serait honnêtement et religieusement formée, l’anarchie serait mortellement atteinte.

Le loyal et bon Français, M. Hanotaux, a écrit, sur l'état actuel des esprits, dans le Figaro, après son retour d'Amérique, un article intitulé : « La France de demain », qui serait à citer ici tout entier. Je le signale, du

moins, aux lecteurs, en leur en donnant les parties les plus significatives :

« Ces temps de vacances maussades sont propices à la réflexion. Le ciel est gris, les derniers jours d’un été pluvieux se traînent languissamment vers l'automne ;

on dirait que l'hiver se projelte déjà en avant de sep-

tembre, comme un mur de brume.

« Qu’y a-til derrière ce mur ? De quoi demain serat-il fait ?

« Assurément, il se passe quelque chose : les âmes comme les jours, sont en tourment de l'avenir, remuées Par une inquiétude obscure et mal définie, Est-ce un orage qui monte ; ou bien un grand vent va-t-il se lever, qui balayera le passé stagnant et purifiera l'atmosphère? Dans l'incertitude angoissante, obstinément s'agite l’espoir.

« Ce que nous sentons tous, c'est que, la brume dissipée, la France verra se dessiner de nouveaux horizons. La jeunesse française vient de s'expliquer dans une enquête où elle a parlé en toute liberté, — et cette liberté est déjà une nouveauté. Ces jeunes hommes ne sont plus, autant que le furent leurs aînés, les esclaves de leur arrivisme. Ils exposent leurs pensées, ou plutôt leurs sentiments, sans tant se demander ce qu'il en adviendra. Cette sincérité est déjà un courage.

« Parmi eux, il n’en est plus guère qui n'aient brisé les chaînes si lourdes à la génération précédente. Ils agiront à leur guise sans se laisser contraindre par les vieilles disciplines, ni étourdir par les vieilles guitares. Ayant retourné les « idoles du forum », ils se sont aper-

çus qu'elles sont creuses : ayant remonté vers les traditions conspuées, ils ne les ont Pas trouvées si négligea-

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bles. Ils ont une manière émue de comprendre l’âme humaine et, en particulier, l’âme française qui les rapproche beaucoup de la vérité sur l’humanité et sur la patrie.

« Voilà donc des gens qui aiment Jeanne d’Arc sans fausse rhétorique et sans mômerie : voilà des gens qui admirent les cathédrales fleuries de notre belle France sans craindre de prononcer le nom du Christ en l’honneur de qui elles ont été élevées ; voilà des gens qui Contemplent l’art du grand siècle sans nier la majesté du Grand Roi. Il y a quelque chose de changé, vous disje. Mieux comprendre le passé, c’est préparer un meilleur avenir.

« L'évolution à laquelle nous assistons, nous l’avons ardemment désirée ; nous y avons travaillé, de toutes nos forces. Qu'elle s’accomplisse sous nos yeux et que la jeunesse se dépouille du médiocre réalisme et de l’étroit sectarisme où on avait cru l'enfermer, c’est, pour nous, la plus grande joie et la meilleure récompense.

« En province, des organisations, hier toutes-puissantes, n'ont pas rejeté les formules naïvement exigeantes de l’orthodoxie sectaire : certains groupements s’amusent à des professions de foi surannées. Cependant, à Paris, dans les grandes villes, parmi les initiateurs de la pensée — même réformistes, même socialistes — un immense besoin de libération et de tolérance se répand ».

M. Poincaré, le nouveau président de la République, n est pas l’élu du bloc, encore moins celui des Loge:. II se glorifie avec raison d’être le Président de la France. Les sectaires, dans cette lutte, ont été défaits et ils en sont consternés. La France, qui a soif de paix, compte à bon droit sur M. Poincaré, dit la République, pour lui assurer la sécurité dans la dignité. Son ministère s’est

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plus occupé de la « défense nationa'> » que de la fastidieuse « défense laïque », propre aux politiciens de l'envergure des Combes et des Clemenceau. Il est vrai qu'il est encore séparé de nous par la « question religieuse » ; mais il n’a jamais eu « l’idée ridicule de vouloir exclure les catholiques de la République », et, dans le temps, il a combattu la loi inique des associations présentée par Waldeck-Rousseau. La note si ferme remise à la Porte quelques semaines avant son élection et dans laquelle il revendiquait le droit par la France de protéger les chrétiens sur le territoire ottoman contre loute violence qui pourrait être exercée par la Turquie, avait déjà fait comprendre au monde que le gouvernement français n’était pas d'humeur à se soumettre plus longtemps au rôle d’effacement et d’abdication ignominieux que lui avait imposé une oligarchie tyrannique dans le domaine de la politique internationale, Ce fier langage a résonné agréablement aux oreilles françaises, et M. Demolins, se faisant l’écho de tous les bons patrivies, encore nombreux en France, écrivait peu de temps après dans le Gaulois :

« La franc-maçonnerie pourrit tout ce qu’elle touche: nous avons pu le constater chez nous, où pendant tant d'années, elle a eu raison des plus nobles sentiments de notre race. Aujourd’hui, son influence ne s'exerce plus avec la même maîtrise sur les pouvoirs publics ; le gouvernement s’est affranchi de cette abominable domination, et, du coup, la France relève la tête et l’Europe nous accorde une certaine considération.

« Cette association malfaisante ayant démontré qu’elle

n'était, en réalité, qu'une agence de délation, une entre-

prise de corruption nationale, a perdu son prestige, et sa force est notablement diminuée ».

Voilà la position telle qu’elle est aujourd’hui, position enviable, si on la compare au passé, pour les ministères futurs. Sauront-ils conserver les avantages acquis, et, libres de tout sectarisme, respectueux des traditions nationales, dédaignant l'idéologie et le verbiage des vieux théoriciens révolutionnaires pour vivre dans la réalité, travailler dans la paix et l’union à replacer la France au rang glorieux qu'elle occupait jadis dans le monde et qui lui ‘appartient !.

1.N'empêche que, depuis ces événements, les bons Français et tous ceux qui aiment leur pays ont été les témoins attristés du rôle trop effacé de la France dans les récentes et importantes négociations conduites par l'Angleterre et l’Ailenagne touchant la Turquie d'Asie, où la France pourtant a de si grands intérêts à sauvegarder. Toutes les questions économiques et d’influences qui ont fait le sujet de l’accord entre ces deux grandes puissances, l'ont été en dehors de toute participation française. « C'est, pour notre pays, le point final mis à douze ans d'erreurs », dit à ce sujet le journal Le Temps. « Ce n'est pas une consolation, ajoute-t-il, dans l'instant où nous enregistrons c:tte éviction, de rappeler qu'à maintes reprises nous avons annoncé que nos diplomates la préparaient de leurs propres mains ». (On peut lire à ce propos un article dans Le Correspondant du % mai, et un autre de M. Hanotaux dans la Revue Hebdomadaire du 7 juin.

Toujours être valeureux de cœur, valeureux d'esprit, Magnanime, c'est vraiment être grand dans la vie...

Celui-là seul Progresse, dont le cœur devient plus tendre, le sang plus chaud, le cerveau plus actif, et dont l'esprit s'en va entrant dans la vivante paix.

(Ruskix, Sésame et Lis, $ 42).

En 1900 décédait en Angleterre un homme qui n'était ni roi, ni prince, ni duc, pas même un lord quelconque, qui n'avait jamais figuré au Parlement, et dont la réputation cependant était universelle, Cet homme se nommait Johr Ruskin, tout court ; Mais l'influence qu'il exerça dans le Royaume-Uni ne fut égalée par personne. Aussi bien, sa valeur Personnelle, la distinction de son esprit, l'élévation de son caractère, la forte et généreuse impulsion de ses sentiments, le plaçaient au-dessus de tous ses contemporains. S'il ÿ à aujourd’hui en Angleterre plus d'élégance et de goût dans la décoration des demeures, dans la fabrication des vêtements, si les arts qui servent à embellir Ja rue et la vie reçoivent une attention plus générale et plus éclairée, cela est dû, en grande partie, aux écrits et aux exemples du grand esthéticien anglais. |

John Ruskin naquit à Londres le 6 février 1819, de Parents d'origine écossaise. Son père, riche commer-

çant et grand amateur d'art, s’appliqua à développer chez son fils le culte du beau, lui lisant les grands poètes anglais, les lakistes en particulier. Tous les ans, accompagnant son père dans un voyage que celui-ci faisait dans l’intérêt de son commerce, il s’initiait dans la connaissance des paysages d'Angleterre et d’Ecosse ; plus tard, ce furent les chefs-d’œuvre de l’art et les magnificences de la nature qu’il apprit à admirer dans différents voyages faits en France, en Suisse et en Italie.

Il suivit les cours de l’Université d'Oxford, et étudia la peinture sous les maîtres de l’époque ; mais c’est surtout à ses travaux littéraires presque tous consacrés à la critique d’art qu'il doit sa célébrité. A vingt-quatre ans, il publia le premier volume de ses Peintres Modernes, destinés à défendre et à propager :es principes esthétiques. « Dans cette longue étude, écrit Ruskin, j'ai voulu célébrer la perfection et l’immortelle beauté de l’œuvre de Dieu et, suivant leur soumission à cette œuvre, juger les œuvres des hommes ». Ce qu'il décrit, et cela en un style dont la richesse et l’éclat expriment toute la sincérité de son attitude religieuse et de la mission qu'il s'était imposée, c’est l’amour de la nature vierge, telle qu’elle est sortie des mains de Dieu, et non la nalure souillée et défigurée par le travail de l’homme ; ce qu'il veut faire goûter, c’est l’amour du ciel et des montagnes, des forêts, des fleuves et de la mer, des plantes et des fleurs ; ce qu'il veut populariser, c’est le culte spiritualiste et religieux de Wordsworth 1.

1. « Indépentamment de ses qualités qui donnent de l'influence sur les hommes et qui font le chef de parti, dit M. J. Milsand, M. Ruskin est un esprit étendu, brillant et d’une originalité qui présente quelque chose de fantastique et de bizarrement ac-

t le

ence and, alité L ac-

De même qu'au poète anglais, la nature lui parle de Dieu et de son œuvre divine. « Le grand art n'est rien que louange et qu’adoration ». Pour Ruskin, l’art suprème est le chrétien. Les anciens aimaient la nature à cause des joies sensuelles qu'elle leur procurait : le chrétien y voit Dieu, le loue et l’adore. Le sentiment de la beauté est inséparable du sentiment religieux. « Pas une âme ternie et détendue par le vice qui sache la vraie joie de se déprendre de soi-même pour contempler simplement ct réfléchir en toute paix et vérité les pensées de Dieu qui transparaissent dans la nature. Pour bien peindre il faut être en état de grâce ». Que la vani- SE

centué comme une les hommes qui on

peinture,

convictions religieuses, à sa

8, à son amour pour la science, Pparaît comme une partie intéson amour pour l’art est en

ses affections et de toutes ses

plus particulièrement des moqu'il n'est point exclusivement

es et de la bonne architecture, droite et à gauche vers tous les e son but principal, c'est d'élede rendre à la peinture le rôle

té, l’égoïsme, le mensonge sont antagonistes de l’art : autant de thèmes, de sermons pour l’esthéticien anglais et protestant. « Ceux-là seuls qui ne voient rien de beau, l’apôtre les a désignés, rejetés qu’ils sont, hors de la vie en Dieu par l'ignorance, leur entendement enténébré par l’endurcissement de leur cœur » !.

Ce qui précède est l'expression exacte de la vérité. « Lorsque Dieu daigna sortir de son éternel repos et créer ce que son intelligence avait conçu avant tout commencement, il imprima sur ses œuvres le sceau de sa ressemblance. Lui, le beau absolu et parfait, lui, l’Etre et l’Acte pur, souverainement adorablé, il a donné à ses œuvres une beauté qui est en l’ordre, l'harmonie et la convenance »*. Le beau n'étant donc que le rayonnement de Dieu dans la nature, on n’en jouit qu'en proportion de la sincérité et de la profondeur de notre sentiment religieux et de la pureté de la conscience. « L'âme ne reconnaît point le beau si d’abord elle ne devient belle »°. « Si j'étais demeuré chaste, disait un artiste du siècle dernier, je serais peut-être devenu un Michel- Ange ».

Aussi le sentiment profondément religieux du moyen âge a produit les plus admirables écoles d’art. La décadence de la peinture comme de l'architecture depuis trois siècles a été en raison de l’affaiblissement de ce sentiment. Ce qu'on appelle le progrès moderne, la richesse indusirielle, souvent gâte l’œuvre de la nature.

« Quelque bien qu’on puisse penser de notre vie momien,

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