XIX° SIÈCLE
Nous arrivons ainsi au 19° siècle, dont plus de la
première moitié fut l'âge d’or de la littérature améri. Caine.
En 1800, Washington Irving avait 17 ans ; Fenimore Cooper, 11 ans ; Bryant, 6 à Emerson, Longfellow, Whittier, Holmes, ; » Poe, allaient naître dans les onze premières années du siècle.
Disons d’abord quelques mots des romanciers, ces intéressants conteurs qui nous font agréables, quani il bon goût et de la
Ce qui,
aliment à l'imagination. C'est un peuple qui n'a pas eu de jeunesse ; il naissait et atteignait presque en même temps l’âge de maturité. La moindre ruine de la malheureuse Irlande ou de l'Ecosse, le plus humble donjon de la Bretagne ou de la Normandie, les vestiges d’un simple castel des rives de la Loire ou des bords du Rhin, évoquent plus de réminiscences et ouvrent un horizon plus vaste à l'idéal que tout ce que la main de l'homme a édifié sur le sol des Etats-Unis. Hawthorne lui-même, dont nous dirons quelques mots dans un instant, confesse dans un de ses ouvrages, combien cette pauvreté de souvenirs est un obstacle à l'épanouissement d'une littérature vraiment originale. « Nul auteur, ditil, à moins qu’il n’en ait fait l'expérience, ne peut avoir une idée de la difficulté d’écrire un roman sur un pays où il n’y a ni ombres, ni antiquités, ni mystères, ni pittoresque, ni horreurs, ni rien autre chose qu'une prospérité vulgaire étalée au grand jour, comme c'est heureusement le cas de ma chère patrie. Le roman et la poésie, comme le lierre, les lichens, les giroflées jaunes, ne poussent que sur des ruines. »
Charles Brockden-Brown, qui vécut de 1771 à 1810, est, des citoyens de l’Union, le premier en date qui écrivit des romans et qui essaya de faire de la littérature une profession.
Voulant s’écarter des sentiers battus, il visa à l’originalité. Il avait du talent, mais une imagination désordonnée et maladive. L'effet qu'il cherche à provoquer est factice, fantastique, invraisemblable. Wieland, Arthur Mervyn, Edgar Huntley, sont des œuvres où tout est forcé, bizarre, incohérent. On y sent les pénibles efforts d’une intelligence qui veut créer et qui se perd
dans son impuissance, en ou monstrueuses, I] ne d jamais une peinture naï vie domestique.
Une littérature de ce genre ne Pouvait vivre, aussi Brockden-Brown est depuis longtemps oublié.
Le 15 septembre 1789 naissait, d’une des plus anciennes familles des Etats-Unis, Fenimore Cooper, le Wal. ter Scott américain. Si cet auteur a perdu un peu de Sa grande vogue d’autrelois, il n'en est pas Moins le romaucier le plus remarquable et Je plus fécond que
ges ont été traduits
des exagérations chimériques écrit que des scènes terribles, ve, simple et naturelle de la
l'Amérique ait Produit. Ses ouvra ues de l'Europe
dans toutes les lang On sait que Feni
us indigènes et les MŒœurs de la vie ans l’intérieur des foéserts sans bornes, des a est décrit avec une .
inspirer.
sauvage. Vous pénétrez avec lui d rèts vierges, vous Parcourez des d savanes verdoyantes, et tout cel Couleur que la nature seule peut
« Parmi les nombreux romans dit un de ses c
ritiques, celui qui
romanciers un ouvrag avec celui-ci.
part, étranger à toute civilisation ; il est maître de tout ce qui l'entoure et ne reconnaît pas de maître. Roi de son désert, il n'a pas d'esclaves. Passions, vices, vertus de notre société lui sont inconnus, La nature qui l'environne est grande comme lui. Elle a pour lui des secrets et des plaisirs que le reste du monde ignore. Ce roman où respirent une magie et une fraîcheur merveilleues nous fait vivre de la vie des solitudes primitives et nous associe à l’homme qu'elles ont nourri. »
« La Prairie, qui est le titre d’un autre de ses romans. contient des descriptions caracléristiqu. et très détaillées ; c'est le plus beau portrait de ce genre qui soit sorti de sa plume. Vous croyez, après en avoir achevé la lecture, avoir vécu sur les bords de ses fleuves, traversé mille fois cette prairie, interrogé les mystères de ces lieux pleins de charme et fait retentir ses échos de votre voix. »
Ses descriptions sont souvent surchargées et manquent de vie; pourtant, une fois qu'on a commencé à le lire. on le lit tout entier.
Cooper est l’auteur de romans maritimes qui n'ont jamais été surpassés.
Tout en traçant un tableau déjà bien incomplet de la littérature américaine, il nous faut encore laisser dans l'ombre plusieurs noms qui mériteraient d'y figurer tels, par exemple, que le célèbre et malheureux Edgar Poe, dont les œuvres sont si populaires aux Etats-Unis, malgré tout ce qu’elles renferment de fantastique et d'étrange ; l’auteur de l’Autocrate à table, Oliver Wendal Holmes, qui fut à la fois médecin, romancier, poète et philosophe.
Examinons un instant la figure si remarquable de
Pour le fondateur de l’éco Julien Hawthorne, Henry
pêcher la truite. De retou lem des Puritains, toute société, rues désertes imagination Peuplait la ville Maison où jadis l’on jugeait 1 le monticule chez lui d’a
mbres dont son ; se glissant près de la
es sorciers, grimpant sur où on les pendait.
told Tales, (Contes racontés deux fois).
Chose rare Pour un Américain, Hawthorne n'aime ni
le commerce, ni la politique :
traire, a pour lui des attraits iculi
avec la nature
le centre de se
mé- ordinaire apparence peut présenter de beau, de noble, les de généreux. « Les choses ne sont pas ce qu’elles pade raissent », dit-il, et c’est cette pensée qui le guide dans nts ses analyses. Original dans la conception de ses ouvrasse ges, il n’imite ni les écrivains anglais, ni ses devanfils ciers américains. Les deux romans les plus appréciés de les Hawthorne sont The Scarlet Letter (la Lettre rouge), qui passe pour son chef-d'œuvre, et la Maison aux sept e, pignons.
ne Nathaniel Hawthorne, qui est mort en 1864, laissa a- une empreinte si profonde et exerça une telle influence
sur le mouvement intellectuel de ses contemporains et
r- compatriotes, que les plus célèbres romanciers venus at après lui se sont, avec plus ou moins de succès, inspirés à de son génie.
- Je dis, avec plus ou moins de succès, car la littérait ture actuelle chez nos voisins, de même que le niveau S de la vie publique, n’ont pas su se maintenir au degré n d’élévation et de beauté morale qui distinguaient la géà nération de la première moitié du siècle.
r Tous ces principes qui font la grandeur des peuples 4 comme celle des individus, la religion, la morale, le pa- ; triotisme, tendent de plus en plus à s’effacer de l’es-
prit de la population. L'enseignement religieux ne pénètre plus la masse du peuple.
L'absence de toute règle, d’arbitre suprème en cette matière, a fini par provoquer une véritable anarchie intellectuelle, qui ‘e traduit dans les actes des particuliers, parfois même dans ceux de la législation. Les sectes les plus bizarres, disons mieux, les plus inconcevables, y pullulent. D'autre part, ils se comptent par millions les Américains qui vivent éloignés de tout culte
24 QUESTIONS D'HIER er D'AUJOURD'HUI
.- « Les dogmes fondam:riaux de la déchéance originelle, de la grâce, de la rémunération et des peint encore une si grande place dans les Productions littéraires de l'Amérique, il
Y a trente ans, dit M. Claudio Jannet, ne se retrouvent Plus dans celles de nos jours. Presque tous les écrivains Contemporains en renom ont été plus ou moins touchés par la contagion des idées unitaires. Parmi les romanciers, celui qui a le plus de mérite, Bret-Harte, ne fait plus appei qu'à une vague religion de l'humanité où les sensations (nous ne pouvons dire les sentiments) tiennent une place prépondérante et où les exigences de la morale, à force d'atténuation, arrivent à n'avoir plus aucune portée »1.
L'amour excessif du tout-puissant dollar matérialise
chez la plupart le culte de la pensée, étoufte les élans Bénéreux de l’âme.
a — 1. Claudio Jannet, Les Etats-
Unis Contemporains.
amusemel bien plus triomphes ainsi que centres. Î nières qui larité, sor une condi dans les v ficielle, ve sur le mér Avouon:
au delà de ser le géni d’Alexis d qui, propo le moins d l'était de s que l'on ) leur nature les esprits.
« Notre une machin tique, les e en autant | des êtres in se ressembl ne fait aucu de l'élève, ] poésie ou à
un conducte Re 1. New-Orle,
usements à la mode, voilà les objets de leur ambition n plus que la culture intellectuelle et morale, les mphes de l’art ou les découvertes de la science. C’est si que les choses se passent dans tous nos grands tres. Un extérieur pompeux et le décorum des mares qui attirent les regards, l’admiralion et la poputé, sont plus privés que des principes inflexibles et conduite droite. En résumé, la société américaine, s les villes et dans le reste du pays, est futile, super- Île, vaine, et s’appuie plus sur les prétentions que le mérite »!.
vouons également que le genre d'éducation donné delà de la frontière n’est nullement propre à favorile génie, à former des hommes d'élite. La remarque lexis de Tocqueville, que les Etats-Unis sont le pays proportion gardée, compte le moins d’ignorants et joins de savants, est aussi vraie aujourd’hui qu’elle it de son temps. Les écoles publiques et l’éducation l'on y donne à la jeunesse du pays tendent, de nature, à établir une uniformité médiocre dans tous 'sprits.
Notre système d'écoles publiques est simplement machine dans laquelle on jette, comme matière pra- , les esprits les plus divers et que l’on transforme utant de MENTAL SHOE-PEGS (ce qui veut dire tres intellectuels coulés dans le même moule et qui ssemblent tous comme des clous à chaussures). On it aucun effort pour se rendre compte des aptitudes lève, pour savoir si Dieu l’a destiné à écrire de la > ou à laver de la vaisselle, à être un Massillon ou
nducteur de mulets. Voyez le programme aussi in- RS Rte
ew-Orleans Monthly Revierv, mars 197%
flexible que le lit de Procuste.... Un maillet brutal fait entrer toutes les intelligences dans le même moule. Est-il étonnant que les hommes de génie deviennent rares ?... ni,
Et ce n’est pas la politique, telle qu'entendue et pratiquée aujourd’hui dans la grande République, qui peut contribuer à l’épurement du goût littéraire et artistique de la population, en même temps qu’au maintien des principes d’une saine morale, I] ÿ a à peine cinquante ans, elle était encore l’objet de l'attention des citoyens les plus éminents du pays et dont les aspirations étaient vraiment patriotiques ; aujourd’hui, ce n’est plus la politique pour le plus grand bien du peuple, c’est la politique de parti ; elle est devenue le monopole d’une classe d'individus qui subordonnent le bien public à leurs intérêts personnels et les proportions de corruption qu’elle : atteintes, unies à la défaillance générale des mœurs, à la perte du respect du foyer domestique, sont autant de menaces pour la civilisation américaine. Le progrès matériel, s’il n’est point accompagné d’un progrès équivalent dans l’ordre moral, amène toujours la décadence, dit le célèbre économiste Le Play. La vérité est qu’en dépit de son énergie et de ses progrès, le peuple américain porte aujourd’hui dans son sein plus d’un élément de dissolution, dont le divorce, illimité, est peut-être le plus alarmant, puisqu'il détruit la famille, sans la stabilité de laquelle il ne peut y avoir de société bien organisée.
Un tel état social n’est guère propre à l’épanouissement des arts, d’une littérature saine et vigoureuse. Il
1. La Review, de Chicago, citant un article de l'Iconociast du mois de novembre 1895.
faut à l'esprit une tout autre atmosphère, une région plus sereine et plus désintéressée pour qu'il puisse produire des œuvres qui soient un sujet de gloire pour une nation et de crédit pour les auteurs eux-mêmes. N’empêche que nos voisins ont beaucoup d’ambition. Ils s'appliquent à faire grand: mais souvent la quantité remplace la qualité, la mesure. Est-ce là défaut d’aplitudes ? Est-ce dû au manque de temps, ou à cette qualité tre développée chez eux de ce sens « pratique », qui leur fait sacrifier si volontiers le beau à l’utile ? Quoi
| qu'il en soit de ces causes, il est bien certain que le
goût chez le peuple n’est pas encore formé. L'âme américaine n’est pas affinée comme celle de la plupart des vieux peuples du Continent : mais ceci est autant l’œuvre des siècles que d’une haute culture.
«Il est clair, remarque un observateur, que les progrès de l’humanité, en art comme en littérature, sont une suite d'œuvres individuelles, non collectives; qu’une foule n’est par elle-même capable de rien. Cependant l'influence que la masse exerce sur l'élite n’est pas
.‘e que l'influence de l'élite sur la masse. Cette dernière a la puissance du nombre, et cette puissance est très grande, crée la mode et l'air ambiant. Les architectes n’auraicat pu, sans encourir des peines afflictives ou infamantes, planter au centre de toutes les villes des Etats-Unis ces désolantes maisons à vingt étages, les sky-scrapers — racleurs de ciel — s’il avait existé là-bas un public sensible aux lois de l'esthétique. Un tolle se serait élevé contre le premier qui eût prétendu &âter ainsi la perspective générale, pour tirer un meilleur profit des quelques mètres carrés de surface dont il était propriétaire.
« Non que ce fût un crime en veau commun. Nous
Monotonie et qui autremen lieue sans ancètres » LA
Revenons à l'âge d’or de la littérature de nos voi.
Washington Irving, le premier en date, est probablement le meilleur de
leurs historiens, tout en étant un brillant romancier ; il est considéré comme Île plus populaire des écrivains américains.
Il naquit à New-Yor
k, le 3 avril 1783. I1 se desti.
nait au barreau, mais sa faible santé l'obligea à inter-
Par se livrer entièr
En 1820, de retour en s d'Esquisses, où il rac et peint avec un tale
Humoristes, ntes d'un voyageur, dont la for-
ose AO 1. Vicomte G. d’Avenel, Aux Etats.
Unis, Paris, 1908.
% le ni- 4
tés des ʰ° liltéraire et la fine plaisanterie font songer à Addis des:
pon, à Steel et à Swift. Il fit en Espagne un long séjour #1 qu'il employa à étudier dans les archives de la patrie . des | adoptive de Christophe Colomb les sources de l’histoire aïques | de l'Amérique, ce qui nous a valu plusieurs ouvrages agglo- l'un grand mérite, tels que l'Histoire de la vie et des ile voyages de Christophe Colomb, puis celle de ses Comus pagnons. On a encore de lui une chronique de la conquêdte de Grenade et des Contes de l’Alhambra, où les mœurs des Maures du moyen âge sont dépeintes d’une
S voi-!
poli. Enanière saisissante. On lui doit également une Vie de
Amé- Bhjahomet et de ses successeurs, une vie d'Oliver Goldsmith
roba- à,4;,;
étant l'Indépendance des Etats-Unis. Tous ces ouvrages sont
plus Ses modèles de narration. Ils se distinguent par le style classique le plus pur de la littérature anglaise et une
lesti-
telle richesse de coloris, qu’ils ne cessent de présenter aux lecteurs un intérêt captivant.
Washington Irving s’occupa de travaux littéraires jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 1839, à Wolfesty-Root, près New-York, où il s'était définitivement retiré.
William Hicking Prescott, voilà encore un historien dont s’honorent les Etats-Unis.
NE à Salem, il fit ses études classiques à Boston, sous le célèbre Gardiner, puis alla s’asseoir sur les bancs de l'Université de Cambridge, où il lui arriva un grand malheur, « Un jour, dit un de ses biographes, qu’il Lo sortait du réfectoire, où venait d’avoir lieu le repas en © commun des étudiants, il s’entendit appeler par ses ca- & marades et se retourna pour savoir ce qu'on lui vou- L m lait. À ce moment il fut atteint à l'œil gauche par une |
nteroù, finit
ivre iges ses réa OrS vit, es, or-
Cnu malade. Les médecin en Europe prendre Conseil, à Lo
père était encore ; son mal einpira et pendant six se. Maines il dut rester enfermé dans une chambre complètement noire où ne pouvait pénétrer un seul rayon de lumière, En août 1816, il s'embarqua
les oculistes Spécialiste
remède efficace ; ;
Italie. I] revint
uni à une volo Sur l'avis de Everett, alors ambassadeur à la se décida à étudier Ferdinand et d’Isaments, leur règne qu'e rte et la coloni
fit remettre les documents qu'il voulait étudier. Il se livra au travail avec tant d’ardeur qu'il faillit perdre complètement la vue : il resta trois mois sans pouvoir ouvrir son œil unique. Il eut alors recours à un instrument appele nectographe, espèce de carton sur lequel étaient tendus des fils pour conduire la main, et ce fut ainsi qu'après sept ans et demi d’un travail héroique, il publia son chef-d'œuvre, l'Histoire de Ferdinand et Isabelle, qui produisit une profonde sensation en Europe aussi bien qu’en Amérique. Mais ce ne fut pas son seul ouvrage. On lui doit encore une histoire de la Conquête du Mexique, celle de la Conquête du Pérou, et l'Histoire de Philippe II, qui ne firent qu’accroitre sa réputation. Tous ces ouvrages ont été traduits dans toutes les langues mères européennes et ils méritaient de l'être, car ils sont parfaits tant sous le rapport de la science, de l’impartialité et de la clarté, que sous celui du style, qui est entraînant.
Prescott termina une vie si bien remplie le 28 janvier 1859, qui fut aussi, comme on vient de le voir, l’année de la mort de Washington Irving.
George Bancroft est un autre historien dont les œuvres font autorité. Il naquit à Worcester, dans le Massachusetts, en 1800. Son père avait lui-même publié, en 180, une Vie de Washington qui le fit avantageusement connaître. Son fils devait marcher sur ses traces.
Ayant terminé ses études à l’Université de Harvard, il fit aussi son tour d'Europe pour y compléter son éducation littéraire, puis revint en Amérique où il obtint une chaire de grec à la célèbre université. Il avait alors 24 ans. Quelques années se passèrent ainsi à proiesser et à accroître son bagage littéraire. Entre temps,
sollicitations de puissan
la vie publique. En 1842,
ministre Plénipotentiaire,
dant lesquels il se lia ave anglais
et français : Hallam, Grote, Peel, Brougham,
Dickens, rtine, Thiers, de Tocnfluences, il put avoir
de pouvoir
des Etats-Unis de l'Amérique
mes. Ce fut son œu-
vre Capitale et celle de cinquante années de recherches et de travail. S M. A. Moireau, dans ce célèbre écrivain, a ées d’un labeur pour
erly Touvrage supprime la nécessité de toute œuvre ultérieure fu- |sur la mème période historique. Les principales qualide tés attribuées à l’œuvre de Bancroft sont : la recherche aux |'aussi infatigable qu'intelligente .i l'emploi scientifique ssa } des documents de toute nature se rapportant au sujet, me une critique scrupuleuse et sûre d'elle-même, une éruen- f dition dont la profondeur et l'étendue ont été rarement
ais égalées, une composition féconde en eftets puissants et m, dramatiques, un style pittoresque, une peinture vive )C- des caractères et surtout {les critiques américains insisir tent particulièrement sur ce point) l'intensité du sentise ment patriotique et la passion de la liberté qui animent ir l'ouvrage et en pénètrent toute la structure. » Le John Lothrop Motley est le quatrième des grands É historiens américains. Né en 1814, à Boston, dans le S Massachusetts, ce coin de terre vraiment privilégié des historiens nationaux, il débuta dans la carrière littés raire par quelques chroniques de l’histoire coloniale de
son pays et par deux romans. Le succès qu'obtint Prescoit en histoire excita chez lui la noble ambition de produire quelque ouvrage digne d’être cité. Après un long séjour en Hollande, il publia l'Histoire de la République hollandaise et l'Histoire des Pays-Bas, qui le placèrent du coup parmi les historiens distingués de son pays. On voit que Motley a beaucoup étudié Carlyle ; sa manière et son style s’en ressentent, et en recherchant la profondeur, à l'exemple du maître, il n’atteint souvent que l'étrange ou l’obscur. Hormis Carlyle, l'Angleterre, dit M. de Gourmont, n’a en ce siècle aucun historien qui puisse se comparer à ces quatre historiens américains.
Francis Parkman, sur qui !- tombe vient à peine de
se fermer, ne doit pas être passé sous silence, dans Questions d'Hier et d'Aujourd'hui. 3
une circonstance comme celle-ci. Ses nombreux et con: : sciencieux ouvrages sur | ‘histoire de notre Pays lui ont ! valu une grande et juste réputation, et il figure avec honneur à la suite de Prescott et de Bancroft, et il e:. plus pondéré et impartial que Motley.
Après l'histoire, qui enseigne, vient la poésie qui enchante, qui embellit la vie, qui berce l'âme de douces illusions, qui répand, pour qui sait l'apprécier, un charme infini sur l'existence,
L'antiquité avait compté neuf Muses : il y en aurait dix aujourd'hui, paraît-il, puisque, dès 1650, une fem. ! me, Mme Brad::reet, faisait entendre des chants her. monieux intitulés : « La dixième Muse. » Cette dixième muse, ne discutons pas sur la propriété du terme, serait la muse américaine. »
Toutefois, les Américains, pendant la période colo- | niale et celle non moins difficile des Buerres de l’Indé. ?
—. Bryant aime la nature, surtout quand elle revêt ses ON À formes sauvages, solitaires el pittoresques. Il la chante, vec © comme Bernardin de Saint-Pierre, avec des accents paes.
thétiques et d’une douce tristesse, Une feuille d’autom- , ne emportée par le vent émeut son âme tendre et ré- Lo veuse :
hélas ! est descendue dans la tombe ; elle repose sur son lit de silence, comme le font les bons de la terre. La pluie tombe là où naguère fut la fleur ; mais la froide pluie de novembre ne saurait faire renaître du sein de la terre les objets chéris qu’elle recouvre... »
Henry Wadsworth Longfellow est non seulement le plus grand poète de son pays, mais ses travaux littéraires lui valurent une renommée universelle.
NE à Portland, Etat du Maine, le 27 février 1807, il fit de brillantes études au collège Bowdoin, où il accepia peu d'années après une chaire de langues étrangères. Toutefois, avant d’inaugurer son cours et pour se perfectionner dans la connaissance des littératures qu'il devait enseigner, il fit un voyage en Europe qui dura
ou- « Ils sont revenus, les jours tristes et remplis de UD mélancolie, avec leurs vents mugissants, leurs forêts è dénuées de verdure et leurs prairies desséchées. On voit, A M entassée dans les profondeurs des vallées, la feuille mor- À te que froisse la brise du soir, ou que déplace le lièvre si en la foulant de ses pieds légers. Le rouge-gorge et le ns roitelet ont quitté la branche, aussi bien que le geai, :à et de la cime de l'arbre le corbeau, tout le jour, fait : entendre son lugubre croassement. sä « Où sont donc les fleurs, fleurs jeunes et belles qui é- + hier encore crûrent et brillèrent de tout leur éclat, com- 8 # me des sœurs de beauté ? La tendre famille des fleurs, N
trois ans et demi, visitant la France, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre, s’assimilant avec un rare bonheur les langues et les chefs-d’œuvre littéraires de chacun de ces Pays. A son retour, à l’âge de 22 ans, il ouvrit son cours et commença la longue série de ses productions littéraires.
Nommé, en 1835, professeur de belles-lettres et de littérature moderne au célèbre collège de Harvard, il fit un second voyage sur le continent, Parcourant, cette fois, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Hollande et le nord de l'Allemagne. En 1854, s'étant démis de ses fonctions de professeur, il alla s'établir avec sa fa- Mille à Boston où il ne cessa de produire jusqu’à sa mort, qui eut lieu le 24 mars 1882.
Les œuvres littéraires de Longfellow sont nombreuses. Je voudrais que le temps me permft d’en analyser ici quelques-unes, et de citer des extraits de ce poète si éminent et particulièrement sympathique parmi nous, car l’auteur d'vangéline vivra aussi longtemps que battra un cœur français en Amérique,
De 1829 à 1838, Longfellow publia un Essai sur la littérature espagnole, suivi d’une traduction des Caplas de Manrique et d’un volume d’esquisses : Outre-Mer. Les grands écrivains américains semblent avoir un goût
re, est un chef-d'œuvre.
De 1835 à 1882, époque de sa mort, il ne se passa Presque pas une année sans que Longfellow produistt
un ouvrage qui ajoutât à sa répuiation toujour: croissante. Il était constamment occupé . aussi l’amcur de la vie, mais de la vie active, est un des cararières saillants de ces poésies. Spiritualiste convaincu, il sait qu’une certaine somme de bonheur est accordée à l'homme sur la terre, pourvu qu’il travaille sans se lasser, et que Dieu finit toujours par récompenser tout effort courageux.
« Ni la joie, ni la tristesse, dit-il, ne sont notre destinée. Notre but est d'agir pour que chaque lendemain nous trouve plus avancé que la veille. Toutes les vies des grands hommes nous font voir que nous pouvons rendre notre vie sublime, et, en partant, laisser derrière nous dans le sable du temps l’empreinte de nos pas. »
Longfellow était déjà regardé comme un grand poète lorsqu'il publia, en 1847, Evangéline, qui rendit sa réputation universelle.
Nous avons tous lu Evangéline. On sait que dans ce beau poème, Longfellow raconte le drame mélancolique de la dispersion des malheureux Acadiens dans les colonies anglaises, et l’idylle si touchante d’Evangéline à la recherche de son bonheur perdu, répétant à tous les échos du continent le nom de son fiancé, le seul ami qui lui reste, car son père est mort.
« Un jour, comme Evangéline et son guide descendaient l’Ohio, se laissant aller au courant, ils rencontrent une barque qui remonte le fleuve, et la jeune fille, saisie d’une sorte de pressentiment, dit au prêtre avec un triste sourire : « O père Félicien, quelque chose dans mon cœur me dit que Gabriel est là, errant près de moi ; est-ce un rêve absurde, une folle et vague imagination ? ou bien un ange a-t-il passé qui a révélé la vérité à
mon esprit? » Le prêtre l’encourage et la console, et lorsqu'ils arrivent sur les bancs de la Têche, aux villes de Saint-Maur et de Saint-Martin où ils espèrent trouver Gabriel, son père, Basile le forgeron, seul est là et leur dit : « N'avez-vous Pas rencontré le bateau qui emporte Mon fils ? » A chaque étape de cette course sans fin Evangéline trouve des traces du Passage de son fiancé, mais la fatalité les sépare éternellement l’un de l’autre. Elle attend, la jeune fille héroïquement fidèle à son unique amour, résignée mais triste de voir s’en aller jour par jour la beauté et la jeunesse qu’elle avait promises à son fiancé. Les années se sont écoulées, son cœur est jeune, et elle, la Pauvre femme, est vieille. « Belle et jeune elle était, lorsque dans l'espoir commença le long voyage : elle est fanée et vieille lorsqu'il finissait dans le désappointement… Maintenant ap- Paraissaient et s’étendaient sur son front d'imperceptibles lignes grises, aurore d’une autre vie qui éclatait sur son horizon terrestre, comme dans le ciel oriental les premières imperceptibles lignes du matin.
« N'attendant plus rien du monde, n’ayant E:us aucune des espérances d’ici-bas, Evangéline, sans en re. vêtir l’habit, embrasse la vie des sœurs de la Miséricorde. Pendant une peste qui s’abat sur Philadelphie, elle se dévoue et affronte tous les dangers pour soigner les malades, les sauver peut-être, ou au moins leur apporter une suprême consolation. Un jour elle s'arrête, saisie d’une émotion terrible, devant un lit où s’affaissait un mourant : elle a reconnu Gabriel dans ce vieillard près de la tombe, terrassé par le mal. Elle s’approche, et lui, comme dans un rêve, la reconnaît à son tour : ses yeux ont parlé, il meurt. Et, agenouillée près
NOTE SUR LA LITTÉRATURE AMÉRICAINE 39 de la couche, les mains du mort dans les siennes, elle dépose sur ses lèvres encore lièdes son premier et aussi son dernier baiser d'amour ; puis, faisant un retour soudain vers les heures où elle a désespéré, elle s'écrie en élevant son âme à Dieu : « O mon Père, merci. »
« Telle est l’histoire qu’on répète auprès de la forêt primitive, non loin de l'Atlantique aux flots lugubres qui murmurent toujours. Ceux qui la redisent sont les enfants des exilés, les hommes qui sont revenus mourir sur le sol de leurs pères. Le rouet tourne encore dans la cabane, le grand bonnet normand flotte encore agité par les vents de la côte. Quand vient le soir, le meilleur des conteurs dit cette histoire aux femmes pendant qu’elles filent et la voix douloureuse de l'Océan répond, par sa plainte qui ne finit pas, à ce triste récit des iniquités humaines et de l'affection d’une femme »".
Les principaux écrivains contemporains aux Etats Unis sont, parmi les roman ‘ers : William-D. Howells, Henry James, George-W. Cable, E. Fawcet, W.-H. Bishop, F.-Marion Crawford, C.-G. Lelaud, folkloriste distingué. Quelques-uns d’entre eux ont fait de longs séjours en Europe. Aussi Henry James et F.-M. Crawford peignent-ils des caractères internationaux, décrivent-ils des scènes de la vie cosmopolite. Fawcet et Bishop nous donnent des portraits bien réussis de la société américaine, des goûts et des travers de la vie mondaine à New-York. George-W. Cable a montré beaucoup d’ori