‹ Questions d'hier et d'aujourd'hui [microforme]Chapitre 42 sur 49 · Onésime Reclus, La terre à vol d'oiseau · texte numérisé non relu

Onésime Reclus, La terre à vol d'oiseau

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Je ne sais pas comment sont faits les autres hommes. Quant à moi, je ne puis voir, je ne dis pas une étoile, mais seulement une fourmi, une feuille d'arbre, un grain de sable, sans lui dire : « Qui est-ce qui t'a fait? »

(LaMaRTINE, Le Tailleur de pierre).

J'existe, je pense, je me détermine à agir, je prends conscience de mes actes, je ne suis pas tel ou tel mais moi-mème, une unité dans la collectivité humaine. Rien de plus certain que mon existence et ma personnalité. Je sais encore que je diffère des êtres du genre purement animal que je vois autour de moi. Si je suis soumis à des besoins qui me sont communs avec la bête, je sens, à n’en pas douter, qu’il y a quelque chose en moi qui n’est pas en elle. Je jouis de facultés qui me distinguent essentiellement même des animaux les plus parfaits. Guidés par un instinct qui ne les trompe jamais, ceux-ci, pleinement et facilement satisfaits, remplissent d’une manière normale, mais sans le savoir, la fin de leur création. Il n’en est pas de même de moi. Mes besoins satisfaits, je ne trouve ni repos, ni quiétude. Contrairement aux êtres sans raison, lesquels une fois leurs appétits sensibles satisfaits, se reposent tranquillement dans la jouissance, je me fais un idéal de félicité bien plus élevé

et bien plus étendu. Si je jouis, je veux jouir davantage. Je vois jusqu’à certaines limites, mais je veux voir au delà. Libre, intelligent, mais tout de même dépendant, ta soumis à une foule de contradictions, de maux, de luttes, dont l’animal est exempt, je rêve pourtant, au milieu de ma misère, d’immortalité, de l'infini.

« Malgré moi, l'infini me tourmente » 1.

et ce tourment, qui est en même temps ma noblesse et ma grandeur, fait de moi un être à part dans la création, un être au-dessus de tous les autres.

J'aspire à une existence d’un bonheur parfait, immuable et éternelle, que la terre ne peut me donner, et je constate que tous les hommes, qui sont de même nature que moi, ont les mêmes aspirations. De l’animal qui sent à l’homme qui pense et qui juge, il n’y a pas de comparaison possible. Donc, non seulement j'existe, mais j'ai la conviction d’être d’une nature tout à fait différente de celle de la bête et de tendre à une fin qui ne saurait être la sienne ?.

Voilà des vérités que je puis facilement découvrir par moi-même. Il est vrai qu'elles sont élémentaires et que chacun peut en faire autant, en prenant pour champ d'observation sa Propre personnalité et la nature qui l'entoure. Il y a cependant des gens qui se disent et se

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