À. de Musset
2. « Mon sens intime me dit que je ne suis pas quelque chose, mais quelqu'un ; que je suis un être vivant logé dans une maison de chair, et que, dût ma maison tomber en ruines, elle ne saurait pas plus m'écraser que le mur croulant n’écrase le vent
qui passe, la voix qui résonne, la pensée qui s'élève ». (Nos ruines, Paris. 1872).
croient savants et qui s’y perdent ; mais elles deviennent évidentes pour moi, pour vous, pour tout le monde, lorsque, pour arriver à la vérité, à Dieu, nous usons de procédés que le sens commun suggère dans la pratique ordinaire de la vie, se gardant de raisonnements subtils et des conclusions d’une science toujours douteuse. D'ailleurs, chercher dans les sciences le secret des destinées de l’homme est peine inutile : elles ne peuvent rien nous apprendre là-dessus. Si même aujourd’hui sciences il y a, c’est grâce à la raison qui existait avant elles et qui les a faites. L'usage de la raison a précédé la science comme elle précède la foi.
l: uis encore avancer d’un pas et percevoir d’autres vérités sans l’aide de la science ou de raisonnements de haute philosophie.
Il est certain que j’existe, mais il est également certain que je ne me suis pas fait moi-même. Je ne puis non plus devoir mon existence à un ensemble d'hommes, qui ne sont que ce que je suis. Le hasard n'’étant qu’un mot, on ne peut rien lui attribuer ; le néant n’étant rien, il n’en peut rien sortir. J'ai été fait par un autre, cela est incontestable, Cet autre est mon maître, puisqu'il est plus puissant que moi, r . ne saurais pas même faire un ver de terre. Celui qu. «’a doué de raison et d'intelligence, est un être raisonnable et intelligent. On ne donne pas ce qu’on n’a pas. Animé de volonté, je ne puis non plus être l’esclave d’une force sans volonté. Tout ceci me paraît évident. Impossible de n’en pas convenir !. « Nous contemplons, nous connaissons, du moins
4. « Ni le mouvement peut naître de l'inertie, ni l’ordre du hasard, ni la sensibilité de l'insensibilité, ni l'intelligence de l'inintelligence, ni la conscience de l'inconscience, ni la liberté de
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dans sa forme immédiatement saisissable, ce monde qui. lui, ne connaît rien. Ainsi, il y a autre chose que notre Propre corps, autre chose que ces astres splendides : il y a l'intelligence et la pensée. Et, comme notre intelli- 8ence ne s’est pas faite elle-même, il doit exister dans le monde une Intelligence supérieure d'où la nôtre dérive. Dès lors, plus l’idée que l’on se fera de cette intelligence sera grande, plus elle approchera de la vérité. Nous ne risquons donc pas de nous tromper en la considérant comme l’Auteur de toutes choses, et en rapportant à elle ces splendeurs célestes qui émerveillent notre pensée. Et nous voilà ainsi tout préparés à comprendre et à accepter la formule traditionnelle : « Dieu, Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ». Si le pédantisme Systématique refuse de se rendre à telle évidence, le bon sens, « ce maître de la vie » !, l’a toujours admise, et continuera toujours à démontrer à l’homme le nom de son Auteur. |
Laissant donc là les conclusions d’une érudition présomptueuse sur toutes ces questions d’origine du monde, de l’homme, de la nature de son âme, de son intelligence, conclusions souvent conjecturales d’une science bornée et qui si souvent a fait fausse route, je m'en tiens à ma raison, qui me rend capable, par ses propres moyens, d'arriver avec certitude à la possession de la vérité. Je puis non seulement connaître, mais prouver
la fatalité, ni la lumière des ténèbres, ni la vie de la mort. Dire
le contraire, ce serait affirmer que le néant Peut engendrer l'être.